JM et les chefs coutumiers de la République démocratique du Congo
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22 April 2017

Les contrats mirobolants des ''super conseillers''

Emission ''Au coeur de l'info'' 
Radio Plus
22 avril 2017


Radio Plus: Jean-Mée Desveaux, vous êtes un ancien ''super conseiller'' au bureau du Premier ministre. Sans indiscrétion, est-ce que vous touchiez aussi Rs 500 000 par mois?

JMD: (Rires) J’aurais bien aimé avoir touché Rs 500 000 par mois. J’ai gagné plus de Rs 500 000 par mois, mais c’était à l’étranger. A Maurice, au sein du gouvernement, je percevais Rs 126 000, en sus de quelques boards sur lesquels vous allez sûrement me poser des questions.

Radio Plus: Quand vous avez appris que M. Sanspeur gagne près d’un demi-million de roupies par mois, cela vous a-t-il choqué comme la majorité des Mauriciens?

JMD: Il y a deux façons de voir la chose. Soit Gérard Sanspeur siège, en tant que Chairperson, sur trop de boards, soit il touche trop d’argent. On ne peut tenir les deux critiques simultanément. Je me fais l’avocat du diable. Si nous disons que Gérard Sanspeur touche trop, voyons voir: en tant qu’Adviser, je suppose qu’il doit gagner environ Rs 200 000. Il a dit qu’il avait deux présidences pour lesquelles il touchait Rs 70 000 chacune. Il reste donc Rs 160 000 que nous divisons parmi les 5 conseils d’administrations, ce qui fait qu’il touche environ Rs 30 000 par board. Ce n’est pas énorme!

S’il s’active vraiment, comme on est en droit de s’attendre d’un chairperson, Rs 30 000 n’est pas une grande affaire. Mais, il est aussi rémunéré pour être le conseiller du Premier ministre (PM) et du ministre des Finances. Lui reste-t-il du temps pour ce travail central? Donc, l’accent doit être surtout mis sur un nombre inacceptable de boards du point de vue d’efficience, aussi bien que de celui de la bonne gouvernance.

Radio Plus: Est-il humainement possible de siéger sur tant de ''boards'' en tant que ''Chairperson''?

JMD: Nawaz, j’avais trois boards sur lesquels je siégeais comme simple membre. De plus, je conseillais Paul Bérenger. Cela me faisait quitter mon bureau quatre jours sur cinq à 22 heures.

J’ai déjà travaillé avec Gérard et j’admets qu’il est un bon travailleur. Mais jusqu'où va son efficience pour pouvoir présider et faire le suivi de 7 conseils d’administration ET en même temps conseiller le PM et le ministre des Finances, deux des plus grands ministères? Je ne comprends pas. 

Ce qui m’interpelle aussi c’est que le PM se mette dans une telle position. Cela démontre que le PM n’a pas confiance en suffisamment de personnes pour leur confier ces boards. Il les a confiés à Gérard Sanspeur parce qu’il n’a confiance en personne d’autre. Je trouve cela surprenant.


Deux genres de boards au gouvernement


De plus, vos auditeurs devraient savoir qu’il y a deux genres de boards au sein du gouvernement. 

Vous avez des boards, tels que Air Mauritius, la State Bank, la Bank of Mauritius, où votre jeton de présence est extrêmement fort. Gérard Sanspeur a dit qu’il faisait deux boards à Rs 70 000 chacun, c’est le genre de rémunération qui va avec ces boards, et parfois même plus.

Puis, vous avez les boards où on case les petits fonctionnaires, car ils paient moins de Rs 1000. Au sein des trois boards où je siégeais: Central Electricity Board, Waste Management Authority et, pendant un court moment, la Central Water Authority, je touchais Rs 900 par board. Et je me battais tellement pour ces boards que le PM m’a dit une fois: “Mais ce CEB-là est un autre gouvernement au sein du gouvernement on dirait!”. 

C’est une question de conviction personnelle. Etes-vous sur ce board parce qu’il paye bien ou est-ce parce que vous considérez que ce travail est important pour la nation. Le board où j’étais le mieux rémunéré pendant ces 5 ans était le Airports of Mauritius Ltd (AML) où je touchais Rs 12 000. Puis vers fin 2004-2005, j’ai siégé au Mauritius Revenue Authority (MRA) car j’avais suivi le dossier de la douane pour le PM depuis 2001. Et là, je touchais Rs 30 000 par mois. 

Mais attention, pour ces Rs 30 000 qui représentaient le double de tous mes autres boards réunis, je ne me suis pas assis comme un béni-oui-oui approuvant toutes les décisions les plus bancales pour le pays. C’est là que Mme Hanoomanjee et moi avons croisé le fer au sujet du recrutement du directeur de la MRA. Elle avait décidé pour des raisons inavouables que Bert Cunningham, le Customs Comptroller, ferait de l’ombre au syndicat pourri de la douane et à son propre assistant s’il devenait le Directeur Général de la MRA. Elle a tout fait pour l’évincer avec l’aide du Sollicitor General, le beau-frère de l’assistant de la douane.

Je me suis dit je ne vais pas m’asseoir et assister à cette farce de recrutement qui se moque de la bonne gouvernance, et qui mettra en danger la vie de nos enfants à travers la drogue qui passe à la douane. J’ai refusé les Rs 30 000 et j’ai donné ma démission au PM. C’était le board où je touchais le plus. J’aurais pu rester là tranquillement, mais je ne l’ai pas fait. Quand vous êtes un conseiller proche du PM, vous avez beaucoup de tentations et je crains que Gérard Sanspeur soit tombé dans ce piège.


Radio Plus: JMD quelles sont les tentations pour un ''super conseiller'' qui a tant d’influence, quelquefois, même sur des ministres?


JMD: On a la tentation d’avoir la grosse tête. J’entre au gouvernement en 2000 et je travaille pour Paul Bérenger comme Special Adviser. La State Trading Corporation (STC) qui était sous le ministère du Commerce (où le ministre était un MMM) est frappée d’immobilisme. Ce grand paresseux de ministre n’avait qu’un but, celui de prendre l’avion. Il me fallait prendre la STC en main et je me rends compte que la STC est à engloutir la moitié de ma journée. Je ne peux plus travailler pour Paul. Que fais-je? Je délègue. Je cherche un manager en la personne de Ravin Dajee et je conseille au PM de le nommer comme General Manager. La STC marche alors comme sur des roulettes.

J’aurais pu me faire élire le super président de la STC et y rester pendant 5 ans. Mais non, je n’ai pas été tenté par la grosse tête. Même chose pour le CEB. Nous avions un Sud-Africain incapable en la personne de M. Van Niekerk. Qui a poussé Mme Donna LeClerc pour le remplacer comme GM? J’aurais pu essayer de me faire un super chairman du CEB. En ce qui concerne le Commissaire des Prisons, c’est la même chose. J’ai choisi le patron des 12 gouverneurs des prisons de sa Majesté britannique à Londres pour venir travailler chez nous. Vous conseillez votre ministre de choisir les personnes qui siéraient le mieux à la tâche. Et quand je donnais un conseil à Paul sur un candidat, il l’acceptait les yeux fermés. Vous ne venez pas accaparer tous les postes parce que vous avez l’oreille du PM. Je crois donc qu’il y a un peu d’arrogance dans l’attitude de Gérard mais que voulez-vous? C’est humain.

Régime des Jugnauth

Il ne faut pas faire abstraction non plus du fait que nous vivons dans un climat délétère sous le régime Jugnauth. Tous les privilèges sont admis, les salaires exagérés sont la norme. L’affaire Sumputh où une dame qui touche Rs 323,000, a une relation ombilicale avec son ministre, dont la sagesse se résume à “Government is government and government decides!”. Tout devient acceptable et c’est pour cela que le peuple se révolte. Le problème du salaire de Gérard Sanspeur se situe dans un contexte où les Mauriciens en ont marre des passe-droits. Il faut ajouter à cela que ce qui a empoisonné la vie politique récemment c’est que le Conseil des ministres ne sait pas le vendredi qu’il y aura un changement de Premier ministre le lendemain! C’est du jamais vu. Nous savons que c’est constitutionnel et légal, mais ce mépris pour les ministres, les élus du peuple et du peuple lui-même démontre que nous n’avons ni une parliamentary democracy ni un presidential regime. C’est devenu une monarchie et même dans une monarchie constitutionnelle, vous ne voyez pas ce genre de chose. Nous vivons dans une monarchie autocratique comme en Europe au 18e siècle. Dans une telle atmosphère, il n’est pas étonnant qu’une anicroche comme les salaires de Gérard Sanspeur choque tout le monde. 

En ce qui concerne Gérard, il faut dire que, jusqu’à preuve du contraire, c’est un homme intègre. Je préfère un Gérard Sanspeur suivant des dossiers où les terres de l’Etat sont impliquées, plutôt que quelqu’un qui touche bien moins, mais qui a déjà jeté son dévolu sur des terrains pour ses fils, ses filles et autres neveux.

Ayant dit cela, Gérard a aussi ses faiblesses. Il est un grand bagarreur. Quand j’ai travaillé avec lui, il était le patron de la Mauritius Freeport Authority et Prakash Maunthrooa était le patron de la Mauritius Port Authority. Ils ne pouvaient pas se sentir. Si vous les laissiez seuls dans une pièce, ils se seraient étranglés. Cela rendait la vie impossible, car ils étaient tous les deux en charge du Port, les poumons du pays. J’ai eu à m’insérer dans cette équation d’egos, j’y ai mis bon ordre et on a travaillé en bonne entente lors des discussions avec la Banque mondiale et le secteur privé.

Paul Bérenger

Il y a aussi une chose à dire dans ce contexte sur le prime ministerial touch de Paul Bérenger. PRB ne m’aurait jamais permis, même si j’étais assez bête pour le lui demander, de me nommer comme chairperson d’un board. Quand le PM met son personal adviser comme chairperson, il s’expose lui-même à toute dérive qui pourrait s’ensuivre. N’importe quel scandale qui survient dans ce vaste domaine devient attribuable au PM personnellement car c’est son conseiller qui coupe et tranche in fine. De plus, il n’est pas nécessaire pour le conseiller d’être chairperson pour suivre les dossiers importants au sein du board. Sa prestance en tant que représentant du PM lui donne toutes les latitudes d’influencer la bonne marche des dossiers difficiles en évitant les embûches. La seule chose qui diffère est le jeton de présence.


Radio Plus: Quand un conseiller voyage 15 fois en 2 ans, 4 voyages durant le seul mois de juin, quel temps a-t-il pour siéger sur les boards et s’occuper de son ministère?

JMD: Malheureusement, il y a un laisser-aller de ce genre dans tous les gouvernements. Le per diem qui accompagne les voyages est comme une loterie qui part et qui revient. Je ne peux que vous parler de mon expérience personnelle à ce sujet. Durant les 5 dernières années durant lesquelles j’ai travaillé avec Paul c.à.d le gouvernement de 2000-2005, j’ai fait deux voyages à Londres. Le premier m’a permis de recruter le commissaire des prisons en la personne du chef de tous les gouverneurs de prisons de Londres. Une autre mission à Londres, avec le présent Financial Secretary, consistait à renégocier le management contract que l’Aéroport de Maurice (AML) avait signé avec la British Airways, contrat que les policy makers du gouvernement avaient décidé de résilier. Cette même mission me permit d’avoir des réunions importantes sur notre importation de ciment. Ensuite, ma troisième et dernière mission eut lieu au Sud Est Asiatique pour la pension. Ce sont les trois seules missions que j’ai effectuées en cinq ans au gouvernement.

Je suis entièrement d’accord avec l’implication de votre question. Tous les matins, un PM ou un ministre des Finances tient une réunion où il distribue le travail à ses proches collaborateurs. Comment pouvez-vous lui être utile dans ce processus si vous passez votre temps à voyager. Et de plus, siéger sur 7 boards? Non. Ce n’est pas sérieux.

C’est ainsi que je pense que Gérard Sanspeur se donne un mauvais profil. Je vous aurais dit jusqu’ici que Gérard est un gars bien, mais là, en ayant la grosse tête et en ayant une certaine arrogance, il est en train de perdre l’humilité du sérieux haut cadre du gouvernement qu’il était jusqu’ici. C’est dommage car il avait du potentiel. Comme le disait, un Permanent Secretary dans le temps: « Sans peur mais pas sans reproche » .

Defi Plus: Dernière question JMD, on entend souvent dire que ce PM creuse sa propre tombe à travers les conseillers qu’il a choisis. A quel point est-ce vrai?

JMD: Vous vous rappelez que Navin avait une trentaine de conseillers. Il avait des conseillers pour se donner un certain genre. Est-ce que vous voyez un Navin Ramgoolam s’entretenir avec un conseiller en environnement ne serait-ce que 30 minutes par semaine? C’est mal le connaître. 

Donc, la première catégorie de conseiller est celui qui se tourne les pouces. La deuxième catégorie de conseiller est celui qui connaît très bien les faiblesses et les penchants de son ministre, que ce soit en matière politique ou autre. Saisi d’un dossier, il conseille au ministre de suivre exactement la voie qu’il sait être celle que préfère le ministre. Et ce genre de conseillers se ramasse à la pelle. Ils ont l’instinct de survie et leur espèce est loin d’être menacée. La dernière catégorie consiste en professionnels qui flirtent constamment avec le danger en conseillant exclusivement au ministre de suivre la voie qui optimise le mieux-être de la collectivité, le peuple mauricien. Cette voie est rarement celle qui plaît aux groupuscules les plus vocaux. Ce conseiller vient dire à son ministre ce qu’il ne faut pas faire ou ce qu’il fait n’est pas bien.

Donc si vous me dites que les gens émettent l’hypothèse que le PM actuel va aller à sa perte à travers ses conseillers, il est évident qu’il prête l’oreille à des conseillers qui ne méritent pas sa confiance.

J’ai déjà eu cette conversation avec Paul Bérenger. Je lui ai dit : “Je préférerais que tu me vires parce que je t’ai opposé sur un point, plutôt que de te laisser tomber dans un trou sans te le dire”.

Si un PM ne peut s’entourer de personnes honnêtes, franches, pas des couards, pas des lâches, mais des gens qui, tout en le respectant, l’opposent là où il se doit, il est normal qu’il tombera dans un trou. Je ne connais pas très bien le PM actuel donc je ne peux faire de commentaire. Mais comme je vous ai dit plus tôt, le seul fait qu’il donne autant de boards à Gérard démontre qu’il a une confiance infinie en lui (et je ne suis pas à dire que sa confiance est mal placée) et très peu de confiance dans les autres personnes qui l’entourent.



21 July 2013

Réponses additionnelles à M. Assirvaden

Trois questions que la place disponible pour ma réponse ne m’a pas permis d’élaborer dans l’express du 20 juillet en réponse à M. Patrick Assirvaden (qui sera ajoutée à lexpress.mu).

Question 1 : Le fait d’avoir prôné un changement aux «Noise Regulations » des centrales pour élever le seuil du bruit  acceptable à 70 db. Cette mesure est censée, selon M. Assirvaden, provenir d’un sadisme naturel de ma part d’infliger le plus de pollution sonore que possible aux habitants avoisinant ces centrales.

Réponse 1 : Les sites des vieilles centrales de Port-Louis avaient  été choisis par le CEB, il y a plus d’un demi-siècle, de sorte à ce qu’elles soient à une bonne distance des riverains. Avec la pression démographique, les constructions s’approchèrent de plus en plus des centrales qui avaient été là bien avant elles. Faisant face à ce problème, le policy decision de Patrick Assirvaden aurait sans doute été de raser la centrale qui émettait du bruit au-delà du seuil permis par la loi ou encore de raser les vingtaines de maisons qui étaient dans le no man’s land, créant de nouveaux squatters ailleurs, ou forçant le CEB à foot a new bill de quelques millions. De notre temps, nous avons très bêtement changé la loi pour légaliser ce qui était déjà un fait accompli.

Question 2 : Pourquoi s’offrir le luxe d’utiliser « des experts légistes parmi les plus prestigieux d’Europe »à des millions de roupies plutôt que de laisser, comme cela s’est fait auparavant, un vieux juge mauricien concocter un contrat suffisamment bien, sans plus, en vue d’économiser.

Réponse 2 : Les promoteurs des IPP savaient, eux, où mettre leur argent. Ils ne lésinaient pas sur les moyens quand il s’agissait de trouver le meilleur contrat pour défendre leurs intérêts. Le CEB était toujours en position d’infériorité devant ces as spécialisés en contrat d’énergie. Cela nuisait fortement aux intérêts du CEB pour 30 à 40 ans après la signature. Le CEB paye quelque Rs 500 millions par an à ces privés et ce sont les intérêts du CEB qui prévalent quand la force des hommes de lois qui le défendent est égale ou supérieure à ceux des privés lors de l’élaboration du contrat.

Question 3 : Le board du CEB a confié à « quatre mercenaires étrangers » l’organisation du parastatal « ramenant l’organisation  en arrière de 50 ans. Une vraie insulte à la nation ». 

Réponse 3 : Le  président du Parti travailliste démontre une xénophobie dans les affaires d’Etat qui défie la volonté du Premier ministre de faire de Maurice ce qu’est Singapour, avec un intrant de matière grise de l’extérieur. De plus, il ne tient pas en ligne de compte le fait que ces mêmes étrangers ont permis au CEB de faire le coaching d’un très bon fils du sol qu’est devenu le General Manager (GM) après leur départ. Les techniciens de haut calibre du CEB pourraient dire ce qu’ils ont appris du Corporate section sous l’ancien GM.

20 July 2013

Faible, faux et pas factuel, donc consistant !

Par  Jean-Mée DESVEAUX
l'express du 20 juillet 2013

J’ai référé les lecteurs aux interviews du blog jeanmeedesveaux.blogspot.com (entre 26 mai et 9 juin 2003) qui leur permettront de reconnaître les faux-fuyants de Patrick Assirvaden.1) Il suffit de dire au sujet des bushing des turbines de Dumat, dont j’entends parler pour la première fois de ma vie à travers Hansard en 2011, que Patrick Assirvaden ne démontre pas le lien qu’on attendait entre Jean-Mée Desveaux et l’achat ou avec le «contact». Il dilue son accusation outrageante en se retranchant lâchement à dire : «Tout ce qui a été acheté par le CEB entre 2000 et 2005 est la responsabilité du ‘chef d’orchestre’ du board bien qu’il n’ait jamais siégé sur le moindre tender committee au CEB !» 2) La CTDS est utilisée entre 97 % et 98 % du temps parce qu’elle est bien moins coûteuse : Fort George est à Rs 5,50 le kWh ; la CTDS est à moins de Rs 4 et Suzor aurait été dans les Rs 8 le kWh. 3) La Chaudière : le CEB n’allait pas acheter la centrale. Le CEB allait acheter l’électricité de la centrale, point barre. Puisque les promoteurs possédaient une chaudière ayant déjà servi (qui semble vachement tenir le coup après une utilisation si intense depuis dix ans) tant mieux pour le CEB. Imposer une nouvelle chaudière au candidat CTDS (comme voulaient les supporters de Suzor) visait très clairement à faire grimper le coût de l’électricité offerte et (irrationnellement) faire le jeu du projet le plus onéreux. 4) L’appel d’offres (RFP) ne stipulait pas une technologie spécifique, donc la CTDS était en droit de choisir le charbon.5) Le débat du charbon n’était pas d’actualité. Mais je suis surpris de voir les convictions environnementales de M. Assirvaden, le supporteur indéfectible du projet de Pointe-aux-Caves. 6) Par contre, le RFP exigeait un minimum de 30 MW. S’ils avaient choisi bagasse/charbon, la CTDS serait, pour des raisons techniques, tombée en-deçà de 30 MW et serait automatiquement exclue du RFP.7) M. Assirvaden questionne les Rs 1 000 de ma rémunération au CEB, CWA, WMA sans donner de chiffre contraire. 8) M. Assirvaden a été contre Gamma avant l’intervention du PM, pour Gamma après cette intervention et contre Gamma encore aujourd’hui, restant fidèle à la vraie girouette qu’on connaît.

17 July 2013

Assirvaden, ce tonneau vide de président

Par Jean-Mée DESVEAUX
l'express du  17 Juillet 2013
SUDS, à Union st Aubin, la première centrale érigée après un appel d'offres transparent à Maurice.

Décidément, Monsieur Assirvaden a encore beaucoup de mal à saisir notre philosophie politique. Il se réjouit de nous voir nous démarquer de la position MMM/MSM sur le dossier Sinohydro * mais il a toujours du fil à retordre à comprendre la logique de notre action durant les cinq ans (2000-2005) passés au sein du Board du Central Electricity Board (CEB). On se souvient qu’il allait, lui-même, devenir président de cet organisme clé de 2005 à 2010. Il y a, bien au-delà d’un simple clash de personnalités, suffisamment de leçons à tirer du fonctionnement du CEB durant ces deux périodes pour qu’on s’y arrête.

Qualifié de «nominé politique de bas étage» par Paul Bérenger, cet ex-président du CEB n’avait produit aucun nouveau Independent Power Producer (IPP) durant son mandat. Pourtant, le style et les pirouettes de cet homme consumé d’ambition politique, auront laissé une empreinte indélébile sur le déclin de cet organisme. Doté d’une remarquable propensity to think a little too well of himself, il faisait une exégèse de sa présidence suite à celles du professeur Kasenally et du docteur Baguant après seulement un an : «Le CEB avait besoin d’une personne très ferme à sa tête…….Il est essentiel que le président soit quelqu’un qui agit avec fermeté….cela a manqué dans le passé. Le CEB a aujourd’hui quelqu’un d’intransigeant à sa tête. Je suis confiant que cette politique de fermeté va être payante.»

C’est la même fermeté verbale qu’on retrouve chez le président Assirvaden quand le CEB décide que le projet Gamma-Coventa d’incinérer 80 % des déchets du pays est contraire aux intérêts du corps para-étatique. Les techniciens du CEB découvrent des anomalies et des manquements techniques et économiques au sein du projet et concluent qu’il n’est pas viable, qu’il risque d’exacerber la situation financière critique du CEB et que les prix proposés par des éventuels IPP sont à moitié inférieurs au prix de Gamma-Coventa. Les techniciens du CEB ayant fait leur travail, le président Assirvaden lève le ton et déclare : «Dans tous les prochains contrats que le CEB signera avec le secteur privé, si le CEB ne sort pas gagnant, je prends l’engagement, en tant que président, de faire savoir à la population que je ne suis pasd’accord de payer le courant à ce prix-là.»

Un frisson d’admiration parcourut le pays tout entier, électrifié devant tant de patriotisme. Voilà un Mauricien qui mettait ses convictions au-dessus de l’assujettissement abêtissant de son parti politique. Le président du CEB aurait donc compris que cette utilité publique avait Rs 5 milliards de dette en sus des Rs 2 milliards de déficit accumulé. Rama Sithanen venait, du reste, d’attribuer 2 % du déficit du budget de l’État aux autorités para-étatiques, dont principalement le CEB.

Mais, Monsieur Assirvaden n’avait pas tenu en ligne de compte que les frères Ah Teck, promoteurs du projet d’incinérateur, étaient très proches de Navin Ramgoolam. Un coup de fil de l’hôtel du gouvernement suffit à dégonfler ce caïd. Le tigre rentra ses griffes et devint chaton devant les diktats du prince auquel il devait sa nomination. La seule qualification de Navin Ramgoolam en matière énergétique jusque-là, avait été sa déclaration, en 2005 en tant que leader de l’opposition, qu’aussitôt élu, il fermerait toutes les centrales qui utilisent le charbon (mettant inéluctablement le pays dans une obscurité totale) ! C’est pourtant le PM qui prit la présidence d’un High Powered Committee qui déclara, bien vite, que l’incinérateur de Gamma-Coventa, proposé par ses bailleurs de fonds, était hautement désirable pour le pays.

Le président Assirvaden avait, ce jour-là, choisi de sacrifier ses convictions affichées dans l’expectative de la carrière de député de bas étage qui se donne en spectacle aujourd’hui à toute une nation. Dès lors, départager les offres des IPP cessa d’être l’exercice technique de haute volée qu’il avait été durant les cinq années précédentes. Le chaos le plus total, avec des projets défiant toute logique énergétique, devint la règle du jeu pour le reste de son mandat. Le critère essentiel de l’IPP allait dorénavant devenir l’appui d’un mercenaire influent au sein du cabinet ou encore d’une organisation socioculturelle. Ce fut le cas pour le projet CT Power qui naquit sous la présidence de Monsieur Assirvaden qui demeure un de ses plus fervents défenseurs bien que le coût de production du kilowatt/heure de cette centrale, information sine qua non de toute décision d’octroi de IPP, n’est toujours pas connu jusqu’ici.

Comment, dès lors, s’étonner qu’un Chairman de cet acabit soit dérouté par la trempe de ces illustres prédécesseurs que furent le professeur Kasenally et le docteur Baguant avec qui j’ai eu le privilège de travailler entre 2000 et 2005. Si, comme dit le PM, the proof of the pudding is in the eating, il suffirait de rappeler que sous ces éminences grises, le CEB réussit à adjoindre deux centrales électriques d’IPP d’un total de 104 MW à son grid, alors que le président narcissique n’a, à son actif, malgré tout le sound and fury,qu’un score des plus nuls. En sus de la capacité additionnelle et l’épargne réalisée par le CEB, l’histoire retiendra, des deux centrales de Société usinière du Sud (SUDS, 30 MW) et de Savannah (74 MW), la transparence et le souci de bonne gouvernance dans lesquels ces contrats de plus de Rs 6 milliards ont été négociés par le CEB. Une première nationale non égalée depuis.

Le CEB ne pouvant produire toute son électricité à cause de l’investissement faramineux que cela implique, la priorité est d’acheter l’énergie produite par le privé au meilleur prix qui soit. Or, jusqu’en 2000, le processus de passation de marché pour des contrats des IPP qui se comptent en milliards, se faisait au petit bonheur, chacun son tour, dans un cadre totalement opaque. Le promoteur n’avait, en plus, aucune pression concurrentielle à offrir le meilleur prix aux consommateurs.

Quand donc sous la présidence du professeur Kasenally, le CEB instaure un processus d’appel d’offres piloté pendant des mois, dans les moindres détails, par la cellule Corporate Planning and Research, c’est une grande première pour le pays. Ce Request for Proposals(RFP) allait déterminer lequel des projets allait joindre le grid du CEB en premier sur la base des critères spécifiques tels : reinvestment potential, environment impact,new employment, tax revenue, buy out provisions, legal risks, bidder strength, dispatch flexibility, ancillary services, line losses, levelised cost etc..

Mais bad habits die hard. Médine, le troisième candidat s’étant retiré, l’appel d’offres allait se jouer entre SUDS et le projet de cogénération de M. Norland Suzor dans le port. La décision d’opter pour un processus de sélection transparente et concurrentielle n’était pas au goût de tout le monde et n’était pas de nature à nous créer une foule de supporters. L’industrie sucrière n’avait aucune envie de se plier à la règle de la concurrence et à la discipline de prix que nous introduisions dans le paysage énergétique national. La Mauritius Sugar Authority (MSA) voyait son pré carré lui échapper. Les mandarins du ministère de l’Énergie qui avaient, avec la MSA, négocié dans le passé, les contrats de gré à gré de Belle-Vue et de Beau Champ étaient des opposants naturels d’une passation de marché transparente. IBL, qui pilotait le projet Suzor, et MCFI, qui allait abriter ce projet, allaient aussi s’allier avec la horde mentionnée en haut, et tous, s’opposèrent, comme un seul homme, au processus d’appel d’offres et mirent leur poids, non négligeable, derrière le projet Suzor.

Mais l’adversaire le plus redoutable du RFP fut le PM d’alors, sir Anerood Jugnauth. Durant quelque vingt ans à la tête du pays, ce dernier n’avait jamais ressenti le besoin d’un quelconque comité, scientifique ou pas, pour choisir un projet d’investissement à Maurice. Après que tout ce beau monde se soit rencontré chez le PM pour lui présenter le projet de cogénération, celui-ci trancha dans le vif (au beau milieu du processus du RFP au CEB) que c’était le projet Suzor qui irait de l’avant.

Ah ! Monsieur Assirvaden, si seulement vous étiez là! C’est d’un président de votre trempe que SAJ avait besoin à ce moment-là. Vous auriez fait vos galons politiques des années plus tôt ! N’ayant ni vos ambitions politiques ni la souplesse de vos vertèbres, we begged to differ avec le décideur suprême devant l’intérêt supérieur du pays. Nous étions à la veille du changement de PM à l’israélienne et tout pouvait encore arriver. Et pourtant, Paul Bérenger s’aligna du côté de la transparence et le processus du RFP au CEB se poursuivit. Le projet SUDS fut éventuellement adjugé plus avantageux au CEB et remporta la joute. Elle reste aujourd’hui une des centrales au sommet du Dispatch Order du CEB (appels de plus de 90 % sur le grid) autant par son prix avantageux que par sa flexibilité.

Il y eut beaucoup d’attaques, de chasses aux sorcières et de fishing expedition pour essayer de trouver ce qui, dans l’attribution de ce contrat, pourrait le moindrement prêter à équivoque. Mais que dalle ! Ces gesticulations dont je fus naturellement l’objet principal avaient pour but de décourager la transparence dans l’attribution des contrats entre les IPP et le CEB. Le lecteur qui s’y intéresse peut consulter, sur le blog jeanmeedesveaux.blogspot.com, les interviews suivants qui parurent dans l’express : Empêcher le CEB d'être une vache à lait  (26 mai 2003) ; l’interview de Jack Bizlall Jack Bizlall: Que la lumière soit faite (2 juin 2003) ; Eclairage sur les contrats du CEB (9 juin 2003).

 Le lecteur peut, à partir de là, tirer ses propres conclusions sur l’honorable Assirvaden. En ce qui nous concerne, l’ayant déjà traité de menteur en direct à la radio en 2006, nous avons, depuis, noté chez lui, une autre tare non moins enviable. Fidèle à ses convictions morales, il se sert du Parlement comme d’un coward’s castle où, sous l’immunité parlementaire, il induit la nation, l’exécutif et les députés en erreur afin de couvrir son incompétence au sein du CEB. Ainsi, le 14 novembre 2011, il attribue le black-out du pays après l’explosion à la sous-station de Dumat en 2007, quatre ans plus tôt (!), à du matériel défectueux acheté d’un contact sud-africain de votre correspondant. Il l’aurait appris «d’un technicien»! Pareillement, au lieu des quatre Boards sur lequel j’ai siégé (dont trois avec une rémunération d’environ Rs 1 000), il en dénombre 17 avec une rémunération de Rs 350 000 !

On peut prédire qu’avec un tel parcours, le pays devra sûrement ériger bientôt, sur le front de mer, une effigie à ce parangon de la politique qu’est devenu Patrick Assirvaden. Il faudrait cependant s’assurer, pour être fidèle à sa nature, qu’elle soit aussi creuse et résonnante que le guignol burlesque qui nous est offert en spectacle dans l’hémicycle.

* Lors d’une conférence de presse, le samedi 6 juillet, Patrick Assirvaden a exprimé son appréciation de Jean-Mée Desveaux : «Après l’affaire de St-Aubin et son passage au CEB, je ne partage pas grand-chose avec Jean-Mée Desveaux. Mais suite à cet article, j’ai changé d’avis ! » (Weekend, 7 juillet 2013)


24 May 2006

Salaire du special advisor

 l'express du 24/05/2006

● CONSEILLERS. Rs 64 000 pour Ramjuttun. La question portant sur les deux nouvelles recrues du bureau du Premier ministre, Dinesh Ramjuttun et Gilbert Philippe, s’est retournée contre l’opposition. Car dans sa réponse initiale, le chef du gouvernement rappelle que les conditions sont bien moins intéressantes que celles octroyées aux senior and special advisers de l’ancien régime. Dinesh Ramjuttun touche Rs 48 000 ainsi que des allocations de Rs 16 460. D’autres détails devaient être déposés à la librairie de l’Assemblée nationale. Devant l’insistance de l’opposition, le PM a soutenu que son prédecesseur avait employé 21conseillers alors que lui en a embauché une quinzaine.

De plus, celui qui posait la question, Rajesh Bhagwan, a été aussi visé par Navin Ramgoolam, qui précise qu’il avait 11 conseillers lorsqu’il était ministre. Le chef du gouvernement n’a pas manqué de rappeler qu’un ancien conseiller du PM, Jean-Mée Desveaux, touchait Rs 126 000 et qu’avec les rémunérations additionnelles obtenues pour siéger sur des conseils d’administration, il recevait quelque Rs 175 000. Navin Ramgoolam soutient en outre qu’aucun de ses conseillers ne siègent sur les conseils d’administration et de ce fait, ne bénéficie de rémunérations additionnelles.