JM et les chefs coutumiers de la République démocratique du Congo

25 September 2013

Rational expectations and irrational behaviour

Par Jean-Mée DESVEAUX
l'express du 25 septembre 2013
 
Le Monetary Policy Committee (MPC) se réunit le 30 septembre. Ce comité détermine, à travers un vote démocratique, le repo rate qui est le taux directeur de la Banque de Maurice (BoM), un de ses instruments de politique monétaire. Jusqu’aux années 90, la BoM utilisait des moyens ''directs'' pour conduire cette politique. Cela se faisait à travers des directives aux banques auxquelles la BoM imposait des plafonds relatifs aux secteurs économiques et/ou des ''reserve requirements''.

Aujourd’hui, les moeurs économiques ont changé. Tout devient plus subtile et market oriented. Le plus grand changement de paradigme a été de doter, à tort ou à raison, tout agent économique que nous sommes, d’une faculté nouvelle qu’on appellera ''rational expectations''. Devant un choix économique, tout décideur est censé réunir toutes les données qui lui sont disponibles avant de trancher. Dès lors, il est impératif pour les autorités de juguler avec soin ces attentes rationnelles du public afin d’atteindre le but macroéconomique recherché.

Dans cette nouvelle configuration, la vielle opposition (qui semble encore animer certains débats) entre la croissance et l’inflation ne tient plus. Le gouvernement qui veut créer de la croissance (autrement insoutenable au vu des fondamentaux économiques du pays en question) en chauffant l’économie à blanc, verra cette croissance décélérer au fur et à mesure que le pays intériorise et factors in les données inflationnistes. Inversement, un gouvernement ne pourrait créer de la croissance en péchant dans la facilité inflationniste de la planche à billets qu’en prenant la population par surprise alors qu’elle ne s’attendait pas à une remontée de l’inflation. Et évidemment cela ne peut, par définition, être de longue durée car cette croissance sera vite rattrapée par les rational expectations des acteurs économiques.

Cette petite merveille théorique joue un rôle prépondérant dans le processus du MPC. Il ne s’agit plus ici de réunion secrète, bien au contraire. Toute décision est disséminée au grand jour car le message n’a de valeur que si elle est comprise par les agents économiques depuis le CEO jusqu’au leader syndical qui ajusteront leurs attentes en conséquence. Le comité indiquera son anxiété vis-à-vis du danger inflationniste en rehaussant son policy rate qu’est le Repo. Une diminution indiquera que ce danger est suffisamment éloigné pour donner du lest à la croissance. L’important c’est la clarté du message et la crédibilité que la population y associe. Aye, there’s the rub ! Car depuis la dernière réunion du MPC, celui-ci serait, selon les deux éminences grises économiques du pays, sans aucune crédibilité. Si nous assumons un instant qu’ils étaient rationnels lors de leur déclaration, cela n’augure rien de très bon pour la conduite de la politique monétaire du pays qui va ainsi à la dérive.

Ali Mansoor, le Financial Secretary (FS) qui est de formation économique a ainsi déclaré, lors de son intervention devant le MPC, le 17 juin : ''The MPC does not have the credibility in the market as it has consistently set interest rates which the market is not following.'' On pourrait penser que ce n’était pas très élégant de sa part ayant été l’invité d’honneur pour cette présentation. Mais il poursuit : ''The Bank of Mauritius has consistently been over worried about inflation and part of the problem lies in blindly following models.'' On aurait pu s’attendre à un peu plus de retenue du FS. Il est vrai qu’il sert un maître politique dont les attributions diffèrent grandement de celles du gouverneur de la BoM. Mais, en économie, rien n’est jamais tout noir ou tout blanc : on one hand…but on the other hand. Mais lui est catégorique, malgré le PRB 1 et PRB 2 et malgré un taux d’épargne national alarmant qui creuse notre balance du compte courant dangereusement, le Repo devait absolument être revu à la baisse ! Si le sort a souri au FS dans la mesure où trois mois plus tard, on ne constate pas une recrudescence fulgurante de l’inflation, son sens de la logique est-il sorti indemne de cet épisode ? Comment peut-on logiquement dire sur la même plateforme et le même jour que 1) Le MPC n’a aucune crédibilité et que son policy rate, le Repo, laisse le marché superbement indifférent et 2) ceux qui prônent une révision à la hausse du Repo Rate engagent l’économie dans une voie suicidaire ; que ''the spectre of unemployment is worrisome and the MPC should think very carefully about its responsibility .. to history''. C’est pour dire le moins un non sequitur qui démontre, on ne peut plus clairement, que le rôle que joue réellement le MPC au sein de notre économie n’est pas compris de façon claire et nette par le FS et, ça, c’est dangereux pour lui et pour nous.

Il est sans doute cocasse de suivre la foire d’empoigne entre le gouverneur et le FS qui fait Rundheersing Bheenick rencherir dans Business Magazine que le MPC a effectivement perdu sa crédibilité le jour où le FS y a pris la parole le17 juin. Nous y apprenons aussi, comme on pourrait s’y attendre, comment les affaires économiques du pays sont mal gérées. Ainsi le coefficient de Gini de 0,413 consacre une détérioration de l’inégalité qui n’a jamais été aussi mauvaise à Maurice;  le gouverneur a un rêve, comme l’autre, il y a cinquante ans. Mais M. Bheenick, lui, voit les plus démunis de la société mauricienne descendre dans les rues pour chercher réparation auprès du gouvernement et montrer simultanément leur appréciation au gouverneur de la BoM pour s’être vaillamment battu à leurs côtés contre l’inflation et les dévaluations compétitives voulues par les forces mercantiles et obscurantistes aux Finances. Il aurait été plus simple, mais moins amusant, de nous dire si le FS avait raison de douter du mécanisme de transmission du Repo Rate à l’économie et au marché en général.

Comme on peut s'en douter, le Repo rate n’est ni tout à fait impuissant ni tout à fait omnipotent. Les chercheurs du Fonds monétaire international (FMI) (voir les graphiques) trouvent ainsi que le ''policy rate pass-through to the lending rate is about 80% in Mauritius, one of the highest among sub-Saharan African countries.'' Ils trouvent aussi que le succès du mécanisme de transmission s’est amélioré durant la dernière décennie du fait que la BoM a choisi le Repo (au Lombard rate) comme policy instrument, ce qui est bien plus orienté au marché. Cependant, le hic est que l’effet du Repo rate sur les ''market determined rates'' tels l'interbank overnight borrowing rate et le 91 day treasury bills  (tous deux au-dessous du key repo rate depuis 2009) est négligeable. Mais il reste une lueur d’espoir. Ce mis-alignment est dû à une très forte liquidité excédentaire au niveau des banques (Rs 3milliards ou 1% du GDP chaque jour en 2012). Cet excès de liquidité engendre des taux très faibles au sein du money market et explique la faiblesse de la transmission monétaire. Il a d’autres effets néfastes sur notre économie dont la distorsion de la motivation des banques au niveau des emprunts et des prêts. Mais, est-ce aussi difficile d’éponger cette liquidité ? La BOM peut éponger cela à travers des Repo operations mais, en ce faisant, cela effriterait sa profitabilité car cela comporte un coût. La solution est donc que le gouvernement recapitalise la BOM avec des Government Bonds afin d’augmenter ses actifs collatéraux en Repo. Le FMI pense que le marché aurait ainsi bénéficié d’un ''increased supply of liquid assets''. Autant de sujets qui pourraient égayer tant de conversations entre le FS et le gouverneur de la BoM!




16 September 2013

Il se rue là où les juges n’osent s’aventurer

Par Jean-Mée DESVEAUX
l'express du 16 septembre 2013

La recommandation de la Commission de pourvoi en grâce au président de la République est tombée la semaine dernière. Les condamnés de l’Amicale ne seront pas graciés. Cet événement ésotérique fait suite à une séquence de décisions non moins abstruses. Mais les enjeux sont bien trop importants, car il y va de la pérennité d’une société juste et démocratique, pour que les questions ainsi soulevées ne soient l’objet d’un débat éclairé et dépassionné. La trame de ces événements acquiert, de plus, une dimension politico-judiciaire, avec la posture du MMM vis-à-vis des condamnés. L’autre dimension omniprésente de ce dossier demeure la mort atroce qu’ont connue nos sept compatriotes innocents. Ce leitmotiv nous rappelle le respect et le sérieux avec lesquels ce dossier mérite d’être traité.
 
La première chose à établir est que la Commission n’est pas une instance juridique malgré l’apparence que lui affuble un président qui fut chef juge. La Commission émane de l’exécutif et intervient après que le président de la République a été saisi d’un pourvoi ou demande de grâce. Une telle requête intervient quand les voies purement juridiques ouvertes au condamné ont échoué ou ont été épuisées. Mais ce qui importe de savoir c’est que ce n’est pas une instance d’appel. La grâce intervient alors même que la culpabilité du condamné n’est nullement remise en question. Inversement, si un condamné veut prouver son innocence, la Commission n’est pas l’instance à saisir. Comme le dit la Law Reform Commission of Mauritius (LRC) en novembre 2012 : «If he or she is innocent, it would be difficult to justify why he or she should need to be pardoned pursuant to the prerogative of the executive».

Dès lors, on réalise qu’un membre de la famille d’un condamné n’a nullement besoin d’apporter des preuves pour accompagner sa demande qu’un proche soit gracié. Il n’existe pas de critère spécifique pour faire une demande. La soumission du rapport «Wrongly convicted» de Me Valayden devant cette instance était intéressante mais superflue. Que la Commission ait commenté le rapport, en passant, est un bonus, car cela nous apprend que la vérification des preuves alléguées dans le rapport impliquerait un travail gigantesque qui dépasse, de loin, les ressources de la Commission. Que la Commission suggère aussi que «ces preuves» soient soumises au Criminal Appeal Act 2013 opérant sous ses critères de «fresh and compelling evidence» ne peut manquer de nous éclairer sur l’appréciation qu’a faite la Commission de ce document.

La Commission avait une palette de choix d’où puiser sa recommandation au président : elle pouvait accorder un pardon total, un pardon sous certaines conditions, un sursis pour une période définie (nombre d’années) ou indéfinie. Elle aurait pu aussi recommander que la peine imposée soit substituée par une sanction moins sévère. Mais de toute cette palette, la Commission de sir Victor Glover a retenu l’option la plus austère : aucune intervention du président.

Qu’est-ce qui a motivé ce choix sévère ? La Constitution ne spécifie pas les critères à appliquer dans ces cas-là. Une approximation nous amène à la liste de critères cités par Lord Bingham of Cornhill dans le jugement en appel du Privy Council dans le cas de Boucherville v The State of Mauritius (2008).

«In determining the sentence which a detainee has yet to serve, various factors might be taken into consideration, including pure retribution, expiation, expressions of the moral outrage of society, maintenance of public confidence in the administration of justice, deterrence, the interests of victims, rehabilitation and, last but not least, mercy.»

Le lecteur choisira le critère qu’il pense avoir pesé dans la balance de la Commission. Nous ne le saurons jamais. Cependant, devant l’événement qu’a été pour ce pays l’épisode tragique de l’Amicale, je pencherais personnellement pour «expressions of the moral outrage of society».

C’est avec ce même outrage qui imprégnait l’île Maurice en 1999, au-delà des clivages ethniques, que la société civile mauricienne doit abandonner sa torpeur et appréhender la récupération cruelle que fait Monsieur Bérenger du destin tragique des condamnés de l’Amicale à des fins bassement politiques. Après l’alliance du scandale du siècle, cette nouvelle initiative du leader du MMM démontre non seulement l’absence de convictions réelles mais surtout le manque d’initiatives pratiques qui lui permettraient de reconquérir le pouvoir de façon honorable. En panne d’idée sur un nouveau projet de société, incapable de se remotiver, paniquant devant le temps qui s’écoule, il s’adonne à des subterfuges qui lui auraient donné la nausée il n’y a pas si longtemps. Paul Bérenger «rushes in where judges fear to tread». Cet élu ne démontre plus le moindre respect pour la séparation des pouvoirs qui devrait l’empêcher d’empiéter sur les prérogatives du judiciaire. Il avait déjà franchi toutes les lignes rouges en lançant « un appel solennel à la Commission de pourvoi en grâce au sujet de l’affaire l’Amicale».

Maintenant que la Commission a traité son appel avec le mépris qu’il méritait, il s’arroge le droit de commenter la décision de cette instance constitutionnelle. Il a ainsi déclaré que «même le langage utilisé est terriblement cruel vis-à-vis des condamnés et des concernés». Ce membre du législatif n’a pas rougi quand, avec une arrogance intellectuelle qui accroît avec les années, il devient la sagesse infuse du Privy Council, de la Commission de pourvoi en grâce, de la cour d’appel de la Cour suprême et déclare donc, sa «conviction» que les quatre condamnés de l’Amicale sont innocents. Nous ne pouvons donc être étonnés, alors même que sir Victor Glover ne pouvait sonder les innombrables allégations du document «Wrongly convicted», que le leader mauve, lui, a tout parcouru, tout souligné, tout compris, tout vérifié et contre-vérifié, de sorte que le jour même où il regagne le pouvoir, les condamnés de l’Amicale seront libérés sans autre forme de procès. On est tenté de conclure que Monsieur Bérenger prend une pente qui fera de lui, très vite, un danger encore plus grand pour le pays que n’est déjà the present incumbent ! Et ça, il faut le faire !

Mais, donnons à Paul Bérenger plus de crédit qu’il ne donne aux institutions du pays et arrêtons-nous aux arguments qu’il avance dans ses moments de lucidité, loin du podium électoral. La première suggestion du leader mauve a trait au système de filtrage en amont de la Cour suprême sous le Criminal Appeal Act 2013. Un tel système vise à faire un tri avant que les applications en appel n’atterrissent à la Cour suprême. Le but est d’éviter que la population entière de la prison de Beau-Bassin n’aille encrasser l’emploi du temps chargé de nos meilleurs juges. Le Premier ministre (PM) n’avait pas opté, à l’origine, pour un filtrage des cas de condamnés qui se prévaudraient du nouveau droit d’appel. Sous l’argumentation de l’opposition MMM, de guerre lasse, il permit à la Commission des droits de l’homme de jouer ce rôle. L’opposition a prouvé, sans l’ombre d’un doute, que cette Commission est on ne peut plus inapte dans le contexte actuel. Cependant, dans l’esprit du PM, le réel travail se faisant en aval au niveau de la Cour suprême, un mauvais filtre est meilleur que pas de filtre du tout ! Paul Bérenger lui, désirait à la place de la Commission des droits de l’homme, un vrai bell and whistle «Criminal Cases Review Commission» (CCRC), comme le modèle britannique. C’est ce que recommande aussi la Law Reform Commission. Mais là où le leader du MMM se leurre c’est de croire qu’une CCRC mollifie nécessairement la loi et imposerait un test moins rigoureux aux quatre condamnés de l’Amicale que le test actuel de «fresh and compelling evidence».
 
Le leader mauve trouve «révoltant» et «inhumain» de demander de telles preuves. Un des arguments qu’il met en avant est qu’un nombre de preuves existantes auraient été mises de côté lors de l’enquête. On pense ainsi à la «découverte» par un expert canadien qu’une des victimes aurait été tuée sur le site avant même que le feu ne se propage à la maison de jeu. Il y aurait aussi une vidéo montrant les quatre condamnés loin de la scène du crime. Mais il a été clairement démontré que l’amendement au Criminal Appeal Act permettrait de telles preuves comme fresh and compelling evidence.

A d’autres moments, il se contredit et affirme qu’il n’est «pas évident d’obtenir de nouvelles preuves». Parfois encore c’est le hocus pocus selon lequel les événements de l’Amicale auraient eu lieu dans des «exceptional circumstances» qui est une formule pour remettre les condamnés en liberté sans autre forme de procès. En lisant ceux qui font une meilleure exégèse de la pensée du leader mauve que nous, ces circonstances exceptionnelles se résumeraient à une atmosphère délétère et anarchique sous Navin Ramgoolam en 1999 après Kaya avec un système judiciaire cherchant à tout prix des coupables sur lesquels accrocher le meurtre de sept Mauriciens. Mais avec le «test» que suggère Paul Bérenger c’est effectivement toute la population carcérale de Beau-Bassin qu’on libérerait impunément.

Pourtant, la Law Reform Commission recommande bien une CCRC où le critère «as to guilt» est bien la soumission de «fresh and compelling evidence». C’est aussi le critère qui prévaut au niveau de l’International Covenant on Civil and Political Rights que la LRC prend pour modèle. Mais plus frappant encore c’est également le test qui prévaut au niveau de la Criminal Cases Review Commission de la Grande-Bretagne que M. Bérenger prétend prendre pour modèle.
 
Mais, Paul Bérenger l’a reconnu lui-même quand il voulait faire porter le chapeau à Navin Ramgoolam. Tout cela n’a rien à voir avec le crime abominable de l’Amicale ou de la justesse de son châtiment. Il y a eu, au sein de la communauté de nos confrères musulmans, une vague d’espoir au sujet de cette affaire. Cela aurait engendré des political dividends hors du commun si, quelle que soit la cruauté effarante de la démarche, un politicien pouvait exploiter cette vague de sympathie et donner un feel good factor à une communauté meurtrie pour des raisons domestiques autant que géopolitiques. L’honorable Bérenger se devait de singer Me Rama Valayden même s’il fallait descendre aux enfers. Qu’il ose miser ce qui lui reste de crédibilité sur une combine, autant amorale que cousue de fil blanc, nous démontre ce qu’il reste de l’homme que ce pays a admiré pendant quarante ans. Il suffit, pour s’en rendre compte, de juger la crédibilité des preuves apportées par ces quatre condamnés de l’Amicale lors de leur jugement en appel à la Cour suprême en 2004 : three counts of sequestrating of witness avec l’aide du frère de l’un des accusés ; interfering with witness au niveau de l’enquête préliminaire et aux assises ; soudoiement de témoin pour qu’il change de version à plusieurs reprises avec une somme de Rs 200 000 et Rs 500 000 comme prime.

13 September 2013

Foreign labour : Facts vs Assumption

By Shakeel MOHAMED
Minister of Labour
lexpress du 13 septembre 2013
 
Dear Sir,
It was with great pleasure that I have read the article entitled ‘Les INCOHERENCES du ministre du Travail’ written by Mr. Jean-Mée DESVEAUX. It is not very often that we come across constructive criticism on issues of national interest. I may not always agree with everything Mr. Jean-Mée Desveaux writes, however, I appreciate his straight forward approach.

Nevertheless, I need to draw the attention of Mr. Desveaux and your readers to the following :

1. The decision to “freeze” the recruitment of foreign workers in the construction sector has nothing to do with the events that occurred at REAL GARMENTS LTD.

2. Several days before the events at REAL GARMENTS LTD, a meeting was held with the Vice Prime Minister and Minister of Finance and Economic Development and stakeholders of the construction industry. One of the aims was to find ways and means to encourage Mauritians to take up work within the construction industry.

3. That also meant to;

a. identify the scarcity areas within the sector;

b. Find out reasons that keep many Mauritians away from big construction companies and instead prefer to work informally within the sector;

c. Confirm information to the effect that Mauritian workers were being paid less when working for big constructions and earning more when sticking to the informal sector;

d. Assess information that foreign workers were being paid the minimum provided for in the relevant Remuneration Order (RO) as opposed to Mauritians who would rightfully expect more;

e. Once the scarcity areas identified provide appropriate training and placement to the local workforce with a view to widening the job opportunities.

4. I decided not to continue issuing permits in the construction industry while preparing for a new system. This will now enable us to use the time available until 15th October 2013 to hold consultations with all stakeholders in order to devise new policy options concerning issuing of work permits in the construction industry.

5. I am more than aware that foreign workers are essential to the construction industry as well as other sectors of our economy. However, I am duty bound to do everything within my power to at least try to widen the job opportunities for our citizens. This is in the national interest. It is only when we have done our level best to place the Mauritians at center stage of our economic development that we can safely afford to consider the foreign workers as a necessity.

6. In an attempt to give credence to his assumptions, the author has mixed the needs of foreign labour in the construction sector with that of the textile industry! He clearly believes that one size fits all. This is where we clearly differ. Let me underline that the measures taken in the construction sector do not in any way concern the manufacturing and export oriented enterprises. For example, the reasons that make a local stay away from the textile industry are not the same as the one keeping him away from the construction sector. The shift system being used in the sea food sector such as at Thon des Mascareignes is one of the reasons that keep local workers away from that sector and that cannot therefore be compared to the construction sector. I am in no way being confrontational when I underline the reluctance of the private sector to embrace new provisions of the law pertaining to night shift! Each sector face different realities. That is why it is imperative to allow each sector to flourish with its own requirements in relation to the need for foreign labour. I am once again not in any way against foreign labour. I am simply saying that it is only when Mauritians have been given all opportunities of training in scarcity areas that will in turn make them employable and we will reasonably be entitled to consider foreign labour.

7. When Mr. Jean-Mée Desveaux writes ‘‘ il fait abstraction du fait que les salaires que Real Garments payait aux Bangladais jusqu’à début août étaient bien la misère des Remuneration Orders, s’élevant à environ Rs 4 000…and ‘Que l’action industrielle du début du mois ait enfreint l’accord du 2 août qui octroie le nouveau salaire semble être un fait indéniable. Que ce soit équitable pour un employeur d’imposer 60 heures de travail pour une rémunération de Rs 8 500. Par mois nous renvoie à la case départ, soit que le salaire de base sans heures supplementaires demeure les Rs 4 000 du RO’’, he seems not to be aware of the provisions of the Employment Relations Act of 2008.

8. As Minister I can only operate within legal parameters pursuant to the Employment Relations Act.

9. The Remuneration Orders for the Export Enterprises and the Factory Workers Remuneration Orders date back to 1984. Those two RO’s, are what determines the minimum prescribed salary and conditions of employment within the relevant sectors. Why is it that those two RO’s were never sent to the National Remuneration Board for a complete review ever since 1984? Has this not contributed to Mauritians fleeing the sector? Has this not also contributed to an increase in the dependency of those sectors on foreign labour? You will surely agree that there is a correlation between the two! I have on the 22nd October 2012 in accordance with section 91 of the Employment Relations Act referred the two RO’s to the National Remuneration Board for a complete review.

10. I have done so because I am not satisfied with the wages and conditions of employment prevailing in that sector.

11. In light of the above;

a.Can a Minister of Labour, Industrial Relations and Employment ask any person paying the minimum wage as prescribed by a RO to pay more?

The answer is no. I am, unfortunately, not legally entitled and empowered to do so.

b. How can a worker obtain more that the minimum prescribed wage?

The way forward is to engage in negotiations and/ or a “collective bargaining” mechanism.

c. Can a Minister of labour intervene in such a process?

The answer is no. I am not legally entitled or empowered to do so unless both parties call upon the Minister to intervene.

d.Can the Minister unilaterally get involved in the process of negotiations between the workers and employers even as regards the issue of overtime?

The answer is no.

12. In the case of REAL GARMENTS LTD, neither was I nor was any officer of my Ministry ever called upon by both parties to intervene or help in the negotiations process between worker and employer, which led to the agreement of the 2nd of August 2013. It would therefore have been unlawful for a Minister to intervene unilaterally in those negotiations. Had I done so, I would have been in violation of the law of the land and international conventions of the International Labour Organisation (ILO). The ideas you put forward in the article are therefore based on totally wrong premises.

13. As regards the Decent Work Country Programme, I have requested the ILO to provide us with experts to advise on the merits of a National Minimum Wage Policy. Moreover, the National Tripartite Forum will soon be called upon to engage into full-fledged discussions on this issue, which I hold very dearly. In the mean time I am obliged to operate within the parameters of the law even though Mr. Jean Mée Desvaux seems to be of the view that to do otherwise is acceptable.

14. I thank Mr. Jean Mée Desveaux for providing me with a defense for my alleged “erreur de jeunesse”. I take it as a compliment. I only wish I could reciprocate by providing him with a defence. I unfortunately cannot because his experience knowledge and “age” make him duty bound to base his reasoning on facts as opposed to assumptions. Now that the author is in presence of facts, I humbly invite him to revisit his conclusions. As for me, I look forward to more such articles as that of the author Mr. Jean Mée Desvaux. Such views can surely contribute positively to the construction of our nation.

15. I am 45 years old. Proud to have been born in 1968, the year we obtained our freedom. Mauritian brains, heart and sweat have forged our economic success. I believe in the ingenuity of our people. I want our people to believe in themselves. Belief in our ability as a nation will make us masters of our destiny. Our human capital is our only natural resource that holds the key to the future we all would like our children to live in.


OUR REPLY

 by Jean-Mée DESVEAUX

We have no doubt that the reader will appreciate Minister Shakeel Mohamed’s paper “Facts v/s Assumptions”. We thank him heartily for his courtesy and for this contribution in enlightening the Mauritian public and employers alike on a move which has so far shocked a myriad of employers’ organisations in the local construction industry. It stands to reason that if Mr. Mohamed’s explanation had preceded his new initiatives rather than the reverse, he would not have needed this damage-control exercise.

I kindly draw the Minister’s attention to the fact that I am not guilty of the first point he criticises me for. Unlike several other commentators in the media, I have drawn no causal relationship whatsoever between the REAL GARMENTS incident and his introduction of the foreign labour restriction in the construction industry. L’express was aware of the meeting he had held with employers in the construction industry. It is interesting to note, by the by, that we have had the opportunity to meet some of the employers present at that meeting who declared themselves rather surprised by the Minister’s subsequent knee jerk reaction regarding foreign workers.

All Minister Mohamed’s points from 2 to 5 are cogent and perfectly acceptable.

Relative to point no 6): I have made no assumptions in the paper. And I certainly didn’t need the one Mr. Mohamed attributes to me. My method was a very simple one of bringing to light various statements from the same Minister which, having been uttered at different times and in different circumstances, do not, unfortunately for him, agree with each other. I have not been accused of misquotation.

In the Minister’s interview in Weekly that I quoted, Mr. Mohamed puts the Thon desMascareignes on a par with the construction industry regarding these sectors’ difficulty in attracting local manpower. And that quote is quite graphic. No criticism of misquotation here either. I didn’t draw that parallel between sectors, he did.

We cannot but agree with the Minister that we should use all our labour force before employing people from other climes. He cannot be criticised for that. Wouldn’t the Minister however acknowledge that you can bring a horse to water but you can’t make him drink! The local workers snub the construction industry, as he has himself often reiterated, and if Mr. Mohamed solves that problem in three months’ time, we promise to declare him a nonpareil in our columns.

Point 7 and 8 are quite interesting. The Minister says that in spite of the equity argument which he totally agrees with, he can only abide by the parameters of the law. We understand that. It is unfortunate that the Minister does not quite apprehend that the image he conveyed in the midst of the REAL GARMENTS foray was not that of a reluctant supporter but that of an ardent adherent full of gusto in the conviction of his cause. May we attribute that one to his youthful enthusiasm overtaking his collected self again?

Point No 9 is a piece of welcome news which all Mauritians will be relieved to learn. Why hasn’t the Minister’s communication cell deemed it proper to disseminate such important information much before the stuff hit the fan?

Having received the information from the Minister’s paper and seeing no challenge to the veracity of the mutually exclusive quotations, I cannot but fear that Mr. Mohamed has a mild to severe form of foot-in-mouth disease. This prognostic is not as severe as it sounds in view of the age of the patient who will one day, like Andrew Marvell, be able to say “but at my back I alwaies hear, time’s wingéd chariot hurrying near”.

12 September 2013

Les incohérences du ministre du Travail


Le ministre du Travail, Shakeel Mohamed est intervenu dernièrement sur deux dossiers essentiels de l’économie, soit le textile et la construction. Ses prises de position suscitent cependant des interrogations eu égard à la conjoncture actuelle qui requiert de la prudence. Eclairage.
 
Par Jean-Mée DESVEAUX
l'express du 11 septembre 2013
 
Que le ministre du Travail, Shakeel Mohamed veuille se démarquer de la médiocrité de ses collègues ministres est une chose compréhensible. Il a de son côté l’énergie de la jeunesse, une excellente éducation qui lui permet de s’exprimer lucidement, un statut social enviable qu’il détient de son pedigree politique de plusieurs générations et pour couronner le tout, un caractère bien trempé pour souder tous ces dons que le sort lui a octroyés. 

Ce qu’on pourrait, par contre, lui reprocher, ces jours-ci, c’est qu’il se déclare ex cathedra sur un nombre grandissant de sujets où il décrit une posture philosophique ou économique qu’il viendra ensuite contredire par ses actions. Ceci donne une impression de manque de conviction, de sincérité et souvent même, de sérieux. 

Ainsi, bien avant la grève des ouvriers bangladais à l’usine Real Garments Ltd, il avait déclaré, en parlant d’un employé des transports publics qui recevait encore Rs 10 000 : «Je trouve cela inacceptable, d’autant plus que Maurice a signé la convention du Decent Work Country Programme avec le concept de Decent Wages for Decent Work. Ces employeurs doivent se rendre compte de la réalité et accepter d’engager des négociations collectives avec les syndicats». Il allait même ajouter, de façon prémonitoire : «Trop souvent, des employeurs, à Maurice, se contentent de suivre ce que préconisent les Remuneration Orders. Savez-vous que le RO dans le secteur du textile n’a pas été revu depuis 1980 ? Sa sistem la, li totally unfair. On ne peut continuer à ne payer que le minimum».

Et c’est pourtant au secours d’un tel employeur du secteur du textile que le ministre du Travail intervient avec une force disproportionnée moins de deux mois plus tard. Dans une mise au point servie à l’express après la publication d’un article d’opinion de Deepa Bhookhun la semaine dernière, «with a view to setting the record straight», le ministère manipule la séquence des événements et la sémantique pour noyer le poisson. Le ministère affirme que  «Real Garments a respecté l’accord de Rs 8 500 et (qu’) à aucun moment il n’a trouvé de travailleur qui ne touchait que Rs 4 000». Il fait abstraction du fait que les salaires que Real Garments payait aux Bangladais jusqu’à début août étaient bien la misère des Remuneration Orders (RO), s’élevant à environ Rs 4 000 et qu’à travers l’action des 14 travailleurs expulsés du pays, l’entreprise a été obligée de signer un nouvel accord le 2 août pour changer ces salaires de misère. 

Comment, sinon, comprendre la déclaration du ministre au Mauricien dans son édition du mercredi 4 septembre : «Saviez-vous qu’en date du 2 août dernier, un accord a été signé avec le patronat portant sur une révision salariale représentant au moins le double des salaires». Si le salaire de Rs 8 500 est le double des salaires qui existaient préalablement, ces salaires d’avant le 2 août étaient bien, comme l’ont dit les journalistes du Mauricien et de l’express, dans les eaux de Rs 4 000 et des poussières. Et si le ministre, à travers sa mise au point, voulait se défendre d’avoir volé au secours d’un employeur «domineur» dont il décriait, il y a deux mois, la perfidie, c’est raté ! 

A partir de là, les choses deviennent un peu plus troubles car cet accord stipule du coup que pour obtenir les nouveaux salaires, les employés doivent travailler 15 heures de plus que les 45 heures stipulées dans leurs conditions de base. On peut présumer que le nouveau débrayage de la semaine dernière (sous l’instigation des 14 «meneurs») visait à faire accepter le nouveau salaire dans les 45 heures réglementaires, de sorte que les 15 heures additionnelles soient rémunérées «over and above». Que l’action industrielle du début du mois ait enfreint l’accord du 2 août qui octroie le nouveau salaire semble être un fait indéniable. Que ce soit équitable pour un employeur d’imposer 60 heures de travail pour une rémunération de Rs 8 500 par mois nous renvoie à la case départ, soit que le salaire de base sans heures supplémentaires demeure les Rs 4 000 du RO. Le directeur des ressources humaines de Real Garments, M. Shyam Hurday le confirme : «C’est impossible de trouver un compromis sur cette question. Le salaire est fixé par le ministre du Travail. Si on accepte, cela va créer un précédent et aura un effet domino sur les autres usines». 

Construction : priorité aux Mauriciens
Mais, plus inquiétante encore que sa sortie dans le domaine du textile, c’est la dernière initiative du ministre Mohamed dans le domaine de la construction qui attire l’attention. Shakeel Mohamed a en effet annoncé, à l’occasion d’une conférence de presse, le mercredi 4 septembre, que l’Etat gèlerait dorénavant toute nouvelle demande de permis de travail d’ouvriers étrangers dans la construction. L’objectif du ministre est d’accorder la priorité à l’emploi des Mauriciens. Cette mesure intérimaire atteindra un nouveau seuil le 15 octobre  quand l’octroi des permis de travail aux étrangers sera régi par de nouveaux règlements dans ce secteur. Cette mauricianisation des ressources humaines devrait, à terme, être étendue à d’autres secteurs.

Cette décision abracadabrante qui défie toutes les lois économiques régissant le marché de la construction semble avoir été concoctée lors de réunions de travail avec le Joint Economic Council (JEC), la Mauritius Employers’ Federation (MEF) et la Building and Civil Engineering Contractors’ Association (BACECA) dont l’énergique président, Anwar Ramdin, mène une bataille protectionniste acharnée en faveur des membres de son association. Le représentant de la  BACECA a en effet réalisé qu’il y a un problème de ralentissement de 7 % à 10 % dans son secteur. Mais au lieu d’un remontant, c’est littéralement une balle dans les pattes du secteur de la construction que tire aujourd’hui M. Ramdin. Il a réussi, au risque de scléroser ce secteur, à lui fournir une protection de 15 % sur les offres de tout concurrent international. Il se bat ainsi contre des bailleurs de fonds tels que la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) qui refusent cette logique économique dépassée. Malgré les fortes allégations de  corruption qui planent sur l’octroi de très gros contrats gouvernementaux à certains membres influents de son organisation, le président de la BACECA prône une réduction de «la lourdeur administrative entre l’appel d’offres et l’allocation d’un contrat». Aujourd’hui, un clou additionnel que la BACECA vient ajouter au cercueil du secteur demeure le fait qu’il a réussi à convaincre le ministre du Travail à le priver du life blood qui lui permettait d’irriguer ses vaisseaux sanguins. 

Si le protectionnisme, voire la xénophobie, que prônent ces deux hommes avaient existé au sein du secteur du textile et de l’habillement avant, ce sont plusieurs points de notre croissance économique annuelle et plusieurs milliards pendant des décennies que leur politique aurait empêché le pays d’engranger. Les dizaines de milliers d’ouvrières chinoises ont permis, à travers des centaines de milliers d’heures supplémentaires (que refusaient nos concitoyens), de rattraper des commandes de dernière heure. C’est ce qui a donné la possibilité à leurs entreprises de rester à flot pendant le choc du démantèlement du  Multifibre Agreement qui avait été jusque-là notre filet de protection.

Mais le pire, c’est que MM. Ramdin et Mohamed ne peuvent même pas plaider l’ignorance. En effet, quand il prônait la préférence pour les compagnies locales de construction il y a quelques mois, M. Ramdin s’était dit conscient que «beaucoup de compagnies locales emploient des étrangers». Il estimait cet apport étranger au sein de la main-d’œuvre des membres de son association à 20 %, soit un travailleur sur cinq.  Il connaît aussi la perception dont jouit cette industrie aux yeux de la main-d’œuvre locale : «Les jeunes ne sont pas intéressés par le secteur à cause de l’absence de sécurité d’emploi. Ils ne savent pas s’il y aura de nouveaux chantiers sur une base régulière». Il a pourtant déclaré qu’il comptait sur le démarrage de quelques gros chantiers au niveau des infrastructures publiques pour éviter les licenciements. Il n’a pas encore compris que la présence des étrangers  sur ces chantiers est une garantie de la pérennité de ces emplois mauriciens, pas le contraire. Les membres de la BACECA et même ceux qui avaient à un moment semblé être partie prenante de l’initiative de M. Ramdin l’ont bien compris. Ainsi, l’Acting Director de la MEF a exprimé son étonnement et son inquiétude à notre confrère du Mauricien devant la décision du ministre Mohamed : «Il y a un manque cruel de travailleurs mauriciens pour certains métiers. Certaines entreprises dans le secteur de la construction peuvent être confrontées à des difficultés.»

Mais il n’y a pas plus conscient que M. Mohamed lui-même de l’impossibilité d’employer des Mauriciens dans des secteurs spécifiques. Parlant de Thons des Mascareignes, mais spécifiant que le problème touche aussi le secteur de la construction, il avait déclaré à Weekly : «They want to recruit people in their factory. They have gone through the empowerment programme and have had 300 names given to them from the data base. They called 300  job-seekers. Only 100 people were interested. Out of the 100, only 21 went for the interview. And out of 21, only 4 showed up for work…They did not want to work for 45 hours. They did not like the smell. They would prefer a job in government.»

Le goulot d’étranglement que M. Mohamed crée ainsi consciemment représente un danger on ne peut plus réel pour notre économie. Le secteur de la construction est essentiel au processus d’investissement au sein de l’économie (Gross Domestic Fixed Capital Formation). La Mauritius Commercial Bank (MCB) s’attend à ce que le Capital Spending du secteur privé poursuive sa courbe descendante depuis des années pour atteindre un ratio de 17 % au lieu des 24 % nécessaires. Les projets d’infrastructures du secteur public, qui tendaient jusqu’ici à pallier cette hémorragie privée menacent de n’être qu’un mirage après la dernière lettre du Financial Secretary. Cela n’augure rien de bon pour notre National Investment Ratio qui descend cette année à 21,9 % au lieu des 30 % nécessaires à la création d’activité optimale dont l’emploi au sein de l’économie. 

Quand on se rappelle que dans les 3,2 % de croissance de l’économie mauricienne en 2013, la contribution de l’investissement a subi un recul de - 0,4 % alors que la consommation était, elle, de 2,7 %, le ministre du Travail a intérêt à revisiter une décision impétueuse que le peuple serait probablement disposé à attribuer à une erreur de jeunesse.

02 September 2013

Le nez mauve de Paul Bérenger


Par Jean-Mée DESVEAUX
l'express-dimanche du 1er septembre 2013

La réflexion amorcée au début de l’année par Paul Bérenger semble atteindre un tournant décisif ces jours-ci. 2013 était un peu son annus horribilis avec la perte de deux êtres proches et un début de cancer. Mais bien que la tentation d’émoustiller la sympathie des électeurs ait dû se présenter à cet être éminemment politique, donc histrionique, il n’est jamais tombé dans le pathos du self-pity.

De tous les paramètres qui compliquent son calcul, le temps qui passe et qui ne se rattrape plus est, de loin, celui qui le tenaille le plus. Ainsi, à peine débarqué de France, il laisse percevoir une grande nostalgie le premier mai. Il a vu le temps passer en clinique : « Ramgoolam finn Premie minis sa pei la pandan 13 an ! 13 an gaspiyaz ki linn fer ! Si ti donn mwa sa, mo ti va fer veritab mirak ekonomik pou nou pei. » Rares sont ceux qui ne reconnaissent pas le contraste qu’il décrit entre ces deux hommes. On se rappelle même d’un Premier ministre (PM) par intérim qui débloqua une pile de dossiers qui s’étaient accumulés sur le bureau du PM, un certain dimanche de 1997. C’est ce qui créa, d’ailleurs, le début de la brèche de cette coalition-là.

Le séjour à la clinique aura permis à Bérenger de se ressourcer et de préparer, à son retour au pays, un débat d’idées qui a été trop longtemps absent au MMM. Les choses se bousculent dans sa tête. D’abord, les questions d’ordre pratique : allait-il prendre un congé politique qui entraînerait sa démission du Parlement ? Reprendrait-il un jour les rênes de l’opposition ? Emmanuel le remplacerait-il dans sa circonscription ? Qui est à même de le remplacer sur le long terme au sein du parti sans provoquer un éclatement ? La réforme électorale et la représentation proportionnelle, le Best Loser System, tout se bouscule. Mais il y a aussi les idées d’ordre idéologique et moral. Sa visite en France a coïncidé avec l’affaire Cahuzac où un ministre français a menti de manière déshonorante à son Premier ministre sur ses avoirs. Une crise morale a secoué la gauche française que François Hollande a résolue avec doigté en mettant à la porte le ministre coquin et en obligeant ses collègues à révéler leur patrimoine au grand public. Bérenger, qui suit la chose de très près, déclare : « Jusqu’à cette crise, je n’étais pas impressionné par François Hollande. Il a bien réagi. Le Parti socialiste français est bien divisé. Je lui souhaite bonne chance… des leçons doivent être tirées » de cet épisode.

Cette crise morale, cette opération propre et le besoin de retrouver la confiance du pays sont des thèmes qui sont au coeur de la préoccupation du leader mauve en convalescence. Quand il dit qu’il y a des leçons à tirer, il sait de quoi il parle. Le pays se souvient distinctement d’une certaine pirouette morale monumentale qui a causé une fracture au sein de l’alliance gouvernementale PTr-MSM-PMSD. Paul Bérenger avait pourtant majestueusement démontré que la vente de la clinique Medpoint (où la famille de l’ex-président sir Anerood Jugnauth et son fils, ministre des Finances d’alors, avait de gros intérêts) a été faite de façon éhontée au détriment de l’intérêt de l’État.

Son argumentaire était, du reste, si réussi qu’il persuada le Parti travailliste, parti majoritaire de la coalition, de laisser partir des alliés aussi véreux plutôt que de se plier à leur chantage et d’intervenir auprès des instances judiciaires pour les dédouaner. Mais, lo and behold : une fois la cassure entamée, il a le toupet de prendre congé de tous les principes et de la moralité, qui l’avaient jusque-là animé dans sa plaidoirie, et crée une alliance politique nommée « Remake 2000 », avec les mêmes Jugnauth et leur MSM qu’il considérait pourri seulement la veille ! On était habitué au revirement de veste et aux alliances vétustes des partis politiques pendant des décennies mais celui-là a bouché un coin à plus d’un.

Comment donc annoncer un nouveau virage vers une politique d’intégrité, de transparence et de la propreté « à la française » quand on est pieds et poings liés, au sein d’une alliance, aux principaux acteurs du « scandale du siècle » ? Telle est la tâche qui incombait au leader du MMM à son arrivée à Maurice et il décide donc de passer son message à travers le thème : « Le socialisme aujourd’hui ». Cet exercice de communication devenait d’autant plus important que le silence des « agneaux », qui subsistait jusque-là sur cette alliance, créait une sérieuse impression de moutons de Panurge au sein du parti qui se prétend le plus démocratique du pays. Ainsi, Vijay Makhan a dû se mettre sur la défensive et expliciter l’apparente soumission des dirigeants du MMM à leur grand chef : « Si l’on n’entend pas quelqu’un du MMM remettre en question une quelconque politique du parti (NdlR : le Remake), c’est parce que la ligne du parti est débattue en long et en large au sein de ses instances où chaque membre a la liberté de s’exprimer et, ainsi, n’éprouve nullement le besoin d’en parler sur la place publique. » Cet argumentaire persuasif a été sérieusement mis à l’épreuve avec l’absence totale de questions pertinentes adressées au leader par une salle pleine à craquer du rank and file du MMM et du MSM durant la conférence. En termes de captive audience, on ne trouve pas mieux.

Mais il s’avère plus facile d’admirer la volonté purificatrice de François Hollande que d’émuler son exemple au sein du Remake 2000. La thèse de Paul Bérenger s’articule autour de thèmes clés ou « core values » dont le plus délicat, dans la circonstance, est celle de la moralité politique. Il déclare ainsi : « Le socialisme doit être synonyme d’anticorruption, de zéro tolérance vis-à-vis de la corruption et des passe-droits. C’est à nous de donner l’exemple de moralité. » Et il promet, mais de façon bien moins virulente qu’en mai (quand il avait choqué certains sur cette question), « d’introduire la déclaration publique des avoirs des ministres et des députés ». Il finit son discours de plus de deux heures, durant lesquelles il a vanté le monument de moralité qu’était Mendès France, en se disant honoré que sir Anerood Jugnauth, confortablement assis au premier rang non loin de son fils, a tenu à être présent à l’occasion ! Comme il n’est pas pauvre en esprit, Bérenger réalisait que son geste s’apparentait à un François Hollande remerciant Cahuzac de s’être si gentiment déplacé pour sa conférence. Dès lors, il aurait été inutile de poser une question au conférencier quant à savoir comment, arrivé au pouvoir, il initierait un plan d’action national pour que soit révélée au public l’information sur ceux qui détiennent et profitent réellement des trusts, comme le Sun Trust, qui permettent de dissimuler les bénéficiaires d’un placement et rendent ainsi inefficace toute lutte contre le financement illégal des partis politiques, le blanchiment d’argent, la corruption ou l’évasion fiscale. Beaucoup sont donc sortis de la conférence déçus, pensant qu’elle était morne, pas pertinente à la situation de l’île Maurice de 2013.

Pourtant, le thème archi-dépassé a permis au conférencier de passer un message codé inédit jusqu’ici ! En maître de communication, Paul Bérenger a expliqué pour la première fois, sans le dire ouvertement, le dilemme auquel il était confronté lors de sa décision de l’alliance MSM-MMM. C’est ce qu’on appelle parler en différents registres et on peut deviner que ce n’est certainement pas le message qu’a retenu l’invité d’honneur. Alors que beaucoup dans l’audience se perdaient dans les méandres de la Tunisie, de l’Australie et d’autres horizons lointains où des soi-disant socialistes faisaient honte à la fraternité socialiste, le leader du MMM expliquait son dilemme d’avoir eu à conjuguer entre les courants opposés : d’une part, une reprise du pouvoir après sept cruelles années d’absence et, d’autre part, la fidélité aux principes de moralité publique auxquels il aurait préféré adhérer s’il avait eu le choix. « Il importe de respecter les principes fondamentaux. Mais nous existons pour prendre le pouvoir afin de changer Maurice. Il s’agit de trouver un équilibre entre le respect de nos principes et la prise du pouvoir. » Le compte rendu de Jean-Marc Poché du Mauricien nous permet ainsi de capturer Bérenger se pinçant le nez pour gravir de façon « réaliste » (ou machiavélique) les marches du pouvoir. Le leader du MMM se dévoile presque au grand jour quand il admet sa problématique dans ses moindres détails. « Parfois, nous agissons trop à la légère et prenons trop de liberté avec les principes pour gagner les élections. Ce n’est pas facile. Ceux qui ont la responsabilité de diriger les partis savent qu’avoir un équilibre entre le principe et le pouvoir est un défi permanent. »

Ce que nous explique ici le leader du MMM n’est rien d’autre qu’une théorie néomachiavélique. Oui, il aspire aux valeurs de la moralité politique dans un État propre avec des ministres intègres comme lui. Il oeuvre pour un État où régnerait la transparence, la déclaration publique des avoirs et où l’affairisme « excessif » serait inexorablement puni. Mais comme il ne peut seul faire accéder le pays à ce Nirvana, il est disposé à faire des compromis pas très avouables avec des gens d’un tout autre acabit dont il se servirait pour instaurer l’âge d’or. La fin justifie les moyens ! En ce faisant, ceux qui seraient tentés d’analyser sa démarche d’homme politique dans cette mouvance se doivent de faire une stricte distinction entre lui, « homme de grande probité », « soucieux du sens moral en politique », et ceux, « sans scrupule », qui ne sont là que pour permettre au MMM d’atteindre son noble but.

C’est pour cela, donc, que notre analyse, avec preuves à l’appui que sur la scène politique locale, toutes alliances confondues, les politiciens se ressemblent, l’agace au plus haut degré. S’il est allié, pour des raisons pragmatiques, à certains politiciens indignes, il ne se considère pas pour autant de leur espèce. Ainsi, à Bar Chacha avec les leaders du MSM assis dans la rangée d’orateurs, il dira : « Zordi ena dimoun (NdlR : une certaine presse où sévit votre correspondant) pe kre enn santima ki politisien rod zot lavantaz, oule ranpli zot pos… Li pa vre… ena politisien ki onet, ki pou fer prizon, ki pou mor pou bann prinsip… Se sa kalite politisien-la (NdlR : Paul Bérenger) ki pe dir ou pa perdi lespwar dan lavenir nou pei. » Il est peu probable que les subtilités casuistiques de cette thèse novatrice aideront le leader du MMM à convaincre les 40 % d’électeurs indécis de ce pays.