JM et les chefs coutumiers de la République démocratique du Congo
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20 July 2013

Faible, faux et pas factuel, donc consistant !

Par  Jean-Mée DESVEAUX
l'express du 20 juillet 2013

J’ai référé les lecteurs aux interviews du blog jeanmeedesveaux.blogspot.com (entre 26 mai et 9 juin 2003) qui leur permettront de reconnaître les faux-fuyants de Patrick Assirvaden.1) Il suffit de dire au sujet des bushing des turbines de Dumat, dont j’entends parler pour la première fois de ma vie à travers Hansard en 2011, que Patrick Assirvaden ne démontre pas le lien qu’on attendait entre Jean-Mée Desveaux et l’achat ou avec le «contact». Il dilue son accusation outrageante en se retranchant lâchement à dire : «Tout ce qui a été acheté par le CEB entre 2000 et 2005 est la responsabilité du ‘chef d’orchestre’ du board bien qu’il n’ait jamais siégé sur le moindre tender committee au CEB !» 2) La CTDS est utilisée entre 97 % et 98 % du temps parce qu’elle est bien moins coûteuse : Fort George est à Rs 5,50 le kWh ; la CTDS est à moins de Rs 4 et Suzor aurait été dans les Rs 8 le kWh. 3) La Chaudière : le CEB n’allait pas acheter la centrale. Le CEB allait acheter l’électricité de la centrale, point barre. Puisque les promoteurs possédaient une chaudière ayant déjà servi (qui semble vachement tenir le coup après une utilisation si intense depuis dix ans) tant mieux pour le CEB. Imposer une nouvelle chaudière au candidat CTDS (comme voulaient les supporters de Suzor) visait très clairement à faire grimper le coût de l’électricité offerte et (irrationnellement) faire le jeu du projet le plus onéreux. 4) L’appel d’offres (RFP) ne stipulait pas une technologie spécifique, donc la CTDS était en droit de choisir le charbon.5) Le débat du charbon n’était pas d’actualité. Mais je suis surpris de voir les convictions environnementales de M. Assirvaden, le supporteur indéfectible du projet de Pointe-aux-Caves. 6) Par contre, le RFP exigeait un minimum de 30 MW. S’ils avaient choisi bagasse/charbon, la CTDS serait, pour des raisons techniques, tombée en-deçà de 30 MW et serait automatiquement exclue du RFP.7) M. Assirvaden questionne les Rs 1 000 de ma rémunération au CEB, CWA, WMA sans donner de chiffre contraire. 8) M. Assirvaden a été contre Gamma avant l’intervention du PM, pour Gamma après cette intervention et contre Gamma encore aujourd’hui, restant fidèle à la vraie girouette qu’on connaît.

La bave du crapaud

Patrick ASSIRVADEN
l'express du 20 juillet 2013
 
Monsieur Desveaux a raison. Je saisis très mal sa philosophie politique (enfin s’il en a une) surtout après avoir lu sa tribune, truffée de mensonges, d’insultes gratuites, d’invectives, de dénigrements et de nondits. C’est Monsieur Desveaux tout craché. Mais une chose est sûre, ce Monsieur se trompe d’époque. On est en 2013. Les Mauriciens ne sont pas des imbéciles ! Ce Monsieur me traite de caïd, de député de bas étage. Je peux comprendre car de 2005 – 2010 et jusqu’aujourd’hui, je suis celui qui l’a démasqué, et étalé devant l’opinion publique l’agenda et le rôle de cet imposteur hors pair. C’est vrai j’ai dit à ma conférence de presse que je ne partage pas grand-chose avec ce personnage. Mais j’avouerai qu’une chose m’a échappé, ce Monsieur est horriblement imbu de lui-même. Il doit sûrement et très souvent dans une journée se regarder dans un miroir… et se toucher… pour être certain qu’il existe vraiment.

Voyons la vérité des faits
Dès son arrivée au CEB et avec la complicité de certains, la décision est prise de confier la direction du CEB à quatre mercenaires étrangers aux dépens des fils du sol méritants, en ramenant l’organisation en arrière de 50 ans. Une vraie insulte à la nation mauricienne qui a, hélas, laissé des séquelles indélébiles à l’organisation. Avec un tel changement radical, on a vu l’instauration d’une technique de management digne des plus grands despotes. En faisant miroiter la carotte d’un renouvellement de contrat après deux années de fonction avec des salaires de princes, ce monsieur s’est doté d’une arme redoutable pour la mise en oeuvre de son agenda au sein du conseil d’administration où il régnait en maître absolu. Avant de poursuivre avec mes propos, de grâce Monsieur Desveaux, cessez de vous cacher derrière le professeur Kasenally et le Dr Baguant et de vous accrocher à leurs pantalons. Assumez votre passé sans paravent comme un grand… Décidément, vous ressemblez étrangement à votre maître.


La sous-station de Dumat
Effectivement, les bushing achetés par le conseil d’administration du CEB en 2003 alors que vous régniez sur le board ont explosé en 2007 causant un black-out total dans le nord du pays, mais surtout une perte de plus de Rs 80 millions au pays et aux contribuables. Savez-vous ce qu’on avait découvert en 2007, Monsieur Desveaux ? Que les fameux bushing achetés en 2003 par le board du CEB dont vous étiez le chef d’orchestre avaient été faits par l’intermédiaire d’un courtier (Plantec) en Afrique du Sud qui se les a procurés d’Alstom (S.A) en fait c’est Mecafils, une société de Suisse qui les a fabriqués et livrés. Pire, il n’y avait ni document d’achat, ni garantie. C’est Mecafils qui nous fit remarquer que ces matériels défectueux étaient inappropriés pour la sous-station de Dumat. Rs 80 millions, Monsieur Desveaux et vous prétendez être une lumière… les lecteurs apprécieront.


CTDS
Monsieur Desveaux se targue de la réalisation du projet, de la centrale de la Société usinière du Sud (CTDS) et de Savannah et se fait le champion d’une compétition déguisée entre voisins pour l’octroi de fabuleux contrats à hauteur de six milliards. Pour arriver à ses fins, il fait employer les experts légistes parmi les plus prestigieux d’Europe aux coûts de plusieurs dizaines de millions de roupies pour concocter un appel d’offres et un contrat des plus compliqués pour que personne ne s’y retrouve et afin d’échapper à toute critique ou contestation possible, et de l’aveu même de certains tout à fait démesuré eu égard à l’importance relative de cette centrale de 30 MW seulement. Le résultat de ces manigances, c’est une centrale fonctionnant au charbon uniquement alors que la bagasse, combustible disponible en abondance sur le site, n’avait guère de place ! Un matériel de seconde main ayant servi auparavant dans une sucrerie en France (Brelle), et ayant été acheté par les promoteurs du projet bien avant l’adjudication du marché par le CEB. Dans un soi-disant appel d’offres compétitif, cette centrale reste encore aujourd’hui celle qui produit de l’électricité à un coût parmi les plus élevés des producteurs indépendants (IPP), l’utilisation de cette centrale à plus de 90 % de sa capacité n’est que le fruit d’une astuce de contrat – le fameux «two-part tariff» – qui oblige le CEB à payer l’essentiel en coût d’investissement sur quinze ans, sans rabais et indépendamment de la production réelle et qui est, elle, simplement rémunérée à un coût marginal. Les gens avertis n’auront aucun mal à s’y retrouver et à comprendre un mécanisme financier aussi véreux que les fameux ponzi schemes, et qui se fait au détriment des consommateurs ! Il est notoire que l’aspect financier a été entièrement occulté dans les négociations avec la CTDS aux dépens du consommateur.

L’opposant «Alan Ganoo» 
Le projet de la CTDS avait un illustre opposant au Cabinet de l’époque en la personne de l’actuel leader de l’opposition. Malheureusement, devant la puissance de Monsieur Desveaux, plus «royaliste» que le ministre de tutelle, et ayant l’appui sans faille de son maître, Alan Ganoo n’avait d’autre choix que de se taire et de laisser faire – voilà la vérité sur l’implication de ce personnage dans les décisions cruciales quand le MMM était au pouvoir. Vous qui parlez de transparence, Monsieur Desveaux, expliquez aux lecteurs et aux Mauriciens :

1. Comment et pourquoi la chaudière de la CDTS en 2003 était de seconde main ?
2. Comment et pourquoi le prix kWh a été accepté/payé par le board et vous-même pour une chaudière neuve alors que vous saviez très bien qu’elle était second hand ?
3. Comment et pourquoi la chaudière second hand était déjà et depuis longtemps à Maurice bien avant que CTDS ne décroche le contrat ?
Ces quelques éclaircissements, Monsieur Desveaux, aideraient sûrement les lecteurs et les Mauriciens en général à mieux cerner votre personnage.

Bhagwan se plie
Monsieur Desveaux qui se targue d’être un administrateur hors pair a dans l’escarcelle de ses réalisations un autre fait d’armes digne d’être mentionné – parmi tant d’autres. Il est connu au CEB que ce Monsieur tout-puissant avait obligé le ministre de l’Environnement de l’époque, en l’occurrence Rajesh Bhagwan, à modifier la loi du pays à travers les Regulations en acceptant le seuil de 70db (mesure de bruit) aux abords des centrales électriques pour des raisons les plus obscures. Aujourd’hui, la république de Maurice est le seul pays au monde à avoir fait fi des recommandations de la Banque mondiale pour que ce seuil ne dépasse pas les 50 db. Voilà ce dont est capable ce Monsieur donneur de leçons et qui était du temps où son maître était Premier ministre plus puissant que les ministres. On peut donc imaginer que tous les membres du conseil d’administration de l’époque ne pouvaient être autres que des marionnettes aux mains d’un manipulateur Expert.

Appel d’offres ? Sélection transparente ?
En 2003, les tender documents pour CTDS spécifiaient clairement que le projet devrait «cater for a primary fuel and a secondary fuel». L’idée était de «optimize» la bagasse. Donc, le CEB s’attendait à des offres «with coal as the primary fuel and bagasse as a secondary fuel». Monsieur Desveaux, vous le savez fort bien, la CTDS n’a jamais soumis de «secondary fuel» ! L’offre de la CTDS aurait dû être rejetée sur le champ !!! Et pourtant elle a été acceptée avec votre bénédiction après qu’un soumissionnaire s’est retiré perdant du coup son bond de plusieurs millions de roupies. RFP Transparent ? Il y a un imposteur quelque part.

CTDS – Désastre écologique
Pas un mot de vous Monsieur Desveaux sur les milliers de tonnes de cendres de charbon (12 000MT) camouflées tous les jours dans les champs de canne à St Aubin. C’est un désastre environnemental sans précédent dont vous avez été un complice pour ne pas dire l’instigateur principal. Et vous avez le culot de vous vanter d’avoir fait naître un tel projet qui détruit chaque jour nos nappes phréatiques, pollue nos rivières et tue notre environnement ! Faites un détour vers St Aubin quand vous avez le temps. Pour moi, il y a un seul mot qui peut qualifier toutes ces actions de 2003 «criminel»…

Dans le salon de SAJ
Aveu de taille de Monsieur Desvaux, en 2003 les décisions concernant la politique énergétique de Maurice se prenaient non pas au cabinet ministériel ou au CEB avec les techniciens, mais dans le salon de SAJ… On voit un peu plus clair comment cela se faisait en votre temps.

Gamma Coventa
Quant au projet Gamma Coventa des frères Ah Teck et vos divagations concernant leur proximité avec le Premier ministre, s’il vous plaît, soyez moins ridicule, vous savez très bien que le projet n’a jamais vu le jour malgré leur «soi-disant» proximité … J’étais contre le projet c’est vrai… Je ne porte pas de visières dépendant de là où je me tiens Monsieur Desveaux. A propos de ridicule, faites un effort, qui oserait vous croire dans ce pays, Monsieur Desveaux, quand vous affirmez que vous avez travaillé, un génie de votre calibre, pour Rs 1 000/- pour le compte du CEB ? Heureusement, le ridicule ne tue pas… Quant à vos autres élucubrations, divagations et insultes, je vous dirai simplement, «ce qui te tue pas te rend plus fort». Sans être mal élevé, ou impoli, je vous recommande cette citation «la bave du crapaud ne salira jamais la blancheur du lys». Je me retrouve dans le lys, Monsieur Desveaux. Et vous… ?


17 July 2013

Assirvaden, ce tonneau vide de président

Par Jean-Mée DESVEAUX
l'express du  17 Juillet 2013
SUDS, à Union st Aubin, la première centrale érigée après un appel d'offres transparent à Maurice.

Décidément, Monsieur Assirvaden a encore beaucoup de mal à saisir notre philosophie politique. Il se réjouit de nous voir nous démarquer de la position MMM/MSM sur le dossier Sinohydro * mais il a toujours du fil à retordre à comprendre la logique de notre action durant les cinq ans (2000-2005) passés au sein du Board du Central Electricity Board (CEB). On se souvient qu’il allait, lui-même, devenir président de cet organisme clé de 2005 à 2010. Il y a, bien au-delà d’un simple clash de personnalités, suffisamment de leçons à tirer du fonctionnement du CEB durant ces deux périodes pour qu’on s’y arrête.

Qualifié de «nominé politique de bas étage» par Paul Bérenger, cet ex-président du CEB n’avait produit aucun nouveau Independent Power Producer (IPP) durant son mandat. Pourtant, le style et les pirouettes de cet homme consumé d’ambition politique, auront laissé une empreinte indélébile sur le déclin de cet organisme. Doté d’une remarquable propensity to think a little too well of himself, il faisait une exégèse de sa présidence suite à celles du professeur Kasenally et du docteur Baguant après seulement un an : «Le CEB avait besoin d’une personne très ferme à sa tête…….Il est essentiel que le président soit quelqu’un qui agit avec fermeté….cela a manqué dans le passé. Le CEB a aujourd’hui quelqu’un d’intransigeant à sa tête. Je suis confiant que cette politique de fermeté va être payante.»

C’est la même fermeté verbale qu’on retrouve chez le président Assirvaden quand le CEB décide que le projet Gamma-Coventa d’incinérer 80 % des déchets du pays est contraire aux intérêts du corps para-étatique. Les techniciens du CEB découvrent des anomalies et des manquements techniques et économiques au sein du projet et concluent qu’il n’est pas viable, qu’il risque d’exacerber la situation financière critique du CEB et que les prix proposés par des éventuels IPP sont à moitié inférieurs au prix de Gamma-Coventa. Les techniciens du CEB ayant fait leur travail, le président Assirvaden lève le ton et déclare : «Dans tous les prochains contrats que le CEB signera avec le secteur privé, si le CEB ne sort pas gagnant, je prends l’engagement, en tant que président, de faire savoir à la population que je ne suis pasd’accord de payer le courant à ce prix-là.»

Un frisson d’admiration parcourut le pays tout entier, électrifié devant tant de patriotisme. Voilà un Mauricien qui mettait ses convictions au-dessus de l’assujettissement abêtissant de son parti politique. Le président du CEB aurait donc compris que cette utilité publique avait Rs 5 milliards de dette en sus des Rs 2 milliards de déficit accumulé. Rama Sithanen venait, du reste, d’attribuer 2 % du déficit du budget de l’État aux autorités para-étatiques, dont principalement le CEB.

Mais, Monsieur Assirvaden n’avait pas tenu en ligne de compte que les frères Ah Teck, promoteurs du projet d’incinérateur, étaient très proches de Navin Ramgoolam. Un coup de fil de l’hôtel du gouvernement suffit à dégonfler ce caïd. Le tigre rentra ses griffes et devint chaton devant les diktats du prince auquel il devait sa nomination. La seule qualification de Navin Ramgoolam en matière énergétique jusque-là, avait été sa déclaration, en 2005 en tant que leader de l’opposition, qu’aussitôt élu, il fermerait toutes les centrales qui utilisent le charbon (mettant inéluctablement le pays dans une obscurité totale) ! C’est pourtant le PM qui prit la présidence d’un High Powered Committee qui déclara, bien vite, que l’incinérateur de Gamma-Coventa, proposé par ses bailleurs de fonds, était hautement désirable pour le pays.

Le président Assirvaden avait, ce jour-là, choisi de sacrifier ses convictions affichées dans l’expectative de la carrière de député de bas étage qui se donne en spectacle aujourd’hui à toute une nation. Dès lors, départager les offres des IPP cessa d’être l’exercice technique de haute volée qu’il avait été durant les cinq années précédentes. Le chaos le plus total, avec des projets défiant toute logique énergétique, devint la règle du jeu pour le reste de son mandat. Le critère essentiel de l’IPP allait dorénavant devenir l’appui d’un mercenaire influent au sein du cabinet ou encore d’une organisation socioculturelle. Ce fut le cas pour le projet CT Power qui naquit sous la présidence de Monsieur Assirvaden qui demeure un de ses plus fervents défenseurs bien que le coût de production du kilowatt/heure de cette centrale, information sine qua non de toute décision d’octroi de IPP, n’est toujours pas connu jusqu’ici.

Comment, dès lors, s’étonner qu’un Chairman de cet acabit soit dérouté par la trempe de ces illustres prédécesseurs que furent le professeur Kasenally et le docteur Baguant avec qui j’ai eu le privilège de travailler entre 2000 et 2005. Si, comme dit le PM, the proof of the pudding is in the eating, il suffirait de rappeler que sous ces éminences grises, le CEB réussit à adjoindre deux centrales électriques d’IPP d’un total de 104 MW à son grid, alors que le président narcissique n’a, à son actif, malgré tout le sound and fury,qu’un score des plus nuls. En sus de la capacité additionnelle et l’épargne réalisée par le CEB, l’histoire retiendra, des deux centrales de Société usinière du Sud (SUDS, 30 MW) et de Savannah (74 MW), la transparence et le souci de bonne gouvernance dans lesquels ces contrats de plus de Rs 6 milliards ont été négociés par le CEB. Une première nationale non égalée depuis.

Le CEB ne pouvant produire toute son électricité à cause de l’investissement faramineux que cela implique, la priorité est d’acheter l’énergie produite par le privé au meilleur prix qui soit. Or, jusqu’en 2000, le processus de passation de marché pour des contrats des IPP qui se comptent en milliards, se faisait au petit bonheur, chacun son tour, dans un cadre totalement opaque. Le promoteur n’avait, en plus, aucune pression concurrentielle à offrir le meilleur prix aux consommateurs.

Quand donc sous la présidence du professeur Kasenally, le CEB instaure un processus d’appel d’offres piloté pendant des mois, dans les moindres détails, par la cellule Corporate Planning and Research, c’est une grande première pour le pays. Ce Request for Proposals(RFP) allait déterminer lequel des projets allait joindre le grid du CEB en premier sur la base des critères spécifiques tels : reinvestment potential, environment impact,new employment, tax revenue, buy out provisions, legal risks, bidder strength, dispatch flexibility, ancillary services, line losses, levelised cost etc..

Mais bad habits die hard. Médine, le troisième candidat s’étant retiré, l’appel d’offres allait se jouer entre SUDS et le projet de cogénération de M. Norland Suzor dans le port. La décision d’opter pour un processus de sélection transparente et concurrentielle n’était pas au goût de tout le monde et n’était pas de nature à nous créer une foule de supporters. L’industrie sucrière n’avait aucune envie de se plier à la règle de la concurrence et à la discipline de prix que nous introduisions dans le paysage énergétique national. La Mauritius Sugar Authority (MSA) voyait son pré carré lui échapper. Les mandarins du ministère de l’Énergie qui avaient, avec la MSA, négocié dans le passé, les contrats de gré à gré de Belle-Vue et de Beau Champ étaient des opposants naturels d’une passation de marché transparente. IBL, qui pilotait le projet Suzor, et MCFI, qui allait abriter ce projet, allaient aussi s’allier avec la horde mentionnée en haut, et tous, s’opposèrent, comme un seul homme, au processus d’appel d’offres et mirent leur poids, non négligeable, derrière le projet Suzor.

Mais l’adversaire le plus redoutable du RFP fut le PM d’alors, sir Anerood Jugnauth. Durant quelque vingt ans à la tête du pays, ce dernier n’avait jamais ressenti le besoin d’un quelconque comité, scientifique ou pas, pour choisir un projet d’investissement à Maurice. Après que tout ce beau monde se soit rencontré chez le PM pour lui présenter le projet de cogénération, celui-ci trancha dans le vif (au beau milieu du processus du RFP au CEB) que c’était le projet Suzor qui irait de l’avant.

Ah ! Monsieur Assirvaden, si seulement vous étiez là! C’est d’un président de votre trempe que SAJ avait besoin à ce moment-là. Vous auriez fait vos galons politiques des années plus tôt ! N’ayant ni vos ambitions politiques ni la souplesse de vos vertèbres, we begged to differ avec le décideur suprême devant l’intérêt supérieur du pays. Nous étions à la veille du changement de PM à l’israélienne et tout pouvait encore arriver. Et pourtant, Paul Bérenger s’aligna du côté de la transparence et le processus du RFP au CEB se poursuivit. Le projet SUDS fut éventuellement adjugé plus avantageux au CEB et remporta la joute. Elle reste aujourd’hui une des centrales au sommet du Dispatch Order du CEB (appels de plus de 90 % sur le grid) autant par son prix avantageux que par sa flexibilité.

Il y eut beaucoup d’attaques, de chasses aux sorcières et de fishing expedition pour essayer de trouver ce qui, dans l’attribution de ce contrat, pourrait le moindrement prêter à équivoque. Mais que dalle ! Ces gesticulations dont je fus naturellement l’objet principal avaient pour but de décourager la transparence dans l’attribution des contrats entre les IPP et le CEB. Le lecteur qui s’y intéresse peut consulter, sur le blog jeanmeedesveaux.blogspot.com, les interviews suivants qui parurent dans l’express : Empêcher le CEB d'être une vache à lait  (26 mai 2003) ; l’interview de Jack Bizlall Jack Bizlall: Que la lumière soit faite (2 juin 2003) ; Eclairage sur les contrats du CEB (9 juin 2003).

 Le lecteur peut, à partir de là, tirer ses propres conclusions sur l’honorable Assirvaden. En ce qui nous concerne, l’ayant déjà traité de menteur en direct à la radio en 2006, nous avons, depuis, noté chez lui, une autre tare non moins enviable. Fidèle à ses convictions morales, il se sert du Parlement comme d’un coward’s castle où, sous l’immunité parlementaire, il induit la nation, l’exécutif et les députés en erreur afin de couvrir son incompétence au sein du CEB. Ainsi, le 14 novembre 2011, il attribue le black-out du pays après l’explosion à la sous-station de Dumat en 2007, quatre ans plus tôt (!), à du matériel défectueux acheté d’un contact sud-africain de votre correspondant. Il l’aurait appris «d’un technicien»! Pareillement, au lieu des quatre Boards sur lequel j’ai siégé (dont trois avec une rémunération d’environ Rs 1 000), il en dénombre 17 avec une rémunération de Rs 350 000 !

On peut prédire qu’avec un tel parcours, le pays devra sûrement ériger bientôt, sur le front de mer, une effigie à ce parangon de la politique qu’est devenu Patrick Assirvaden. Il faudrait cependant s’assurer, pour être fidèle à sa nature, qu’elle soit aussi creuse et résonnante que le guignol burlesque qui nous est offert en spectacle dans l’hémicycle.

* Lors d’une conférence de presse, le samedi 6 juillet, Patrick Assirvaden a exprimé son appréciation de Jean-Mée Desveaux : «Après l’affaire de St-Aubin et son passage au CEB, je ne partage pas grand-chose avec Jean-Mée Desveaux. Mais suite à cet article, j’ai changé d’avis ! » (Weekend, 7 juillet 2013)


15 February 2006

Mordre la main qui nous nourrit

Par Jean-Mée DESVEAUX
L’express du 15 février 2006

Si l'île Maurice est ce qu'elle est aujourd'hui, c'est, à ne pas en douter, le résultat direct de sa participation à l'accord que les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) ont signé avec la communauté européenne, il y a déjà trente ans. Le Protocole sucre, les diverses Conventions de Lomé et de Cotonou, ont non seulement tiré l'île Maurice du sous-développement où elle était bien insérée dans les années 70 mais elles lui ont, de surcroît, permis de s'approprier près de 40 % de cette manne venue du ciel. On connaît le reste. Du sucre, nous avons évolué vers l'hôtellerie et le textile, ce qui nous a ainsi permis de diversifier notre économie. Les prévisions de nos pertes futures laissent entrevoir la magnitude de ce boost à notre économie : Quatre milliards de roupies additionnelles de recettes annuelles. Pendant les dernières décennies, notre sucre a été rémunéré au triple du prix prévalant sur le marché mondial. Mais tout arrive à une fin. Il y a des règles au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) que l'UE enfreignait dans ses exportations excédentaires de sucre sur le marché mondial. Elle déversait plus de trois millions et demie de tonnes de sucre subventionné sur le marché mondial, ce qu'elle n'en avait pas le droit. Trois grands pays producteurs de sucre ayant saisi l'OMC sur ce point et ayant gagné leur cas, l'Union européenne (UE) doit, à partir d'août 2006, rediriger ce volume énorme de sucre vers son marché intérieur. Il devenait évident que l'UE allait se retrouver avec une offre excessive de sucre sur les bras.

Pour rendre le marché du sucre européen encore plus saturé, l'initiative "Everything but arms" de Pascal Lamy, ouvre graduellement mais inexorablement le marché européen à l'exportation de la cinquantaine de pays moins avancés (PMA).

Ces deux événements ont été à la base de la décision de la Commission européenne de réduire le prix du sucre de ses producteurs et donc des ACP de 36 % en quatre ans. Le commissaire européen à l'agriculture l'a bien spécifié : toute réduction en-deçà de cette forte baisse encouragera les PMA à investir dans des moyens de production qui ne feront qu'empirer le déséquilibre de l'offre sur la demande au sein du marché sucrier européen.

Dans la mesure où Maurice tirait de loin le plus grand bénéfice du Protocole sucre, le coup était très dur. Le Sugar Sector Strategy Plan avait courageusement attaqué les problèmes de base en initiant le VRS qui allait permettre à l'industrie de réduire son manque de compétitivité au niveau mondial. Deux sucreries ont rejoint la liste de independent power producers avec un investissement de plus de quatre milliards et la dette du corporate sector vis-à-vis des banques à travers le special line of credit de la Banque de Maurice et autres a atteint la barre des cinq milliards.

Tout cela est entendu, mais il devient de plus en plus évident que la nouvelle "diplomatie économique" qui consiste à élever un barrage d'invectives, de supputations douteuses et d'autres injures contre l'Union européenne et ses commissaires depuis l'annonce de la baisse de 39 % du prix du sucre nous ont fait, on peut le constater aujourd'hui, bien plus de tort que de bien.

Du point de vue purement éthique, était-ce très décent de traiter ainsi ceux qui hier encore étaient nos pères nourriciers. Peut-on gommer 30 ans de partenariat dont l'essentiel a si évidemment penché en notre faveur ? A-t-on entendu une seule voix du secteur "corporate" ou gouvernemental faire une analyse lucide qui démontrerait une appréciation de la difficulté dans laquelle l'UE se retrouve vis-à-vis de l'OMC en ce qui concerne le sucre? A-t-on entendu une voix s'élever pour nous rappeler ce qui a été fait pour nous par les Européens quand les contraintes de l'OMC et autres le leur permettaient ?

On peut apprécier la virulence du ton général quand on lit les propos d'un membre du corporate sector pourtant connu pour sa retenue et sa courtoisie : "Derrière les propositions de l'Union européenne, il y a une énorme arrogance, une grande hypocrisie.. ..les pays qui nous ont davantage laissé tomber sont ces 11 qui... après avoir grappillé quelques avantages ne nous ont pas été d'un grand secours'.' On ne peut entrevoir dans ces propos l'existence d'un transfert des Rs 80 milliards équivalant à la moitié de notre PIB de l'UE à l'industrie sucrière mauricienne durant ces 20 dernières années. N'avons- nous pas, du reste, bienveillamment voté contre le candidat de l'UE au poste de directeur de l'OMC comme pour bien démontrer notre reconnaissance ! Le ministre de tutelle a mis le point final à ses propos injurieux en soulignant devant le Commissaire Mandelson "le caractère injuste" dans la différence entre les mesures d'accompagnement que l'UE accorde à ses propres producteurs et celles qu'elle accorde à Maurice et aux ACP comme quoi nous aurions oublié notre souveraineté nationale en quémandant un traitement compensatoire égal à celui de la Réunion, département de la République française, donc de l'UE. Il avait auparavant prédit que la reforme allait résulter "en un océan de pauvreté et que sept multinationales européennes uniquement profiteraient de la baisse." Le "foot and mouth disease" avait atteint un niveau pandémique pour les responsables du dossier et la grenouille mauricienne devenue bœuf, se voyait arrêter toute seule, le processus de rationalisation de l'agriculture au sein de l'OMC.

En agissant ainsi, nous avons défendu nos intérêts économiques en parfaits amateurs. La vague d'émotions déferlantes et la surenchère des cris offusqués ont fait oublier que les dés n'étaient pas encore jetés et que nous devrions faire montre, si ce n'est d'une sincère reconnaissance vis-à-vis du bienfaiteur européen, du moins, d'une sagesse mercantile de nous taire avant que ne soient identifiés les critères de compensation et des autres mesures d'accompagnement qui allaient véritablement sceller le sort de notre industrie sucrière.

On pouvait pourtant déceler dans le ton de la Commissaire Boel un agacement avancé vis-à-vis de cris de putois provenant des ACP (et par ricochet vers leur chef d'orchestre mauricien) qui, malgré leur pauvreté avérée, n'avait de cesse de faire du globe-trotting. Le message au niveau local arriva à travers Mme Claudia Wiedey-Nippold, la nouvelle patronne de la délégation de l'UE à Maurice. Parlant de la part de Maurice au sein du Protocole sucre, elle dit : "Cette subvention à l'économie équivaut à un niveau de près de 120 euros par habitant par an. Ce qui est considéré, au niveau mondial, comme un record en matière d'aide au développement'.

Dès lors, ayant ouvertement aliéné la sympathie de ceux qui étaient hier encore nos meilleurs amis, le plafond imposé à Maurice, soit 15% de la somme globale attribuée aux ACP en guise de mesures d'accompagnement, n'est autre qu'un retour de la manivelle. C'est, à ne pas en douter, un obus lobé au beau milieu de l'île ingrate par les responsables excédés de l'UE. Et Peter Mandelson nous rappelle, en passant, que nous devrions nous considérer heureux car, après tout, avec les Rs 217 millions qui nous ont été allouées, en termes absolus, "Maurice a obtenu la plus importante allocation".

L'ironie du sort qui n'a pas pu échapper aux Européens, c'est que le plafond de 15 % des mesures d'accompagnement allouées à l'île Maurice nous met en porte à faux avec notre philosophie affichée d'oeuvrer essentiellement pour les intérêts des pays pauvres des ACP. Obligés de nous battre en vue d'une révision de ce plafond qui ne pourrait que diminuer la part des ACP, l'UE nous force à  jeter le masque d'altruiste que nous avons pris tant de soins à cultiver depuis si longtemps dans les forums internationaux !

14 September 2005

Totale incompétence

L'éditorial de Gilbert Ahnee

Le Mauricien du 14 septembre 2005

Chez les uns, l'homme provoque de l'urticaire, chez les autres de l'admiration. Quoi qu'il en soit, ses propos ne peuvent pas laisser indifférent. Et nous ne pouvons passer sous silence l'interview, publiée dans l'édition de ce matin de notre confrère l'express, de l'ancien bras droit de Paul Bérenger au gouvernement, Jean-Mée Desveaux.

Soit M. Desveaux pense que celui qu'il désigne, à l'occasion, comme son patron ne reviendra jamais aux affaires et ne l'appellera plus jamais auprès de lui, soit l'ancien sherpa du précédent Premier ministre postule qu'il ne se mettra plus jamais au service d'un gouvernement comprenant le MSM. Car quoi qu'il puisse dire, qu'on se sente spontanément en accord ou en désaccord avec lui, une chose au moins apparaîtra de manière unanime : Jean-Mée Desveaux est totalement incompétent... dans la pratique de la langue de bois.

Que ce soit dans son jugement sur la personne évincée et la personne choisie pour présider la Mauritius Revenue Authority—« Il a été évincé par une candidate qui possède pour tout diplôme un School Certificate et une alliance parentale » — ou dans son appréciation du Budget 2004/05—« l'ineptie de la Duty Free Island à Rs 4 milliards » —, l'ancien conseiller semble indiquer qu'il n'a pas réellement souscrit aux déclarations publiques de son patron quant à la stature et à l'avenir de Pravind Jugnauth. Mais cela n'est, au fond, pas du plus vif intérêt. En revanche, même si M. Desveaux devait hériter là d'une réputation de Cassandre, certaines de ses mises en garde devraient au moins être entendues. Les formules de l'ancien enseignant ne manquent pas de pédagogie imagée : 

« Les deux groupes politiques me font penser à deux parents divorcés qui pourrissent de gâteries leur jeune enfant dont ils ont la garde à tour de rôle. Pour surpasser l'autre dans l'estime de l'enfant immature, ils dilapident le patrimoine familial et hypothèquent l'avenir même de leur enfant ». 

Une Spoilt Child Policy sans doute à mettre en rapport avec la séduisante et grisante proposition suivante : « L'île Maurice doit aujourd'hui travailler plus pour gagner moins. Cela est triste, cela semble injuste, mais c'est comme ça. Nos salaires ont diminué au niveau international. Seul un tel message de vérité peut apporter le déclic qui fera comprendre aux Mauriciens que les choses sont sérieuses ». 

Pour ce qui est de l'avenir du sucre également, c'est un pavé dans la mare, un gros pain de jageri dans la mélasse que lance M. Desveaux :

« On nous parle de Rs 30 milliards comme étant la somme que requiert l'industrie sucrière pour se mettre debout. Je suppose, d'abord, que cet argent ne sort pas des coffres de l'État mauricien. Ensuite, supposant que les Européens qui nous ont nourri pendant trente ans veulent nous faire cette compensation, est-il sage de throw good money after bad de la sorte quand nous savons que le prix de la denrée baisse de 40% ? Ne serait-il pas souhaitable de se poser la question quant à une meilleure utilisation de cette compensation économique dans un créneau qui risque de nous faire mieux avancer dans les années à venir ? »

Sans doute convient-il aussi de noter que l'ancien conseiller de Paul Bérenger ne semble pas défavorable à l'affectation d'une partie des compensations européennes pour le sucre à « des projets sociaux du gouvernement pour pallier les besoins de cette population afro-mauricienne qui, elle, n'a jamais reçu de VRS ni de compensation après avoir établi sous l'esclavage les bases de l'industrie mère [...] pas [une] compensation par individu qui serait dilapidée en moins de deux mais en projets scolaires, en bourses, en projets sociaux et autres infrastructures ». Que nous rapportera encore le sucre ? Alors qu'Arvin Boolell prend son bâton de pèlerin pour aller plaider à nouveau la cause des ACP, au lendemain de la désignation de la députée Nita Deerpalsing comme rapporteuse des travaux du comité économique de l’Assemblée paritaire ACP-UE sur le thème de la problématique de l'énergie pour les pays ACP, réfléchir aux conditions d'émergence d'une industrie de la canne peut paraître comme l'enjeu du moment. Alors que le prix du pétrole commence à inquiéter même les économies les plus prospères, l'heure de l'éthanol serait-elle enfin venue ? À plus forte raison si l'on accepte, même douloureusement, en reprenant la formule de Jean-Mée Desveaux, que nous ne retrouverons plus, dans les échanges internationaux, les salaires qui nous avaient été consentis à l'époque des divers protectionnismes. Alors que l'actuel gouvernement a reçu un mandat pour démocratiser l'économie, au moment où ceux qui réfléchissent aux stratégies les mieux à même de répondre à cette attente populaire se demandent si le grand secteur privé jouera bien le jeu de la transparence et de la méritocratie, certains propos de l'ancien conseiller de Bérenger pourraient sembler extraits du manifeste de l'Alliance sociale. 

Par exemple : « Le gouvernement sortant allait augmenter le Bagasse Transfer Price, ce qui aurait fait augmenter le coût de l'électricité pour l'économie en entier. L'électricité provenant de la bagasse coûte plus cher à la Centrale Thermique de Belle-Vue que l'énergie provenant du charbon importé. On ne doit pas aider l'industrie sucrière aux dépens de l'économie nationale. Car ce faisant nous pénalisons d'éventuels champions qui pourraient graduellement prendre la relève de l'industrie mère ». 

A dix ans de 2015, même si l'ambassadeur américain John Bolton était touché par la grâce du soixantième anniversaire des Nations unies et proclamait sa foi dans les objectifs de l'organisation, il n'est pas vraiment sûr que la planète soit bien engagée sur la route des Millenium Development Goals. Alors que nous devrions, à Maurice, commencer à nous inquiéter de la progression du Sida, qu'il y a, chez nous aussi, des cas d'extrême pauvreté, et bien davantage dans des pays voisins, le moment est peut-être venu de se demander si les stratégies entrevues pour atteindre ces objectifs sont bien les bonnes. Mais une chose au moins est sûre : c'est en développant les richesses de la région que nous retrouverons de meilleurs salaires. Le premier objectif étant de nous convaincre que nous ne sommes pas un pays-rentier mais un pays-salarié. Donc au boulot !

22 June 2003

Affaire Suzor: Les documents qui incriminent

Bunwaree se dit victime d'un ''acharnement politique''. Ong Seng est aujourd'hui posté à Washington.

C'est sur la base des notes et correspon­dances consignées dans le dossier officiel par le "Senior Financial & Management Analyst" du ministère des Finances, que le Conseil des ministres a référé l'affaire du projet du consortium SWE Fort George Sugar and Power Ltd à la police. Seraient mis en cause : l'an­cien ministre des Finances, Vasant Bunwaree et l'ancien secrétaire financier, Philippe Ong Seng.

Par Rajen Bablee
L'Hebdo du 22 juin 2003

Le 4 août 2000, le Senior Financial et Management Analyst du ministère des Finances, Koomansing Dawonauth, rédige une correspon­dance à l'intention de Norland Suzor, Managing Director de SWE Fort Georges Sugar à Power Ltd. Elle porte la référence CF/50/10/50/40. Quatre clauses y figurent. Il y est précisé que par rapport au projet de raffinerie sucrière et de centrale électrique dans le port-franc, le ministère des Finances n'a aucune "objection in entering into a Project Implementation Agreement with your company with regards to the above project".

Dans la troisième clause, Koomansing Dawonauth pré­cise que le ministère veut bien inclure certaines provi­sions dans l'accord d'implémentation du projet. "We are, in principle, agreeable to the inclusion of the following key provisions".

La quatrième clause est la plus importante. La mise en application de l'accord néces­sitera l'aval du gouvernement. "The Project Implementation Agreement with SWE will be subject to Government approval". Cette clause sera le grain de sable dans le moteur du SWE de Norland Suzor. Selon nos recoupements, elle aurait provoqué une certaine réti­cence des agences de finance­ment que l'homme d'affaires avait sollicitées pour réaliser le montage financier de son pro­jet. C'est ainsi que selon la ver­sion de Koomarsing Dawoonauth , le 29 août 2000, alors que la campagne électorale battait son plein, les promo­teurs de SWE auraient sollicité le ministre des Finances d'alors, le Dr Vasant Bunwaree, et le secrétaire financier Philippe Ong Seng, afin que la dernière clause soit enlevée de la lettre du 4 août.

Toujours selon la version de Koomarsing Dawonauth, le secrétaire financier d'alors lui aurait demandé d'émettre une nouvelle lettre sans la clause qui gênait tant les démarches des promoteurs.

"CE SONT DES DIRECTIVES"

Le comptable, selon ses dires, aurait émis des réserves face à une telle directive. "Vous n'avez rien à craindre. Ce sont des directives. Le min­istre et moi-même nous allons l'approuver", aurait dit Philippe Ong Seng. C'est du moins la version de Koomarsing Dawoonauth.

Sur ce, il aurait officielle­ment consigné les directives de Philippe Ong Seng dans une "minute" que ce dernier aurait approuvée et signée. Toutefois, au lieu d'une lettre, le fonctionnaire devait en envoyer deux à SWE Fort Georges Sugar & Power Ltd. Les deux correspondances por­tent la même référence que celle du 4 août. L'une d'entre elles est en tout point sem­blable à celle du 4 août et fait référence à une lettre de Norland Suzor en date du 24 juillet 2000. Cependant, la quatrième clause n'y figure pas.

La deuxième lettre émise le même jour et portant la même référence, toujours signée par Koomansing Dawonauth, est en réponse à une lettre de Norland Suzor en date du 8 août 2000. Le Senior Financial Et Management Analyst du ministère des Finances est formel : l'ébauche du Project Implementation Agreement (PIA) est actuelle­ment à l'étude. Les facilités demandées par SWE ont des implications financières et légales importantes pour le gouvernement et tout accord entre le gouvernement et la compagnie SWE Fort Georges Sugar & Power Ltd sera sujet à l'approbation du gouverne­ment. "In view of the above, the proposed Project Imple­mentation Agreement between Government and SWE will be subject to Government approval".

Au ministère des Finances, l'on explique que le fonction­naire avait émis la deuxième lettre afin justement de protéger les intérêts de l'Etat con­tre une éventuelle réclamation sur la base de la deuxième let­tre qui omettait la clause con­cernant l'aval du gouverne­ment.

"La nouvelle lettre exigée par les promoteurs de la raf­finerie et la centrale ther­mique devait seulement être utilisée pour faciliter la réalisa­tion du montage financier auprès des agences étrangères. Il appartiendra maintenant à la police de décider à la lumière de leur enquête si les promoteurs et ceux qui avaient donné les directives à Koomarsing Dawoonauth n'ont pas commis des infractions au code pénal", nous a déclaré une source au ministère des Finances.

Dans les milieux proches de Norland Suzor, l'on récuse une quelconque entente délic­tueuse. "Il est peut-être vrai que cette clause a été enlevée pour faciliter la compagnie de Norland Suzor à convaincre les financiers, mais qu'est-ce que cela implique réellement ? Est- ce que le Dr Vasant Bunwaree aurait pu passer outre le con­seil des ministres pour avaliser personnellement un projet de cette envergure ? Cette clause vient simplement dire que l'ac­cord entre le gouvernement et la SWE se ferait seulement si le gouvernement était d'accord. Cela va de soi", affirme-t-on dans les milieux proches de Norland Suzor.

Dans ces mêmes milieux, on soutient que la clause impli­quant une garantie par le gou­vernement mauricien, telle qu'elle a été consentie pour le projet de centrale thermique et d'une raffinerie de sucre à travers le consortium SWE Fort George Sugar and Power Ltd, n'est pas unique. On cite la réponse du CEB à une question des soumissionnaires pour le projet de centrale thermique. A la question : "Will the Government of Mauritius guarantee CEB's obligation under the PPA ?", la réponse est : "The Ministry of Public utilities has informed the CEB that the Government of Mauritius has agreed, in principle, to guarantee CEB's obligations under the proposed Power Purchase Agreement (PPA). The Ministry of Public Utilities has further advised that the Governement's approval would have to be sought when the CEB's actual payment obligations in the final PPA are determined.''

Pour leur part, les proches de l'ancien ministre des Finances, le Dr Vasant Bunwaree, parlent d'une "manœuvre politique initiée pour embarrasser" ce dernier. Selon ces sources, l'actuel gouvernement était au courant de tout ce que contenait ce dossier depuis son arrivée au pouvoir en 2000. Elles trouvent "bizarre" que le dossier ait dormi dans les tiroirs durant quatre ans pour faire surface après que Norland Suzor eut contesté le choix du Central Electricity Board (CEB).

Selon un membre du conseil d'administration du CEB, c'est effectivement l'affidavit de Norland Suzor qui a tout déclenché. "En effet, c'est en consultant le dossier officiel que les hommes de loi chargés de défendre le ministère des Finances ont découvert la supercherie organisée dans le but de tromper des agences de financement", nous a-t-il déclaré.









09 June 2003

Eclairage sur les contrats du CEB

Jean-Mée Desveaux répond aux interrogations du syndicaliste Jack Bizlall concernant l'octroi du contrat pour la nouvelle centrale thermique.

L’express du 9 juin 2003
D'ici 2010, sept autres centrales thermiques, comme celle de Fort George (photo) devraient être construites.


Je reprends les soucis de Jack Bizlall sous forme de questions:

• L'industrie sucrière a-t-elle un rôle à jouer dans la production de l'électricité à Maurice ?

Nous avons établi précédemment qu'en ce qui concerne les producteurs privés d'électricité, le Central Electricity Board (CEB) s'est évertué, depuis presque trois ans, à tout faire pour obtenir le meilleur prix possible des Independent Power Producers (IPP) et des Continuous Power Producers (CPP). Nous pensions que notre interlocuteur partageait cet objectif. Mais, il devient clair que le meilleur prix n'est pas un critère satisfaisant pour Jack Bizlall. Il cite son opus magnum et réitère que ce qui le gêne au sujet de l'accord avec les IPPs c'est que "the CEB consumers are financing the sugar sector and contributing to the enrichment of the sugar magnates".

Pour suivre la logique de cette assertion, on doit comprendre le lien synergique entre la centralisation de l'industrie sucrière (IS) et la production d'énergie. La pression du prix mondial du sucre force l'IS à consolider ses moyens de production. Le prix préférentiel que nous recevons des Européens est plus que le double du prix mondial qui nous guette dans un avenir pas trop lointain. Donc la centralisation est inévitable pour la survie de l'IS. Elle repose elle-même sur la production de l'énergie.

Le Sugar Sector Strategy Plan (SSSP) le dit clairement : "Some 50% of the investments in a factory are linked to the boiler and turbo alternator. In the context of power generation, the investment costs for these equipments are amortised via the power purchase agreement. Consequently, the sugar factory obtains for free, steam and electricity required for efficient operation, in return, the power plant obtains bagasse for free."

A partir de là, nous faisons quelques constats : L'industrie sucrière emploie près de 15 000 personnes. Avec toutes ses composantes, elle représente 5,3 % du Produit intérieur brut (PIB) mauricien et fait entrer entre huit et neuf milliards de roupies par an en devises. Des accords mutuellement avantageux peuvent être obtenus entre l'industrie sucrière et le CEB pour la production de l'énergie électrique.

Mais, nous fait ressortir Jack Bizlall, si vous adoptez une telle stratégie, vous m'ôtez toute possibilité de voir réaliser mon rêve le plus cher : celui de mettre tous les magnats de l'industrie sucrière sur la paille ! Qu'importe les facteurs susmentionnés. Empêcher un milliardaire de s'appauvrir ; pire, lui permettre de s'enrichir n'a aucune excuse même si le résultat final est l'enrichissement global de l'économie. C'est là où la réflexion de l'idéologue et celui de l'économiste divergent fondamentalement.

Pour ce dernier qui n'attend pas à ce que l'industrie sucrière fasse preuve d'altruisme, il s'agit seulement de s'assurer que le deal soit effectivement mutuellement avantageux.

Je plaide donc coupable quand Jack Bizlall accuse : "Jean-Mée Desveaux ignore délibérément l'élément idéologique et s'attache uniquement aux aspects économiques." Comme il est friand de saints, je lui citerai saint Paul : "Quand j'étais enfant je raisonnai comme un enfant, mais maintenant que je suis un homme, je raisonne comme un homme."

•  Pourquoi le CEB a-t-il été "exclu de l'appel d'offres"?

La réponse précédente pourrait laisser croire que le CEB est parfaitement capable de subvenir à ses besoins d'unités de production et qu'il fait une fleur à l'industrie sucrière en la laissant développer des centrales à sa place. La réalité est tout autre. Le vrai win-win provient du fait qu'alors même que la production de l'électricité par l'industrie sucrière lui permet de se refaire une santé, cela se passe au moment même où le CEB est acculé financièrement.

Une centrale coûte environ Rs 1,5 milliard, c'est-à-dire plus que le prix de la Cyber Tower et de son infrastructure. Après la centrale qui se discute en ce moment et qui sera prête en 2005, il faudra au CEB deux unités en 2006 et une chaque année jusqu'en 2010. Cela fait Rs 10,5 milliards qui dépasse le coût du métro léger.

Le CEB peut-il se permettre une telle dépense ? La question fut posée à Jack Bizlall à la radio, me dit-on, et il a répondu que cet argent peut être trouvé. Il a, semble-t-il, postulé l'existence de bailleurs de fonds qui seraient prêts à prêter de l'argent au CEB pour la construction de nouvelles centrales électriques. Comme il ne peut comprendre le rôle pourtant évident de ceux qui veulent assainir le CEB et demande leur départ, je lui promets ceci. Le jour où Jack Bizlall apporte au CEB un bailleur de fonds sérieux (BEI, KFW, AFD, BAD, BADEA, Kuwait Fund, OPEC Fund, DBSA, CHINA Exim, INdia EXim, etc.) qui s'engage formellement à lui prêter de l'argent pour la construction d'une seule des sept centrales électriques qu'il nous faut jusqu'à 2010, je lui promets de lui présenter mes excuses et de ne plus jamais m'occuper de ce dossier.

Arrête rêver Kamarad ! Le dernier Annual Report lui apprendra que sur des dettes de Rs 989 millions que devait le CEB au gouvernement, des instalments de Rs 198,5 millions étaient dus en 2001 que le CEB n'a pu honorer. A la fin de 2001, la dette totale du CEB s'élevait à Rs 5,6 milliards dont Rs 4,3 milliards en generation assets. Le repaiement de cette dette en 2001 s'élevait à Rs 838 m. L'état de la situation qui s'était amélioré cette année replonge à Rs 810 millions de déficit l'année prochaine pour atteindre, une nouvelle fois, un déficit de Rs 1,5 milliard en 2006. Quand vous avez un secteur privé, qui se trouve dans une situation cornélienne où il est de son intérêt de vous éviter de nouveaux investissements, il ne reste, à tout homme sensé, qu'un seul souci, celui de s'assurer que the price is right. D'où notre brief au CEB.

Comme le réalisme économique de Jack Bizlall le pousse à vouloir payer les investissements du CEB des deniers publics plutôt que de permettre à l'industrie sucrière de reprendre son souffle en investissant dans ces centrales, je le référerai à un principe qu'il ne rencontrera pas dans l'analyse du capitalisme de Paul Sweezy ; c'est une petite perle qui pourrait changer le cours de sa réflexion économique et qui s'intitule l'opportunity cost.

Le gouvernement pourrait effectivement emprunter ces Rs 10,5 milliards qui viendraient ainsi s'ajouter à notre sovereign debt. Le debt servicing n’est que de Rs 8,4 milliards annuellement, ce qui représente le quart du Government recurrent expenditure. Cela veut dire que le quart de chaque roupie que dépense le gouvernement dans son budget récurrent va au repaiement de la dette. C'est donc 25 sous de chaque roupie que nous enlevons en termes de médecins de nos hôpitaux, de professeurs de nos écoles, de maisons de vieux, de Information Technology Training etc. Quand notre interlocuteur répond de façon péremptoire : "Casse éna !" c'est à cet argent-là qu'il se réfère. La question essentielle à laquelle Jack Bizlall se doit de répondre est celle-ci : "Jusqu'où êtes-vous disposé de grever la roupie des dépenses gouvernementales pour assouvir votre passion idéologique ?" Une nouvelle école coûte environ Rs 75 m. Un hôpital nous coûte environ un million par lit. Le petit pactole que vous voulez faire dépenser au gouvernement à la place du privé équivaut donc à 140 nouvelles écoles ou à 10 500 lits ; six Midlands Dams ou tout un métro léger avec Rs 3,5 milliards de small change. Opportunity cost, mon cher Jack !

• Les contrats sont-ils sacro-saints et doivent-ils être rendus publics ?

En ce qui concerne les contrats déjà négociés, il est clair que Jack Bizlall est prêt à faire de Maurice une république bananière en remettant en cause des contrats en bonne et due forme. C'est un choix de société que je lui accorde.

La nouvelle équipe au CEB ne peut divulguer la teneur des contrats du passé là où la loi ne le permet pas. Conspiracy theory mis à part, il y a des clauses commerciales qui sous-entendent tout contrat de ce genre. Les investisseurs ne sont pas intéressés à ce que ces informations tombent entre les mains de leurs concurrents. Les Power Purchase Agreements ne sont jamais au grand jamais publiés dans les pays développés pour ces raisons. Comme Jack Bizlall démontre un faible pour le candidat malheureux, peut-on lui rappeler que c'est dans cette même logique commerciale que le CEB a refusé d'accéder à la requête de la Société usinière du Sud (SUDS) qui avait officiellement demandé que soit divulguée l'offre financière de son concurrent.

Cela dit, les clauses de confidentialité ayant effectivement l'effet de donner un halo conspirateur à une démarche commerciale, je conçois très bien que le Board du CEB demande au Auditor General de parcourir ce document en vue de faire un résumé des points saillants pour le Conseil des ministres, ce qui n'a jamais été fait jusqu'ici.

• Y a-t-il eu appel d'offres ? Les candidats ont-ils été traités avec « fairness » ? Si oui, pourquoi permettre l'usage de vieilles chaudières ?

Les termes Request for Proposal (RFP) et appel d'offres sont pratiquement interchangeables dans la mesure où tous deux sont des moyens de faire du public procurement. Alors que l'appel d'offres se cantonne généralement au marché de biens, le processus d'achat d'électricité se pratique à travers un RFP. Si Jack Bizlall nie cela, il nie l'évidence.

Il y avait parmi ceux qui se sont penchés sur le modus operandi de ce RFP, deux camps bien tranchés. Un groupe au sein du Steering Committee (SC) était tout bonnement en faveur de l'octroi du contrat à SWE (projet Suzor). Je suis on record pour avoir opposé cette manoeuvre pour les raisons qu'on a pu lire durant l'interview. Je ne voyais pas en quoi le consommateur mauricien serait mieux loti à faire du grés à grés avec Monsieur Suzor qu'il n'était à le faire avec les barons du sucre. Sans concurrence, l'un comme l'autre nous aurait coûté la peau des fesses. Je penchais vers l'autre extrême, celui de permettre à toutes les parties intéressées (locales et internationales) à participer au RFP. Le Chairman du SC a consulté le gouvernement en vue de préciser les attributions de ce comité à cet égard et il a été informé qu'en raison du facteur temps, il était préférable de s'arrêter aux trois candidats qui jusqu'ici, sous une forme ou une autre, avaient montré de l'intérêt pour un tel projet. Cette compétition restera une première dans nos annales pour l'energy procurement.

Mais Jack Bizlall ne cesse de me surprendre. "Les dés étaient pipés" dit-il "parce qu'on a permis à St-Aubin d'utiliser des équipements de seconde main". Voyons cette argumentation. Admettre des critères au sein du RFP qui annuleraient automatiquement l'un ou l'autre des candidats relèverait tout simplement d'une volonté scélérate de court-circuiter le processus de compétition. Ainsi, une soudaine passion pour la bagasse exclurait le SWE d'office; si certains avaient voulu descendre ce candidat, c'est à ce niveau que ce sombre dessein se serait révélé. Les notes of meetings sont là pour démontrer que ce ne fut jamais le cas. Par contre, c'est là que certains malins ont concocté le besoin de ne voir en lice que des équipements neufs pour des raisons évidentes. Tout le monde savait depuis des années que l'Union St-Aubin avait acheté une chaudière d'occasion. C'est cette même chaudière qui allait être utilisée quand la SSSP note en 2000 qu'une des prochaines centrales serait celle de St-Aubin. Beau-Champ avait aussi fait le choix d'équipements d'occasion achetés de la Réunion. Forcer St-Aubin à acheter une chaudière neuve aurait été, de facto, le forcer à majorer le prix auquel il offrirait son électricité au CEB. Etait-ce là le but du CEB qui n'achetait ni chaudière ni centrale et qui ne voulait, en fin de compte, obtenir qu'une seule chose : le meilleur prix de l'électricité pour le consommateur. C'est Jack Bizlall, le pourfendeur des magouilleurs, qui vient dire aujourd'hui qu'on aurait dû tomber dans cette magouille pour rendre la vie facile au candidat que certains avaient déjà choisi et qui allait, la preuve en est faite, faire le consommateur payer plus cher son électricité. Jack Bizlall est tout triste aujourd'hui qu'une chaudière de seconde main offrira un des prix de fonctionnement les plus compétitifs de notre grid ! On aura tout vu.

J'avais posé une question à Jack Bizlall dans mon interview. Il l'a esquivée. La morale de l'histoire serait-elle que St Jack n'était qu'un leurre. En tant que citoyen d'un pays étouffant sous le poids de la corruption, j'avais mis beaucoup d'espoir dans cet homme. Si le sel s'affadit, avec quoi le salera-t-on?

•Le document d'appel d'offres n'accorde-t-il aucune valeur à la bagasse ?

Le document est catégorique : Il offre 16 sous par kWh pour la bagasse en accord avec la politique gouvernementale. Rien de change donc de ce côté, le RFP n'a nullement enlevé la bagasse transfer price de l'agriculteur. Le grief des IPP est qu’il ne suffit pas de payer l’agriculteur. Un paiement devrait être fait, selon eux, à la centrale pour brûler cette bagasse qui ne lui coûte rien. Puisque nous voulons aérer ce débat, il s'agit de comprendre ce qui se passe. Je le disais lors de l'interview et le répète. Une bagasse qui est déposée devant la porte de la Centrale thermique et qui n'a aucune autre vocation que d'ensevelir sa centrale ne devrait pas être remunerée. Son economy cost est alors zéro alors que son financial cost est les Rs 0,16 que le CEB paye aux planteurs. L'actionnaire de la centrale ne peut être à ce point anti-patriotique de préférer brûler le charbon pour lequel le CEB doit lui payer un pass through cost plutôt que de brûler une bagasse gratuite qui permet au CEB d'économiser sur l'utilisation du charbon. Ceci est clair.

Là où les choses se compliquent c'est que rien n'est statique dans la vie. Au fur et à mesure que la centralisation se poursuit, il y aura de moins en moins de bagasse qu'on voudrait jeter au-delà des brisants. Un jour arrivera où pour construire une nouvelle centrale IPP bagasse charbon (roulant toute l'année avec la bagasse en coupe et le charbon en entrecoupe) il faudra se servir de la bagasse utilisée par les Continuous PowerProducers (CPP) qui ne produisent qu'à partir de la bagasse en coupe). Il est évident qu'aucun agent économique rationnel ne fermera une centrale CPP où la bagasse est payée le fameux Rs 1,32/kWh pour alimenter un IPP où il n'est pas payé un sou sur cette même bagasse.

Contradictions ? Pas du tout. La bagasse qui avait jusque-là un economic cost de zéro acquiert avec cette pénurie une valeur économique de Rs 1,32. Elle a dorénavant une utilité alternative dans les centrales CPP et il faudra donc se pencher sur son financial cost qui ne peut plus rester à Re 0,16/kWh.

La question est de savoir quand nous serons à ce stade où toute nouvelle centrale bagasse charbon devra automatiquement amener à la fermeture d'une CPP donc à un manque à gagner de Rs 20 millions annuellement pour la compagnie en question. Ici les intérêts divergent ; il est de l'intérêt de l'IS de nous dire qu'on y est déjà alors que le CEB gagnerait à dire le contraire. Il est heureux que cette question peut être répondue de façon fiable par la Sugar Authority.

Quel prix donner à cette bagasse à ce moment-là ? Il ne faut pas revenir au fameux "avoided cost principle" qui a, dans le passé, mené à jauger la bagasse avec l'aune de l'huile lourde. Cet excès avait, on se rappelle, poussé le prix des CPP à Rsl,68 kWh. Jauger la bagasse avec le "avoided coal cost" pourrait mener au même excès. La solution à ce problème est simple.

Laisser le marché trouver un equilibrium price pour la bagasse. Seule la compétition entre les sucriers pour les prochaines centrales permettra de baisser au minimum la prétention du prix de la bagasse. Entre Re 0,16 kWh et Rs 1,32 KWh, il y a toute une palette de prix que seul le marché devrait déterminer.

Comme c'est le point final de ce débat en ce qui me concerne, il serait intéressant de faire ressortir que ce n'est pas très ingénu de la part de SUDS de faire appel au principe de zero bagasse value pour motiver son choix de charbon pour la nouvelle centrale. Ce choix technique qui était tout à fait légitime dans le contexte du RFP, provenait du fait que la chaudière existante ne pouvait tout simplement pas assurer au CEB les 30 MW minimaux en produisant l'électricité de la bagasse durant la coupe. Dire le contraire c'est vouloir précipiter la conclusion du débat au sujet du prix de la bagasse.