JM et les chefs coutumiers de la République démocratique du Congo

15 November 2015

Jean-Mée Desveaux: « Une telle législation était longtemps attendue »

LOI SUR L’ENRICHISSEMENT ILLICITE 

Le Defi Plus du 15 novembre 2015

Dans l’émission «Au coeur de l’info», sur Radio Plus samedi, l’ancien Special Adviser de Paul Bérenger s’est montré très sarcastique, surtout à l’égard des avocats, dans ses commentaires sur le Good Governance and Integrity Reporting Bill. 

Jean-Mée Desveaux est d’avis qu’une « telle législation était attendue depuis longtemps » et « ne comprend pas la levée de boucliers contre » le Good Governance and Integrity Reporting Bill. Il dit regretter que les gens « ne cessent de parler de loi Bhadain ». Certes, précise-t-il, « le comportement de ce ministre laisse à désirer, mais est-ce une raison pour rejetter le projet de loi ? »

Jean-Mée Desveaux révèle avoir « des réserves » sur la façon dont le gouvernement traite le Directeur des poursuites publiques (DPP), qui est aussi concerné par le projet de loi, « mais cela ne m’empêche pas de dire qu’une telle loi est une nécessité ». À ceux qui s’y opposent, l’observateur leur demande s’ils « voient » réellement ce qui se passe dans le pays.

Pour Jean-Mée Desveaux, le principal grief des avocats regroupés au sein du Bar Council est qu’ils « souhaitent que le wealth monitoring demeure sous le droit pénal, alors qu’il sera placé sous le droit civil dans la législation ». Il a aussi évoqué les pratiques de certains avocats.

Il a rappelé que l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont voté une loi similaire et que la Banque mondiale utilise un système basé sur le droit civil pour traquer les biens mal acquis. Pour lui, il est « farfelu » de dire que cette législation représente une menace uniquement pour les politiciens de l’opposition.

L’ancien Special Adviser du Premier ministre Paul Bérenger approuve aussi la saisie conservatoire des biens d’un suspect. « S’il en était autrement, il aurait eu l’occasion de les vendre », souligne-t-il, tout en précisant que « ce pouvoir aurait dû se retrouver entre les mains du DPP ».

Sur le seuil de Rs 10 millions à partir duquel un ordre de saisie peut être demandé, Jean-Mée Desveaux soutient que, contrairement à ce que disent les détracteurs du projet de loi, la Mauritius Revenue Authority continuera à enquêter et elle est tenue par la loi de rapporter tout cas suspect aux autorités.

Sur la rétroactivité à sept ans que le gouvernement souhaite, Jean-Mée Desveaux affirme qu’il est « ridicule » que les autorités ne s’occupent pas des personnes qui se sont enrichies illégalement. Il trouve que le Premier ministre « a eu le courage de venir de l’avant avec une telle législation, malgré le fait qu’il pourrait, un jour, perdre le pouvoir ».

À ceux qui souhaitaient que la rétroactivité soit rallongée jusqu’à 1968, il explique qu’il n’est pas nécessaire d’avoir une majorité de trois quarts pour le faire. « Sir Anerood Jugnauth a ouvert une brèche qui permettra à tout gouvernement souhaitant nettoyer le pays de le faire à partir d’aujourd’hui. » Jean-Mée Desveaux estime que ceux qui n’ont rien à se reprocher n’auront rien à craindre de cette législation.

18 September 2015

Le drame d'Ivan

Par Jean-Mée DESVEAUX
l'express du 18 septembre 2015

La bataille d’Ivan Collendavelloo contre la manipulation outrancière de contrats du CEB confirme son rôle comme l’héritier de son ancien leader dans la bataille contre la fraude et la corruption. Saura-t-il mieux faire que lui?


NOTRE absence du pays et donc de ces colonnes durant une année nous impose un préambule important. Rien de ce qui suit ne vise à diminuer le mérite d’Anerood Jugnauth d’avoir sauvé le pays des griffes de Navin Ramgoolam durant deux septennats d’immunité totale. L’état dans lequel il a laissé les institutions du pays au lendemain des élections générales nous permet tout juste d’imaginer la déliquescence dans laquelle Maurice aurait alors sombré. Parmi les «miracles» dont SAJ pourrait se vanter, il est clair que celui-là est le plus grand. 

Comme on pouvait le constater dans les deux articles écrits contre l’infamie d’une deuxième république à la Ramgoolam-Bérenger à la veille des échéances électorales, je fus de ceux qui ne croyaient pas au miracle.

Est-ce à dire que j’ai viré avec les autres «mam»? Pas si sûr. Pourtant, contrairement à beaucoup de critiques du gouvernement, je ne trouve pas exagéré l’effort que fournit SAJ à démanteler les com-bines des apparatchiks rouges et à poursuivre en justice ceux qui se sont abreuvés du sang de la République pendant une décennie. Les politiciens mauriciens ont trop longtemps observé l’omerta et l’Alzheimer à chaque changement de gouvernement. C’était devenu une assurance qu’ils prenaient vis-à-vis du peuple, qu’ils ne seraient pas non plus amenés à rendre des comptes le jour où le repas serait desservi. Il était temps que cela cesse. Que cela prenne parfois l’apparence d’une chasse aux sorcières aux yeux peu habitués des Mauriciens n’est pas surprenant. Ce qui surprend pourtant c’est que SAJ ait ainsi changé la règle du jeu au grand détriment de Pravind le jour où celui-ci perdrait le pouvoir après l’avoir obtenu et longuement conservé. Maurice ne peut que se féliciter de cette avancée.

Malheureusement l’habitude est une seconde nature et cela prend un temps infini à changer les mœurs d’un parti politique gangrené par des décennies de pouvoir débridé à la tête du pays. Le MSM s’est trop longtemps acoquiné d’affairistes tels les membres de la famille de l’ex-ministre transfuge Seetaram (Sarako et téléphérique des Sept Cascades sur les terres du Central Electricity Board (CEB) pour pouvoir les congédier et se refaire une vertu du jour au lendemain. C’est ainsi que le très honorable Bashir Jahangeer, qui a longtemps sévi autour des gros contrats du CEB et celui de la Wastewater Management Authority (WMA) en tant que représentant de la firme Asea Brown Boveri (ABB) devient aujourd’hui l’apparatchik orange responsable du dossier énergétique. Le député a ré- cemment accusé Ivan Collendavelloo, ministre de l’Énergie, d’avoir produit un appel d’offres relatif à l’achat des moteurs pour la station de SaintLouis «taillé sur mesure pour deux fabricants de moteurs». Le VPM a rétorqué «peut-être que Bashir Jahangeer aurait aimé que je lui dise de ne pas s’inquiéter et que c’est lui qui aura le contrat… Personne n’a le droit de se servir de sa position (de député) pour (faire avancer) ses propres intérêts»

La bataille que livre Ivan Collendavelloo contre la manipulation outrancière des gros contrats du CEB par des «vested interest», confirme son rôle comme l’ultime héritier de Paul Bérenger, son ancien leader, dans la bataille contre la fraude et la corruption. L’affrontement entre l’honorable Jahangeer et le VPM Collendavelloo reflète fidèlement l’opposition entre deux philosophies et deux visions de la politique. C’est un combat entre le militantisme traditionnel et le crony capitalism du MSM et du Labour. Un combat mené par Paul Bérenger pendant 40 ans avant qu’il ne laisse tomber le flambeau dans la fange ramgoolamienne. Un combat qui avait atteint son apogée durant les glorieuses années où le leader MMM était à la tête du gouvernement et où M. Jahangeer livrait bataille, en tant que représentant de ABB, contre deux «bastions» MMM : les conseils d’administrations du CEB et celui de la WMA.

La bataille épique allait avoir lieu autour du contrat de tout-à-l’égout de Montagne Jacquot d’une valeur d’environ Rs 750 millions. Paul Bérenger était PM alors que Pravind Jugnauth, leader du MSM, parti de M. Jahangeer, était ministre des Finances. L’offre de la firme que représentait M. Jahangeer était la moins disante d’environ Rs 17 millions. Le hic était qu’elle accompagnait son offre d’une série de conditionnalités et de «variations» non conformes aux spécifications techniques et financières du document d’appel d’offres. Si ABB devait satisfaire les spécifications, son offre augmenterait par Rs 50 millions à Rs 100 millions. Invitée à la table des négociations par la WMA, les discussions avec ABB durèrent un temps infini durant lequel, dans un jeu du chat et de la souris, le faux moins-disant enlevait une conditionnalité durant les discussions avec le tender committee pour en rajouter une autre à la veille de l’octroi du contrat par le Board de la WMA. Après que la WMA ait reçu l’assurancce qu’ABB avait enfin compris que le contrat ne lui serait pas octroyé si elle n’enlevait pas toutes les conditionnalités, M. Jahangeer revint à la charge sur la formule de cost escalation et de la valeur des devises impliquées dans son offre. 

Après l’avoir analysée, le tender committee de la WMA rejeta cette nouvelle ruse d’ABB qui était cousue de fil blanc lorsqu’un beau jour, le Conseil des ministres, dans sa grande sagesse, jugea que le meilleur arbitre sur la question était nul autre que le secrétaire financier de Pravind Jugnauth. La WMA fut donc dessaisie du dossier. Echec et mat. Il était clair que le contrat allait vers le faux moins-disant ABB de Jahangeer. Nous allions perdre la bataille de la transparence que nous avions menée durant de longs mois. La magouille allait vaincre la bonne gouvernance et le comble était que cela se faisait avec l’assentiment du Conseil des ministres. 

Dans un sursaut de désespoir, l’état-major de la WMA (Chairman John Couve, GM M. Keroff, conseillers techniques Dr Allan Samsoon et Jug Sanchurn, et votre tout dévoué, membre du conseil d’administration) se réunit in camera. La décision fut prise de faire parvenir au plus vite et en conformité avec le cadre légal et réglementaire, le dossier brûlant au Central Tender Board (CTB) de M. Baguant et qu’en attendant, les membres présents à la réunion ne rencontreraient ni ne prendraient de coup de fil de personne. Un témoin, présent à la réunion où Pravind Jugnauth apprit que le dossier était au CTB, rapporte qu’il était effondré, demandant seulement: «Il n’y a plus rien qu’on puisse faire ?» La réponse était négative. Le CTB jugea la dernière ruse d’ABB irrecevable et octroya le dossier au vrai moins disant.

Ce fut l’occasion pour nous de constater qu’un Conseil des ministres qui oppose ainsi ceux qui mènent le combat de la bonne gouvernance, ne mérite pas qu’on se décarcasse pour lui. Le temps était venu pour nous de démissionner de la WMA, ce que nous fîmes. Cela fut aussi l’occasion pour le conseiller que je fus de rappeler à mon patron, le Premier ministre, qu’il y a une ligne que même le Cabinet n’a pas le droit d’outrepasser. Il avait jugé plus important de ménager la susceptibilité du MSM, alors qu’au sujet de la Centrale du Sud, à la veille de son investiture, il avait su opposer SAJ pour soutenir la bonne marche du processus d’appel d’offres. Est-ce qu’Ivan saura faire mieux ? On le saura très vite car l’honorable Jahangeer a promis d’aller chercher l’appui de Pravind Jugnauth contre le VPM.

L'express a tenté d'avoir la version de Pravind Jugnauth et de Bashir Jahangeer. Ce dernier a fait savoir qu'il se trouve à l'étranger et ne peut répondre, alors que le leader du MSM est injoignable.

09 December 2014

Sir Anerood Jugnauth: «Les Mauriciens sauront choisir»

lexpress du 9 décembre 2014


Le leader de l’alliance Lepep se dit confiant d’une large victoire aux dépens de l’alliance de l’Unité et de la Modernité. Sir Anerood Jugnauth table sur un vote-sanction et affirme que 50% des militants désapprouvent le rapprochement entre Paul Bérenger et Navin Ramgoolam. L’express a vainement essayé d’obtenir un entretien avec le Premier ministre sortant. Que ce soit à travers son entourage ou ses proches conseillers.



Comment va l’alliance Lepep depuis dimanche ?

Elle est en très bonne santé ! Je vois, par contre, que l’alliance Parti travailliste-Mouvement militant mauricien (PTr-MMM) pe vinn de pli en pli fay. Ils ne cessent de se faire des croche-pieds et Navin Ramgoolam, lui, persiste à insulter Paul Bérenger ainsi que les militants. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment celui-ci peut digérer les propos de son allié sur sa pêche au requin. Je trouve bizarre, connaissant son caractère, qu’il n’ait pas encore réagi.

Aviez-vous prévu, en quittant la State House en 2012, de mener campagne contre Paul Bérenger ?

Tout le monde connaît les circonstances de mon départ du Réduit. C’est lui qui m’a convaincu de démissionner. En me disant que le pays pe koule et qu’il était de notre devoir de le sauver. C’est lui qui est venu à ma rencontre. Il a parlé pendant plus de deux heures. Il m’a dit tout le mal qu’il pensait de Navin Ramgoolam, de ses ministres et des institutions gangrenées par la pourriture.

Linn telma touss mo leker que j’ai fait mon retour à la politique active. J’avais fait une croix dessus, en 2003, lorsque j’ai été fait président de la République. J’ai cru en sa sincérité. Que le Remake 2000 allait affronter les prochaines élections ensemble.

Nous avions cependant des renseignements qu’il y a eu des koz koze entre Ramgoolam et lui.Quand on soulevait la question lors des rencontres hebdomadaires à La Caverne, les membres de l’état-major du MMM montaient sur leurs ergots, juraient que c’était faux.

Paul niait tout trois fois de suite… Sak fwa mo soulev sa kestion la, li saute, li dir zame zame zame. Il m’a assuré qu’il n’y aurait, dorénavant, plus de koz koze sur la réforme électorale avec Ramgoolam. Qu’il allait attendre que le projet de loi soit soumis devant le Parlement.

Je me suis confié aux membres du Mouvement socialiste militant (MSM). Je leur disais que j’avais des doutes sur l’avenir du Remake 2000. Je n’imaginais pas Paul en alliance avec Ramgoolam. Je me suis trompé. Je pensais plutôt qu’on allait vers un three-cornered fight pour les prochaines élections.
Après la fête d’anniversaire en mon honneur, après m’avoir fait manger un morceau de gâteau, il est parti conclure son alliance avec Ramgoolam. Il a alors justifié la cassure du Remake 2000 par les tactiques dilatoires qu’userait Pravind dans le procès qui lui est intenté dans l’affaire MedPoint. L’avocat de Pravind a juste soulevé un point de droit.

L’excuse de Paul était minable. Les militants ne gobant pas son histoire, il en a inventé d’autres. Maintenant on sait, après les déclarations de Ramgoolam, qu’un gro morso lui a été offert.

Vous êtes-vous bagarré avec lui pour que Pravind Jugnauth soit le n°3 d’un éventuel gouvernement MSM-MMM ?

Ecoutez, je ne me suis jamais bagarré avec Paul. Li pe invant bann zistwar. Savez-vous que j’ai insisté pour avoir Vishnu Lutchmeenaraidoo comme ministre des Finances? Il a refusé. Il m’a suggéré le nom de Reza Uteem. Il me disait qu’il y avait beaucoup de pression de la part des musulmans. E ki si pa fer sa, bizin blie vot musulman…

Reza Uteem était-il le seul musulman crédible au MMM ?

Je ne sais pas moi ! Laissez-moi terminer… J’ai fini par accepter sa demande. Puis, il y a eu la question du front bench. Il voulait le placer comme n° 3. Je lui ai fait part du fond de ma pensée. Pour moi, il était logique que le leader du MSM soit le n° 3. Que Reza Uteem soit n° 3 ou 4, quelle différence ça allait-il faire ? Est-ce que cela allait amoindrir sa position aux Finances ?

Sa mo lopinion sa. Li finn amerde. Vremem linn amerde. Je lui ai dit que j’étais un homme de principes et que j’allais en parler à Pravind. Ce dernier m’a dit qu’il n’y voyait aucun inconvénient.Monn dir Pravind al dir Bérenger pena problem. Problem-la inn rezoud. B ki problem li pe koze?

Un mois après, Paul est venu soulever l’arrivée présumée de Xavier Duval au sein de l’alliance. Il voulait qu’il soit le n° 4. Je lui ai rappelé que la nouvelle alliance entre le MSM et le MMM était basée sur l’accord de 2000. Là aussi Pravind a dit qu’il était ok.

Pravind Jugnauth n’a-t-il pas eu un rôle trop effacé dans le Remake 2000 vis-à-vis de Paul Bérenger ?

Pravind n’a jamais eu un rôle effacé…. Paul pa kontan li pou enn simp rezon. Quand on était au gouvernement, on voulait apporter une dose de proportionnelle dans le système électoral. Le but principal était de permettre à certaines communautés d’être mieux représentées. Sans bouleverser le verdict des urnes. Il ne fallait pas, comme c’est arrivé à Rodrigues, que l’équipe ayant obtenu une majorité se retrouve subitement en minorité.

Paul a profité que je sois parti au Réduit pour essayer de faire voter ce texte de loi. Je suppose qu’il a dû le faire exprès. Pravind a refusé. Il faut dire que l’avais déjà mis en garde sur ce dossier. Depuis cet épisode, Paul a été particulièrement amer envers Pravind.

Certaines personnes disent que Kobita Jugnauth aurait donné un nouveau souffle au MSM. Quelle est votre opinion à ce propos ?

Mo pa kapav reponn lor la. Cette éventualité n’a jamais été abordée avec moi. Moi, je n’ai aucune objection à ce qu’une femme dirige le MSM, voire le pays. D’ailleurs, on va nommer Ameena Gurib-Fakim comme présidente de la République.

Une campagne électorale à votre âge, n’est-ce pas trop dur ?

Ziska ler mo truv mwa korek ! Je ne sais comment le public me juge. Mon âge ne m’a pas empêché de faire une bonne campagne.

Quel est votre secret ?

Je suis un régime alimentaire strict. Je ne touche pas à l’alcool depuis plus de six ans. Je ne mange rien de graisseux. Je m’abstiens de manger aux réceptions auxquelles je suis invité. Et je ne grignote pas entre les repas. Je ne bois que de l’eau. Du jus frais de temps en temps. Je ne touche pas aux produits en boîte. Je suppose que c’est ce qui me garde en forme. Pena lot sekre. Lot sekre la ar bondie.

Que vous a conseillé lady Jugnauth lorsque le Remake 2000 est parti à l’eau ?

Vous savez, Sarojini m’a toujours mis en garde. Elle m’a conseillé de ne pas faire confiance à sa boug la. Moi, je me disais que, malgré les pressions qui ont été exercées sur moi, je lui ai cédé le poste de Premier ministre au bout de trois ans. Je suis et je reste un homme de parole. Pour moi, il ne pouvait qu’être reconnaissant envers moi et ne pouvait donc pas me trahir.

Paul est un homme pressé. Il a voulu être Premier ministre immédiatement. Et pour tout un mandat. Je ne sais pas ce que Ramgoolam a pu lui promettre d’autre pour qu’il me trahisse. Quand il a pris sa décision, les instances du MMM n’ont fait qu’accepter. Elles sont, après tout, composées de suiveurs.
Je sais que des militants ne sont pas d’accord avec cette alliance mais ils ont peur de le lui dire. Beaucoup d’entre eux sont en train de délaisser le MMM. J’estime que 50% d’entre eux ont déjà abandonné le navire.

Comment expliquez-vous que deux poids lourds doivent sortir les grands moyens face à un «kamion salete»?

C’est Ramgoolam qui nous a traités de kamion salete…. Lalang pena lezo. Li bate kuma li kontan. Li batt fol. Il a oublié qu’il s’est appuyé sur des petits partis en 2005 pour revenir au pouvoir. Je suis actuellement avec le Parti mauricien social démocrate (PMSD) avec lequel j’ai déjà travaillé. Le seul nouveau parti avec moi est le Muvman Liberater d’Ivan Collendavelloo. On sait comment ce parti a été créé. Ivan a claqué la porte du MMM car il veut sauvegarder les principes des militants. Kisann la li pe appel salete ? Parso bann koze la mem, telma li amerdmwa, kumsa mem mo vinn vulger !

Comment expliquez-vous la dynamique de l’alliance Lepep ?

Je dois être franc avec vous. Quand le PTr et le MMM ont conclu une alliance, je voyais déjà un cinglant 60-0. Quand le MSM a organisé son premier meeting en solo à Rivière-du-Rempart, je ne pouvais croire qu’autant de monde se soit déplacé et j’ai revu mon analyse.

On a organisé d’autres meetings et on a vu des foules plus compactes que lorsqu’on était dans le Remake 2000. Je me suis dit que les Mauriciens sont sensés et qu’ils vont sanctionner Ramgoolam. L’alliance Lepep est née lorsque le PMSD nous a rejoints. Ivan était alors déjà avec nous. C’est aussi simple.

Une de vos promesses porte sur la distribution d’eau. Mais qu’avez-vous fait durant les 16 ans que vous avez été Premier ministre ?

Il n’y a jamais eu autant de pénurie qu’aujourd’hui. C’est moi qui ai initié le projet de Midlands Dam. Bagatelle Dam est aussi mon projet. Je voulais des terrains auprès de certaines propriétés sucrières pour le réaliser. Le site avait déjà été identifié par des experts.

Quand Ramgoolam est revenu au pouvoir en 2005, il a choisi un site alternatif rien que pour ne pas traiter avec les sucriers. Pour les raisons que tout le monde sait. Azordi guete ki pe arrive. Terin la pa retenir delo. Delo pe ale. Laissez-moi vous dire qu’on aura des problèmes avec cette digue d’ici quelques années à cause de ces mauvaises décisions.

À mon retour au pouvoir en 2000, j’ai conclu un accord avec l’Union européenne pour remplacer de vieux tuyaux. La Banque européenne d’investissement  a accepté de nous avancer un milliard de roupies pour ce chantier. Encore une fois, Ramgoolam a annulé le projet quand il a été élu en 2005.

À quoi attribuez-vous la défaite de 2005 ? L’alliance MSM-MMM avait un bon bilan pourtant. Est-ce l’arrogance du pouvoir ?

Ou kone nu bizin fran lor la… Quand Paul s’est présenté comme Premier ministre pour cinq ans, une partie de l’électorat n’y était pas favorable. Voilà la vérité. Ne savez-vous pas que Ramgoolam avait mené campagne là-dessus? Il demandait à l’électorat rural de choisir entre lui et Paul. Il trimballait deux photos. L’une de lui, l’autre de Paul. Sous la sienne était écrit Ram, sous celle de son nouvel allié, Rawan (NdlR : démon). Il disait à cet électorat de choisir…

Ou est-ce parce qu’il mettait son nez dans tous les dossiers ?

Il y a aussi de cela. Son conseiller spécial Jean-Mée Desveaux était très mal vu par certains ministres et autres hauts fonctionnaires. Zot ti bien amerde. Zot pa ti dizer so bann interferans. Ils disaient qu’il était bien bien méprisant. Moi, je ne le connais pas. Il était à tous les comités. Les fonctionnaires ne pouvaient le sentir.

Au 21e siècle, n’est-ce pas la compétence qui doit primer pour celui qui aspire à diriger le pays ?

Je suis tout à fait d’accord. Combien de Mauriciens pensent comme nous ? Dites-le moi ? Sa nu lopinion ! C’est pour cela que je lui ai cédé le fauteuil de Premier ministre. Less mo dir ou ! Pour les élections de 2005, des agents sont venus m’interpeller. Ils m’ont invité à demander à Paul de ne pas se porter candidat au poste de Premier ministre.

J’ai dit non. Ils m’ont dit que si c’est ainsi, ils vont travailler pour les travaillistes. Attendez ! Savez-vous que même Rajesh Bhagwan, Jayen Cuttaree et Alan Ganoo m’ont dit la même chose ? Ils ont peur de dire ces choses-là à Paul en face ! Moi, je n’ai rien voulu y faire. J’étais en porte-à-faux. J’étais président de la République. Je ne pouvais me mêler de la politique active. Mo ti dir zot al koz ek li. Me zot per. Zot dir zot pa kapav.

Mettez-vous à la place de Paul : il aurait pensé que je voulais favoriser mon fils. Un groupe du secteur privé a même rencontré Paul. Il l’a insulté. Linn dir zot get zot bizness. Depi kan zot interess zot ek politik. Linn donn zot garanti li pe gagne !

Vous avez été à Plaine-Verte la semaine dernière. L’électorat a-t-il pardonné vos écarts de langage ?

Zame mo finn ena ekar de langaz. Ekskiz mwa ! Enn ferfout ekar de langaz mo pa finn ena. Mes adversaires ont détourné mes propos. Eoula, mo enn boug tro relizie pu insilte Coran. Je ne suis pas un athée comme certaines personnes en politique. J’ai le plus grand respect pour toutes les religions. De même que pour tous les livres sacrés.

Les religions sont comme des routes. Elles mènent toutes à Dieu. Vous pouvez être hindou, musulman ou chrétien mais il n’y a qu’un seul Dieu. Si je suis né hindou, ça doit être pour une raison. Pa lezot dimoun ki pou dir mwa monn mal ne.

La vérité c’est que Mouammar Kadhafi a fait circuler un tract dans le pays dans lequel il insultait des composantes de la nation. Ou kwar dan enn pei Moris kot mo Premie minis mo pou less sa pase ? Mo pou less enn lager relizie eklate dan mo pei ? J’ai convoqué l’ambassadeur de la Libye et je lui ai dit que ces insultes, ces insanités ne pouvaient être tolérées. Je n’ai même pas parlé du Coran.

La Hindu House vous donne sa bénédiction. Que s’est-il passé pour qu’elle retourne sa veste ?

La Hindu House ? Franchement, je ne saurais vous dire. Je n’ai aucune explication. Zot mem zot kone ki va et vient zot inn fer. Mais, à la fin, je les félicite d’être revenus à la raison.

Etes-vous toujours d’accord que les dirigeants de ces groupements défendent leurs seuls acquis ?

Parfaitement. Ils disent agir au nom de toute une communauté. Li pa korek. Car aujourd’hui, les Mauriciens sont intelligents. Ils sauront choisir. C’est pourquoi on voit souffler un vent de changement. Depuis que le Remake 2000 n’est plus, toutes les communautés confondues sont derrière nous.

Quelles seront vos relations avec ces groupements si jamais vous reveniez à l’Hôtel du gouvernement ?

Je n’ai jamais eu de relations spéciales avec ces groupes lorsque j’ai été Premier ministre. Mais je reconnais qu’ils existent.

Raj Dayal est-il un candidat crédible ? Il a déjà été pointé du doigt pour malversations dans l’octroi de contrats par la police...

Est-ce qu’il a déjà été condamné ? Jugé coupable ? C’est Ramgoolam qui a monté toute une cabale contre lui rien que parce que je l’ai nommé. Il y a quelques jours, il a fait transférer un policier parce que ce dernier a eu l’amabilité d’ouvrir ma portière. Avez-vous oublié comment Ramanooj Gopalsing a été remercié ? Bondie kone ki so rezon. Li bizin ziss so bann yesmen !Nous avons actuellement un commissaire de police tellement effacé qu’on se demande s’il existe !

Quels sont les choix que vous avez faits en tant que Premier ministre et que vous regrettez ?

Je ne vois pas quels regrets je peux avoir. Au contraire, je suis très fier de la façon dont j’ai dirigé le pays entre 1983 et 1995. J’ai sauvé le pays de la banqueroute. Quand j’ai pris la barre, la roupie était dévaluée par 50% et il y avait 100 000 chômeurs. Nous étions endettés jusqu’au cou. Les gens ne pouvaient faire deux repas par jour.

Avec mon équipe, j’ai pris toutes les mesures qu’il fallait pour relancer les piliers économiques ki ti pe al mor. J’ai personnellement introduit de nouveaux piliers, tels que le secteur financier et le port franc. L’industrie du textile a connu un second souffle. Le tourisme a connu un boom et Air Mauritius est devenue une société florissante.

En 2000, j’ai créé la cybercité et lancé le secteur des TIC (Technologies de l’information et de la communication). J’aimerais bien savoir où j’ai failli dans tout ce que j’ai accompli. Enn kiksoz parfwa dimun dir, mo finn sever, dir, hard... Dans un pays, il faut parfois être dur et imposer une discipline du travail bien fait. Il y va de la productivité. Si on ne le fait pas, si on n’applique pas la loi pour tous, il n’y aura pas de paix sociale, pas de développement, pas de prospérité.

C’est vrai, on m’a beaucoup critiqué pour cela. Mo ti pe servi langaz kuma dir mo pou koup ledwa (rires). Me mo pann dir mo pu koup ledwa fizikman. Monn rod dir mo pa pou toler narye. Mo ti sever. Si mo pa ti kumsa, pei la zame ti pou releve, lekonomi zame ti pou inn repran.

Pourquoi tant d’animosité entre Navin Ramgoolam et vous-même ?

Je n’ai jamais cultivé de la haine envers lui. Mo pa finn telma konn li. Mo pa finn frekant li. Je ne connaissais que son père. Sir Seewoosagur me racontait les fraka ki li ti pe fer. Kumsa mem papa la inn aste enn loto nef, li pa oule less li kondir. Papa la dir non, pui linn sede. Kan li pran volan li dir li pou al kraz loto la. La verite linn kraz loto la (rires). Ala ki kalite karakter li ena. Je ne vais pas m’étendre sur ses autres dérapages. À l’étranger. Comme à Maurice (soupirs).

Navin est quelqu’un de très rancunier. Li absoliman kuma enn zanfan gate. Son père, avant sa mort, m’a dit, ainsi qu’à plusieurs personnes, de ne pas le laisser faire de la politique. Ki si less li, sa mem pou pli gran maler sa pei la. Il était encore étudiant quand il est devenu leader de l’opposition. Pendant deux ans, il faisait le va-et-vient entre Londres et Maurice et touchait ses allocations. Ça dit tout sur le type de personne qu’il est.

Ensuite, bien sûr, on s’est critiqué, c’est normal en politique. Quand il a été élu, je l’ai félicité et lui ai souhaité bonne chance. Il a toujours eu une relation empoisonnée avec moi. Nou tou kone kan linn vinn Premie minis an 2005 kuma linn imilie mwa, fer insulte mwa par so partizan an publik.Kuma li dir mwa lev pake ale dan so diskour.

En 2005, je l’ai appelé de nouveau pour le féliciter. Je lui ai dit que je voulais lui parler face-à-face au Réduit, pour lui donner la lettre l’intronisant comme Premier ministre. Il a dit oui. Mais dans l’après-midi, il s’est excusé, disant avoir une prière chez lui.

Moi, je m’étais décidé à lui dire que je sais que nous avions été adversaires et que je peux comprendre que nous ne puissions travailler ensemble. J’avais l’intention de démissionner dans un délai d’un mois. En trouvant une excuse. En évoquant une quelconque raison personnelle. Je ne voulais pas qu’il m’humilie. C’est ce qu’il a choisi de faire. J’ai donc décidé de tini ferm. Il ne pouvait me faire partir sans good grounds. Voyez comme il est malhonnête : pendant un an et demi, il n’est pas venu au Réduit. Il ne m’envoyait aucun document du conseil des ministres. Maintenant, il dit que je lui ai conseillé de ne pas introduire le transport gratuit aussitôt sa prise de pouvoir, ce qui est faux ! C’est un faussaire. Il disait qu’il allait avoir un invité surprise à son meeting, non? Ainsi qu’une bombe. La surprise a été à Vacoas. Moi-même j’ignorais que Kee Chong Li Kwong Wing allait se retrouver sur notre estrade.

Quel est votre pronostic pour le scrutin de demain ?

J’ai fait mon propre assessment. Je n’ai sollicité l’aide de personne. J’ai été partout à travers le pays. Je prévois un minimum de 40 sièges pour nous. Et ça peut augmenter au gré où vont les choses.

26 November 2014

So long, Raj

Par Jean-Mée DESVEAUX
lexpress du 26 novembre 2014

Les nombreux patients qui ont visité son cabinet à La Louise se rappelleront de Raj Roy comme du pionnier de la chiropraxie à Maurice. Ils se souviendront de sa grande douceur, son cœur surdimensionné, et son dévouement. En ce qui me concerne, Raj, dont je suis fier d’avoir été le professeur au Collège du Saint Esprit dans les années 70, est le plus proche alter ego qu’il m’a été donné de rencontrer dans ce pèlerinage qu’on appelle la vie. Sa disparition équivaut donc à la perte d’une amitié très rare.

Après des études de chiropraxie en France, aux Etats-Unis et en Australie, Raj décide de revenir au pays natal en 1992. C’était un choix naturel pour ce patriote hors pair dont le plus grand rêve était de contribuer à l’avancement du pays.

Doté d’une belle intelligence et d’une intégrité hors du commun, Raj Roy n’allait pas tarder à trouver pénible le parcours du combattant auquel est confronté tout professionnel qui essaie, tant soit peu, de sortir du sentier battu au sein de notre île. Il me décrivait l’arrogance avec laquelle le ministre Jeetah le reçut quand il vint lui présenter son projet de loi pour régulariser le métier de chiropraxie au pays.

Raj savait surtout distinguer le bon du mauvais et son incapacité de pratiquer la langue de bois lui fit beaucoup d’ennemis. Contrairement à Messieurs Ramgoolam et Bérenger qui les laissent lâchement sévir, Raj reconnaissait dans la Voice of Hindu, le plus grand cancer qui menace de ronger la structure même de notre société. Il les opposa de tout son être, mais il était seul dans une île peuplée de lâches politiciens et de leurs suiveurs. Un matin, ce qui devait arriver dans ce no man’s land qu’est devenue Maurice, arriva : sa fille de 14 ans se fit braquée et menacée par des malfrats sur le chemin du collège. Raj n’eut d’autre choix que de faire sa femme et sa fille prendre le prochain avion pour Stockholm et mettre fin ainsi à son rêve mauricien qui avait tourné au cauchemar.

Il y a quinze jours, Raj prenait à son tour l’avion pour Stockholm, laissant derrière lui le pays qu’il avait voulu enrichir de sa façon. Je l’avais conduit ce jour-là pour écouter un orchestre à Quatre-Bornes auquel il participait de temps en temps. Ils avaient joué ses morceaux favoris, tels A brick in the Wall de Pink Floyd. Nous sentions tous qu’il y avait quelque chose de fatidique dans l’air. Je lui écrivis le sms qui suit alors qu’il était dans l’avion à onze heures, ce dimanche soir. C’était la dernière note que je lui écrivis car il s’est éteint à Stockholm jeudi.

''Dear Raj, in addition to everything else we have in common, we share your experience tonight of leaving this little rock so many times with hate or despair only to come back with hope and the ambition to make things better for all these souls we don't even know. We know deep down we are not like the others. While it gives us pride, we often feel it would be so much easier if we were. Horses, women, power, money make them tick. An old man who gets justice at last is what turns us on. We didn’t choose. “There’s a divinity that shapes our ends, rough hew them how we will.’’ My life was enriched by having you as a friend, Raj.''

18 October 2014

Pour Jean-Mée Desveaux 4 des mesures annoncées par l’alliance Lepep coûteront Rs 11,2 milliards

Le Defi du 18 octobre 2014


Les 12 mesures annoncées dimanche 12 octobre par sir Anerood Jugnauth lors du meeting de l’alliance Lepep ont été passées en revue dans l’émission « Au cœur de l’Info » sur Radio Plus samedi 18 octobre.

Ces mesures, parmi la hausse de la pension de la vieillesse à Rs 5 000, la baisse du prix du diesel et de l’essence et l’introduction d’un salaire minimum, sont-elles réalistes et réalisables ? Interrogé à ce sujet, Jean-Mée Desveaux, ancien conseiller de Paul Bérenger au Bureau du Premier ministre, affirme qu’elles sont « insoutenables pour l’économie ». 

Chiffres à l’appui, Jean-Mée Desveaux indique que quatre des mesures annoncées par l’alliance Lepep [hausse de la pension de vieillesse, baisse du prix du diesel et de l’essence, introduction du salaire minimum et construction de 2 000 logements pour les pauvres] coûteront environ Rs 11, 2 milliards à l’État. 

D’après ses analyses, la hausse de la pension de vieillesse nécessitera un fonds de Rs 3,5 milliards ; la baisse du prix du diesel et de l’essence nécessitera un financement de Rs 1,5 milliard ; l’introduction du salaire minimum coûtera Rs 5,2 milliards et la construction de 2 000 maisons annoncées par Xavier-Luc Duval pourrait s’élever à Rs 1 milliard. 

« Tous ces chiffres ne disent rien. Il faut obtenir la dimension de ce que ces chiffres représentent. Je vais donner leur ordre de grandeur : en 2013 l’État n’a recueilli que Rs 5 milliards à travers l’Income Tax. Pour ce qui est de la Corporate Tax, l’État a recueilli Rs 9 milliards. Les mesures de SAJ coûteront elles Rs 11,2 milliards. Comment pourront-ils faire une nouvelle dépense de Rs 11,2 milliards alors que le ministre des Finances pressenti par l’alliance Lepep [Vishnu Lutchmeenaraidoo] a dit qu’il n’augmentera pas la taxe ? » s’interroge Jean-Mée Desveaux. 

03 October 2014

Ces hommes qui nous gouvernent

Par Jean-Mée DESVEAUX
l'express du 3 octobre 2014
 
La politique est sans nul doute le plus noble métier dont un être humain puisse rêver. Aucune autre profession, en effet, ne permet à un homme de toucher tant d’êtres humains à la fois, d’améliorer leur niveau de vie, de maximiser leur sécurité, d’assurer l’avenir de leurs enfants et de créer un espace où il fait bon vivre. Pour cela, il est intelligent, foncièrement honnête, laborieux et fait immanquablement passer l’intérêt de ses concitoyens avant les siens.
Comment donc expliquer que chez nous, des politiciens de tous bords soient, à peu d’exception près, des hommes et des femmes parmi les plus abjects et méprisables que le pays contient ? Il y a plusieurs hypothèses possibles. Il se pourrait qu’à Maurice, la politique allèche les vauriens de tout genre. Il y a certainement pas mal d’honorables exemples au Parlement qui aideraient à fortement soutenir ce point de vue. Serait-ce, alternativement, parce que l’environnement politique à Maurice est si toxique que tout un chacun perd inéluctablement son idéal en devenant politicien ? S’il y a suffisamment de parlementaires dans cette catégorie pour soutenir cette approche, la question demeure la cause de cette toxicité.

L’origine de ce mal réside, en premier lieu, dans le morcellement que fait la politique de la population mauricienne. La carrière d’un homme politique à Maurice n’est pas axée autour du service des citoyens de la République dans leur ensemble. Dès qu’il devient membre d’un parti politique, on s’attend à ce qu’il oeuvre pour le segment de la population avec lequel il partage des liens ethniques. Sa circonscription sera choisie selon ce critère réductionniste et il aura pour électeurs des coreligionnaires à qui il fera croire, qu’à ses yeux, leur fortune est désormais aussi importante que la sienne. Ce que cela signifie vraiment n’apparaîtra que bien plus tard : son enrichissement personnel supplantera dorénavant toute considération du bien-être de ses mandants. Le tour est joué. Il peut dorénavant ouvertement asseoir la prééminence de ses intérêts personnels en faisant accroire qu’il oeuvre pour les siens. Sa circonscription a d’abord pris le dessus sur les intérêts nationaux. Ensuite, ses intérêts et ceux de ses coreligionnaires ne faisant plus qu’un, son enrichissement personnel leur permet le doux plaisir de vivre sa grande opulence par procuration.

Un des exemples les plus déroutants de ce phénomène est la dévotion que portent nos compatriotes d’une certaine caste, depuis plusieurs générations, vis-à-vis de l’enrichissement de la famille Seetaram, par le biais de l’État. Cette famille d’hommes d’affaires est véritablement remarquable.

TRAITEMENT PRIVILÉGIÉ

Le jeune Jim a obtenu un traitement privilégié aux mains du ministre Alan Ganoo pour implanter le projet de téléphérique des Sept Cascades sur les terres du CEB. C’était pour inciter Jim à poser sa candidature sous la bannière de l’alliance MSM/ MMM à Montagne-Blanche. Le même Jim, devenu ministre MSM, convoquera une réunion de famille avec son frère Shyam et son père Iswardeo, ancien Speaker, pour déterminer le choix politique que Jim devrait prendre afin d’optimiser la fortune du clan. Faisant acte d’apostasie vis-à-vis des Jugnauth, Jim devint un transfuge au profit des travaillistes, auprès desquels il est encore ministre. Paul Bérenger a laissé entendre durant la semaine que le cas du Téléphérique des Sept Cascades sera revu s’il est élu. Il n’a pas ajouté si les terrains et autres faveurs de l’État vis-àvis du projet de Sarako, entreprise d’énergie photovoltaïque que pilote Shyam à hauteur de Rs 1,2 milliard, fera partie de cet audit du patrimoine de l’État. Le retour de la famille Seetaram au bercail travailliste avait été motivé par ce projet qui a beaucoup profité des largesses du gouvernement travailliste depuis deux ans. L’audit auquel se réfère le leader mauve pourrait aussi chiffrer les prêts octroyés par les banques de l’État au patriarche de la famille il y a quelques décennies. Ce qui laisse pantois dans cette affaire c’est comment diantre certains de nos concitoyens ont pu succomber au leurre d’une famille d’affairistes dont le souci pour leur bien-être rivaliserait facilement avec celui que portait George Bush Jr à celui des sinistrés du Mississippi après Katrina.

Passant en revue notre Parlement, essayant d’obtenir un échantillon représentatif, il nous faut admettre qu’il y a aussi là des hommes qui ont abordé une carrière politique après avoir atteint les sommets de la réussite professionnelle. Côtoyant les nombreux colleurs d’affiches et autres suiveurs dont la notoriété n’aurait jamais dépassé l’honneur d’avoir siégé au comité central ou autre assemblée de délégués de leur parti, il y a les docteurs Rashid Beebeejaun et Vasant Bunwaree. Ce sont là deux spécialistes en médecine qui n’ont pas chauffé les bancs des universités du ministre Jeetah. Pédiatre et cardiologue, ce sont des hommes qui auraient honoré n’importe quel pays de leur choix s’ils avaient voulu un jour émigrer. Ils se seraient fait de l’or en Europe, en Amérique ou en Australie. Ils se défendaient pas mal du tout financièrement avant de tomber dans la caraille politique. Je me souviens du pédiatre de mon fils comme étant, à mes yeux, le professionnel le plus accompli des années 80 et il en va de même pour le Dr Bunwaree.

Parmi les hypothèses que nous avancions en haut, il est évident que ces deux hommes sont les victimes du caractère toxique de la politique mauricienne. Tout le monde vieillit. Ce n’est pas un crime, c’est la condition humaine qui l’impose. Mais ces deux-là vieillissent mal, très mal ! Quand nous voyons le tableau pathétique de ces deux ministres, nous savons que nous sommes dans une drôle de gérontocratie.

L’honorable Beebeejaun sied parfaitement l’hypothèse du politicien choisi pour des raisons ethniques à défendre les intérêts de ses coreligionnaires dont il aspire à être le chef de tribu. Comme dans la théorie précitée, il ne s’est jamais battu pour les citoyens mauriciens car ce n’était pas son rôle. Ce qui pourrait étonner par contre, c’est qu’il ne se bat pas non plus pour ses distants coreligionnaires. Ayant pris l’arbre pour la forêt, il se bat inlassablement pour que pousse ce chêne à l’ombre duquel ne pousseront dorénavant que des saules. L’honorable Beebeejaun aspire aujourd’hui à établir sa dynastie à travers un de ses fils. Le ministre Bunwaree, encore plus pathétique que son collègue, est devenu la risée du monde politique. En proie à des aspirations qu’on attribuerait à un âge moins canonique que le sien, son ministère subit les soubresauts typiques d’un lieu où les passions mal gérées prévalent sur la raison.

Il y a ensuite les nouvelles recrues du MMM post 2005 avec lesquelles je n’ai pas eu la chance de travailler. Je n’avais pas cru Paul Bérenger capable de renouveler son équipe de vétérans essoufflés. Ce n’était pas faute d’essayer. Mais il l’a fait. Ces nouveaux hommes et femmes étaient du calibre à rendre le pays très fier d’eux, ce qui n’est pas mal quand on sait comment Paul Bérenger peut avoir la main malheureuse dans ses choix de candidats.

Mais que voyons-nous depuis ? Des hommes apeurés, timides, suiveurs, terrifi és de regarder leur chef dans les yeux et de lui dire qu’il déconne sérieusement quand il le mérite. Incapables de maintenir leur autonomie intellectuelle, ils hypothèquent leur réputation, jusqu’ici intouchable, en faisant, sous la houlette et selon l’humeur du vieux chef mauve, par ici des courbettes devant un MSM infect ou, par là-bas, un Ramgoolam incapable de changer de moeurs politiques. Devenu de la bagasse politique sous le pressoir anti-démocratique du führer mauve ( à qui revient exclusivement le choix des candidats aux prochaines élections), ils sont devenus des politiciens fantoches qui retournent chez eux en évitant le regard interloqué de leurs conjoints qui ne les avaient jamais imaginés aussi lâches.

10 September 2014

Le silence des agneaux

Par Jean-Mée DESVEAUX
L’express du 10 septembre 2014

PENDANT près d’un demi-siècle, l’île Maurice a poursuivi son développement malgré les divagations et ater­moiements de ses politiciens. En vigueur depuis 1968 et au­jourd’hui fiable et bien huilée, la constitution qui sous-tend la machine de l’État, a permis le développement d’une île Mau­rice prospère. Il est vrai que le pays a, pendant ce temps, choisi de regarder ailleurs, alors qu’une part du gâteau natio­nal finissait dans les poches de l’élite gouvernante, dont le patrimoine vient aujourd’hui chatouiller les sommets jadis exclusivement réservés à nos barons sucriers. Mais, bien assise sur les rails posés par le Fonds monétaire internatio­nal, scrutée par l’Union euro­péenne et la Banque mondiale, l’économie du pays était ino­culée de la politique de nos rois fainéants qui préféraient, du reste, passer le plus clair de leur temps à diviser le pays le long de clivages ethniques à des fins électorales éphémères.

Cette stabilité disparaî­tra avec les prochaines élec­tions qui, sans exagération aucune, seront, et de loin, les plus importantes que le pays ait connues depuis l’indépen­dance. Il ne sera plus question, cette fois, de choisir le moins pourri ou le moins incom­pétent comme le pays l’a fait jusqu’à présent. Il s’agira de choisir entre la stabilité consti­tutionnelle, condition sine qua non d’un État socialement et économiquement viable d’une part, et d’autre part, un nou­veau système électoral qui n’a jamais vu le jour sur la planète terre. Que ce système, qui se­ra l’apanage du Dodo Land, est fait sur mesure et procède du cerveau de deux hommes, qui ont un passé riche en dé­saccords et en conflits, permet d’évaluer l’espérance de vie du brain child qui sera le leur à ché­rir et au peuple mauricien à en­durer bien après leur départ. Le dommage collatéral est que l’île Maurice perde, d’ores et déjà, l’image du pays politiquement stable où les FDI affluent et où le political risk premium est au plus bas.


 Dans une démocra­tie parlementaire, un parti qui prétend accéder au pou­voir commence par établir sa crédibilité à travers un pro­gramme qui démontre son aptitude à gouverner. Cela se fait de façon antagoniste avec, pour adversaire, le parti oppo­sé, dont le programme est exa­miné à la loupe. Au terme de ce débat d’idée, le pays juge la hiérarchie de priorité des pro­grammes ainsi que la trempe des hommes qui prétendent les mettre en oeuvre. Il arrive (très rarement) que deux partis politiques majeurs, au lieu de se soumettre au choc antagoniste et adversarial, décident plutôt de lier leur vision et donc leur avenir comme le font, en ce moment, le PTr et le MMM. Quand cela arrive, c’est inéluc­tablement pour s’assurer que le pays ne soit divisé à la veille d’une guerre, d’un cataclysme naturel ou d’autres menaces hors du commun. La menace passée, ils reprennent chacun leur rôle de chien de garde «to keep the other bastards honest».

ALLIANCE ATYPIQUE

Or, dans le cas qui nous concerne, le MMM et le PTr n’ont jusqu’ici absolument rien offert de concret qui expli­querait le besoin d’une alliance atypique (si ce n’est antidémo­cratique) entre nos deux plus grands partis politiques. De quelle grande menace peuvent-ils bien vouloir protéger le pays qui ne puisse se conjuguer en une explication claire devant le parterre de journalistes à Cla­risse House ? Au lieu de cela, le pays a eu droit à des inani­tés telles «l’unité de la nation arc-en-ciel» qui n’est, que nous sachions, pas menacée ou en­core «l’approfondissement de la démocratie» qui, elle, l’est très certainement. Comment, dès lors, ne pas conclure que la seule menace qui pèse sur ces deux chefs de partis est bien cette épée de Damoclès d’une joute électorale free and fair qui les opposerait et qui, avec une probabilité de 40 % à 50 %, risquerait de reléguer l’un des deux partis au carreau canne proverbial lors des prochaines élections. Fatigués, trop vieux pour se réinventer, incapables de propulser la nation vers de jours meilleurs sur la base d’un programme ambitieux mais réalisable, devenus trop mous pour ce stress du jeu démo­cratique qui leur paraît comme une roulette russe, ils s’allient en fait parce qu’ils sont convaincus que ce n’est qu’à ce prix qu’ils optimisent leur chance de sur­vie. Le réel adversaire est deve­nu ni plus ni moins le peuple mauricien lui-même qui, dans l’exercice insolent de sa prérogative démocratique, les a, tous deux, maintes fois, fait mordre la poussière électorale. On a donc recours à un stra­tagème constitutionnel pour neutraliser la libre expression de cette souveraineté populaire qu’on transfère ipso facto à un Bokasa indianocéanique et à son sous-fifre.

Deux faits remarquables relatifs à la nouvelle constitu­tion doivent être relevés. 1) Ce sera la première fois, hors d’Afrique et de ses républiques bananières, qu’un changement constitutionnel aussi drastique est motivé par le malaise d’un PM vis-à-vis de ses pairs pré­sidentiels à l’occasion des fora internationaux. 2) Sous l’effet de la terreur (à moins que ce ne soit du mépris) de la vox populi, le PTr et le MMM in­fligent une cinglante humilia­tion aux électeurs mauriciens. Dans une vraie démocratie, le changement constitutionnel qui précède l’avènement d’un président au suffrage universel, le choix entre un quinquennat et un septennat, la renouvela­bilité ou non du mandat pré­sidentiel, la balance du pouvoir entre PM et Président, entre autres, sont soumis à la volon­té du peuple à travers un réfé­rendum. Ici, le pays est invité, plutôt, à donner un blanc-seing aux prochaines élections à l’al­liance PTr/MMM qui, avec une majorité de trois quarts, apportera les changements que le peuple de moutons que nous sommes ne saurait adju­ger. Silence, on égorge !

Est-ce que ce qui précède n’est que les émanations d’une sinistrose chronique ? N’y a-t-il aucun aspect positif dans ce Remake 1995 par rapport au Remake 2000 que je n’ai, per­sonnellement, pas eu de cesse de critiquer jusqu’à son implo­sion ? Avec le regard d’un vé­téran de ces deux alliances, je n’hésite pas à lancer un soupir de soulagement que tout ava­tar du clan Jugnauth est éclipsé de la scène politique pour un bon bout de temps. Certaine­ment assez longtemps pour que SAJ ne puisse plus se pré­senter comme une alternative physiquement crédible. C’est un avantage de taille mais est-ce suffisant ?

AIRWAY COFFEE

Le crony capitalism, qui a été la marque des gouverne­ments mauriciens successifs, n’a pas pour autant disparu du rang des rouges. Si le sup­port électoral de Paul Bérenger représente un capital électo­ral certain pour le PTr (et vice versa), une valeur ajoutée du leader mauve reste son au­ra, qu’il a su conserver du politicien propre dans l’opi­nion publique. Si son vil flirt avec le MSM, après les avoir lui-même cloués au pilori, a quelque peu souillé ce blason, on peut toujours compter sur la mémoire toujours géné­reuse du peuple admirable. Le leader du MMM n’a-t-il pas lancé avec hardiesse à Cla­risse House qu’un des axes du nouveau gouvernement sera «a relentless fight against fraud and corruption!»? Ce slogan si cher aux Mauriciens en 2014 aurait certainement gagné en crédi­bilité si le leader mauve avait poursuivi «and we shall start forthwith by reviewing the tender procedures governing the alloca­tion of the Airway Coffee at the airport!» Cela, il ne le pouvait pas. Pas plus qu’il ne lui était permis de montrer son achar­nement au travail dominical en 1997. Cette gêne risque fort de miner le rapport entre ces deux partenaires une fois la lune de miel terminée.

La période de transition durant laquelle NCR sera PM et PRB Deputy PM sera suf­fisante pour nous convaincre que Navin pourra un jour pas­ser un petit coup de fil à Paul l’instruisant qu’il présidera le prochain conseil des mi­nistres sans que ce dernier ne soit transporté d’urgence aux soins intensifs le plus proche. Si cette période transitoire pouvait les convaincre de faire acte d’humilité et de conserver leurs pauvres titres de PM et de DPM, le pays en sortirait cer­tainement gagnant.