JM et les chefs coutumiers de la République démocratique du Congo
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28 August 2013

Lagesse enfin derrière les barreaux...

Par Jean-Mée DESVEAUX
L'express du 28 août 2013
 
La justice a non seulement été appliquée mais elle a été visible et exemplaire. Une île Maurice républicaine est parvenue à mettre derrière les barreaux l’industriel le plus riche et le plus puissant du pays. Thierry Lagesse a été appréhendé à sa descente d’avion comme un vulgaire passeur d’héroïne et amené aux Casernes centrales «manu militari» entre deux gorilles du CCID. Il y aura passé une nuit qui lui aura appris à appréhender la vie d’une perspective un peu moins rose.

Avant lui, l’homme avec lequel il est accusé d’avoir comploté pour priver l’État de Rs 7,2 millions, Ashish Kumar Seeburrun, avait lui aussi goûté de la paille chaude du cachot et cela pendant près d’une semaine pour donner le temps aux enquêteurs de lui arracher tous les détails croustillants du dossier. C’est ainsi qu’opère un machine judiciaire qui ne s’arrête pas au faciès.

Cette question est imprégnée d’émotivité à Maurice. La perception qu’un «blanc» (héritier de privilèges d’un temps révolu où régnait une injustice implacable) ne soit pas soumis au code pénal qui régit le reste de la population est une gangrène qui mine les relations inter-ethniques mauriciennes. On tend ainsi à faire abstraction du fait que, lors du scandale de la caisse noire d’«Air Mauritius», le seul accusé à avoir honnêtement avoué sa faute et restitué les Rs 27 millions d’argent mal acquis fut Gérard Tyack dont le carnet de boutiquier n’a servi qu’à le rendre passible d’un séjour de plusieurs mois à la prison de Petit Verger. C’est aussi faire abstraction de toutes ces petites têtes blondes emprisonnées pour des délits de drogue que j’ai constatées à la prison de GRNW durant une visite en 2004. C’est cette perception qui a, dans le temps, poussé feu l’inspecteur Harry Raddhoa à enfreindre la loi en séquestrant illégalement Martine Desmarais. Il espérait ainsi lui soutirer des informations qui incrimineraient Bernard Maigrot, cet autre suspect «blanc» du meurtre de Vanessa Lagesse, la cousine du même Thierry Lagesse. L’inspecteur n’eut aucun état d’âme que Martine Desmarais fut compensée par la Cour suprême d’un état de droit qui jugea le traitement qu’elle subit contraire à ses droits constitutionnels.

Thierry Lagesse n’aura probablement pas le sort de Madame Desmarais au vu des preuves accablantes que le CCID semble avoir obtenues d’Ashish Kumar Seeburrun. Il aurait naïvement été pris, la main dans le sac, lors du shopping pour son nouveau joujou de luxe (il possède déjà une Harley Davidson). La sous-facturation qui cause un manque à gagner de Rs 7,2 millions est normalement châtiée par une pénalité qui est un multiple de cette somme. Il est absolument juste que cette pénalité soit appliquée. Mais les autorités peuvent-elles, en leur âme et conscience, arguer qu’il fallait, d’abord, en faire une affaire de police et, ensuite, le mettre en prison ? Combien de cas de taxe impayée finissent-ils aux mains de la police ?

Les autorités ont objecté à sa libération car elles disaient craindre qu’il puisse influencer les témoins et manipuler des preuves. L’industriel a passé des semaines en Europe d’où il aurait pu avoir manipulé qui il voulait à coeur joie. Les interlocuteurs de l’ancien «Attorney General» avaient été accusés de manipuler des témoins sans pour cela être passibles de jours de prison. Les raisons avancées pour emprisonner Thierry Lagesse ne convainquent pas vraiment. Il est difficile de ne pas conclure que son épiderme n’est pas étranger au sort qui lui est réservé. Il a fallu non seulement qu’il paye le coût imposé par son imprudence alléguée devant la loi, mais de plus, il fallait ajouter une dose d’humiliation facultative pour la bonne mesure.

Et quid de Maurice dans tout cela ? En avons-nous fait un meilleur pays après cet épisode ? Lagesse brasse Rs 27 milliards en chiffre d’affaires. On peut estimer qu’il emploie entre trois et cinq mille Mauriciens dans les entreprises où sa famille possède un intérêt direct. On pourrait arguer qu’il est de l’intérêt de ces milliers de pères et mères de famille que leur patron s’identifie un peu plus au sol où il a choisi de garder sa fortune plutôt que d’en être aliéné. S’il faut s’en persuader, on se rappellera cet autre blanc riche, Fernand Leclézio qui, à la veille de l’indépendance, prit ses clics et ses clacs sous le nez et à la barbe de SSR pour des horizons meilleurs. Et, faut-il le rappeler, il existait alors un contrôle absolument rigoureux des transferts de capitaux qui n’existe pas aujourd’hui. Les entreprises associées au groupe Mon Loisir ont déjà un pied très ferme sur le continent africain où les marges  de profit sont bien plus intéressantes et bien moins difficiles à réaliser. Avec près de 50 000 chômeurs, le malin plaisir de voir cette grande gueule de patron rire jaune derrière les barreaux en valait-il vraiment le coût ?

14 November 2012

Nul n’est prophète en son pays

Par Jean-Mée DESVEAUX

L’express du 14 novembre 2012
 
L’ironie veut que la Mauritius Revenue Authority (MRA), ayant failli d’assainir son Customs department, ait ainsi raté l’occasion de mettre en œuvre le mécanisme apte à bloquer les barons de la drogue en aval. Il ne lui restait donc qu’à adopter la stratégie présente de percevoir une cote part sur l’argent gagné sur le cadavre des enfants mauriciens.

Les frasques de Gro Derek et la réclamation de Rs20 millions que lui fait la MRA pour fraude fiscale ouvrent un chapitre que je croyais clos avec l’article que j’écrivis dans l’express du 15 septembre 2008, intitulé : « Goodbye Bert, Welcome narco paradise ! ».

Le lecteur se souviendra que l’avènement de la MRA en 2005 visait essentiellement à réformer la Mauritius Customs. A la tête de la douane depuis 2003, Bert Cunningham avait réussi à colmater les brèches énormes qui existaient jusque-là dans les recettes douanières du pays. Mais il devenait évident que Cunningham n’allait pas pouvoir mener à bien sa réforme dans les conditions administratives qui prévalaient alors au sein du Customs. Le «dead wood» ainsi que les «rotten eggs», qui faisaient dire à Cunningham qu’il était à la tête de la douane la plus corrompue au monde, étaient protégés par les conditions du service civil.

Pour échapper à ces contraintes archaïques et repositionner la douane sur une base saine, moderne, transparente et où prévaudrait enfin le principe de l’«accountability», il n’y avait qu’une solution possible : l’institution d’une MRA. Elle engloberait naturellement non seulement la douane mais aussi tous les autres bureaux du fisc, tels la TVA, l’Income Tax et le Registrar General, entre autres, au sein d’une organisation où la flexibilité et l’efficience du secteur privé primeraient. Le principe fondamental de cette institution allait être : «ability to hire and fire», de recruter les meilleurs talents et de résilier le contrat des employés non performants ou corrompus.

C’était sans compter l’influence du Syndicat de la douane et de ses amis à l’intérieur du nouveau Board de la MRA. En effet, à côté du Special Adviser de Paul Bérenger que j’étais, il y eut sur ce Board, deux membres de taille qui n’avaient pas la même exégèse sur l’assainissement de la douane : 1) Mme la Permanent Secretary Maya Hanoomanjee, qui s’est créé, depuis, un profil politique remarquable en tant que ministre de la Santé. 2) Le Solicitor General, beau-frère du No 2 de la douane qui agissait comme acting Comptroller of Customs jusqu’à l’arrivée du Canadien à la tête de la douane deux ans plus tôt.
 
La première tâche du board était de recruter le directeur de la MRA parmi les nombreux candidats qui avaient postulé, dont Bert Cunningham, le chef d’Interpol et M. Sudhamo Lall, l’actuel Directeur général (DG) de la MRA. Il y eut deux rounds dans la sélection. Le deuxième round s’appuyait sur les qualités intrinsèques et le track record de «leadership for change» que les deux Anglophones remplissaient à merveille. Le premier round se basait sur les qualifications académiques. Il était clair, au sein du board, que si le chef canadien de la douane mauricienne ou le chef d’Interpol passait l’obstacle des qualifications académiques et expérience, l’un d’eux aurait été automatiquement choisi pour la position de DG. Ce DG aurait alors eu la personnalité et l’expérience nécessaires pour pousser la réforme de la douane jusqu'à sa conclusion logique d’un assainissement des ressources humaines de la douane de haut en bas. L’histoire doit retenir qu’aucun de ces deux hommes ne fut nommé en raison des objections des deux membres les plus puissants du board. Cunningham et le chef d’Interpol n’avaient pas, selon eux, les qualifications ou l’expérience requises.
La MRA réclame Rs 20 millions à Gro Derek pour fraude fiscale.

Ayant en vain insisté que les critères avaient été pervertis pour faire le jeu du syndicat des douanes, refusant de cautionner l’adultération grossière d’un recrutement sur lequel dépendait l’avenir du pays, je soumis ma démission au Premier ministre en tant que membre du Board de la MRA.

La MRA hérita d’un DG rêvé en ce qui concerne le syndicat des douanes. J’avais correctement anticipé la tournure qu’allaient prendre les choses. Le tri qui devait se faire en vue d’enlever les éléments indésirables de la douane avant qu’ils ne soient recrutés au sein de la nouvelle MRA demandait quelqu’un qui avait de la poigne. Ceci fut relégué aux oubliettes. Tous eurent la hausse salariale du nouveau système sans que personne toutefois ne subisse les inconvénients d’une plus grande rigueur. La tâche de trier le bon grain de l’ivraie, toujours en foison au sein de la nouvelle douane, fut reléguée aux calendes grecques.

Il n’est pas nécessaire de faire une régression linéaire économétrique pour savoir que la progression inexorable du fléau de la drogue à Maurice est en corrélation directe avec la faiblesse de la Mauritius Customs. La part de cette progression cancéreuse due au vide causé par la maldonne administrative décrite en haut reste du domaine des thèses académiques. Il ne faut pas oublier de comptabiliser les « positive externalities » que nous avons perdus en même temps. Avec un Customs hyper actif de Cunningham, même l’ADSU, d’ordinaire assez balourd, avait subi l’effet de l’émulation et se dépatouillait pour essayer d’arriver avant les hommes du Canadien sur la scène du crime.
 
Maurice est, de nos jours, au hit parade des pays où les marchands de la mort et leur fléau décime les jeunes, sans discrimination aucune - une première chez nous. Une visite à la prison de GRNW me démontrait le nombre de petites têtes blondes qu’on pouvait y compter en 2004.

D’autre part, il ne faut pas rêver. Gro Derek parti, s’il ne réussit pas à diriger son empire à partir de sa cellule de Beau-Bassin, quelqu’un d’autre viendra prendre sa place comme cela se fait régulièrement, depuis des décennies, au Mexique. Car à Maurice, plus encore qu’au Mexique, le « barrier to entry » dans ce domaine est très très bas. Ce nouveau venu aura le même « red carpet treatment » des concessionnaires de voitures des marques les plus prestigieuses, plus soucieux de l’enveloppe mensuelle de leur vente que de l’image qu’ils projettent ainsi à la société toute entière. Ces nouveaux caids, dans bien des cas, s’accommoderont aussi, comme celui qui les a précédés, des personnalités politiques de l’endroit. En échange, ils leur demanderont un petit coup de main lors de la prochaine élection. Un politicien, par définition couard, n’a pas les nerfs qu’il faut pour ignorer une sommité de l’endroit. Son or caché, même sous la putréfaction des corps de ses victimes, peut toujours être un atout majeur lors d’une élection.

''A l'instar des plus belles roses, Maurice surgit, toute belle, d'un lit de fumier.''

 

C’est ici qu’intervient Monsieur Lall en fin stratège. Admettons, il n’a pas la pugnacité des deux Anglo-saxons précités. Mais, à chacun sa force et la sienne ne saurait décevoir. Dès le début, le DG s’est montré une vraie planche à billet pour le gouvernement mauricien et il mérite d’être félicité pour cela. Sous sa férule, la MRA a engrangé des sommes mirobolantes qu’il s’agisse au niveau de la TVA ou à celui des autres (Grand ou Petit) contribuables. Mais de loin, là où il risque de mériter une place, et pas des moindres, dans l’histoire des institutions fiscales de ce pays, c’est dans sa dernière initiative d’atteler sa machine fiscale aux trafiquants de drogue. Il a perdu la bataille de la réforme de la douane qui aurait visé à éradiquer le fléau de la drogue à sa source. M. Lall se sait mal préparé pour mener la bataille en amont, il les attend en aval. Faites votre fortune messieurs, dames, parrains et marraines. Je suis le percepteur qui vous attend au tournant et je jure que je vous traiterai avec la même rigueur que je traite IBL, Rogers et autres MCB. L’express du mardi 6 novembre nous apprend que « les transactions et revenus engendrés par ce trafic de drogue allégué n’impliquant pas moins d’une dizaine de suspects tourneraient autour de Rs200 millions selon les informations des milieux proches de la MRA. Une somme qui pourrait être révisée à la hausse. » C’est ainsi que le ministère des Finances juge les Rs 20 millions très en-deça du chiffre qu’il désire voir réclamer.

Imaginant que les parrains et marraines, concurrents de monsieur Gro Derek, aient engrangé une fortune non moins colossale durant leur propre incursion dans le domaine du secteur privé mauricien, on pourrait estimer leur chiffre d’affaires à quelques milliards de roupies. Frapper des impôts sur une telle somme est, sans nul doute, une aubaine pour la MRA et les finances publiques. Après tout, n’est-ce pas un secret de polichinelle qu’un grand nombre des beaux bâtiments de la Cyber City provient des caisses de l’argent sale qui aide ainsi au développement économique du pays. A l’instar des plus belles roses, Maurice surgit, toute belle, d’un lit de fumier.

Il n’existe pas de place dans le bilan des finances nationales pour la vie des enfants fauchés à la fleur de l’âge. Ces vies qui refusent d’être réduites à un 0 ou à un 1 digital sur un fichier Excel n’ont donc absolument aucune valeur. Il n’existe pas non plus, au sein de ce pauvre pays, des âmes moins fortes que ceux qui arbitrent ce combat et qui pourraient demander ce que ces milliards de roupies taxés par la MRA représentent en termes d’enfants, de conjoints, de frères et de mères enlevés prématurément durant ces sept ans d’existence de la MRA par le fléau de la drogue. Combien de cadavres faut-il pour rendre une entrée d’un million de roupies en impôts acceptable à un Etat qui se respecte ? Dix cadavres par million de roupies serait-il un sacrifice acceptable ou n’est-ce pas assez ?

Sommes-nous trop idéalistes de mettre autant d’accent sur ces êtres mal adaptés qui auraient, de toutes façons, grevé les finances publics encore plus en termes de soins médicaux s’ils n’avaient pas été aspirés par cette sortie prématurée, infiniment triste et si douloureuse. N’est-ce pas là, après tout, l’image même du modèle darwinien de la survie des meilleurs gènes dans une société capitaliste à outrance comme celle que nous sommes en train de construire à Maurice? Pour subvenir au coût imposé par ceux qui survivent, la MRA semble nous dire qu’il faudrait faire abstraction des beaux sentiments et mettre en veilleuse toute émotion relative à ces êtres appelés à disparaître inéluctablement comme l’imposent les lois de notre jungle.

14 September 2005

Totale incompétence

L'éditorial de Gilbert Ahnee

Le Mauricien du 14 septembre 2005

Chez les uns, l'homme provoque de l'urticaire, chez les autres de l'admiration. Quoi qu'il en soit, ses propos ne peuvent pas laisser indifférent. Et nous ne pouvons passer sous silence l'interview, publiée dans l'édition de ce matin de notre confrère l'express, de l'ancien bras droit de Paul Bérenger au gouvernement, Jean-Mée Desveaux.

Soit M. Desveaux pense que celui qu'il désigne, à l'occasion, comme son patron ne reviendra jamais aux affaires et ne l'appellera plus jamais auprès de lui, soit l'ancien sherpa du précédent Premier ministre postule qu'il ne se mettra plus jamais au service d'un gouvernement comprenant le MSM. Car quoi qu'il puisse dire, qu'on se sente spontanément en accord ou en désaccord avec lui, une chose au moins apparaîtra de manière unanime : Jean-Mée Desveaux est totalement incompétent... dans la pratique de la langue de bois.

Que ce soit dans son jugement sur la personne évincée et la personne choisie pour présider la Mauritius Revenue Authority—« Il a été évincé par une candidate qui possède pour tout diplôme un School Certificate et une alliance parentale » — ou dans son appréciation du Budget 2004/05—« l'ineptie de la Duty Free Island à Rs 4 milliards » —, l'ancien conseiller semble indiquer qu'il n'a pas réellement souscrit aux déclarations publiques de son patron quant à la stature et à l'avenir de Pravind Jugnauth. Mais cela n'est, au fond, pas du plus vif intérêt. En revanche, même si M. Desveaux devait hériter là d'une réputation de Cassandre, certaines de ses mises en garde devraient au moins être entendues. Les formules de l'ancien enseignant ne manquent pas de pédagogie imagée : 

« Les deux groupes politiques me font penser à deux parents divorcés qui pourrissent de gâteries leur jeune enfant dont ils ont la garde à tour de rôle. Pour surpasser l'autre dans l'estime de l'enfant immature, ils dilapident le patrimoine familial et hypothèquent l'avenir même de leur enfant ». 

Une Spoilt Child Policy sans doute à mettre en rapport avec la séduisante et grisante proposition suivante : « L'île Maurice doit aujourd'hui travailler plus pour gagner moins. Cela est triste, cela semble injuste, mais c'est comme ça. Nos salaires ont diminué au niveau international. Seul un tel message de vérité peut apporter le déclic qui fera comprendre aux Mauriciens que les choses sont sérieuses ». 

Pour ce qui est de l'avenir du sucre également, c'est un pavé dans la mare, un gros pain de jageri dans la mélasse que lance M. Desveaux :

« On nous parle de Rs 30 milliards comme étant la somme que requiert l'industrie sucrière pour se mettre debout. Je suppose, d'abord, que cet argent ne sort pas des coffres de l'État mauricien. Ensuite, supposant que les Européens qui nous ont nourri pendant trente ans veulent nous faire cette compensation, est-il sage de throw good money after bad de la sorte quand nous savons que le prix de la denrée baisse de 40% ? Ne serait-il pas souhaitable de se poser la question quant à une meilleure utilisation de cette compensation économique dans un créneau qui risque de nous faire mieux avancer dans les années à venir ? »

Sans doute convient-il aussi de noter que l'ancien conseiller de Paul Bérenger ne semble pas défavorable à l'affectation d'une partie des compensations européennes pour le sucre à « des projets sociaux du gouvernement pour pallier les besoins de cette population afro-mauricienne qui, elle, n'a jamais reçu de VRS ni de compensation après avoir établi sous l'esclavage les bases de l'industrie mère [...] pas [une] compensation par individu qui serait dilapidée en moins de deux mais en projets scolaires, en bourses, en projets sociaux et autres infrastructures ». Que nous rapportera encore le sucre ? Alors qu'Arvin Boolell prend son bâton de pèlerin pour aller plaider à nouveau la cause des ACP, au lendemain de la désignation de la députée Nita Deerpalsing comme rapporteuse des travaux du comité économique de l’Assemblée paritaire ACP-UE sur le thème de la problématique de l'énergie pour les pays ACP, réfléchir aux conditions d'émergence d'une industrie de la canne peut paraître comme l'enjeu du moment. Alors que le prix du pétrole commence à inquiéter même les économies les plus prospères, l'heure de l'éthanol serait-elle enfin venue ? À plus forte raison si l'on accepte, même douloureusement, en reprenant la formule de Jean-Mée Desveaux, que nous ne retrouverons plus, dans les échanges internationaux, les salaires qui nous avaient été consentis à l'époque des divers protectionnismes. Alors que l'actuel gouvernement a reçu un mandat pour démocratiser l'économie, au moment où ceux qui réfléchissent aux stratégies les mieux à même de répondre à cette attente populaire se demandent si le grand secteur privé jouera bien le jeu de la transparence et de la méritocratie, certains propos de l'ancien conseiller de Bérenger pourraient sembler extraits du manifeste de l'Alliance sociale. 

Par exemple : « Le gouvernement sortant allait augmenter le Bagasse Transfer Price, ce qui aurait fait augmenter le coût de l'électricité pour l'économie en entier. L'électricité provenant de la bagasse coûte plus cher à la Centrale Thermique de Belle-Vue que l'énergie provenant du charbon importé. On ne doit pas aider l'industrie sucrière aux dépens de l'économie nationale. Car ce faisant nous pénalisons d'éventuels champions qui pourraient graduellement prendre la relève de l'industrie mère ». 

A dix ans de 2015, même si l'ambassadeur américain John Bolton était touché par la grâce du soixantième anniversaire des Nations unies et proclamait sa foi dans les objectifs de l'organisation, il n'est pas vraiment sûr que la planète soit bien engagée sur la route des Millenium Development Goals. Alors que nous devrions, à Maurice, commencer à nous inquiéter de la progression du Sida, qu'il y a, chez nous aussi, des cas d'extrême pauvreté, et bien davantage dans des pays voisins, le moment est peut-être venu de se demander si les stratégies entrevues pour atteindre ces objectifs sont bien les bonnes. Mais une chose au moins est sûre : c'est en développant les richesses de la région que nous retrouverons de meilleurs salaires. Le premier objectif étant de nous convaincre que nous ne sommes pas un pays-rentier mais un pays-salarié. Donc au boulot !

23 February 2005

La MRA cherche son directeur général

l'express du 23/02/2005

Exercice de sélection. Hauts cadres du secteur public à Maurice et professionnels étrangers en Inde, au Canada et en Europe portent un intérêt particulier au poste de directeur général de la Mauritius Revenue Authority (MRA). Un poste qui devrait être pourvu à partir du 1er mars, explique Maya Hanoomanjee, présidente du conseil d’administration de la MRA. L’organisme devrait entrer en opération en juillet.

Le recrutement du directeur général pour ce futur organisme a été annoncé dans des magazines et journaux spécialisés à l’étranger. Notamment le magazine britannique The Economist et le quotidien indien, l’Economic Times of India. Il semble également que de hauts cadres à l’Income Tax, à la Revenue Authority, à la douane et même à l’Independent Commission against Corruption (Icac) ont postulé.

Les candidats choisis ont été appelés pour interview. Et l’exercice de sélection est actuellement en cours.

S’il n’a pas droit au vote, le directeur général sélectionné fera également parti du conseil d’administration. Ce dernier a pour présidente Mme Hanoomanjee et ses membres sont Patrick Yip Wang Wing du ministère des Finances, Mme Aisha Timol, directrice de la Banker’s Association, J.P. Coopamah, ex-directeur du budget au ministère des Finances, Jean-Mée Desveaux conseiller économique au bureau du Premier ministre et Dhiren Dabee du parquet.

Aussitôt recruté, le directeur général devra soumettre en avril ses recommandations sur les conditions de travail sur les autres membres du personnel. Des recommandations qui seront examinées par le conseil d’administration de la MRA et ensuite approuvées.

En mai, le recrutement d’une équipe de directeurs appelée à gérer les différents départements tombant sous la MRA, (l’Income Tax, le bureau de la taxe à valeur ajoutée, la douane, le Registrar General, le Large Tax Payer’s et la Revenue Authority) aura lieu. Et il s’agira également de compléter les procédures de transfert du personnel appelé à travailler sous la MRA.

Pritiviraj Lollman, président de la Union of Revenue Officers (UORO) syndicats qui regroupe les membres du staff qui sera sous la MRA, estime pourtant que l’organisme ne pourra entrer en opération à partir du 1er juillet. Car “plusieurs détails concernant les conditions de services et salaires des staffs n’ont pas encore été complétés.”

Mais ces détails seront finalisés lors d’une réunion tripartite prévue bientôt entre le ministère des Finances, le ministère du Service civil et les membres du syndicats UORO.

La MRA se cherche également un local pour ses bureaux. Le site recherché devrait se trouver dans la capitale et devrait accommoder au moins 2 000 personnes. Les syndicalistes de l’UORO auraient pour leur part préféré un site hors de la capitale en raison des problèmes d’embouteillage et de parking.

La création de la MRA a été recommandée par la Banque Mondiale. Afin que les revenus de l’Etat soient augmentés et pour traquer les évasions fiscales. Il s’agit également et du même coup d’échanger plus facilement les dossiers entre les différents départements, firmes privées et tout autre entreprise et individu payant les différentes formes de taxe.

21 October 1978

Dialogue et fermeté : la MTPA définit son action


La MTPA définit son action à travers son président Philippe Blackburn.

"La réaction du gouvernement vis-à-vis de la pression exercée par les syndicats semble indiquer que c'est la seule méthode à employer de nos jours. Nous sommes, en effet, un pressure group. Mais, au lieu d'être forcée à l'affrontement, la Mauritius Tax Payers' Association (MTPA) aurait préféré que le gouvernement reconnaisse en ses membres les interlocuteurs valables qu'ils sont en fait." C'est ce que M. Philippe Blackburn, président de la MTPA, a déclaré à L'Express.
 
M. Blackburn, qui est aussi directeur du personnel et des relations publiques de la propriété sucrière de Bel Ombre, est le président de la MTPA depuis 1976. Il parle avec conviction des 'revendications légitimes' des membres de son organisation qui est passée de 200 lors de l'enregistrement de la MTPA en 1966 à près de 10,000 en 1978: chiffre que M. Blackburn entend doubler dans un prochain avenir à travers une campagne de recrutement intense qui commencera au début de décembre. Le président de la MTPA a bien veillemment accepté cet interview qui permettra aux lecteurs de l'express de bien comprendre les objectifs de cette organisation.

Propos recueillis par
Jean-Mée DESVEAUX
L’express du 21/10/1978

Q: La MTPA est décidée à faire le contribuable prendre conscience du fait que c'est lui qui paie les frais de la mauvaise gestion des fonds publics. Où va-t-on, après cette prise de conscience?

R: Vous dites que la MTPA essaie de faire le contribuable en prendre conscience; c'est un fait. Mais il nous faut d'abord faire comprendre à nos membres et au public en général que quand la MTPA parle des contribuables, elle ne se limite pas à ceux qui paient l'impôt sur les revenus, mais se réfère à tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, aident à remplir les caisses de l'Etat. C'est-à-dire ceux qui paient la taxe directe comme ceux qui paient la taxe indirecte.
Nous voulons que la MTPA élargisse le cadre de ses activités pour représenter les contribuables aussi bien que les consommateurs: ceux que Philippe Forget appelle les actionnaires involontaires du secteur public.

Q : Ce désir d'élargir vos frontières est relativement nouveau car jusqu'à tout récemment vous n'étiez concerné que par une catégorie bien définie de Tax Payers.

R: En effet, la MTPA s'était limitée jusqu'à tout récemment aux contribuables payant l'impôt sur les revenus c'est-à-dire l'Income Tax. Nous avons pris conscience que tout le monde est, en fait, à payer les pots cassés de cette mal-administration. Que ce soit le vendeur de cigarettes ou le marchand de gâteaux piments, ils en font les frais. Il faut bien dire que nous avons reçu de nombreuses requêtes de la part du public qui nous demandait d'élargir le cadre de nos activités dans le sens que je viens de mentionner.

En ce qu'il s'agit de l'action que nous voulons entreprendre quand ce travail préliminaire de conscientisation sera accompli, nous comptons organiser un groupe de gens responsables prêts à aider l'administration et à collaborer avec n'importe quel gouvernement pour l'amener à mettre sur pied un système de fiscalité. Cela rendrait non seulement justice à ceux qui se considèrent les éternels tondus, mais aiderait à résoudre les problèmes économiques du pays dans son contexte le plus large.

Q : Pourriez-vous nous donner un exemple concret du genre d'action dont vous parlez?

R: Nous avons en ce moment un petit groupe qui travaille à découvrir si le taux exorbitant de notre fiscalité n'est pas en train d'augmenter l'inflation au lieu de la juguler.
L'hypothèse initiale que nous voulons vérifier c'est qu'avec sa politique de taxation, le gouvernement incite les gens à emprunter pour déduire des intérêts de la taxe. Quelqu'un qui se fait écorcher par la taxe et qui possède une maison dont il a tout lieu d'être satisfait, a pourtant intérêt à agrandir son capital immobilier en y ajoutant encore quelques chambres en vue de déduire les intérêts de ce capital de ses revenus taxables. Une telle personne ajoute évidemment aux problèmes existants du pays, car elle devient consommatrice de ciment et de fer  alors que ces items sont déjà en grande demande dans le pays.

Une autre hypothèse que nous voulons vérifier a trait à l'impact psychologique de l'augmentation des prix sur les gens. Les gens vivent au jour le jour. Ils font montre de défaitisme. Les cadres du secteur public et du secteur privé ont la rage d'acheter; certains achètent deux réfrigérateurs, trois marmites à pression qu'ils gardent en réserve chez eux au cas où les prix monteraient. Ils pensent que si jamais ils arrivaient à partir, ils pourraient toujours les revendre plus chers. Ce phénomène augmente la demande dans la société de consommation et l'inflation aussi.

Q: Pensez-vous que le niveau fiscal ait un impact néfaste sur le développement du pays?

R: J'en suis certain. Prenez le petit avantage que le ministre des Finances a accordé aux contribuables en ce qui concerne les intérêts non-taxables. Ce chiffre est passé de Rs 1 500 à Rs 2 500 par an. Supposant un taux d'intérêt de 10% par an, le capital qu'un contribuable peut placer sans être taxé sur les intérêts reçus est de l'ordre de Rs 25 000. Or, des centaines et des centaines de salariés disposent d'une telle somme. Ceux-là placent bien cet argent, mais à court terme, et aussitôt que le chiffre d'intérêt atteint Rs 2 500, ils enlèvent leur capital pour le placer ailleurs ou le dépenser. Ces placements à court terme ne permettent donc pas au gouvernement d'utiliser cet argent pour le développement.

Q: Peut-on parler d'une philosophie de la MTPA?

R: Certainement. Un des principes fondamentaux de cette philosophie c'est de faire en sorte que le gouvernement cesse de nous traiter en paria. Nous voulons qu'il reconnaisse en nous des interlocuteurs valables, car il n'est pas exagéré de dire que nous avons parmi nous les meilleurs cerveaux du pays dans les domaines de la comptabilité nationale, de la gestion des entreprises et des lois fiscales. Notre travail est celui d'un groupe de professionnels. Notre philosophie n'est pas de faire en sorte que l'impôt disparaisse.

Nous voulons aussi, à travers notre action, aider le gouvernement à ramener dans le pays, dans le secteur public, comme dans le secteur privé, un sens des valeurs et une éthique professionnelle qui est à disparaître très rapidement. Comme je l'ai mentionné lors de ma dernière conférence de presse, le taux élevé des impôts sur les revenus engendre la corruption et la malhonnêteté à tous les niveaux. Les fonctionnaires se lancent dans des affaires et perdent cet esprit de corps qui devrait animer toute entreprise qu'elle soit publique ou privée. Le gouvernement ne se rend pas compte que ses propres fonctionnaires sont des gens malheureux et qu'ils accumulent en eux toute cette amertume parce qu'on leur a finalement sapé leur motivation. Dans le secteur privé, la situation n'est guère plus réconfortante, car ici les cadres qui sont à la recherche d'un emploi, ne sont intéressés qu'aux bénéfices marginaux (maisons, voitures, campements, chevaux, etc.) quitte à ne pas recevoir de salaires officiels sur papier. Cela crée une situation très malsaine. De plus, je connais pas moins d'une cinquantaine de couples qui sont des cadres et qui voudraient divorcer et continuer à vivre ensemble à cause de la pression du système fiscal sur les couples mariés.
Notre rôle est donc d'aider le gouvernement à voir clair dans cette situation, car aucune entreprise ne peut survivre si ses travailleurs et ses cadres ne sont pas motivés et ne possèdent pas l'esprit de corps voulu.

Q: La gestion du secteur public étant conduite de plus en plus par le truchement des comités tripartites, peut-on interpréter la grogne de la MTPA comme étant l'expression d'un désir de participer à ce processus de décision? La MTPA serait-elle en faveur d'un multipartisme au sein duquel elle détiendrait un rôle important?

R: Je vous donne ici une opinion personnelle. Je suis à 100% en faveur de la consultation et de la concertation; mais je ne crois pas qu'il soit sain pour une nation d'être gérée par des comités de ce genre. Il y a des responsabilités que le gouvernement doit assumer et qui ne peuvent être soumises à des comités bipartites ou tripartites. Le gouvernement peut consulter ses partenaires sociaux mais en ce qu'il s'agit de décision, nul autre que lui ne devrait les prendre.

Pour que le processus de dialogue soit fructueux, il ne devrait pas s'arrêter à la décision. Un élément clé qui est trop souvent négligé est celui de l'information qui complète le cercle : consultation, dialogue, décision et information. La faille de la mauvaise gestion est très souvent imputable aux mauvaises communications car management is communication. Le secteur privé comme le secteur public disent souvent qu'ils vont prochainement entreprendre une campagne de communication mais on attend toujours que cela soit actualisé. Cette faille est d'autant plus étonnante de la part du gouvernement que le Premier ministre détient tous les moyens possibles de communication à sa disposition. Il devrait l'utiliser pour dialoguer avec le public.

Q: Vous avez tout à l'heure exprimé le désir de voir la MTPA considérée comme un interlocuteur valable par le gouvernement. Dans quel cadre est- ce qu'un tel échange se ferait si ce n'est dans le contexte d'un éventuel multipartisme?

R : Jusqu'ici le gouvernement nous a accordé audience à chaque fois que nous lui avons soumis un mémoire sur les provisions fiscales avant le discours du budget. A part du fait que ces réunions ont aidé à réduire la tension, elles ont été totalement futiles.

J'aurais préféré avoir de véritables réunions de travail avec les techniciens du ministère des Finances sur tous les points qui sont aujourd'hui en suspens et qui sont des causes de friction entre le contribuable et le gouvernement. Ce serait un comité de travail pour étudier les lois fiscales et leur application comme il en existe pour l'étude des congés publics etc.

Q: M. Blackburn, la MTPA ne devient-elle pas, en quelque sorte, le syndicat des contribuables?

R: Non. La MTPA n'est pas un syndicat et je vous suis reconnaissant de me poser cette question. Il est vrai que dans l'esprit de certains membres du public, et je pense spécialement aux fonctionnaires qui ne se joignent pas à nous pour cette raison, la MTPA est un syndicat.

La MTPA ne défend pas les cas individuels de payeurs d'impôt vis-à-vis du ministère des Finances ou de la Cour. Elle est une association visant à recevoir les points de vue et les doléances des contribuables sur toutes les questions qui touchent à la fiscalité mauricienne et qui pourraient faire l'objet de représentations au niveau du gouvernement central dans le but d'amener une amélioration dans le domaine fiscal.

La MTPA est une association légalement constituée, enregistrée auprès du Registrar of Association et ayant des structures démocratiques pour l'élection de son comité exécutif.

Q: Vous avez, lors de votre dernière conférence de presse, mentionné que 1'"affrontement est inévitable" et vous vous êtes demandé "jusqu'où ira la patience du contribuable?". Quoi qu'elle ne soit pas un syndicat, la MTPA ne pourrait-elle adopter les moyens de pression syndicaux nécessaires à la protection de ses membres en cas de litige?

R: La MTPA est effectivement un Pressure Group, mais dans un contexte d'affrontement, elle n'agirait qu'à la requête de ses propres membres. Cette phrase où je parle d'affrontement m'a été pour ainsi dire soufflée par nos membres qui sont absolument excédés. Ils pensent que nous avons été jusqu'à l'heure trop civilisés dans nos relations avec le gouvernement. Il serait à propos de faire ressortir ici que la réaction du gouvernement vis-à-vis de la pression exercée par les syndicats semble indiquer que cette pression reste la seule méthode à employer de nos jours. Il est dommage d'avoir à utiliser de tels procédés, car ce que nous demandons est légitime.

Nous sommes un Pressure Group et c'est dans ce même contexte que j'ai exprimé mon désir de rechercher les moyens de pression parlementaires et extra-parlementaires pour amener le gouvernement à reconnaître la légitimité de nos revendications.

Q: Peut-on parler des attributions de la MTPA? "Descendre dans la rue" ou organiser des meetings publics est-il compatible avec ces attributions?

R: Oui. Ces meetings publics seraient toujours dans le contexte de l'information et du dialogue dont j'ai parlé. Jusqu'à l'heure nous nous sommes refusés à faire de la politique. Dès le lendemain de ma conférence de presse, un représentant du groupe des contestataires a pris contact avec moi pour compléter, selon son dire, son dossier sur l’Income Tax.
Notre position est claire et nette : en aucune circonstance nous ne nous laisserons accaparer ou manipuler par un groupe politique quelconque et ceci n'est pas en contradiction avec ce que je disais plus haut quant à l'aide que nous recherchons à travers les actions parlementaires et extra-parlementaires.

Q : Votre conférence de presse donne l'impression que la MTPA a pris position ( 1 ) contre les "petits" (laboureurs et dockers) qui ne paient pas (2) en faveur des "gros" (firmes privées, hauts cadres) qui paient la taxe. Le petit contribuable n'est donc pas le souci majeur de la MTPA?

R: Le petit contribuable est pris en considération. D'ailleurs, nous avons, cette année, accueilli un nombre considérable d'artisans de l'industrie sucrière. Il n'y a pas de différence pour nous entre les petits et les gros contribuables.
Nous ne faisons pas de discrimination. Nous disons au contraire qu'un gouvernement qui se respecte doit s'assurer que la loi soit appliquée à tout le monde. Ce que nous recherchons c'est que les lois passées par le gouvernement soient uniformément appliquées.
Lorsque j'ai fait référence aux dockers et aux travailleurs agricoles, c'était pour attirer l'attention sur la discrimination et l'injustice que pratiquait le gouvernement vis-à-vis d'autres groupes ayant des affinités socio-économiques avec ceux-là. Je parle ici des plantons et des petits commis du secteur public ainsi que des artisans du secteur privé qui, eux, s'acquittent de leurs impôts dès qu'ils atteignent la limite des revenus imposables. J'ai cité ces chiffres pour démontrer que des 21,000 travailleurs agricoles célibataires seulement, le gouvernement pourrait recevoir 7 à 8 millions d'impôts additionnels par an. Cette contribution due pourrait être récoltée sans que le gouvernement ait à dépenser un sou supplémentaire car les établissements sucriers détiennent les chiffres et pourraient à la rigueur eux- même recueillir ces fonds de leurs employés en vue de les verser au fisc.

Q: Vous vous référez à cette catégorie de travailleurs comme étant un groupe de "privilégiés" par rapport aux contribuables qui sont saignés à blanc. Or, n'est-il pas établi dans le langage courant qu'être fortement taxé est synonyme de prospérité pour le contribuable en cause? Le privilège dont vous parlez est-il économique?

R: Quand je parle de privilège, je me réfère à l'immunité d'un groupe de salariés vis-à-vis d'autres groupes du même genre en ce qui concerne l'application des lois fiscales.
Quand vous dites que payer beaucoup de taxe pourrait aussi être interprété comme un signe de prospérité donc comme un privilège social du fait qu'on touche de gros salaires, je vous demande si la restitution de 35 à 40% de ses salaires annuellement au fisc pour un travail qui représente entre 12 et 15 heures par jour est un privilège. En France, un cadre qui touche 100,000 F ne paie plus que 15 à 20% de ses revenus au fisc.
Si encore les services que nous recevions en retour compensaient ce taux élevé, j'aurais compris, mais vous connaissez vous-même la situation qui prévaut dans nos services de voirie, de transport, d'eau, d'électricité sans mentionner les hôpitaux.

Q: La différence entre le pourcentage d'impôt que paie le cadre mauricien et celui de son homologue français n'est-elle pas fonction de la différence entre les salaires qui s'appliquent dans ces deux pays?

R: L'éventail des salaires en France est d'environ 1 à 20 alors qu'ici il est de 1 à 10. Le travailleur agricole touche 580 roupies par mois en salaire de base tandis que le haut cadre du secteur privé et le P.A.S. du secteur public touchent environ Rs 5 800 en moyenne.
Cet éventail de 1 à 10 se trouve probablement réduit à 1 à 6 ou 7 après que l'impôt ait frappé le cadre.

Q: M. Blackburn, comment voyez-vous l'avenir mauricien en tant que président de la Mauritius Tax Payers Association?

R: Nous le voyons avec beaucoup d'appréhension. Je suis inquiet. Je ne voudrais pas que nous ayons à utiliser des méthodes qui n'ont jamais été utilisées par la MTPA Jusqu'ici. Mais nous avons beaucoup trop de questions en suspens et beaucoup trop de revendications que nous considérons légitimes qui ont été systématiquement rejetées par le gouvernement durant ces dernières années. Ce qui nous fait croire que la lutte sera dure. Mais nous avons la chance aujourd'hui d'avoir à notre exécutif un groupe de jeunes conscients des problèmes qui confrontent le pays et le gouvernement. Ces membres sont résolus à utiliser toutes les voies du dialogue et de la concertation avant de prendre une mesure drastique qui pourrait amener à cette confrontation que nous voudrions par tous les moyens éviter. Nous espérons que le gouvernement et le ministre des Finances en particulier seront amenés à comprendre la gravité des problèmes qui nous accablent et qu'ils apporteront toute leur attention à assainir les relations entre les contribuables et le gouvernement bien avant la présentation du budget 1979 - 1980.