JM et les chefs coutumiers de la République démocratique du Congo
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14 September 2005

“Le bon choix des hommes est crucial pour le pays”

l'express du 14/09/2005

QUESTIONS À JEAN-MÉE DESVEAUX, CONSEILLER DE PAUL BÉRENGER DANS L’ANCIEN GOUVERNEMENT


● Vous avez été le conseiller de Paul Bérenger pendant cinq ans. Quelles ont été vos attributions ?

En fait, j’ai été le conseiller de Paul Bérenger pendant sept ans, si vous comptez la période auprès des travaillistes en 96 et 97, bien que la responsabilité et l’impact que nous avons eus durant ces deux périodes ont été diamétralement différents. C’est vrai qu’un secrétaire financier m’a donné le sobriquet de sauce tomate dans la mesure où j’étais dans tous les dossiers, ce qui n’est pas tout à fait vrai.

● Ni tout à fait faux !

L’origine de chaque dossier est différente. Lors du premier grand tour d’horizon de Bérenger aux finances en 2000, il tire sa liste de dossier et fait un tour de table avec les hauts fonctionnaires pour savoir qui le conseillerait sur les questions pressantes. En ce qui concerne la douane, personne n’a montré d’intérêt. J’ai alors dit que ce dossier m’intéresserait.

Je l’ai suivi pendant cinq ans jusqu'à ce que la Mauritius Revenue Authority (MRA) tourne en eau de boudin entre les mains de Madame Hanoomanjee, la cousine du ministre des Finances. Là, après avoir livré une âpre mais futile résistance, je me suis retiré à pas feutrés sans que les médias ne soient alertés à l’avant-veille des élections.

Je ne peux m’empêcher d’ouvrir une parenthèse. Le Mauricien ne peut se permettre de s’asseoir en innocent bystander dans le conflit entre Bert Cunningham et ceux qui ont d’excellentes raisons de s’opposer au nettoyage de la douane et autres revenue departments. Le gouvernement précédent a capitulé devant ces forces scélérates. La MRA n’a de sens que si on sort du carcan de la fonction publique et ses syndicats qui sont des forces conservatrices qui militent contre le changement radical nécessaire.

Si on n’est pas prêt à faire cela, on devrait retourner à la situation antérieure. Le Memorandum of understanding, qu’a signé l’ancien gouvernement avec les syndicats, est une capitulation. Avec cela, rien ne changera à la douane et ailleurs. De plus, le ministre Dullul sait très bien à l’interieur des Finances quel Mauricien mérite de siéger à la tête du Board de la MRA.

“Les deux groupes politiques
me font penser à deux parents
divorcés qui pourrissent
de gâteries leur jeune enfant
dont ils ont la garde à tour
de rôle.”

Il a été évincé par une candidate qui possède pour tout diplôme un School Certificate et une alliance parentale. Si ce gouvernement réussit avec la MRA comme avec l’Independent Commission against Corruption (Icac), je lui tire mon chapeau. Le test est de savoir si la prochaine personne à la tête de la douane sera, comme certains ont oeuvré pour, un corrompu.

Le dossier de l’électricité a commencé à la suite d’une étude d’Arthur Anderson, quand un comité ministériel a été convoqué. Le vice-Premier ministre, peu intéressé à toutes ces technicités, m’a alors nommé à sa place. Très peu de temps après, je rejoignais le board et travaillais de pair avec le professeur Kasenally.

Je suis de nature un trouble shooter. Je vivais mal un dossier crucial mal géré. Très souvent, la stratégie requise était aussi nette et claire que mal perçue par ceux qui en avaient la charge.

A la State Trading Corporation (STC) et au ministère du Commerce, les choses avaient tellement dégénéré, qu’à un moment en 2001, la moitié de ma journée était vouée à remplir le vide décisionnel de la STC sur des questions qui coûtaient une somme colossale au pays. Cet organisme importe Rs 9 milliards de produits pétroliers sans parler du ciment, de la farine, etc.

● Toute cette activité a fait que vous étiez perçu comme un “super ministre” que les membres du cabinet craignaient. N’est-ce pas là une certaine arrogance ?

Il existe une faiblesse chez beaucoup d’êtres humains qui consiste à être fort avec les faibles et à être faible avec les forts. Je pratique exactement l’inverse. C’était pas le cabinet le plus fort dont on aurait pu rêver pour jouer une finale internationale. Soit dit en passant, bien que je ne veuille pas me prononcer trop tôt, je ne vois pas beaucoup de super stars dans l’équipe actuelle non plus. Pour survivre à ses défis, le pays doit mettre sur le terrain les meilleurs enfants du sol. Pour le sortir de la situation économique où il se trouve, un choix nettement plus judicieux de nos ministres est crucial.

Comme Bérenger hier, Rama Sithanen se démènera à jouer la dynamo qui fait marcher la machine en dépit des poids morts. Il n’y parviendra pas non plus car you can’t double guess every single move from the other 24 guys. On finit par passer son temps à neutraliser les erreurs des autres au lieu d’avancer. Lui aussi finira par être perçu comme trop remuant. Il deviendra le vrai super ministre qui fera de l’ombre à ses supérieurs hiérarchiques, avec des conséquences que je ne souhaite pas pour le pays. Rappelez-vous ce qui s’est passé quand Paul Bérenger a eu le malheur de travailler un dimanche en tant que PM par intérim en 1997.

● Mais est-il normal qu’un nominé politique ait le pouvoir d’un super ministre ?

Tout le pouvoir que j’avais dérivait de mon patron qui était le boss de ces messieurs. Avoir du pouvoir est bien mais il faut savoir s’en servir. Ce que je considère comme la partie la plus noble de mes fonctions était de mettre the right man or woman in the right place. Une fois que je l’avais fait, ils volaient de leurs propres ailes tant qu’ils delivered the goods au pays. Ce n’est pas là l’attitude de quelqu’un qui a la grosse tête du control freak qui se bâtit un empire sur lequel il tient les rênes.

La confiance que Paul Bérenger a mise pendant cinq ans dans ma capacité à choisir les personnes que je lui recommandais, demeure le plus grand compliment qu’il ne m’ait jamais fait. J’avais un seul critère : est-ce la meilleure personne à cette fonction au service du pays ? J’avais un rider à ce critère quant à son honnêteté. Le bon choix des hommes est crucial pour le pays. C’est ainsi que j’ai choisi deux personnes reconnues comme ayant des affiliations on ne peut plus fortes avec les travaillistes à la Wastewater Management Authority (WMA) et au secrétariat de la pension, malgré les critiques d’un ami ministre très anti-rouge. Elles ont été comme toutes les autres l’étaient, à la hauteur de leur tâche et je le referai s’il le fallait.

● Pensez-vous que l’actuel gouvernement pratique une telle philosophie ?

Navin Ramgoolam m’a un peu déçu. J’avais espéré qu’il aurait gardé certaines personnes choisies avec une attention particulière pour leur non-affiliation politique. Je pense particulièrement au secrétariat de la cellule du Light Rail Transit (LRT). Sachant l’importance de ce dossier, j’avais porté une attention minutieuse à placer l’homme qu’il fallait à ce poste. Avec l’aide de la Banque mondiale, nous avions élaboré la structure dans laquelle il allait opérer. Il n’était pas du Mouvement militant mauricien ou du Mouvement socialiste militant, mais il a été remercié. C’est triste et grave pour le pays car ce technicien avait l’intelligence, l’honnêteté et l’humilité qui aurait fait de lui le rempart contre le feeding frenzy que va attirer ce dossier.

D’ailleurs, la Port-Louis bypass ou ring road pour laquelle le PM s’est laissé convaincre tuerait irrémédiablement le métro léger si elle ne s’insérait pas dans son schéma global, tel que conçu avec l’aide de la Banque mondiale. Comme l’a démontré Ebène, les nouvelles routes ne font que déplacer les bouchons de deux ou trois kilomètres, et cela, au prix de centaines de millions de roupies. La ring road coûtera Rs 4 milliards comparée au LRT à Rs 8 milliards.

● Vous vous faisiez en quelque sorte l’agence de recrutement du gouvernement ? Y a-t-il là de quoi pavoiser ?

C’est l’essence même de la tâche d’un gouvernement que de mettre les meilleures compétences au service du peuple. Exemple : la STC. Il y avait à la tête de cette institution un fonctionnaire honnête et de bonne volonté qui, à cinq ans de la retraite, ne faisait malheureusement pas le poids dans une île Maurice complexe. Soit j’essayais tant bien que mal de pallier les choses en passant la moitié de ma journée aux affaires de la STC et ses dizaines de milliards d’achats, soit je remplaçais le vieux et gentil fonctionnaire.

Je contacte PWC et DCDM afin qu’ils me trouvent quelqu’un qui puisse remplir cette position clef. A la fin de la journée je réussis à trouver la perle rare. Il nous a aidés à mettre la STC sur des bases solides. C’est lui aussi, qui avec l’aide du Fonds monétaire international, a mis en place le système de Flexible Price Mechanism pour les produits pétroliers.

Il vise à empêcher qu’un gouvernement paralysé de frayeur devant l’augmentation des prix du pétrole laisse l’ardoise de la STC atteindre des milliards de roupies. C’est ainsi qu’on grignote les quelques points de croissance de plus, pas en appliquant l’adage du zaco ek so montagn. Soit dit en passant le gouvernement actuel montre la même timidité que le gouvernement sortant sur ce dossier. Il doit annoncer le prochain Automatic Pricing Mechanism et inclure le Liquid Petroleum Gas qui représente déjà Rs 600 milllions sur l’ardoise de la STC.

● Quelle est la contribution qui vous fait le plus plaisir ?

La bataille la plus acharnée que j’ai dû engager durant ces 5 ans : l’établissement d’un processus d’appel d’offres transparents pour le marché des stations thermiques électriques. Le prix d’une telle station varie entre Rs 1,5 et Rs 3,5 milliards. Pourtant, auparavant, quand une firme de l’industrie sucrière faisait une demande pour un tel projet, elle était à la merci de deux fonctionnaires qui décidaient du sort du dossier d’une façon extrêmement opaque. Cela était étrange dans un pays où le moindre petit projet doit passer par le Central Tender Board.

Avec la coopération de Donna LeClair du Central Electricity Board, nous avons institué des règles transparentes et une concurrence entre les sucriers et autres pour ces appels d’offres. Ces Request For Proposal (RFP) ont aujourd’hui mené à l’octroi de deux centrales thermiques. C’est une avancée en matière de bonne gouvernance que le ministre Kasenally conservera, je l’espère, malgré toutes les pressions qui s’exerceront sur lui pour retourner au système de gré à gré.

● Pourquoi ce dossier est-il si spécial ?

Parce que c’était du suicide de ma part. J’allais ni plus ni moins à la boucherie comme un agneau. Si je n’ai pas eu froid aux yeux, c’est que j’étais convaincu que les enjeux économiques pour le pays valaient le coup. Nous menions un combat sur un principe de transparence qui avait des répercussions directes sur le prix de l’électricité.

Il y avait au départ trois partants. Quand Médine s’est retiré, c’était la confrontation entre la Centrale thermique du Sud et le Projet Suzor. Il était connu de tous que le PM d’alors, la Sugar Authority, le ministre des Services publics et ses officiers, de même que Jack Bizlall, avaient décidé que la compétition n’était nullement nécessaire et que le projet Suzor devait être accepté coûte que coûte. La compétition a eu lieu quand même !

Le RFP a été lancé et si Suzor avait gagné tant mieux pour lui car, contrairement à ce qui nous opposait, je ne me battais pas pour un projet spécifique mais pour le processus d’appel d’offres qui allait déterminer le gagnant. Je ne pourrai jamais comprendre et l’histoire notera comment Paul Bérenger, après 30 ans de frustration a eu le courage, à la veille de la passation de pouvoirs, de me donner son support sur cette question de transparence au risque d’attirer les foudres de son propre chef et pire, d’une cassure. Dans ce genre de situation, vous avez des ennemis qui essayent de plaire aux puissants mais les alliés sont très rares car l’enjeu est soit incompris, soit il ne pèse pas lourd au regard des autres attraits. Le secteur privé a brillé par son absence dans ce débat malgré son attachement théorique à la transparence .

● Quels sont les défis qui attendent notre économie ?

Le premier défi repose sur un déclic et une prise de conscience de nos politiciens que Maurice passe par une phase critique que nous n’avons jamais rencontrée. Je vais me servir d’une analogie. Les deux groupes politiques me font penser à deux parents divorcés qui pourrissent de gâteries leur jeune enfant dont ils ont la garde à tour de rôle.

Pour surpasser l’autre dans l’estime de l’enfant immature, ils dilapident le patrimoine familial et hypothèquent l’avenir même de leur enfant. A moins que le peuple-enfant ne s’affranchisse de son immaturité et déclare : stop les cadeaux empoisonnés, les deux camps poursuivront une spirale infernale. Inversement, les deux anciens amoureux pourraient arriver à une entente qui vise à sauver les meubles. C’est ce que la société civile doit obliger les deux camps à construire. Pas d’opportunisme politique sur certains dossiers : pensions, LRT, MRA, Prix des produits pétroliers, squatters avant les élections… la liste est longue.

“Pour survivre à ses défis, le pays
doit mettre sur le terrain les meilleurs
enfants du sol. Pour le sortir
de la situation économique (...),
un choix nettement plus judicieux
de nos ministres est crucial.”

Pour l’instant, le transport public prôné par les deux camps à Rs 700 millions ainsi que l’ineptie de la duty-free island à Rs 4 milliards démontrent que le déclic n’a pas encore eu lieu chez nos hommes politiques. Quant à l’exemption d’impôt sur le revenu pour ceux touchant jusqu’à Rs 25 000, c’est l’occasion pour les deux camps de dire, pour le bien-être économique du pays, we won’t rub your nose in it if you renege on the tax promise! On doit prendre conscience que payer entre 20 et 25 sous au service de la dette dans notre budget courant est un gâchis. A moins bien sûr que nous comptions demander notre admission au sein des pays qui comptent sur le Club de Paris pour l’annulation de leur dette !

● Pensez-vous qu’un consensus soit possible entre l’opposition et le gouvernement sur les dossiers “brûlants” ?

Je suis convaincu que c’est la condition sine qua non pour que le gouvernement passe le message de vérité qui va créer le déclic. Il doit le dire : l’île Maurice doit aujourd’hui travailler plus pour gagner moins. Cela est triste, cela semble injuste, mais c’est comme ça. Nos salaires ont diminué au niveau international. Seul un tel message de vérité peut apporter le déclic qui fera comprendre aux Mauriciens que les choses sont sérieuses. Ce n’est qu’ainsi qu’on arrêtera les revendications de salaires intempestives et la tendance de s’arc-bouter sur les droits acquis qui ne feront que creuser une plus grande fosse pour notre économie.

Les devoirs du monde extérieur envers l’économie mauricienne que nous tenions pour acquis ont été subitement enlevés. Dès lors, le concept même du droit acquis au sein de l’économie ainsi affectée n’a aucun sens et ne servirait qu’à nous rendre encore moins compétitifs. Quand je joins le service du gouvernement PTR-MMM en 1996 je conseillais un adage à Navin Ramgoolam : The world does not owe us a living. Les choses étaient claires depuis 94 dans le textile, mais la massue sucre ne se pointait pas encore à l’horizon.

Je suis triste d’avoir été prophétique dans ce sens-là. Quand l’économie s’est érigée en science, elle a bien vite hérité du sobriquet de dismal science. Nous saurons bientôt si, de ce point de vue, Rama Sithanen est un bon adepte de cette funeste discipline.

Ensuite, en économie comme en médecine, il est aussi important de savoir quoi ne pas faire que de savoir quoi faire. Le gouvernement sortant allait augmenter le bagasse transfer price, ce qui aurait fait augmenter le coût de l’électricité pour l’économie en entier. L’électrité provenant de la bagasse coûte plus cher à la Centrale Thermique de Belle-Vue que l’énergie provenant du charbon importé. On ne doit pas aider l’industrie sucrière au dépens de l’économie nationale. Car, ce faisant, nous pénalisons d’éventuels champions qui pourraient graduellement prendre la relève de l’industrie mère.

● Mais l’injection de fortes sommes dans l’industrie sucrière pourrait certainement aider ?

On nous parle de Rs 30 milliards comme étant la somme que requiert l’industrie sucrière pour se mettre debout. Je suppose, d’abord que cet argent ne sort pas des coffres de l’Etat mauricien. Ensuite, supposant que les Européens qui nous ont nourris pendant trente ans veulent nous faire cette compensation, est-il sage de throw good money after bad de la sorte quand nous savons que le prix de la denrée baisse de 40 % ? Ne serait-il pas au moins souhaitable de se poser la question quant à une meilleure utilisation de cette compensation économique dans un créneau qui risque de nous faire mieux avancer dans les années à venir ? L’industrie sucrière a fait une sortie très réussie vers l’hôtellerie, n’y a-t-il pas d’autres débouchés pour cette injection majeure de fonds qui sera la dernière ?

De plus, au sujet de cette compensation, l’Etat a été depuis le début des années 70 et reste en 2005, un agent indispensable dans la défense des intérêts de l’industrie sucrière au niveau international. Serait-il aussi ignoble et inique que cela d’imaginer qu’une partie de cette injection de fonds soit redirigée vers des projets sociaux du gouvernement pour pallier les besoins de cette population afro-mauricienne qui, elle, n’a jamais reçu ni VRS ni de compensation après avoir établi sous l’esclavage les bases de l’industrie mère ?

Je ne parle évidemment pas d’une compensation par individu qui serait dilapidée en moins de deux mais en projets scolaires (professeurs spécialisés et classe réduite au niveau primaire), en bourses, en projets sociaux et autres infrastructures dans les régions comme la côte ouest? Quoi qu’on puisse penser du ministre Valayden et de ses méthodes, il est aujourd’hui à 2 000 voix de Jayen Cuttaree.

Ses mandants sont les laissés-pour-compte qui fourniraient demain les recrues de nouvelles émeutes à la 1999. Je rappelle que certains se voyaient déjà à bord de leur hors-bord pour d’autres cieux avec leur famille à l’approche des hordes de 99 Je pense qu’un effort de l’industrie sucrière serait préférable à un réveil brutal qui déchirerait notre tissu social. La situation est d’autant plus grave que les deux camps politiques semblent décidés d’enlever tous les impôts qui sont essentiels pour un Etat qui veut aider ses enfants moins fortunés à avoir une chance égale.

● Vous ne croyez pas à la capacité du tourisme à nous sortir de nos problèmes économiques ?

Dans notre langage imagé, nous parlons de piliers de l’économie. Si vous mettez plus de poids sur un pilier qu’il ne peut en supporter, tout l’édifice s’effondre. Le ministre des Finances l’a compris quand il a played down les attentes de ce côté-là. Déjà le gouvernement sortant a créé une augmentation effrénée de nouvelles chambres qui ne trouvent pas preneur. S’imaginer que nous pouvons construire à ce rythme pour que le tourisme apporte les trois ou quatre points de croissance qu’il nous faut au niveau national, serait suicidaire. Le patron de la Mauritius Tourism Promotion Authority vient de le dire, il y a suffisamment d’hôtels quatre-étoiles à Maurice.

Vous en construisez plus, vous créez une guerre de prix et un nivellement par le bas qui fait fuir le tourisme de qualité. Un plus grand parc hôtelier veut dire moins d’espace quand les touristes quittent leur hôtel. L’Espagne et des pays nord-africains ont regretté cette stratégie. Il existe un grand flou en ce moment quant à savoir si nous voulons ou non du touriste qui fait attention à ses sous. Il est certain qu’en faisant cela, nous sortons de la philosophie de greatest bang per buck par tête de touriste.

● Quelles sont les solutions que vous préconisez ?

Il n’y a pas de solution miracle. Des décisions posées doivent être prises. La première est d’établir un calendrier réaliste pour le repaiement de notre dette nationale, ce qui implique une diminution du déficit budgétaire. Nous aurions dû avoir fait cela quand nous avions une croissance confortable. Repayer ses dettes quand son salaire diminue est une chose extrêmement pénible. Aujourd’hui, le gouvernement doit vendre tous les actifs qu’il possède dans des activités où il n’a rien à faire. Ensuite, le gouvernement devrait se retirer complément de toutes les institutions bancaires du pays, First City Bank, MPCB, Development Bank of Mauritius, cette création de la Banque mondiale qui se mord les doigts aujourd’hui devant les abus de ces institutions et leur tendance à la corruption dans tous les pays.

Les terres de l’Etat doivent aussi être soumises à une enchère. On ne peut donner soixante arpents sur le littoral gratuitement a un projet quand on sait qu’un quart d’arpent vaut Rs 5 millions. Les actions du gouvernement dans Mauritius Telecom, dans la State Bank of Mauritius et Air Mauritius devraient être prises en considération aussi. Dernièrement, au vu de la diminution de notre pouvoir d’achat par rapport au monde extérieur, plutôt que de ralentir la dépréciation de la roupie, le gouvernement devra l’accélérer si ce n’est en fait avoir recours, malgré le traumatisme que cela pourrait engendrer, à une dévaluation.

Mais, et cela est important, il ne sert à rien de prendre de telles mesures si d’autre part, on se paye des compensations contre la montée des prix qu’on a ainsi engendrée. L’Alliance sociale parle beaucoup de démocratisation et de redistribution des richesses économiques. Un des seuls moyens qui nous reste à accomplir cela sans la démotivation qu’entraîne les impôts directs, c’est d’instaurer une Inheritance Tax aussi appelée Death Duty. Cela existe dans les pays les plus capitalistes du monde en vue de redresser la balance des fortunes.

Propos recueillis par

Stéphane SAMINADEN

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Le Week-end 18 septembre 2005

Les propos de Jean Mée Desveaux à l'express:
Paul Bérenger: "Je m'en dissocie totalement !"

"Mo dissocié moi totalement des propos ki l'ex-conseiller spécial du Premier ministre Jean Mée Desveaux fine tenir dans un journal". C'est la déclaration faite par Paul Bérenger, hier. Il a dit ne pas vouloir s'étendre sur le sujet en pleine campagne pour les municipales.

"Mo dissocié moi de so banne propos, mo né pli Premier ministre, li né pli conseiller. Il reste mon ami. Je ne l'ai toutefois pas rencontré depuis les élections générales", a commenté le leader de l'opposition. 

07 May 1995

‘’Je répare beaucoup d’injustice commises par l’administration’’

QUESTIONS A Me Soleiman Hattea, Ombudsman de la République

La corruption fait la une de nos journaux. Le Premier ministre a pris l'engagement au Parlement, jeudi, d'élargir les attributions du président du Tribunal Anti-corruption (TAC) de sorte à pallier des failles que l'opposition a cru déceler dans ses pouvoirs.
L'express avait interviewé, le mois dernier, le président du TAC. Pour suivre l'évolution de ce dossier, c'est au tour de Me Soleiman Hatteea, l'Ombudsman de la république, l'homme qui, d'après l'opposition, serait mieux équipé, de par ses attributions, à combattre la corruption.
Me Hatteea s'est révélé philosophe autant que légiste durant l'interview, dénoncant cette société qui place l'argent  au hit-parade de ses valeurs. Il n'est donc pas étonnant que la corruption sorte gagnante de cette mentalité.

Propos recueillis par Jean-Mée DESVEAUX
l'express du 7/5/1995

■ Me Hatteea, en tant qu'Ombudsman, vous êtes un de nos nombreux chiens de garde contre la corruption. Celle-ci se porte à merveille et est intouchable. N'est-il pas évident que nous avons besoin d'une ''shock therapy''? Quand est-ce que nos chiens de garde cesseront d'être des  ''toothless watchdog'' ? 

La fonction essentielle de l'Ombudsman a toujours été d'être le watchdog de l'administration centrale. Ce n'est que le 12 mars 1992, à la suite d'une loi votée l'année précédente, que sont venus se greffer, sur les attributions déjà existantes, les problèmes liés à la corruption. Ce n'est donc qu'à ce moment que les pouvoirs de l'Ombudsman ont été accrus pour inclure les affaires de fraude et de corruption. Depuis, j'ai eu une dizaine d'affaires référées par des particuliers. Dans certains cas, j'ai enquêté et soumis mon rapport au président de la République. Dans d'autres, je suis arrivé à la conclusion qu'une enquête ne se justifiait pas.

Les choses ont changé depuis, car le 1er mai 1994, le texte de loi créant le Tribunal Anticorruption, est entré en vigueur. Il est vrai que techniquement, l'Ombudsman est toujours habilité à s'occuper des affaires de corruption car ses pouvoirs à ce sujet n'ont pas été retirés. Mais, essentiellement, l'Ombudsman s'occupait et continue à s'occuper des contentieux administratifs où les membres du public formulent des doléances contre l'administration centrale.

Maintenant qu'on a institué un véritable tribunal consistant d'un Président et de deux assesseurs, les affaires de corruption y sont référées. Je ne dis pas qu'ils sont parfaitement équipés mais ils sont certainement mieux équipés que le bureau de l'Ombudsman pour accomplir ce travail. Donc, en tant qu'Ombudsman, je continue à m'occuper des deux à trois cents cas de doléances administratives que nous recevons par an.

■ La corruption est devenue un football politique entre le gouvernement et l'opposition. Plus on en parle, moins on agit et l'opposition se sert du TAC pour prouver que le gouvernement n'a pas une majorité de trois-quarts pour modifier la Constitution. Ce faisant, elle favorise votre statut vis-à-vis de celui du TAC en ce qui concerne la légitimité du combat contre la corruption. Quelle est la répartition de juridiction entre vos deux instances en ce moment?

Comme vous devez le savoir, cette contestation de la constitutionnalité du TAC est subjudice en ce moment ce qui m'empêche de commenter sur le sujet. Ce que je peux vous dire, c'est que l'Ombudsman a bien des fonctions en plus de la corruption, alors que le TAC a été spécifiquement institué pour enquêter sur les cas de corruption.

■ Sommes-nous donc, en ce moment, dans une période d'incertitude qui engendre une inaction totale vis-à-vis de la corruption?

Non. Toutes les affaires de corruption sont référées au Tribunal Anticorruption sauf dans le cas de certains membres de l'opposition, où cela m'a été référé, ce qui a donné lieu à ce procès sur la constitutionnalité du TAC.

■ Cela ne risque-t-il pas de dégénérer en une guerre de juridiction entre vous et le président du Tribunal Anticorruption?

Non, car la Cour suprême est appelée à se prononcer sur cette affaire et on sera fixé. J'assume les responsabilités qui me sont confiées.
Depuis deux ou trois ans, tout le monde réclame un Tribunal Anticorruption. Le gouvernement a institué un tel tribunal depuis deux ans déjà; que puis-je dire de plus?

 ■ Votre rôle ne vous permet d'intervenir que si vous recevez une protestation du public à l'égard de l'administration gouvernementale. Les victimes ont généralement peur des puissants et sont conséquemment réticentes. N'est-ce pas une faiblesse que vous ne puissiez agir de votre propre chef? 

Vous avez tort de penser que je ne peux agir de mon propre chef. Je le peux et je le fais. La section 97 de la Constitution, section 1 paragraphe (C), dit que l'Ombudsman peut ouvrir une enquête s'il juge désirable de le faire. Je me suis servi de ce pouvoir des dizaines de fois et ma source ici se trouve être des articles de presse.
Je prends, à tout hasard, un cas qui m'a été suggéré par l'express sous la rubrique de 'Who Cares'. Il s'agissait d'un drain bouché à la rue Beethoven, cité Richelieu. J'ai communiqué avec le ministère concerné et aujourd'hui, ce problème, où de gros travaux se sont avérés nécessaires, est sur le point d'être résolu. Quand je soulève un tel problème, le fait même de démontrer un intérêt, suffit souvent de mener à une solution hâtive. De toutes les façons, je suis ces problèmes jusqu'à ce que j'obtienne satisfaction. 

■ En septembre 1994, vous annonciez à l'express que votre bureau n'avait enregistré aucun cas de dénonciation de fonctionnaire pour délits de fraude ou de corruption. Il y a ici plusieurs possibilités: soit nous ne parlons pas de la même île, soit les gens ont peur ou encore, ce qui me semble encore plus probable, les Mauriciens deviennent de plus en plus défaitistes vis-à-vis de la corruption. Quelle est votre explication?

C'est tout à fait le contraire qui se passe. Le Mauricien parle de plus en plus de corruption. Mais parler, c'est une chose et apporter des preuves, c'est une autre paire de manches. Il est indéniable qu'il y a parfois des rumeurs qui ne sont pas nécessairement fondées mais qui atteignent quand même le niveau d'un scandale national. Comment obtenir des preuves dans de tels cas?
Les Mauriciens sont disposés à aller de l'avant dans ces affaires, mais ils ne peuvent pas toujours le faire par manque de preuves. Les problèmes de corruption ne vont pas se régler d'eux-mêmes. Il faut absolument que les gens viennent de l'avant pour apporter des preuves.
La corruption existe depuis longtemps mais ce n'est que de nos jours qu'on en parle et ce, de plus en plus. Il ne suffit cependant pas d'en parler. Il faut dénoncer et soutenir sa dénonciation. C'est là où les gens hésitent. C'est la peur d'être mêlé.

■ Une des plus grandes sources de corruption dans le service Civil est celle qu'engendre la protection de certains candidats lors d'une promotion ou d'un recrutement. Ni le fonctionnaire lésé ni son homologue dans la force policière ne peuvent cependant avoir recours à vous dans ces cas-là. N'est-ce pas là encore une faille dans vos attributions, qui visent à vous exclure des chasses gardées?

Ce n'est pas une question de chasse gardée. D'après la Constitution, il existe plusieurs institutions avec chacune ses propres fonctions. Tout comme il serait inacceptable pour une autre institution de se mêler de mes attributions, il est également inacceptable que moi je le fasse. Je ne peux enquêter sur les décisions prises par le Directeur des Poursuites publiques ou celles de la Public Service Commission. La loi elle-même nous empêche d'empiéter mutuellement sur nos juridictions respectives.

■ Quelle que soit l'argumentation légale, le point ne demeure-t-il pas qu'il y a une faille?

 Je ne crois pas car on peut toujours contester une décision du DPP ou de la Public Service Commission en Cour suprême. Il y aurait eu faille que s'il n'y avait pas de recours. Or, voyez vous-même, même la décision du président de la République sur un aspect des partielles fut contestée en Cour suprême. C'est un peu, comme dit le dicton, "à chacun son métier et les vaches seront bien gardées".

■ Aux dernières nouvelles, ces bonnes vaches n'étaient pas aussi bien gardées que cela. Nous avons vu récemment encore l'ingérence politique dans le travail de la Public Service Commission ainsi que des nominations politiques aux corps para-étatiques. S'il n'y a pas de solutions à ces problèmes, vous et le président du TAC risquez de finir comme les "paravents de la corruption" comme l'insinue l'opposition.

Je ne peux faire de commentaires sur les dires des partis politiques. Depuis que j'ai assumé les fonctions d'Ombudsman, soit en février 1990, j'ai toujours fait mon travail dans les limites de la Constitution et je n'ai pas empiété sur les prérogatives des autres institutions. Pour cela, j'assume mes responsabilités. En toute modestie, je vous dirai que je suis fier que l'institution de l'Ombudsman est maintenant mieux connue. J'ai réussi dans mon travail à réparer beau­coup d'injustices commises par l'administration. J'en fais du reste état dans mes rapports annuels.
Pour ce qui est de la conception de 'paravent', le gouvernement va accroître les pouvoirs du Tribunal Anticorrup­tion pour lui donner plus de teeth.
En ce qui me concerne, j'au­rais surtout souhaité continuer à faire mes enquêtes dans la ‘’mal ad­ministration’’ avec comme seul pouvoir supplémentaire, celui d'une juridiction sur les collectivi­tés locales. En ce moment, tout ce qui a trait aux municipalités, aux conseils de districts et conseils de villages est  hors de ma compé­tence. Or, je reçois beaucoup de doléances contre ces collectivités locales que je ne peux que référer aux autorités concernées. Celles-ci, je suis heureux d'a­jouter, se sont avérées très coopé­ratives, mais le fait brutal reste qu'elles auraient très bien pu me dire qu'elles n'ont aucun compte à me rendre car elles ne tombent pas sous ma juridiction.
Alors que je ne peux parler des autres institutions, je n'ai jamais reçu d'ingérence po­litique; jamais, mais alors au grand jamais. La raison d'être de mon existence, c'est de mener des en­quêtes sur les décisions prises au niveau des ministères et des dépar­tements gouvernementaux. Si ceux-là commençaient à s'ingérer dans mes décisions, ma raison d'être disparaîtrait. Ce n'est pas un cas de parti-pris pour ou contre le gouvernement car cela arrive que quelqu'un se plaigne d'une décision prise en bonne et due forme. Je me dois, dans ces cas-là, d'informer la personne qu'elle n'a pas de grounds.
Inversement, il y a aussi des cas de décisions prises en bonne et due forme mais qui causent mal­heureusement un préjudice à une partie qui s'en plaint à moi. Dans ces cas-là, j'approche les autorités concernées et je fais des sugges­tions sur la façon de remédier à la chose. C'est ainsi que j'ai fait une recommandation qu'on augmen­te le plafond des salaires des pa­rents qui recevaient une Career's allowance pour un enfant handica­pé. Ce qui se passait c'est que, tous  les ans, avec les compensations sa­lariales, un bon nombre de parents voyaient leurs salaires communs passer le plafond de Rs 42 000 par an. Avec ma suggestion, on a pu élever ce plafond ce qui a bénéfi­cié non seulement à la personne qui a logé la plainte mais aussi à d'autres qui sont dans la même si­tuation. C'est ça le multiplier effect de l'Ombudsman, car un bénéfice se fait sentir par toute une gamme de personnes qui ne se sont jamais plaintes d'une injustice dont elles souffraient. Cette réparation des injustices causées est, je vous le ré­pète, ma principale raison d'être.

■  Dans votre rapport de 1993, vous faites ressortir que 86 de vos plaintes concernent la force policière tandis que 34 autres concernent les forces pénitentiaires. Cela donne un profil drôlement sud-américain. Les petits Pinochets sont-ils à l'oeuvre chez nous? A quand les corps drogués jetés à la mer par hélicoptère?

 Il ne faut pas croire que c'est aussi grave que cela à Maurice et je souhaite que nous n'arrivons jamais à ce genre de situation. Mais, en effet, je reçois pas mal de plaintes au sujet de la force policière et des institutions pénitentiaires. Dans le cas de la force policière, c'est surtout des cas où un manque de suivi est perçu par un membre du public en ce qui concerne sa déclaration au poste de police. En ce qui concerne les prisons, les plaintes sont surtout au sujet de la nourriture et des traitements médicaux que les prisonniers reçoivent en détention. J'enquête, on me fournit des explications et je fais des recommandations. S'il y a lieu, j'interviens mais souvent le fait même que je demande des explications aide à expédier le problème sans que j'ai eu à avoir recours à mes pouvoirs. Il faut admettre que la nature même de la situation carcérale donne lieu à pas mal de plaintes. Il est évident qu'on est privé de certaines libertés, notamment de manger ce qu'on désire.

■ Quel est votre point de vue sur la question très discutée ces jours-ci sur la déclaration des biens des politiciens et de leurs familles?

En tant que citoyen ordinaire, je vous dirai qu'un des moyens de combattre la corruption c'est de faire non seulement les politiciens mais toute personne ayant une fonction apte à être corrompue —et ceci m 'inclut — à déclarer leurs avoirs à intervalles régulières. Même le président Mitterrand a, il y a quelques jours de cela, déclaré ses avoirs car il arrivait à la fin de son mandat.

■ Il est aussi beaucoup question ces jours-ci de rétroactivité illimitée en ce qui concerne la poursuite des anciens politiciens corrompus. Une telle mesure n'est-elle pas la seule façon de faire les corrompus comprendre que leurs biens mal acquis ne leur profiteront jamais?
 
D'après nos lois existantes, si quelqu'un a commis une offense sous le code pénal, il n'y a pas de limites quant à la période de poursuite. Quant à la bienséance de poursuivre quelqu'un après des années, c'est au DPP d'en juger. Tout ce qui amènerait un politicien ou autre à rendre des comptes, va évidemment nous aider à assainir la situation qui prévaut en ce moment. Si une personne s'est enrichie illégalement, il est sûr que l'absence d'immunité avec le temps qui passe le ferait réfléchir davantage.

■ Votre fonction s'étend du sublime au ridicule. Aujourd'hui, vous pouvez être saisi d'un dossier aussi important que celui d'un Sun Trust et demain, c'est celui du prisonnier qui ne veut pas de lait dans son thé. Est-ce un poste riche en adrénaline?
 
La façon dont vous posez le problème repose sur la présupposition qu'il y a des petits cas ou des cas ridicules. Ceci est subjectif car si vous vous mettez dans la peau des gens qui m'écrivent ou qui viennent me voir, vous réalisez tout de suite l'importance du problème pour la personne concernée.
Je ne dirai pas que c'est toujours un problème de vie ou de mort, mais c'est un problème qui affecte la personne suffisamment pour qu'elle fasse la démarche de m'écrire ou de venir me voir. Un problème similaire pourrait ne pas du tout affecter une autre personne.
Dans le cas dont vous parlez, c'était un prisonnier qui, pour des raisons médicales, ne pouvait boire du thé au lait mais à qui on servait quand même ce breuvage qui l’aurait rendu malade ou alors qu'il aurait eu à s'abstenir d'en ingurgiter. Ce n'est pas une situation normale. Il y a des cas comme celui-là où la solution est si simple que je me demande pourquoi les autorités ont besoin de mon aide pour les trouver.
Naturellement, il y a des plaintes qui sont frivoles et, dans ces cas, la Constitution, elle-même, me donne le droit de ne pas donner de suite. Il est important cependant de réitérer que, depuis que j'assume ces fonctions, je n'ai jamais refusé de voir qui que ce soit pour quoi que ce soit. Bien sûr, si c'est un problème hors de ma compétence, j'informe la personne et je la conseille quant à la meilleure action à prendre. Voyez-vous, en sus des deux à trois cents cas dont je vous ai parlés, je reçois des centaines de lettres dont les matières ne touchent pas ma juridiction.
Il y a aussi la situation où un plaignant me remet la copie d'une plainte adressée à d'autres autorités dans des situations où j'ai droit de regard. Dans ces cas-là, même si je n'ai reçu qu'une copie de la plainte, j'interviens quand même parce que je l'ai jugé nécessaire.
Pour revenir à votre point en ce qui concerne l'adrénaline, je prends tout philosophiquement. Je ne suis jamais en colère avec mes 'clients', au contraire, je les traite avec beaucoup de compassion.

■ On parle de nouveaux Ombudsmans pour enfants, pour le consommateur, etc. N'est-ce pas là une dilution de votre rôle?

En effet, de par le monde, il y a toute une pléiade d'Ombudsmans. On a constaté, dans certains pays, que les Ombudsmans traditionnels, tels que moi, dont le rôle est d'enquêter dans les décisions de l'administration centrale, seraient submergés par certaines plaintes dans des domaines spécifiques.
On a donc créé des Ombudsmans spécialisés dans ces domaines. Aux Etats-Unis, par exemple, vous avez des Ombudsmans dans des domaines comme le business, la correction, la santé mentale, les familles, etc. Mais il faut ajouter que les Ombudsmans traditionnels existent toujours dans ces pays-là car ils s'adressent toujours aux plaintes contre l'administration qui ne tombent pas sous la juridiction des Ombudsmans spécialisés. Cette fonction prend également de l'essor dans les pays de l'Est, comme la Pologne et la Fédération russe. Ce poste de défenseur du citoyen existe aujourd'hui dans ces pays.