JM et les chefs coutumiers de la République démocratique du Congo
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23 March 2014

JEAN-MÉE DESVEAUX, ancien conseiller spécial de Paul Bérenger : “Le Remake MSM-MMM est le scandale du siècle !

“On ne peut pas donner de conseil à Bérenger sur la politique. Il connaît tout mieux que vous et même s’il se trompe, il ne vous écoutera pas”

Notre invité de ce dimanche est Jean-Mée Desveaux, ancien conseiller spécial du Premier ministre Paul Bérenger. Dans l’interview qu’il nous accorde cette semaine, Jean-Mée Desveaux explique son parcours professionnel, ses passages au gouvernement et revient sur les révélations qu’il a faites sur le deal Illovo l’année dernière.


En 2005, après la défaite du MSM-MMM, Week-End vous avait proposé une interview. C’est presque dix ans plus tard que vous acceptez de répondre à nos questions. Vous avez pris votre temps !
 
À l’époque je sortais tout juste du gouvernement et je ne crois pas que j’étais prêt à vous répondre avec la clarté et le recul que j’ai aujourd’hui.

Nous allons faire un saut dans le passé pour vous situer. Vous avez été journaliste au Mauricien et à l’express dans les années 1970…

Je suis parti en Australie pour la première fois en 1971 et j’y suis resté six ans. Mais avant, en 1969, j’ai fait partie de ceux qui manifestaient au rond-point de St-Jean pour dire “Go home !” à la princesse Alexandra. Je dois dire qu’une des fiertés de ma période d’études est d’avoir obtenu une distinction en GP avec une dissertation avec Paul Bérenger et Alexandre Soljenitsyne comme sujet. Bérenger venait de retourner au pays et m’avait fortement impressionné. Comme beaucoup de jeunes Mauriciens du reste. Après mon séjour de six ans en Australie, je reviens, suis engagé comme enseignant au collège du St-Esprit, puis un an plus tard je vais travailler à l’express puis au Mauricien tout en étant enseignant au couvent de Lorette. C’étaient les pires années de Maurice au niveau économique et les plus dures de ma vie. Je travaillais comme un fou et pourtant je crevais la dalle. J’avais un enfant d’un an et demi et je ne pouvais pas acheter un frigo. Je suis retourné en Australie quatre ans plus tard pour ma femme et mon fils. J’ai entrepris des études d’économie qui m’ont été bien utiles par la suite. Je suis parti en 1980 et je suis retourné à Maurice quatorze ans plus tard.

Vous avez donc raté les élections de 1982, les premiers 60-0, les cassures d’alliance et le miracle économique mauricien…

J’ai raté tout ça. Mais je suivais de loin. Pendant que je suis en Australie, je rêve de travailler aux côtés de Bérenger pour Maurice, qui était ma cause.

Vous êtes-vous préparé pour le retour à Maurice au cours de ces quatorze ans ?

Absolument ! J’attendais, je préparais ce retour. Je me suis gonflé à bloc pour ce retour avec ma femme et mon fils en 1994. Six mois après, mon fils est reparti en Australie et deux plus tard sa mère a été le rejoindre et nous avons divorcé.

Vous avez préféré votre pays natal à votre famille ?

Si je réponds oui ce serait me poser en martyr, ce que je déteste absolument. Je ne voulais pas que plus tard mon fils puisse me dire que je l’avais arraché à son pays et fait rater sa vie en restant à Maurice.

Vous avez perdu votre famille mais retrouvé Paul Bérenger, que vous admiriez. Vous avez évolué dans le giron du MMM avant d’être nommé conseiller économique de Bérenger quand il devient ministre des Finances dans le gouvernement PTr-MMM élu en décembre 1995…

Ma dernière rencontre avec Bérenger datait de 1977, après mon premier retour d’Australie, quand il me demande de poser aux élections municipales de Quatre-Bornes. Je le revois en tant que journaliste en 1994 pour une interview pour Business Magazine, dont j’étais le rédacteur en chef. Il apprécie mes articles et quand il arrive au gouvernement, il me propose de travailler avec lui parce que “vous êtes un emmerdeur et j’aime ça.” En mars 1996, j’entre dans son équipe.

Vous entrez donc au service de Paul Bérenger...

Non, je me mets au service du pays à travers Paul Bérenger, son ministre des Finances.

Quand Navin Ramgoolam révoque Bérenger en 1997, vous démissionnez de votre poste de conseiller. Ensuite, vous travaillez dans la presse, puis à Madagascar et vous revenez à Maurice en 2000, quelques mois avant les élections. On pourrait dire juste à temps.

Je voulais voir Bérenger, mais il n’était pas disponible. Je lui ai expliqué au téléphone que j’avais une offre pour aller travailler en Afrique mais je voulais savoir s’il voulait que je vienne travailler pour lui. Il m’a dit : “Évidemment que tu viens travailler pour nous.” On travaille ensemble sur des dossiers et après les élections je suis nommé au cabinet de Bérenger.

Avec un changement dans le titre puisque que vous passez de conseiller à conseiller spécial. Quel est le travail du conseiller spécial du ministre des Finances qui va bientôt devenir Premier ministre ?

Cela veut dire faire ce que vous demande le ministre des Finances, puis le Premier ministre. Il faut le conseiller dans quasiment tout, sauf un domaine : la politique. On ne peut pas donner de conseil à Bérenger sur la politique, il connaît tout mieux que vous et même s’il se trompe, il ne vous écoutera pas.

Le changement n’est pas seulement dans le titre. Vous prenez tellement d’importance que les fonctionnaires vous haïssent et l’opposition fait de vous sa tête de Turc. On vous surnomme le superconseiller et Navin Ramgoolam ira même jusqu’à dire que vous êtes un super ministre. Vous prenez tout ça comme des compliments ?

Je ne sais pas si j’ai pris ça pour des compliments. Il était clair qu’on m’attaquait pour atteindre Paul Bérenger. Il y avait aussi, dans la politique dégueulasse de Maurice, une question d’épiderme qui entrait en jeu. Je n’ai jamais été offensé par ces attaques en dehors des articles calomnieux dans la gutter press locale que je continue à poursuivre en justice.

Quelle est la bonne définition d’un super conseiller : celui qui est l’intermédiaire avec le PM ou celui qui a son oreille, à qui on prête tous les pouvoirs ?

Ce sont deux approches différentes. J’étais certainement le second, c’est-à-dire que je conseillais Paul Bérenger. Il y a beaucoup de conseillers qui faisaient l’interface mais de sérieux, il n’y en avait qu’une demi-douzaine. Vous aviez les docteurs Nababsing et Kasenally, et Mme Nababsing. Les autres conseillers...

Faisaient de la décoration ?

Non ! Chacun avait son domaine et faisait son travail. Mais je crois que sur les choses très importantes, Paul se reposait sur une demi-douzaine de personnes.

À l’époque vous étiez devenu une cible privilégiée de l’opposition et on entendait même certains membres du gouvernement dire que vous leur faisiez de l’ombre. Est-ce que quand un conseiller arrive à ce niveau, il ne court pas le risque de se prendre pour celui qu’il conseille et de décider à sa place. Dans la bande dessinée, c’est Iznogoud qui rêve de prendre la place du calife.

Se prendre pour Bérenger ou décider pour lui sont deux choses absolument impossibles. Bérenger a une imposante personnalité, il est extrêmement intelligent et encore plus travailleur qu’il est intelligent. Donc, ce n’est pas quelqu’un de manipulable. Quand Bérenger fait confiance à quelqu’un, il sait où il met sa confiance...

Il s’est souvent trompé...

Il se trompe souvent et la plupart du temps dans ses choix politiques, pour le choix des candidats malheureusement, et cela me chagrine. Je crois qu’il fait plus attention pour le choix des conseillers que des candidats et cela me chagrine aussi.

Vous avez démissionné avec fracas de la Wastewater Management Authority. Interrogé au Parlement par le député Rajesh Jeetah, Paul Bérenger dira que vous êtes “a hard worker, a genuine patriot who is not strong on diplomacy”. Vous vous reconnaissez dans cette description ?

Je faisais partie des boards du CEB, de la CWA et de la WMA, des organismes extrêmement importants mais dont les directeurs étaient mal payés par rapport à d’autres conseils d’administration...

N’étiez-vous pas revenu à Maurice pour travailler pour le pays ? Vous n’avez aucune raison de vous plaindre !

Je ne me plains pas. J’avais sciemment choisi ces boards parce que je savais qu’ils étaient importants pour le pays. Je sens qu’à travers vos questions vous me demandez si je n’allais pas trop loin dans mes prérogatives de conseiller.

Vous n’avez pas encore répondu de façon précise à cette question posée de différentes façons…

Je vous réponds et je vous donne un exemple assez intéressant. Quand nous faisons le projet Wastewater Management, il y avait un section à Pointe-aux-Sables avec un contrat d’environ Rs 700 millions. Nous choisissons l’offre la moins chère mais à chaque fois cette compagnie rajoute plusieurs conditions. Après négociations, elle les retire et nous lui donnons le contrat. Aussitôt après, elle rajoute une autre condition. Cette compagnie était dirigée par quelqu’un faisant partie du MSM et le cabinet décide que le dossier sera transféré de la WMA au secrétaire financier. On sait ce qui va se passer, le dossier arrivant au ministère des Finances occupé par Pravind Jugnauth.

C’est vous qui l’affirmez.

On se rendait bien compte que ce contrat pour lequel nous nous étions battus une année pour obtenir value for money pour le pays reviendrait à quelqu’un qui ne le méritait pas. Ce n’était pas acceptable...

Vous qui aviez l’oreille de Bérenger, alors Premier ministre, vous ne l’alertez pas sur ce qui était en train de se passer ?

Il savait et n’allait pas intervenir pour des raisons politiques. Nous savions que nous avions tout perdu. La question était : est-ce que nous allions laisser le pays signer un mauvais contrat ou faire quelque chose ? Avec mes collaborateurs, nous avons pris le dossier et au lieu de l’envoyer au secrétaire financier, l’avons déposé au Central Tender Board. On ne pouvait plus faire de magouilles, on ne pouvait plus trafiquer le dossier.

Tout cela contre la décision du Cabinet…

Absolument ! Le lendemain j’ai dit au Premier ministre ce que nous avions fait et le contrat a été alloué à celui qui le méritait, pas au protégé politique. C’était une victoire pour l’île Maurice et j’en suis fier. C’est après que j’ai donné ma démission de la WMA. J’ai également donné ma démission de la Mauritius Revenue Authority, organisme dont j’avais piloté la création. Quand il a fallu choisir un directeur pour cet organisme, la ministre Hanoomanjee a décidé que le poste ne reviendrait pas à Cunningham mais a un yes man mauricien. Je me suis dit que ce n’était pas possible. C’était l’année des élections; je suis allé voir Bérenger et je lui ai dit être conscient que j’allais le gêner politiquement en démissionnant de la MRA, mais que je ne pouvais accepter une décision que je savais mauvaise et que j’étais disposé à quitter mon poste. Il a compris ma décision et m’a gardé comme conseiller.

Vous perdez votre poste avec la défaite de l’alliance MSM-MMM en 2005. Vous revenez au journalisme et écrivez quelques textes qui égratignent sérieusement le MSM. N’étiez-vous pas à l’aise au sien du gouvernement MSM-MMM ?

C’est paradoxal. Ayant vécu la cassure PTr-MMM de 1997, j’étais la personne qui pensait que Paul Bérenger poussait le bouchon trop loin au sein du gouvernement MMM-MSM. Mais il savait ce qu’il faisait, il savait qu’il avait la main forte et il ne m’a pas écouté. Je n’étais pas contre l’alliance MMM-MSM, je n’étais pas contre les Jugnauth mais j’étais contre ce que j’allais découvrir chez les Jugnauth. Je trouve qu’il est malheureux que quand les Jugnauth sont au pouvoir l’intérêt du pays n’est pas la chose qu’il ont le plus à cœur. Ce qu’ils ont le plus à cœur c’est de bâtir leur empire et l’histoire me donne raison. Aujourd’hui, Pravind Jugnauth est poursuivi pour une faute, pour un bien qui appartient à sa famille.

Vous avez rapidement découvert que les Jugnauth au pouvoir privilégiaient leur empire au pays ?

J’ai pu le constater dans plusieurs cas.

Et vous avez prévenu Paul Bérenger dont vous étiez les oreilles, les yeux et la conscience ?

Vous croyez honnêtement que vous avez besoin de prévenir Paul Bérenger de ce genre de choses ? Ce qu’il dit dans ces cas : Pas tracas, nous pou veille zot.

Après 2005 vous écrivez quelques articles à Maurice, vous allez travailler au Congo et vous rentrez à Maurice en 2013. Et vous commencez à écrire une série d’articles très critiques contre des membres de l’ex-gouvernement MSM-MMM, dont Paul Bérenger. Qu’est-ce qui vous pousse à sortir de la posture du conseiller plutôt admiratif pour devenir un critique acerbe ? Un peu d’aigreur ?

Le Remake...

C’est ça la goutte d’eau qui fait déborder le vase ?

Oh oui. Et de loin. Qu’est-ce que c’est que le Remake sinon l’exemple même d’une manipulation politique par Bérenger du début à la fin. Il réussit à prouver au gouvernement travailliste que le MSM est une bande d’intéressés. Jugnauth fils fait un chantage à Ramgoolam : si les accusations contre Hanoomanjee ne sont pas retirées, nous démissionnons. Ramgoolam, dont je ne suis pas un admirateur, refuse le chantage et les Jugnauth se retrouvent hors du gouvernement. Et c’est avec ces gens-là que Bérenger fait une alliance en venant dédire tout ce qu’il a pu dire aux dernières élections. Cela me dépasse, cela me révolte.

S’il n’y avait pas eu de Remake, vous seriez resté tranquille dans votre coin et auriez pu vous retrouver dans l’équipe de Bérenger ?

Absolument ! Le Remake est le scandale du siècle et il faut se rappeler que pour cette alliance tout est possible.

Ce n’est pas l’ex-super conseiller non consulté sur le Remake qui explique vos attaques ?

Non. Les Jugnauth ne sont pas corrects avec Ramgoolam, ils ne peuvent pas devenir soudainement correct avec le MMM. Ce n’est pas logique, c’est incohérent. Le Remake m’ouvre les yeux et je découvre avec tristesse un nouveau Paul Bérenger. Un Paul Bérenger qui dérape, qui zigzague, qui fait et dit n’importe quoi. Le manque de respect qu’il démontre ces jours-ci pour nos institutions me fait peur sur les jugements de l’homme que j’ai connu. En faisant ce Remake, cette volte-face morale, Paul Bérenger a détruit l’image que l’on avait encore de lui.

C’est pour essayer de casser le Remake, de sauver Bérenger de lui-même que vous faites des révélations à retardement, comme sur le deal Illovo, dix après qu’il a été conclu ? Vous avez le remords très tardif, Jean-Mée Desveaux !

Je n’ai aucun remords sur le deal Illovo.

Pourquoi venir en révéler les détails aujourd’hui ?

C’est une information que je donne au public.

Pourquoi ne pas l’avoir fait en temps et lieu, ce qui aurait été l’acte patriotique d’un Mauricien face à une mauvaise décision contre les intérêts du pays.

Ce patriotisme a été démontré de façon on ne peut plus clair le samedi à Clarisse House où j’ai été une des trois seules personnes qui se sont battues bec et ongles pour qu’on adopte l’alternative maximaliste. Des ces trois personnes, une est morte et l’autre a préféré ne pas revenir sur ce point pour des raisons qui lui sont propres.

Vous parlez de Germain Comarmond, décédé, et de Joyti Jeetun…

Nous trois n’étions pas contre le deal Illovo, mais contre la version minimaliste de ce deal pour l’État. Comme l’a dit Paul Bérenger, c’est moi qui ai, au départ, discuté avec le privé pour permettre la vente de presque 80% de Mont Trésor Mon Désert par la compagnie étrangère Illovo à des Mauriciens. La vente n’aurait pas été possible si les taxes prohitives qui existaient à l’époque n’étaient pas enlevées. Ce deal créait à travers l’achat un pool de richesses qu’il fallait savoir départager. Le groupe mauricien qui vient me voir me dit que dans leur deal, le gouvernement aura deux tiers et eux un tiers. Jusque-là il n’y a aucun autre groupe mauricien qui parle avec qui que ce soit.

De qui était composé ce fameux premier groupe ?

D’un hôtelier, un banquier et un grand sucrier aux reins financiers des plus forts. Ils étaient Herbert Couacaud, Pierre-Guy Noël et Hector Espitalier-Noël. Les discussions étaient allées assez loin quand, le jeudi précédant la fameuse réunion de samedi à Clarisse House, Bérenger nous apprend qu’Anerood Jugnauth va rencontrer quelqu’un d’autre à propos du deal. Après cette réunion, il est décidé, soudainement, que les conditions du deal changent : le gouvernement va avoir un tiers et le groupe du privé deux tiers. Le deal est renversé. On apprend aussi qu’un nouveau groupe a causé avec Anerood Jugnauth. Samedi à la réunion à Clarisse House, nous trois nous nous battons, contre les autres, pour que le gouvernement conserve les deux tiers du deal. Nous trois ne sommes pas invités à la réunion du lendemain...

Quand on l’a interviewée, Jyoti Jeetun a déclaré qu’elle n’était qu’une des assistantes à la réunion, qu’elle n’était pas un des personnages principaux du débat…

Selon mon interprétation de la chose, on dirait qu’elle renie un peu ce qu’elle a fait dans le temps. En tout cas, nous trois ne sommes pas invités à la réunion du lendemain. Dimanche, je reçois un coup de fil de Paul Bérenger qui me dit de demander aux trois membres du premier groupe s’ils sont intéressés à se joindre à la nouvelle équipe d’acquéreurs. J’ai téléphoné à Herbert Couacaud et à Pierre-Guy Noël qui ont refusé la proposition. Quant à Hector Espitalier-Noël, il a rejoint le groupe après discussion avec son homme de confiance. À partir de là, j’ai tourné la page.

C’est là qu’on ne vous comprends pas. Pourquoi ne pas avoir, en bon patriote, fait savoir que le gouvernement était en train de prendre une décision qui allait faire rentrer moins d’argent que prévu dans les caisses de l’État ? S’il n’y avait pas eu de Remake, vous n’auriez pas parlé, fait ces révélations ?

Je dis que quand Anerood Jugnauth est à la tête du pays, il ne prend pas nécessairement l’intérêt du pays à cœur.

Vous associez Bérenger à cette mauvaise décision?

Non, c’est Bérenger lui-même qui s’associe à cette mauvaise décision. Qu’est-ce qui est intéressant aujourd’hui qui ne l’était pas dans le temps ? Le fait que c’est la première fois depuis 2000 qu’Anerood Jugnauth pose sa candidature comme Premier ministre. Deuxièmement, à qui croyez-vous que cela aurait plu que je démissionne du gouvernement à ce moment-là ? À tous ceux qui disaient que j’étais un emmerdeur et que j’ai empêché de faire n’importe quoi par la suite. Je ne crois pas que ç’aurait été une bonne chose pour le pays. Après ce samedi, j’ai été absent du bureau toute une semaine.

Pour marquer votre désapprobation ?

Non. Je me suis posé la question que vous me posez aujourd’hui : est-ce que je démissionne, est-ce que j’abandonne ce que j’étais en train de faire pour le pays ?

N’avez-vous pas discuté de cette question avec Paul Bérenger ? Vous ne lui avez pas dit votre sentiment ?

Il savait ce que je pensais, je le lui avais dit en public le samedi matin à Clarisse House pendant la fameuse réunion. Mais il y a eu au moins une réaction à ce que j’ai dit sur le deal Illovo l’année dernière. Anil Gayan, qui était ministre à l’époque, et qui comme vous trouve que j’ai une mémoire parfois défectueuse, a suggéré que pour enlever tout soupçon, les leaders du Remake 2000 publient un état de leurs finances avant et après le deal Illovo. Dans toute cette affaire, moi, j’ai parlé de manque de patriotisme, pas d’une possibilité que quelqu’un ait pu s’enrichir dans ce deal. C’est une question qui mérite d’être creusée.

Qu’allez-vous faire maintenant que votre mission — à retardement — a été accomplie ?

Paul Bérenger et le MMM étaient l’homme et le parti qui me permettaient d’accomplir le rêve de ma vie : travailler pour mon pays. J’en suis conscient et content, mais cela ne m’oblige pas à me taire là où on lèse les intérêts du même pays que je suis censé servir. J’ai pu, ou du moins j’ai essayé, faire un peu pour mon pays. Cela fait vingt ans que je suis revenu à Maurice, et c’est la première fois que je contemple l’idée de quitter Maurice. C’est paradoxal dans la mesure où c’est la première fois que Mme Jeetun envisage, elle, de revenir à Maurice. Je me dis que si Jyoti Jeetun pense qu’elle peut travailler avec le Remake, je n’ai plus d’espoir.

06 November 2013

Living in fools' paradise

By Touria Prayag
Weekly 6th November 2013

“The further a society drifts from the truth, the more it will hate those that speak it,” George Orwell once said.

Paul Bérenger and Sir Anerood Jugnauth’s reaction to Jean-Mée Desveaux’s revelations about the Illovo deal tips the scales further in favour of what we have always believed: that the opposition is fine with the concept of freedom of speech, as long as it does not compromise the lily-white image it wants to convey. For as long as we were echoing all the scandals we were being served by them, everything was fi ne, thank you – and remember, nothing was too trivial for us: from official documents to mere emails exchanged between board members. For as long as Jean-Mée Desveaux was criticizing the government of the day, he was a great guy. The minute he touched a raw nerve he became the subject of all sorts of profanities unbecoming of people who aspire to lead this country one day. The words ‘bacharamercenaire’ (a mercenary fool) coming out of the mouth of someone like Sir Anerood Jugnauth is really beyond the pale.

The press conference held after Desveaux’s revelations was in fact good theatre. But the only purpose it served was to make the accused look guilty. Many of the comments which followed show that people are unfortunately still interested in shooting the messenger rather than taking the full measure of the message delivered without fear or favour. Worse, they confirm that people are only prepared to hear what they are interested to hear and that the bias is such that anything which rubs their allegiance the wrong way throws them off balance. And, once off balance, their reaction becomes primitive to the point of starting to throw mud and putting inappropriate labels on people.

Jean-Mée Desveaux was at the heart of a deal which has never stopped being controversial. He therefore is in a position to have information none of us – outside the players at the time – has. He chose to reveal it many years after the deal. So what? Does that justify all the venom spewed on him since? What should be of interest to us is whether his allegations are true or not. If they are a string of lies, he will pay for the consequences of his irresponsibility.

If, on the other hand, they are true and can be proved to be true, then I really despair for the options we will face at the next general election. That concerns me much more than whether Jean-Mée should have spoken then or kept quiet now.

If Jugnauth genuinely wants to clear his name – notice that Desveaux didn’t accuse Bérenger; the latter chose to jump in the trenches and fight a war which, strictly speaking, is not his – then there is only one way: he sues Desveaux for a symbolic rupee and the case comes up quickly enough for the citizens of this country to know where things stand.

Naturally, we have – up till now – heard a lot of venom spewing, mud slinging and character assassination seasoned with a huge amount of speculation about what an ordinary citizen like Jean-Mée Desveaux wants to do with his life – which is none of our business by the way – and little in terms of whether the allegations are true or not. Isn’t it time this chase-your-tail switching and vote-catching posturing stopped and we are given what we deserve: the plain truth. Not from the foul mouths of politicians but from our courts of justice. Many of our politicians do not have any credibility left to trade. So why should we believe them?

01 November 2013

Tragiques épaves politiques

Par Nad Sivaramen
l'express du 1er novembre 2013

C’est quand même surprenant que le terme «épave politique» sorte de la bouche d’un Paul Bérenger, qui a régné plus de quatre décennies sur un MMM qui dérive d’alliance en alliance depuis. Encore plus surprenant que le leader mauve parle d’«épave» en présence de son aîné, sir Anerood Jugnauth, bientôt 84 ans. Est-ce un lapsus freudien, comme le pense notre collègue Jean-Mée Desveaux ? Toujours est-il que, politiquement, on reste enlisé dans une gérontocratie, avec son lot de secrets et de bonimenteurs.

Le dilemme que Desveaux soulève, après ses révélations sur les ondes de Radio Plus qui ont relancé l’affaire Illovo, est un problème surtout d’ordre moral. Jusqu’ici, la seule motivation pour s’éloigner d’un parti politique auquel on est affilié ou pour lequel on a travaillé était axée sur des raisons purement intéressées, personnelles, souvent financières. Or, Desveaux ne donne pas de signe de vouloir rejoindre le PTr, encore moins serait-il à la recherche d’intérêts quelconque. On saura le juger s’il le faisait. Mais quand un homme se démarque ainsi de «son parti» pour des raisons de conviction, c’est peut-être parce qu’il se sent aliéné de la direction que prend celui-ci. Alors, comment expliquer qu’il soit crucifié sur la place publique, alors que la douzaine de transfuges du Parlement vivotent toujours ? La loyauté d’un homme envers «son» Premier ministre devrait-elle primer sur ce qu’il considère être sa loyauté vis-à-vis de sa patrie ?

Prenons le deal Illovo, acte II. Au lieu d’éclairer le public sur les révélations de Jean-Mée Desveaux, les deux leaders du Remake s’en prennent à notre journaliste, car il a eu l’audace de remettre sur le tapis, entre autres sujets, cet accord, qui nous a toujours été présenté par le MSM-MMM comme étant un «mari deal». Pour avoir osé lever une partie du voile sur les négociations en amont du deal - négociations qui restent secrètes aujourd’hui encore, en l’absence d’une Freedom of Information Act -, le «whistleblower» est traité de tous les noms, selon une vieille tactique du MMM qui consiste à tuer le messager afin de faire diversion, au lieu d’expliciter le dossier au public.

La première réaction de Bérenger sur les révélations de Desveaux aura été : «Cela ne m’intéresse pas». Puis, quelques jours plus tard, sous la pression médiatique, le leader du MMM est forcé de commenter en long et en large le deal Illovo, puis tombe dans l’insulte pour démontrer qu’il est sur la même longueur d’onde que SAJ. Surtout après son silence radio assourdissant après l’interrogatoire de Jaye Jhingree/Kross Border. SAJ ne fait pas mieux en termes d’explication ; au lieu de démentir le fait qu’il ait reçu un représentant du privé avant la conclusion du deal «un tiers pour le gouvernement et deux tiers pour le privé» (alors que Desveaux avait négocié et obtenu l’inverse, c’est-à-dire «deux tiers pour le gouvernement et un tiers pour le privé»), il annonce un projet en diffamation contre notre collègue. Une vieille tactique pour noyer le poisson, car l’octogénaire, QC, sait fort bien que cette affaire, si vraiment elle est logée, ne sera prise sur le fond que dans plusieurs mois, voire plusieurs années.

Puis, il y a le cas des «tapeurs» vocaux qui défendent aveuglément leur leader, car dépourvus de bon sens et d’esprit critique. Ce n’est pas parce que l’express critique l’opposition que nous faisons le jeu du PTr ou du gouvernement. Si tel était le cas, cela se verrait dans nos pages, non ? D’ailleurs, nous poursuivons le gouvernement du jour, qui nous prive de publicités gouvernementales car on est perçu par lui comme étant anti-travailliste !  Il est temps d’arrêter de traiter les journalistes comme étant soit à la solde du gouvernement, soit des suiveurs de l’opposition.

Cette vision manichéenne est dépassée, comme nos dirigeants politiques de l’opposition, qui pensent bêtement qu’ils peuvent faire abstraction de nous uniquement en nous privant d’invitations à leurs conférences de presse. La belle affaire ! Dans le monde d’aujourd’hui, ils ne peuvent plus contrôler l’information. Avec ou sans carton d’invitation à leurs «Muppet Shows» du samedi, on mettra en relief leurs discours sur le web et sur papier…