JM et les chefs coutumiers de la République démocratique du Congo
Showing posts with label nominés politiques. Show all posts
Showing posts with label nominés politiques. Show all posts

21 February 2021

Dans l’orbite du pouvoir : incursion dans la galaxie des « superconseillers » des PM



Ils sont bien souvent l’ombre du Premier ministre. Ils agissent loin des feux des projecteurs pour certains, en avant-plan pour d'autres. À travers une série de témoignages, Le Défi-Plus a, ‘on record’ et ‘off record’, tenté de mieux comprendre le rouage et surtout l'influence de ces proches des chefs du gouvernement. 

Une des raisons de sa démission au gouvernement est le rôle prépondérant et dominant de certains conseillers du Premier ministre. Nando Bodha, ancien ministre des Affaires étrangères et ancien secrétaire général du Mouvement Socialiste Mauricien (MSM) qui a fait ressortir que « le Premier ministre est enfermé dans un cercle hermétique où il faut souvent passer par les conseillers pour le rencontrer ». Nando Bodha estime qu’« il y a un pouvoir cadenassé où seulement deux à trois personnes prennent les décisions ». Les conseillers de ce gouvernement ont plus de pouvoirs que les ministres, dit-il. 

En revanche, son opinion est contredite par Avinash Teeluck, ministre des Arts et de la Culture, et Bobby Hurreeram, ministre des Infrastructures publiques. « À chaque fois que je sollicite Pravind Jugnauth, j’obtiens un rendez-vous dans les heures qui suivent, ou sinon un ou deux jours après. Je ne passe pas par des intermédiaires. De plus, on se parle de tout. Du coup, je trouve la déclaration de Nando Bodha inexacte. Le Premier ministre ne fait aucune distinction. Que vous soyez un ministre ou un député, il vous rencontrera », soutient le ministre des Arts et de la Culture. Le ministre des Infrastructures publiques a abondé dans le même sens, en allant aussi loin que de prêter serment sur la tête de son enfant sur les ondes de Radio Plus, dans l’émission ‘Au cœur de l’Info’.

Sur la crête de cette controverse, Le Défi-Plus s’est immiscé dans la galaxie des « superconseillers » des Premiers ministres.

Relation « Special Advisor-PM »



Pour Jean Mée Desveaux, ancien conseiller au bureau du Premier ministre, au temps où Paul Bérenger occupait ce poste, la relation entre un Premier ministre et son conseiller c’est comme « danser le tango ». Réagissant aux propos tenus par l’ancien ministre des Affaires étrangères, Nando Bodha, qui a fait état de l’influence malsaine des « Senior Advisers » du Premier ministre, Jean-Mée Desveaux précise que ce genre d’influence ne passe pas avec un Premier ministre comme Bérenger. « Paul Bérenger est avant tout quelqu’un qui connaît ses dossiers. Il suivait mes conseils, mais de manière éclairée. Et lorsqu’il faut mettre ses conseillers à sa place, il n’hésitait pas à le faire », raconte l’ancien bras droit de Paul Bérenger. 

En ce qu’il s’agit des pouvoirs dont il jouissait lors de la période 2000-2005, il tient à faire ressortir qu’il ne sortait jamais dans ses paramètres. « J’étais bel et bien conscient que je n’avais pas de pouvoir exécutif », déclare notre interlocuteur. D’ailleurs, ce dernier ne manque pas de rappeler qu’il a été derrière le recrutement de plusieurs responsables à la tête de certaines institutions, notamment l’Écossais Bill Duff comme Commissaire des Prisons ou encore l’Australien Philip Cash chez Airports of Mauritius Ltd (AML). « Je n’ai jamais recommandé le recrutement d’un marchand de gâteaux piments à la tête des institutions clefs du pays. Je ne voulais pas perdre des points et je ne voulais pas lui faire perdre des points également », affirme-t-il.

Jean Mée Desveaux soutient qu’il a choisi plusieurs responsables à la tête de certaines institutions"

Répondant à la question « si un conseiller peut avoir plus de pouvoirs qu’un ministre ? », Jean-Mée Desveaux tient à faire ressortir que d’abord un conseiller n’a aucune entrée dans le cabinet ministériel. « Lorsque Paul Bérenger était en discussion avec son ministre des Services publics sur un projet spécifique j’étais appelé à rédiger un papier afin de faire part de mon opinion, mais la décision finale revenait au Premier ministre », précise-il. 

En ce qu’il s’agit de l’accès des ministres à l’ancien Premier ministre, Jean-Mée Desveaux rappelle que les ministres n’avaient pas à passer par lui pour rencontrer le chef du gouvernement. « Ils se contentaient uniquement de venir me voir pour avoir une idée du ‘mood’ de Bérenger et bien souvent ils transpiraient à grosses goûtes », souligne-t-il. « Les personnes qui souhaitaient faire une donation pour le Mouvement militant mauricien (MMM) me contactaient et j’arrangeais une réunion avec Bérenger pour transmettre la donation en chèque. » dit-il.

 

Le GM dit nommer en fonction des compétences

Au niveau du bureau Premier ministre, un des conseillers du chef du gouvernement, explique ne pas vouloir répondre aux arguments mis en avant par l’ancien ministre des Affaires étrangères, Nando Bodha, concernant l’influence des conseillers. Au sujet de la présence des conseillers sur les différents conseils d’administrations, des institutions gouvernementales, il soutient qu’il s’agit d’une politique gouvernementale. « C’est au niveau du gouvernement que l’on décide qui nommer en fonction de ses compétences. »

Rémunérations et privilèges  

Les salaires et privilèges auxquels ont droit un conseiller opérant au Prime Minister’s Office (PMO) varient bien évidemment en fonction de la hiérarchie. Selon les documents que nous avons consultés, que ce soit sous l’ère Ramgoolam, Jugnauth père et Jugnauth fils, le salaire d’un conseiller débute à partir de Rs 21 475. Dans ce cas précis, il s’agit de Viswaraj Malloo, Public Relations Officer au bureau du Premier ministre en mars 2018. Son package comprenait également une allocation de Rs 5 545 ‘for working beyond working hours’. 

En ce qu’il s’agit des plus gros salaires, nous observons que sous l’ère de l’ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam, c’était Kerteecoomar (Kailash) Ruhee, ancien Senior Adviser/Chief of Staff de 2005 à 2014, qui touchait un salaire mensuel de Rs 156 000. Comme privilège, il avait droit à soit une voiture de 2000 cc ou une remise de 100 % duty free pour l’achat d’un véhicule. Il avait aussi droit à une ‘travelling allowance’ de Rs 10 200 chaque mois et un chauffeur, sans compter une allocation de Rs 2000 pour son téléphone. 

Sous le régime actuel, selon le document le plus récent qui a été déposé il y a deux ans, Ken Arian, Senior Adviser au bureau du Premier ministre, a droit à un salaire de Rs 92 000, une ‘travelling allowance’ de Rs 11 500, des facilités de prêt bancaire pour l’achat d’un véhicule. Au temps où il avait occupé le poste de Senior Adviser au bureau du Premier ministre, Prakash Maunthrooa avait droit à un salaire mensuel de Rs 122 000. Comme privilège, il avait droit à soit une voiture de fonction de 2000 cc avec chauffeur ou 100 % de duty free pour l’achat d’un véhicule avec des facilités de prêt bancaire. 

Par ailleurs, il faut aussi savoir que bon nombre de conseillers sont aussi souvent appelés à faire partie de la délégation du Premier ministre lorsque ce dernier va en mission à l’étranger. Pour ce qui est du coût des voyages des « Advisers » du Premier ministre en 2018 et 2019, plus précisément des missions effectuées à l’étranger, le document le plus récent s’élève à la hauteur de Rs 1 528,257.


22 April 2017

Les contrats mirobolants des ''super conseillers''

Emission ''Au coeur de l'info'' 
Radio Plus
22 avril 2017


Radio Plus: Jean-Mée Desveaux, vous êtes un ancien ''super conseiller'' au bureau du Premier ministre. Sans indiscrétion, est-ce que vous touchiez aussi Rs 500 000 par mois?

JMD: (Rires) J’aurais bien aimé avoir touché Rs 500 000 par mois. J’ai gagné plus de Rs 500 000 par mois, mais c’était à l’étranger. A Maurice, au sein du gouvernement, je percevais Rs 126 000, en sus de quelques boards sur lesquels vous allez sûrement me poser des questions.

Radio Plus: Quand vous avez appris que M. Sanspeur gagne près d’un demi-million de roupies par mois, cela vous a-t-il choqué comme la majorité des Mauriciens?

JMD: Il y a deux façons de voir la chose. Soit Gérard Sanspeur siège, en tant que Chairperson, sur trop de boards, soit il touche trop d’argent. On ne peut tenir les deux critiques simultanément. Je me fais l’avocat du diable. Si nous disons que Gérard Sanspeur touche trop, voyons voir: en tant qu’Adviser, je suppose qu’il doit gagner environ Rs 200 000. Il a dit qu’il avait deux présidences pour lesquelles il touchait Rs 70 000 chacune. Il reste donc Rs 160 000 que nous divisons parmi les 5 conseils d’administrations, ce qui fait qu’il touche environ Rs 30 000 par board. Ce n’est pas énorme!

S’il s’active vraiment, comme on est en droit de s’attendre d’un chairperson, Rs 30 000 n’est pas une grande affaire. Mais, il est aussi rémunéré pour être le conseiller du Premier ministre (PM) et du ministre des Finances. Lui reste-t-il du temps pour ce travail central? Donc, l’accent doit être surtout mis sur un nombre inacceptable de boards du point de vue d’efficience, aussi bien que de celui de la bonne gouvernance.

Radio Plus: Est-il humainement possible de siéger sur tant de ''boards'' en tant que ''Chairperson''?

JMD: Nawaz, j’avais trois boards sur lesquels je siégeais comme simple membre. De plus, je conseillais Paul Bérenger. Cela me faisait quitter mon bureau quatre jours sur cinq à 22 heures.

J’ai déjà travaillé avec Gérard et j’admets qu’il est un bon travailleur. Mais jusqu'où va son efficience pour pouvoir présider et faire le suivi de 7 conseils d’administration ET en même temps conseiller le PM et le ministre des Finances, deux des plus grands ministères? Je ne comprends pas. 

Ce qui m’interpelle aussi c’est que le PM se mette dans une telle position. Cela démontre que le PM n’a pas confiance en suffisamment de personnes pour leur confier ces boards. Il les a confiés à Gérard Sanspeur parce qu’il n’a confiance en personne d’autre. Je trouve cela surprenant.


Deux genres de boards au gouvernement


De plus, vos auditeurs devraient savoir qu’il y a deux genres de boards au sein du gouvernement. 

Vous avez des boards, tels que Air Mauritius, la State Bank, la Bank of Mauritius, où votre jeton de présence est extrêmement fort. Gérard Sanspeur a dit qu’il faisait deux boards à Rs 70 000 chacun, c’est le genre de rémunération qui va avec ces boards, et parfois même plus.

Puis, vous avez les boards où on case les petits fonctionnaires, car ils paient moins de Rs 1000. Au sein des trois boards où je siégeais: Central Electricity Board, Waste Management Authority et, pendant un court moment, la Central Water Authority, je touchais Rs 900 par board. Et je me battais tellement pour ces boards que le PM m’a dit une fois: “Mais ce CEB-là est un autre gouvernement au sein du gouvernement on dirait!”. 

C’est une question de conviction personnelle. Etes-vous sur ce board parce qu’il paye bien ou est-ce parce que vous considérez que ce travail est important pour la nation. Le board où j’étais le mieux rémunéré pendant ces 5 ans était le Airports of Mauritius Ltd (AML) où je touchais Rs 12 000. Puis vers fin 2004-2005, j’ai siégé au Mauritius Revenue Authority (MRA) car j’avais suivi le dossier de la douane pour le PM depuis 2001. Et là, je touchais Rs 30 000 par mois. 

Mais attention, pour ces Rs 30 000 qui représentaient le double de tous mes autres boards réunis, je ne me suis pas assis comme un béni-oui-oui approuvant toutes les décisions les plus bancales pour le pays. C’est là que Mme Hanoomanjee et moi avons croisé le fer au sujet du recrutement du directeur de la MRA. Elle avait décidé pour des raisons inavouables que Bert Cunningham, le Customs Comptroller, ferait de l’ombre au syndicat pourri de la douane et à son propre assistant s’il devenait le Directeur Général de la MRA. Elle a tout fait pour l’évincer avec l’aide du Sollicitor General, le beau-frère de l’assistant de la douane.

Je me suis dit je ne vais pas m’asseoir et assister à cette farce de recrutement qui se moque de la bonne gouvernance, et qui mettra en danger la vie de nos enfants à travers la drogue qui passe à la douane. J’ai refusé les Rs 30 000 et j’ai donné ma démission au PM. C’était le board où je touchais le plus. J’aurais pu rester là tranquillement, mais je ne l’ai pas fait. Quand vous êtes un conseiller proche du PM, vous avez beaucoup de tentations et je crains que Gérard Sanspeur soit tombé dans ce piège.


Radio Plus: JMD quelles sont les tentations pour un ''super conseiller'' qui a tant d’influence, quelquefois, même sur des ministres?


JMD: On a la tentation d’avoir la grosse tête. J’entre au gouvernement en 2000 et je travaille pour Paul Bérenger comme Special Adviser. La State Trading Corporation (STC) qui était sous le ministère du Commerce (où le ministre était un MMM) est frappée d’immobilisme. Ce grand paresseux de ministre n’avait qu’un but, celui de prendre l’avion. Il me fallait prendre la STC en main et je me rends compte que la STC est à engloutir la moitié de ma journée. Je ne peux plus travailler pour Paul. Que fais-je? Je délègue. Je cherche un manager en la personne de Ravin Dajee et je conseille au PM de le nommer comme General Manager. La STC marche alors comme sur des roulettes.

J’aurais pu me faire élire le super président de la STC et y rester pendant 5 ans. Mais non, je n’ai pas été tenté par la grosse tête. Même chose pour le CEB. Nous avions un Sud-Africain incapable en la personne de M. Van Niekerk. Qui a poussé Mme Donna LeClerc pour le remplacer comme GM? J’aurais pu essayer de me faire un super chairman du CEB. En ce qui concerne le Commissaire des Prisons, c’est la même chose. J’ai choisi le patron des 12 gouverneurs des prisons de sa Majesté britannique à Londres pour venir travailler chez nous. Vous conseillez votre ministre de choisir les personnes qui siéraient le mieux à la tâche. Et quand je donnais un conseil à Paul sur un candidat, il l’acceptait les yeux fermés. Vous ne venez pas accaparer tous les postes parce que vous avez l’oreille du PM. Je crois donc qu’il y a un peu d’arrogance dans l’attitude de Gérard mais que voulez-vous? C’est humain.

Régime des Jugnauth

Il ne faut pas faire abstraction non plus du fait que nous vivons dans un climat délétère sous le régime Jugnauth. Tous les privilèges sont admis, les salaires exagérés sont la norme. L’affaire Sumputh où une dame qui touche Rs 323,000, a une relation ombilicale avec son ministre, dont la sagesse se résume à “Government is government and government decides!”. Tout devient acceptable et c’est pour cela que le peuple se révolte. Le problème du salaire de Gérard Sanspeur se situe dans un contexte où les Mauriciens en ont marre des passe-droits. Il faut ajouter à cela que ce qui a empoisonné la vie politique récemment c’est que le Conseil des ministres ne sait pas le vendredi qu’il y aura un changement de Premier ministre le lendemain! C’est du jamais vu. Nous savons que c’est constitutionnel et légal, mais ce mépris pour les ministres, les élus du peuple et du peuple lui-même démontre que nous n’avons ni une parliamentary democracy ni un presidential regime. C’est devenu une monarchie et même dans une monarchie constitutionnelle, vous ne voyez pas ce genre de chose. Nous vivons dans une monarchie autocratique comme en Europe au 18e siècle. Dans une telle atmosphère, il n’est pas étonnant qu’une anicroche comme les salaires de Gérard Sanspeur choque tout le monde. 

En ce qui concerne Gérard, il faut dire que, jusqu’à preuve du contraire, c’est un homme intègre. Je préfère un Gérard Sanspeur suivant des dossiers où les terres de l’Etat sont impliquées, plutôt que quelqu’un qui touche bien moins, mais qui a déjà jeté son dévolu sur des terrains pour ses fils, ses filles et autres neveux.

Ayant dit cela, Gérard a aussi ses faiblesses. Il est un grand bagarreur. Quand j’ai travaillé avec lui, il était le patron de la Mauritius Freeport Authority et Prakash Maunthrooa était le patron de la Mauritius Port Authority. Ils ne pouvaient pas se sentir. Si vous les laissiez seuls dans une pièce, ils se seraient étranglés. Cela rendait la vie impossible, car ils étaient tous les deux en charge du Port, les poumons du pays. J’ai eu à m’insérer dans cette équation d’egos, j’y ai mis bon ordre et on a travaillé en bonne entente lors des discussions avec la Banque mondiale et le secteur privé.

Paul Bérenger

Il y a aussi une chose à dire dans ce contexte sur le prime ministerial touch de Paul Bérenger. PRB ne m’aurait jamais permis, même si j’étais assez bête pour le lui demander, de me nommer comme chairperson d’un board. Quand le PM met son personal adviser comme chairperson, il s’expose lui-même à toute dérive qui pourrait s’ensuivre. N’importe quel scandale qui survient dans ce vaste domaine devient attribuable au PM personnellement car c’est son conseiller qui coupe et tranche in fine. De plus, il n’est pas nécessaire pour le conseiller d’être chairperson pour suivre les dossiers importants au sein du board. Sa prestance en tant que représentant du PM lui donne toutes les latitudes d’influencer la bonne marche des dossiers difficiles en évitant les embûches. La seule chose qui diffère est le jeton de présence.


Radio Plus: Quand un conseiller voyage 15 fois en 2 ans, 4 voyages durant le seul mois de juin, quel temps a-t-il pour siéger sur les boards et s’occuper de son ministère?

JMD: Malheureusement, il y a un laisser-aller de ce genre dans tous les gouvernements. Le per diem qui accompagne les voyages est comme une loterie qui part et qui revient. Je ne peux que vous parler de mon expérience personnelle à ce sujet. Durant les 5 dernières années durant lesquelles j’ai travaillé avec Paul c.à.d le gouvernement de 2000-2005, j’ai fait deux voyages à Londres. Le premier m’a permis de recruter le commissaire des prisons en la personne du chef de tous les gouverneurs de prisons de Londres. Une autre mission à Londres, avec le présent Financial Secretary, consistait à renégocier le management contract que l’Aéroport de Maurice (AML) avait signé avec la British Airways, contrat que les policy makers du gouvernement avaient décidé de résilier. Cette même mission me permit d’avoir des réunions importantes sur notre importation de ciment. Ensuite, ma troisième et dernière mission eut lieu au Sud Est Asiatique pour la pension. Ce sont les trois seules missions que j’ai effectuées en cinq ans au gouvernement.

Je suis entièrement d’accord avec l’implication de votre question. Tous les matins, un PM ou un ministre des Finances tient une réunion où il distribue le travail à ses proches collaborateurs. Comment pouvez-vous lui être utile dans ce processus si vous passez votre temps à voyager. Et de plus, siéger sur 7 boards? Non. Ce n’est pas sérieux.

C’est ainsi que je pense que Gérard Sanspeur se donne un mauvais profil. Je vous aurais dit jusqu’ici que Gérard est un gars bien, mais là, en ayant la grosse tête et en ayant une certaine arrogance, il est en train de perdre l’humilité du sérieux haut cadre du gouvernement qu’il était jusqu’ici. C’est dommage car il avait du potentiel. Comme le disait, un Permanent Secretary dans le temps: « Sans peur mais pas sans reproche » .

Defi Plus: Dernière question JMD, on entend souvent dire que ce PM creuse sa propre tombe à travers les conseillers qu’il a choisis. A quel point est-ce vrai?

JMD: Vous vous rappelez que Navin avait une trentaine de conseillers. Il avait des conseillers pour se donner un certain genre. Est-ce que vous voyez un Navin Ramgoolam s’entretenir avec un conseiller en environnement ne serait-ce que 30 minutes par semaine? C’est mal le connaître. 

Donc, la première catégorie de conseiller est celui qui se tourne les pouces. La deuxième catégorie de conseiller est celui qui connaît très bien les faiblesses et les penchants de son ministre, que ce soit en matière politique ou autre. Saisi d’un dossier, il conseille au ministre de suivre exactement la voie qu’il sait être celle que préfère le ministre. Et ce genre de conseillers se ramasse à la pelle. Ils ont l’instinct de survie et leur espèce est loin d’être menacée. La dernière catégorie consiste en professionnels qui flirtent constamment avec le danger en conseillant exclusivement au ministre de suivre la voie qui optimise le mieux-être de la collectivité, le peuple mauricien. Cette voie est rarement celle qui plaît aux groupuscules les plus vocaux. Ce conseiller vient dire à son ministre ce qu’il ne faut pas faire ou ce qu’il fait n’est pas bien.

Donc si vous me dites que les gens émettent l’hypothèse que le PM actuel va aller à sa perte à travers ses conseillers, il est évident qu’il prête l’oreille à des conseillers qui ne méritent pas sa confiance.

J’ai déjà eu cette conversation avec Paul Bérenger. Je lui ai dit : “Je préférerais que tu me vires parce que je t’ai opposé sur un point, plutôt que de te laisser tomber dans un trou sans te le dire”.

Si un PM ne peut s’entourer de personnes honnêtes, franches, pas des couards, pas des lâches, mais des gens qui, tout en le respectant, l’opposent là où il se doit, il est normal qu’il tombera dans un trou. Je ne connais pas très bien le PM actuel donc je ne peux faire de commentaire. Mais comme je vous ai dit plus tôt, le seul fait qu’il donne autant de boards à Gérard démontre qu’il a une confiance infinie en lui (et je ne suis pas à dire que sa confiance est mal placée) et très peu de confiance dans les autres personnes qui l’entourent.



03 October 2014

Ces hommes qui nous gouvernent

Par Jean-Mée DESVEAUX
l'express du 3 octobre 2014
 
La politique est sans nul doute le plus noble métier dont un être humain puisse rêver. Aucune autre profession, en effet, ne permet à un homme de toucher tant d’êtres humains à la fois, d’améliorer leur niveau de vie, de maximiser leur sécurité, d’assurer l’avenir de leurs enfants et de créer un espace où il fait bon vivre. Pour cela, il est intelligent, foncièrement honnête, laborieux et fait immanquablement passer l’intérêt de ses concitoyens avant les siens.
Comment donc expliquer que chez nous, des politiciens de tous bords soient, à peu d’exception près, des hommes et des femmes parmi les plus abjects et méprisables que le pays contient ? Il y a plusieurs hypothèses possibles. Il se pourrait qu’à Maurice, la politique allèche les vauriens de tout genre. Il y a certainement pas mal d’honorables exemples au Parlement qui aideraient à fortement soutenir ce point de vue. Serait-ce, alternativement, parce que l’environnement politique à Maurice est si toxique que tout un chacun perd inéluctablement son idéal en devenant politicien ? S’il y a suffisamment de parlementaires dans cette catégorie pour soutenir cette approche, la question demeure la cause de cette toxicité.

L’origine de ce mal réside, en premier lieu, dans le morcellement que fait la politique de la population mauricienne. La carrière d’un homme politique à Maurice n’est pas axée autour du service des citoyens de la République dans leur ensemble. Dès qu’il devient membre d’un parti politique, on s’attend à ce qu’il oeuvre pour le segment de la population avec lequel il partage des liens ethniques. Sa circonscription sera choisie selon ce critère réductionniste et il aura pour électeurs des coreligionnaires à qui il fera croire, qu’à ses yeux, leur fortune est désormais aussi importante que la sienne. Ce que cela signifie vraiment n’apparaîtra que bien plus tard : son enrichissement personnel supplantera dorénavant toute considération du bien-être de ses mandants. Le tour est joué. Il peut dorénavant ouvertement asseoir la prééminence de ses intérêts personnels en faisant accroire qu’il oeuvre pour les siens. Sa circonscription a d’abord pris le dessus sur les intérêts nationaux. Ensuite, ses intérêts et ceux de ses coreligionnaires ne faisant plus qu’un, son enrichissement personnel leur permet le doux plaisir de vivre sa grande opulence par procuration.

Un des exemples les plus déroutants de ce phénomène est la dévotion que portent nos compatriotes d’une certaine caste, depuis plusieurs générations, vis-à-vis de l’enrichissement de la famille Seetaram, par le biais de l’État. Cette famille d’hommes d’affaires est véritablement remarquable.

TRAITEMENT PRIVILÉGIÉ

Le jeune Jim a obtenu un traitement privilégié aux mains du ministre Alan Ganoo pour implanter le projet de téléphérique des Sept Cascades sur les terres du CEB. C’était pour inciter Jim à poser sa candidature sous la bannière de l’alliance MSM/ MMM à Montagne-Blanche. Le même Jim, devenu ministre MSM, convoquera une réunion de famille avec son frère Shyam et son père Iswardeo, ancien Speaker, pour déterminer le choix politique que Jim devrait prendre afin d’optimiser la fortune du clan. Faisant acte d’apostasie vis-à-vis des Jugnauth, Jim devint un transfuge au profit des travaillistes, auprès desquels il est encore ministre. Paul Bérenger a laissé entendre durant la semaine que le cas du Téléphérique des Sept Cascades sera revu s’il est élu. Il n’a pas ajouté si les terrains et autres faveurs de l’État vis-àvis du projet de Sarako, entreprise d’énergie photovoltaïque que pilote Shyam à hauteur de Rs 1,2 milliard, fera partie de cet audit du patrimoine de l’État. Le retour de la famille Seetaram au bercail travailliste avait été motivé par ce projet qui a beaucoup profité des largesses du gouvernement travailliste depuis deux ans. L’audit auquel se réfère le leader mauve pourrait aussi chiffrer les prêts octroyés par les banques de l’État au patriarche de la famille il y a quelques décennies. Ce qui laisse pantois dans cette affaire c’est comment diantre certains de nos concitoyens ont pu succomber au leurre d’une famille d’affairistes dont le souci pour leur bien-être rivaliserait facilement avec celui que portait George Bush Jr à celui des sinistrés du Mississippi après Katrina.

Passant en revue notre Parlement, essayant d’obtenir un échantillon représentatif, il nous faut admettre qu’il y a aussi là des hommes qui ont abordé une carrière politique après avoir atteint les sommets de la réussite professionnelle. Côtoyant les nombreux colleurs d’affiches et autres suiveurs dont la notoriété n’aurait jamais dépassé l’honneur d’avoir siégé au comité central ou autre assemblée de délégués de leur parti, il y a les docteurs Rashid Beebeejaun et Vasant Bunwaree. Ce sont là deux spécialistes en médecine qui n’ont pas chauffé les bancs des universités du ministre Jeetah. Pédiatre et cardiologue, ce sont des hommes qui auraient honoré n’importe quel pays de leur choix s’ils avaient voulu un jour émigrer. Ils se seraient fait de l’or en Europe, en Amérique ou en Australie. Ils se défendaient pas mal du tout financièrement avant de tomber dans la caraille politique. Je me souviens du pédiatre de mon fils comme étant, à mes yeux, le professionnel le plus accompli des années 80 et il en va de même pour le Dr Bunwaree.

Parmi les hypothèses que nous avancions en haut, il est évident que ces deux hommes sont les victimes du caractère toxique de la politique mauricienne. Tout le monde vieillit. Ce n’est pas un crime, c’est la condition humaine qui l’impose. Mais ces deux-là vieillissent mal, très mal ! Quand nous voyons le tableau pathétique de ces deux ministres, nous savons que nous sommes dans une drôle de gérontocratie.

L’honorable Beebeejaun sied parfaitement l’hypothèse du politicien choisi pour des raisons ethniques à défendre les intérêts de ses coreligionnaires dont il aspire à être le chef de tribu. Comme dans la théorie précitée, il ne s’est jamais battu pour les citoyens mauriciens car ce n’était pas son rôle. Ce qui pourrait étonner par contre, c’est qu’il ne se bat pas non plus pour ses distants coreligionnaires. Ayant pris l’arbre pour la forêt, il se bat inlassablement pour que pousse ce chêne à l’ombre duquel ne pousseront dorénavant que des saules. L’honorable Beebeejaun aspire aujourd’hui à établir sa dynastie à travers un de ses fils. Le ministre Bunwaree, encore plus pathétique que son collègue, est devenu la risée du monde politique. En proie à des aspirations qu’on attribuerait à un âge moins canonique que le sien, son ministère subit les soubresauts typiques d’un lieu où les passions mal gérées prévalent sur la raison.

Il y a ensuite les nouvelles recrues du MMM post 2005 avec lesquelles je n’ai pas eu la chance de travailler. Je n’avais pas cru Paul Bérenger capable de renouveler son équipe de vétérans essoufflés. Ce n’était pas faute d’essayer. Mais il l’a fait. Ces nouveaux hommes et femmes étaient du calibre à rendre le pays très fier d’eux, ce qui n’est pas mal quand on sait comment Paul Bérenger peut avoir la main malheureuse dans ses choix de candidats.

Mais que voyons-nous depuis ? Des hommes apeurés, timides, suiveurs, terrifi és de regarder leur chef dans les yeux et de lui dire qu’il déconne sérieusement quand il le mérite. Incapables de maintenir leur autonomie intellectuelle, ils hypothèquent leur réputation, jusqu’ici intouchable, en faisant, sous la houlette et selon l’humeur du vieux chef mauve, par ici des courbettes devant un MSM infect ou, par là-bas, un Ramgoolam incapable de changer de moeurs politiques. Devenu de la bagasse politique sous le pressoir anti-démocratique du führer mauve ( à qui revient exclusivement le choix des candidats aux prochaines élections), ils sont devenus des politiciens fantoches qui retournent chez eux en évitant le regard interloqué de leurs conjoints qui ne les avaient jamais imaginés aussi lâches.

10 September 2014

Le silence des agneaux

Par Jean-Mée DESVEAUX
L’express du 10 septembre 2014

PENDANT près d’un demi-siècle, l’île Maurice a poursuivi son développement malgré les divagations et ater­moiements de ses politiciens. En vigueur depuis 1968 et au­jourd’hui fiable et bien huilée, la constitution qui sous-tend la machine de l’État, a permis le développement d’une île Mau­rice prospère. Il est vrai que le pays a, pendant ce temps, choisi de regarder ailleurs, alors qu’une part du gâteau natio­nal finissait dans les poches de l’élite gouvernante, dont le patrimoine vient aujourd’hui chatouiller les sommets jadis exclusivement réservés à nos barons sucriers. Mais, bien assise sur les rails posés par le Fonds monétaire internatio­nal, scrutée par l’Union euro­péenne et la Banque mondiale, l’économie du pays était ino­culée de la politique de nos rois fainéants qui préféraient, du reste, passer le plus clair de leur temps à diviser le pays le long de clivages ethniques à des fins électorales éphémères.

Cette stabilité disparaî­tra avec les prochaines élec­tions qui, sans exagération aucune, seront, et de loin, les plus importantes que le pays ait connues depuis l’indépen­dance. Il ne sera plus question, cette fois, de choisir le moins pourri ou le moins incom­pétent comme le pays l’a fait jusqu’à présent. Il s’agira de choisir entre la stabilité consti­tutionnelle, condition sine qua non d’un État socialement et économiquement viable d’une part, et d’autre part, un nou­veau système électoral qui n’a jamais vu le jour sur la planète terre. Que ce système, qui se­ra l’apanage du Dodo Land, est fait sur mesure et procède du cerveau de deux hommes, qui ont un passé riche en dé­saccords et en conflits, permet d’évaluer l’espérance de vie du brain child qui sera le leur à ché­rir et au peuple mauricien à en­durer bien après leur départ. Le dommage collatéral est que l’île Maurice perde, d’ores et déjà, l’image du pays politiquement stable où les FDI affluent et où le political risk premium est au plus bas.


 Dans une démocra­tie parlementaire, un parti qui prétend accéder au pou­voir commence par établir sa crédibilité à travers un pro­gramme qui démontre son aptitude à gouverner. Cela se fait de façon antagoniste avec, pour adversaire, le parti oppo­sé, dont le programme est exa­miné à la loupe. Au terme de ce débat d’idée, le pays juge la hiérarchie de priorité des pro­grammes ainsi que la trempe des hommes qui prétendent les mettre en oeuvre. Il arrive (très rarement) que deux partis politiques majeurs, au lieu de se soumettre au choc antagoniste et adversarial, décident plutôt de lier leur vision et donc leur avenir comme le font, en ce moment, le PTr et le MMM. Quand cela arrive, c’est inéluc­tablement pour s’assurer que le pays ne soit divisé à la veille d’une guerre, d’un cataclysme naturel ou d’autres menaces hors du commun. La menace passée, ils reprennent chacun leur rôle de chien de garde «to keep the other bastards honest».

ALLIANCE ATYPIQUE

Or, dans le cas qui nous concerne, le MMM et le PTr n’ont jusqu’ici absolument rien offert de concret qui expli­querait le besoin d’une alliance atypique (si ce n’est antidémo­cratique) entre nos deux plus grands partis politiques. De quelle grande menace peuvent-ils bien vouloir protéger le pays qui ne puisse se conjuguer en une explication claire devant le parterre de journalistes à Cla­risse House ? Au lieu de cela, le pays a eu droit à des inani­tés telles «l’unité de la nation arc-en-ciel» qui n’est, que nous sachions, pas menacée ou en­core «l’approfondissement de la démocratie» qui, elle, l’est très certainement. Comment, dès lors, ne pas conclure que la seule menace qui pèse sur ces deux chefs de partis est bien cette épée de Damoclès d’une joute électorale free and fair qui les opposerait et qui, avec une probabilité de 40 % à 50 %, risquerait de reléguer l’un des deux partis au carreau canne proverbial lors des prochaines élections. Fatigués, trop vieux pour se réinventer, incapables de propulser la nation vers de jours meilleurs sur la base d’un programme ambitieux mais réalisable, devenus trop mous pour ce stress du jeu démo­cratique qui leur paraît comme une roulette russe, ils s’allient en fait parce qu’ils sont convaincus que ce n’est qu’à ce prix qu’ils optimisent leur chance de sur­vie. Le réel adversaire est deve­nu ni plus ni moins le peuple mauricien lui-même qui, dans l’exercice insolent de sa prérogative démocratique, les a, tous deux, maintes fois, fait mordre la poussière électorale. On a donc recours à un stra­tagème constitutionnel pour neutraliser la libre expression de cette souveraineté populaire qu’on transfère ipso facto à un Bokasa indianocéanique et à son sous-fifre.

Deux faits remarquables relatifs à la nouvelle constitu­tion doivent être relevés. 1) Ce sera la première fois, hors d’Afrique et de ses républiques bananières, qu’un changement constitutionnel aussi drastique est motivé par le malaise d’un PM vis-à-vis de ses pairs pré­sidentiels à l’occasion des fora internationaux. 2) Sous l’effet de la terreur (à moins que ce ne soit du mépris) de la vox populi, le PTr et le MMM in­fligent une cinglante humilia­tion aux électeurs mauriciens. Dans une vraie démocratie, le changement constitutionnel qui précède l’avènement d’un président au suffrage universel, le choix entre un quinquennat et un septennat, la renouvela­bilité ou non du mandat pré­sidentiel, la balance du pouvoir entre PM et Président, entre autres, sont soumis à la volon­té du peuple à travers un réfé­rendum. Ici, le pays est invité, plutôt, à donner un blanc-seing aux prochaines élections à l’al­liance PTr/MMM qui, avec une majorité de trois quarts, apportera les changements que le peuple de moutons que nous sommes ne saurait adju­ger. Silence, on égorge !

Est-ce que ce qui précède n’est que les émanations d’une sinistrose chronique ? N’y a-t-il aucun aspect positif dans ce Remake 1995 par rapport au Remake 2000 que je n’ai, per­sonnellement, pas eu de cesse de critiquer jusqu’à son implo­sion ? Avec le regard d’un vé­téran de ces deux alliances, je n’hésite pas à lancer un soupir de soulagement que tout ava­tar du clan Jugnauth est éclipsé de la scène politique pour un bon bout de temps. Certaine­ment assez longtemps pour que SAJ ne puisse plus se pré­senter comme une alternative physiquement crédible. C’est un avantage de taille mais est-ce suffisant ?

AIRWAY COFFEE

Le crony capitalism, qui a été la marque des gouverne­ments mauriciens successifs, n’a pas pour autant disparu du rang des rouges. Si le sup­port électoral de Paul Bérenger représente un capital électo­ral certain pour le PTr (et vice versa), une valeur ajoutée du leader mauve reste son au­ra, qu’il a su conserver du politicien propre dans l’opi­nion publique. Si son vil flirt avec le MSM, après les avoir lui-même cloués au pilori, a quelque peu souillé ce blason, on peut toujours compter sur la mémoire toujours géné­reuse du peuple admirable. Le leader du MMM n’a-t-il pas lancé avec hardiesse à Cla­risse House qu’un des axes du nouveau gouvernement sera «a relentless fight against fraud and corruption!»? Ce slogan si cher aux Mauriciens en 2014 aurait certainement gagné en crédi­bilité si le leader mauve avait poursuivi «and we shall start forthwith by reviewing the tender procedures governing the alloca­tion of the Airway Coffee at the airport!» Cela, il ne le pouvait pas. Pas plus qu’il ne lui était permis de montrer son achar­nement au travail dominical en 1997. Cette gêne risque fort de miner le rapport entre ces deux partenaires une fois la lune de miel terminée.

La période de transition durant laquelle NCR sera PM et PRB Deputy PM sera suf­fisante pour nous convaincre que Navin pourra un jour pas­ser un petit coup de fil à Paul l’instruisant qu’il présidera le prochain conseil des mi­nistres sans que ce dernier ne soit transporté d’urgence aux soins intensifs le plus proche. Si cette période transitoire pouvait les convaincre de faire acte d’humilité et de conserver leurs pauvres titres de PM et de DPM, le pays en sortirait cer­tainement gagnant.

23 March 2014

JEAN-MÉE DESVEAUX, ancien conseiller spécial de Paul Bérenger : “Le Remake MSM-MMM est le scandale du siècle !

“On ne peut pas donner de conseil à Bérenger sur la politique. Il connaît tout mieux que vous et même s’il se trompe, il ne vous écoutera pas”

Notre invité de ce dimanche est Jean-Mée Desveaux, ancien conseiller spécial du Premier ministre Paul Bérenger. Dans l’interview qu’il nous accorde cette semaine, Jean-Mée Desveaux explique son parcours professionnel, ses passages au gouvernement et revient sur les révélations qu’il a faites sur le deal Illovo l’année dernière.


En 2005, après la défaite du MSM-MMM, Week-End vous avait proposé une interview. C’est presque dix ans plus tard que vous acceptez de répondre à nos questions. Vous avez pris votre temps !
 
À l’époque je sortais tout juste du gouvernement et je ne crois pas que j’étais prêt à vous répondre avec la clarté et le recul que j’ai aujourd’hui.

Nous allons faire un saut dans le passé pour vous situer. Vous avez été journaliste au Mauricien et à l’express dans les années 1970…

Je suis parti en Australie pour la première fois en 1971 et j’y suis resté six ans. Mais avant, en 1969, j’ai fait partie de ceux qui manifestaient au rond-point de St-Jean pour dire “Go home !” à la princesse Alexandra. Je dois dire qu’une des fiertés de ma période d’études est d’avoir obtenu une distinction en GP avec une dissertation avec Paul Bérenger et Alexandre Soljenitsyne comme sujet. Bérenger venait de retourner au pays et m’avait fortement impressionné. Comme beaucoup de jeunes Mauriciens du reste. Après mon séjour de six ans en Australie, je reviens, suis engagé comme enseignant au collège du St-Esprit, puis un an plus tard je vais travailler à l’express puis au Mauricien tout en étant enseignant au couvent de Lorette. C’étaient les pires années de Maurice au niveau économique et les plus dures de ma vie. Je travaillais comme un fou et pourtant je crevais la dalle. J’avais un enfant d’un an et demi et je ne pouvais pas acheter un frigo. Je suis retourné en Australie quatre ans plus tard pour ma femme et mon fils. J’ai entrepris des études d’économie qui m’ont été bien utiles par la suite. Je suis parti en 1980 et je suis retourné à Maurice quatorze ans plus tard.

Vous avez donc raté les élections de 1982, les premiers 60-0, les cassures d’alliance et le miracle économique mauricien…

J’ai raté tout ça. Mais je suivais de loin. Pendant que je suis en Australie, je rêve de travailler aux côtés de Bérenger pour Maurice, qui était ma cause.

Vous êtes-vous préparé pour le retour à Maurice au cours de ces quatorze ans ?

Absolument ! J’attendais, je préparais ce retour. Je me suis gonflé à bloc pour ce retour avec ma femme et mon fils en 1994. Six mois après, mon fils est reparti en Australie et deux plus tard sa mère a été le rejoindre et nous avons divorcé.

Vous avez préféré votre pays natal à votre famille ?

Si je réponds oui ce serait me poser en martyr, ce que je déteste absolument. Je ne voulais pas que plus tard mon fils puisse me dire que je l’avais arraché à son pays et fait rater sa vie en restant à Maurice.

Vous avez perdu votre famille mais retrouvé Paul Bérenger, que vous admiriez. Vous avez évolué dans le giron du MMM avant d’être nommé conseiller économique de Bérenger quand il devient ministre des Finances dans le gouvernement PTr-MMM élu en décembre 1995…

Ma dernière rencontre avec Bérenger datait de 1977, après mon premier retour d’Australie, quand il me demande de poser aux élections municipales de Quatre-Bornes. Je le revois en tant que journaliste en 1994 pour une interview pour Business Magazine, dont j’étais le rédacteur en chef. Il apprécie mes articles et quand il arrive au gouvernement, il me propose de travailler avec lui parce que “vous êtes un emmerdeur et j’aime ça.” En mars 1996, j’entre dans son équipe.

Vous entrez donc au service de Paul Bérenger...

Non, je me mets au service du pays à travers Paul Bérenger, son ministre des Finances.

Quand Navin Ramgoolam révoque Bérenger en 1997, vous démissionnez de votre poste de conseiller. Ensuite, vous travaillez dans la presse, puis à Madagascar et vous revenez à Maurice en 2000, quelques mois avant les élections. On pourrait dire juste à temps.

Je voulais voir Bérenger, mais il n’était pas disponible. Je lui ai expliqué au téléphone que j’avais une offre pour aller travailler en Afrique mais je voulais savoir s’il voulait que je vienne travailler pour lui. Il m’a dit : “Évidemment que tu viens travailler pour nous.” On travaille ensemble sur des dossiers et après les élections je suis nommé au cabinet de Bérenger.

Avec un changement dans le titre puisque que vous passez de conseiller à conseiller spécial. Quel est le travail du conseiller spécial du ministre des Finances qui va bientôt devenir Premier ministre ?

Cela veut dire faire ce que vous demande le ministre des Finances, puis le Premier ministre. Il faut le conseiller dans quasiment tout, sauf un domaine : la politique. On ne peut pas donner de conseil à Bérenger sur la politique, il connaît tout mieux que vous et même s’il se trompe, il ne vous écoutera pas.

Le changement n’est pas seulement dans le titre. Vous prenez tellement d’importance que les fonctionnaires vous haïssent et l’opposition fait de vous sa tête de Turc. On vous surnomme le superconseiller et Navin Ramgoolam ira même jusqu’à dire que vous êtes un super ministre. Vous prenez tout ça comme des compliments ?

Je ne sais pas si j’ai pris ça pour des compliments. Il était clair qu’on m’attaquait pour atteindre Paul Bérenger. Il y avait aussi, dans la politique dégueulasse de Maurice, une question d’épiderme qui entrait en jeu. Je n’ai jamais été offensé par ces attaques en dehors des articles calomnieux dans la gutter press locale que je continue à poursuivre en justice.

Quelle est la bonne définition d’un super conseiller : celui qui est l’intermédiaire avec le PM ou celui qui a son oreille, à qui on prête tous les pouvoirs ?

Ce sont deux approches différentes. J’étais certainement le second, c’est-à-dire que je conseillais Paul Bérenger. Il y a beaucoup de conseillers qui faisaient l’interface mais de sérieux, il n’y en avait qu’une demi-douzaine. Vous aviez les docteurs Nababsing et Kasenally, et Mme Nababsing. Les autres conseillers...

Faisaient de la décoration ?

Non ! Chacun avait son domaine et faisait son travail. Mais je crois que sur les choses très importantes, Paul se reposait sur une demi-douzaine de personnes.

À l’époque vous étiez devenu une cible privilégiée de l’opposition et on entendait même certains membres du gouvernement dire que vous leur faisiez de l’ombre. Est-ce que quand un conseiller arrive à ce niveau, il ne court pas le risque de se prendre pour celui qu’il conseille et de décider à sa place. Dans la bande dessinée, c’est Iznogoud qui rêve de prendre la place du calife.

Se prendre pour Bérenger ou décider pour lui sont deux choses absolument impossibles. Bérenger a une imposante personnalité, il est extrêmement intelligent et encore plus travailleur qu’il est intelligent. Donc, ce n’est pas quelqu’un de manipulable. Quand Bérenger fait confiance à quelqu’un, il sait où il met sa confiance...

Il s’est souvent trompé...

Il se trompe souvent et la plupart du temps dans ses choix politiques, pour le choix des candidats malheureusement, et cela me chagrine. Je crois qu’il fait plus attention pour le choix des conseillers que des candidats et cela me chagrine aussi.

Vous avez démissionné avec fracas de la Wastewater Management Authority. Interrogé au Parlement par le député Rajesh Jeetah, Paul Bérenger dira que vous êtes “a hard worker, a genuine patriot who is not strong on diplomacy”. Vous vous reconnaissez dans cette description ?

Je faisais partie des boards du CEB, de la CWA et de la WMA, des organismes extrêmement importants mais dont les directeurs étaient mal payés par rapport à d’autres conseils d’administration...

N’étiez-vous pas revenu à Maurice pour travailler pour le pays ? Vous n’avez aucune raison de vous plaindre !

Je ne me plains pas. J’avais sciemment choisi ces boards parce que je savais qu’ils étaient importants pour le pays. Je sens qu’à travers vos questions vous me demandez si je n’allais pas trop loin dans mes prérogatives de conseiller.

Vous n’avez pas encore répondu de façon précise à cette question posée de différentes façons…

Je vous réponds et je vous donne un exemple assez intéressant. Quand nous faisons le projet Wastewater Management, il y avait un section à Pointe-aux-Sables avec un contrat d’environ Rs 700 millions. Nous choisissons l’offre la moins chère mais à chaque fois cette compagnie rajoute plusieurs conditions. Après négociations, elle les retire et nous lui donnons le contrat. Aussitôt après, elle rajoute une autre condition. Cette compagnie était dirigée par quelqu’un faisant partie du MSM et le cabinet décide que le dossier sera transféré de la WMA au secrétaire financier. On sait ce qui va se passer, le dossier arrivant au ministère des Finances occupé par Pravind Jugnauth.

C’est vous qui l’affirmez.

On se rendait bien compte que ce contrat pour lequel nous nous étions battus une année pour obtenir value for money pour le pays reviendrait à quelqu’un qui ne le méritait pas. Ce n’était pas acceptable...

Vous qui aviez l’oreille de Bérenger, alors Premier ministre, vous ne l’alertez pas sur ce qui était en train de se passer ?

Il savait et n’allait pas intervenir pour des raisons politiques. Nous savions que nous avions tout perdu. La question était : est-ce que nous allions laisser le pays signer un mauvais contrat ou faire quelque chose ? Avec mes collaborateurs, nous avons pris le dossier et au lieu de l’envoyer au secrétaire financier, l’avons déposé au Central Tender Board. On ne pouvait plus faire de magouilles, on ne pouvait plus trafiquer le dossier.

Tout cela contre la décision du Cabinet…

Absolument ! Le lendemain j’ai dit au Premier ministre ce que nous avions fait et le contrat a été alloué à celui qui le méritait, pas au protégé politique. C’était une victoire pour l’île Maurice et j’en suis fier. C’est après que j’ai donné ma démission de la WMA. J’ai également donné ma démission de la Mauritius Revenue Authority, organisme dont j’avais piloté la création. Quand il a fallu choisir un directeur pour cet organisme, la ministre Hanoomanjee a décidé que le poste ne reviendrait pas à Cunningham mais a un yes man mauricien. Je me suis dit que ce n’était pas possible. C’était l’année des élections; je suis allé voir Bérenger et je lui ai dit être conscient que j’allais le gêner politiquement en démissionnant de la MRA, mais que je ne pouvais accepter une décision que je savais mauvaise et que j’étais disposé à quitter mon poste. Il a compris ma décision et m’a gardé comme conseiller.

Vous perdez votre poste avec la défaite de l’alliance MSM-MMM en 2005. Vous revenez au journalisme et écrivez quelques textes qui égratignent sérieusement le MSM. N’étiez-vous pas à l’aise au sien du gouvernement MSM-MMM ?

C’est paradoxal. Ayant vécu la cassure PTr-MMM de 1997, j’étais la personne qui pensait que Paul Bérenger poussait le bouchon trop loin au sein du gouvernement MMM-MSM. Mais il savait ce qu’il faisait, il savait qu’il avait la main forte et il ne m’a pas écouté. Je n’étais pas contre l’alliance MMM-MSM, je n’étais pas contre les Jugnauth mais j’étais contre ce que j’allais découvrir chez les Jugnauth. Je trouve qu’il est malheureux que quand les Jugnauth sont au pouvoir l’intérêt du pays n’est pas la chose qu’il ont le plus à cœur. Ce qu’ils ont le plus à cœur c’est de bâtir leur empire et l’histoire me donne raison. Aujourd’hui, Pravind Jugnauth est poursuivi pour une faute, pour un bien qui appartient à sa famille.

Vous avez rapidement découvert que les Jugnauth au pouvoir privilégiaient leur empire au pays ?

J’ai pu le constater dans plusieurs cas.

Et vous avez prévenu Paul Bérenger dont vous étiez les oreilles, les yeux et la conscience ?

Vous croyez honnêtement que vous avez besoin de prévenir Paul Bérenger de ce genre de choses ? Ce qu’il dit dans ces cas : Pas tracas, nous pou veille zot.

Après 2005 vous écrivez quelques articles à Maurice, vous allez travailler au Congo et vous rentrez à Maurice en 2013. Et vous commencez à écrire une série d’articles très critiques contre des membres de l’ex-gouvernement MSM-MMM, dont Paul Bérenger. Qu’est-ce qui vous pousse à sortir de la posture du conseiller plutôt admiratif pour devenir un critique acerbe ? Un peu d’aigreur ?

Le Remake...

C’est ça la goutte d’eau qui fait déborder le vase ?

Oh oui. Et de loin. Qu’est-ce que c’est que le Remake sinon l’exemple même d’une manipulation politique par Bérenger du début à la fin. Il réussit à prouver au gouvernement travailliste que le MSM est une bande d’intéressés. Jugnauth fils fait un chantage à Ramgoolam : si les accusations contre Hanoomanjee ne sont pas retirées, nous démissionnons. Ramgoolam, dont je ne suis pas un admirateur, refuse le chantage et les Jugnauth se retrouvent hors du gouvernement. Et c’est avec ces gens-là que Bérenger fait une alliance en venant dédire tout ce qu’il a pu dire aux dernières élections. Cela me dépasse, cela me révolte.

S’il n’y avait pas eu de Remake, vous seriez resté tranquille dans votre coin et auriez pu vous retrouver dans l’équipe de Bérenger ?

Absolument ! Le Remake est le scandale du siècle et il faut se rappeler que pour cette alliance tout est possible.

Ce n’est pas l’ex-super conseiller non consulté sur le Remake qui explique vos attaques ?

Non. Les Jugnauth ne sont pas corrects avec Ramgoolam, ils ne peuvent pas devenir soudainement correct avec le MMM. Ce n’est pas logique, c’est incohérent. Le Remake m’ouvre les yeux et je découvre avec tristesse un nouveau Paul Bérenger. Un Paul Bérenger qui dérape, qui zigzague, qui fait et dit n’importe quoi. Le manque de respect qu’il démontre ces jours-ci pour nos institutions me fait peur sur les jugements de l’homme que j’ai connu. En faisant ce Remake, cette volte-face morale, Paul Bérenger a détruit l’image que l’on avait encore de lui.

C’est pour essayer de casser le Remake, de sauver Bérenger de lui-même que vous faites des révélations à retardement, comme sur le deal Illovo, dix après qu’il a été conclu ? Vous avez le remords très tardif, Jean-Mée Desveaux !

Je n’ai aucun remords sur le deal Illovo.

Pourquoi venir en révéler les détails aujourd’hui ?

C’est une information que je donne au public.

Pourquoi ne pas l’avoir fait en temps et lieu, ce qui aurait été l’acte patriotique d’un Mauricien face à une mauvaise décision contre les intérêts du pays.

Ce patriotisme a été démontré de façon on ne peut plus clair le samedi à Clarisse House où j’ai été une des trois seules personnes qui se sont battues bec et ongles pour qu’on adopte l’alternative maximaliste. Des ces trois personnes, une est morte et l’autre a préféré ne pas revenir sur ce point pour des raisons qui lui sont propres.

Vous parlez de Germain Comarmond, décédé, et de Joyti Jeetun…

Nous trois n’étions pas contre le deal Illovo, mais contre la version minimaliste de ce deal pour l’État. Comme l’a dit Paul Bérenger, c’est moi qui ai, au départ, discuté avec le privé pour permettre la vente de presque 80% de Mont Trésor Mon Désert par la compagnie étrangère Illovo à des Mauriciens. La vente n’aurait pas été possible si les taxes prohitives qui existaient à l’époque n’étaient pas enlevées. Ce deal créait à travers l’achat un pool de richesses qu’il fallait savoir départager. Le groupe mauricien qui vient me voir me dit que dans leur deal, le gouvernement aura deux tiers et eux un tiers. Jusque-là il n’y a aucun autre groupe mauricien qui parle avec qui que ce soit.

De qui était composé ce fameux premier groupe ?

D’un hôtelier, un banquier et un grand sucrier aux reins financiers des plus forts. Ils étaient Herbert Couacaud, Pierre-Guy Noël et Hector Espitalier-Noël. Les discussions étaient allées assez loin quand, le jeudi précédant la fameuse réunion de samedi à Clarisse House, Bérenger nous apprend qu’Anerood Jugnauth va rencontrer quelqu’un d’autre à propos du deal. Après cette réunion, il est décidé, soudainement, que les conditions du deal changent : le gouvernement va avoir un tiers et le groupe du privé deux tiers. Le deal est renversé. On apprend aussi qu’un nouveau groupe a causé avec Anerood Jugnauth. Samedi à la réunion à Clarisse House, nous trois nous nous battons, contre les autres, pour que le gouvernement conserve les deux tiers du deal. Nous trois ne sommes pas invités à la réunion du lendemain...

Quand on l’a interviewée, Jyoti Jeetun a déclaré qu’elle n’était qu’une des assistantes à la réunion, qu’elle n’était pas un des personnages principaux du débat…

Selon mon interprétation de la chose, on dirait qu’elle renie un peu ce qu’elle a fait dans le temps. En tout cas, nous trois ne sommes pas invités à la réunion du lendemain. Dimanche, je reçois un coup de fil de Paul Bérenger qui me dit de demander aux trois membres du premier groupe s’ils sont intéressés à se joindre à la nouvelle équipe d’acquéreurs. J’ai téléphoné à Herbert Couacaud et à Pierre-Guy Noël qui ont refusé la proposition. Quant à Hector Espitalier-Noël, il a rejoint le groupe après discussion avec son homme de confiance. À partir de là, j’ai tourné la page.

C’est là qu’on ne vous comprends pas. Pourquoi ne pas avoir, en bon patriote, fait savoir que le gouvernement était en train de prendre une décision qui allait faire rentrer moins d’argent que prévu dans les caisses de l’État ? S’il n’y avait pas eu de Remake, vous n’auriez pas parlé, fait ces révélations ?

Je dis que quand Anerood Jugnauth est à la tête du pays, il ne prend pas nécessairement l’intérêt du pays à cœur.

Vous associez Bérenger à cette mauvaise décision?

Non, c’est Bérenger lui-même qui s’associe à cette mauvaise décision. Qu’est-ce qui est intéressant aujourd’hui qui ne l’était pas dans le temps ? Le fait que c’est la première fois depuis 2000 qu’Anerood Jugnauth pose sa candidature comme Premier ministre. Deuxièmement, à qui croyez-vous que cela aurait plu que je démissionne du gouvernement à ce moment-là ? À tous ceux qui disaient que j’étais un emmerdeur et que j’ai empêché de faire n’importe quoi par la suite. Je ne crois pas que ç’aurait été une bonne chose pour le pays. Après ce samedi, j’ai été absent du bureau toute une semaine.

Pour marquer votre désapprobation ?

Non. Je me suis posé la question que vous me posez aujourd’hui : est-ce que je démissionne, est-ce que j’abandonne ce que j’étais en train de faire pour le pays ?

N’avez-vous pas discuté de cette question avec Paul Bérenger ? Vous ne lui avez pas dit votre sentiment ?

Il savait ce que je pensais, je le lui avais dit en public le samedi matin à Clarisse House pendant la fameuse réunion. Mais il y a eu au moins une réaction à ce que j’ai dit sur le deal Illovo l’année dernière. Anil Gayan, qui était ministre à l’époque, et qui comme vous trouve que j’ai une mémoire parfois défectueuse, a suggéré que pour enlever tout soupçon, les leaders du Remake 2000 publient un état de leurs finances avant et après le deal Illovo. Dans toute cette affaire, moi, j’ai parlé de manque de patriotisme, pas d’une possibilité que quelqu’un ait pu s’enrichir dans ce deal. C’est une question qui mérite d’être creusée.

Qu’allez-vous faire maintenant que votre mission — à retardement — a été accomplie ?

Paul Bérenger et le MMM étaient l’homme et le parti qui me permettaient d’accomplir le rêve de ma vie : travailler pour mon pays. J’en suis conscient et content, mais cela ne m’oblige pas à me taire là où on lèse les intérêts du même pays que je suis censé servir. J’ai pu, ou du moins j’ai essayé, faire un peu pour mon pays. Cela fait vingt ans que je suis revenu à Maurice, et c’est la première fois que je contemple l’idée de quitter Maurice. C’est paradoxal dans la mesure où c’est la première fois que Mme Jeetun envisage, elle, de revenir à Maurice. Je me dis que si Jyoti Jeetun pense qu’elle peut travailler avec le Remake, je n’ai plus d’espoir.

25 October 2013

Budget 2014: virage économique?

Par Jean-Mée DESVEAUX
L'express du 25 octobre 2013

LE budget 2014 amorce la fin d’un cycle pour l’économie du pays. Depuis juillet 2005, les affaires du pays étaient implicitement sous la bienveillante vigilance des institutions de Bretton Woods. Cette surveillance amicale était d’un commun accord. Voulue par Rama Sithanen d’abord et, à son départ, par son alter ego, Ali Mansoor. La voie parcourue ensemble par le Fonds monétaire international (FMI) et Maurice ne résultait donc d’aucune contrainte. Bien au contraire, c’était un choix conscient découlant d’une forte affinité entre le rationalisme économique de ces deux hommes et la philosophie du FMI et de la Banque mondiale. L’intérêt de ces institutions pour ce partenariat était de faire du pays le show case de la viabilité de leur philosophie économique dans la région et dans le monde. Ainsi, sans trop exagérer, on peut dire que l’économie mauricienne a été le laboratoire d’une expérience économique grandeur nature pendant ces huit ans. 

On ne résume pas les résultats d’une telle expérience en quelques colonnes et ce n’est pas ici le but recherché. Ce qu’on peut dire, par contre, c’est que le budget ultra-réformateur de 2006 de Rama Sithanen a mis l’économie de ce pays sur de solides rails pour survivre au démantèlement des préférences commerciales dont le pays était devenu accro dans le domaine du sucre (baisse de 36 %) et du textile habillement (fin de l’accord multifibre). Ceci a permis d’ouvrir une économie surprotégée à la concurrence internationale. Pour ce faire, Sithanen a été très loin. Dans un pays historiquement bâti sur l’injustice sociale et raciale, où l’écart entre riche et démuni était déjà flagrant, il ramène, avec beaucoup d’audace, les impôts de Rogers et d’IBL au même niveau que celui du plus modeste contribuable mauricien : 15 %, le taux privilégié précédemment réservé à la seule zone franche. Le taux uniforme avait sonné le glas des «incentives» qui jusque-là, étaient le maître mot de tous les budgets. Il change les règles du jeu dans la forme aussi bien que dans le fond. Il se débarrasse de tous les pouvoirs discrétionnaires et autres pouvoirs de rémission du Grand argentier et privilégie des règles clairement établies et une régulation uniforme.

Et quid du résultat ? Celui-ci s’apparente au verre à demi vide ou à demi rempli selon les points de vue. Il n’était un secret pour personne que le système capitaliste de libéralisme économique (à outrance ou pas) est le meilleur moyen de créer la richesse nationale. Ce système était cependant aussi connu comme étant le pire en ce qui concerne la distribution de cette richesse nationale, ce qui finit inéluctablement par creuser le fossé entre les riches et les pauvres. Le coefficient de Gini l’année où Rama Sithanen présenta son budget était de 0.388, alors que l’année dernière, ce coefficient avait atteint 0.413, bien qu’il ait dit, lors de son budget, «the policies we put in place now will ensure that rising incomes would be shared more with the low income workers, the unemployed, and other disadvantaged groups that are making the biggest sacrifices». Le Empowerment Programme de Rama Sithanen et son Corporate Social Responsibility ne furent, semble-t-il, pas suffisants pour endiguer l’appauvrissement qui a suivi. On peut, de plus, rappeler que la croissance économique de 2005/06 était de 3,5 % (contre 3,2 % actuellement), que le chômage, autour de 2005, oscillait entre 9,5 % et 8,5 %, ce qui n’a pas beaucoup changé depuis, et que l’épargne du secteur privé est aujourd’hui aussi décevante qu’elle l’était alors ! On pourrait logiquement se demander, devant cet état de choses, si ces huit ans de vaches maigres en valaient vraiment la peine pour si peu de résultat tangible.

Notre réponse à cette question est un oui catégorique. Nous sommes intimement convaincus que le choc financier mondial amorcé en 2008 aurait pu être dévastateur pour l’économie nationale si elle n’avait pas été dotée d’une nouvelle résilience. La question est donc de savoir si l’effort de ces huit ans est à la veille d’être défait avec le nouveau budget. Pour répondre à cette importante question, il est nécessaire d’identifier les paramètres majeurs qui seraient aptes à nous dévoiler si changement de cap économique il y aura dans les semaines et années à venir. Nous passerons donc prochainement en revue ces paramètres clairs et objectifs dont se servaient, du reste, ces bonnes vieilles institutions de Bretton Woods pour suivre le parcours de notre économie.

Mais avant d’en venir au moteur du système lors de nos prochains papiers, il est nécessaire de s’arrêter à la nature des timoniers en question. Économistes de formation, Sithanen et Mansoor avaient le réflexe qui leur permettait de faire la différence instantanément entre une requête ministérielle économiquement viable et défendable à l’opposé de la fanfreluche qui va créer des inefficiences le long de la chaîne économique et dont le seul but serait de plaire à la circonscription de l’élu. Ils le reconnaissaient instinctivement et ils osaient le dire, d’où la dernière anicroche d’Ali Mansoor qui a voulu instaurer, chez nous, ce qui se pratique depuis des décennies dans toutes les économies modernes du monde : le principe de recouvrement du coût du service public, appelé le «user pays».

Dev Manraj ne pourrait avoir un profil plus différent de ces deux bêtes économiques. Il est, comme la grande majorité des Financial Secretaries (FS) avant lui, expert-comptable et non économiste. Ce n’est pas un avantage, mais il a deux autres désavantages qui vont peser bien plus lourd dans la balance. D’abord, on sent chez l’homme un désir instinctif de plaire à la masse. Ceci fut apparent dans son traitement des syndicats alors que nous étions tous deux sur le board de Airports of Mauritius Ltd. Cette propension ne semble pas s’être estompée quand on constate qu’il a été l’auteur du PRB 2 où il trouva nécessaire d’augmenter de plus d’un milliard de roupies le pactole de Rs 4,6 milliards dont les fonctionnaires allaient hériter. Le principe de la réduction de l’écart salarial entre les secrétaires permanents et leurs messengers, c’est-à-dire un nivellement par le bas, en dit déjà long sur la rationalité économique de cette mission. On pourrait donc s’inquiéter aujourd’hui que Dev Manraj a une grande cote parmi les syndicalistes, car on devine que sa popularité n’est pas due à sa grande capacité de travail ni à sa grande expérience au ministère des Finances.

Ensuite, le second désavantage de Dev Manraj c’est qu’ il a été, pendant toute une carrière, directement associé à ériger le système complexe d’exemptions fiscales, d’exceptions, d’income reliefs, d’allowances et autres déductions qui ont proliféré au sein du système fiscal de ce pays jusqu’à ce que Sithanen y mette bon ordre en 2006. Il se pourrait que, devant un tel tabula rasa, il ne puisse changer son frame of mind et abandonner des concepts qui lui furent jadis très chers. Si l’envie lui prenait de recommencer le manège d’antan, il ne finira qu’à créer des lourdeurs et des inefficiences à un système, aujourd’hui bien rodé, au plus mauvais moment possible : à la veille de la décision indienne sur notre offshore et à la descente aux enfers de tout un pan de notre tourisme. Vu les attentes déjà créées, le nouveau FS subira beaucoup de pressions sous le prétexte qu’il est un homme de consensus, contrairement à son prédécesseur. Cela ne l’aidera pas à accomplir une tâche ingrate. 

Les embûches ne tarderont pas. Ainsi, il a déclaré récemment qu’il accordera une attention particulière à la relance du secteur de la construction où il compte éliminer les «inhibiting factors». On peut présumer qu’il incorporera ceci au prochain budget de Xavier-Luc Duval. Il devra d’abord se rendre compte qu’un premier facteur inhibant se trouve être le ministre du Travail qui a fermé le robinet des travailleurs étrangers, le ballon d’oxygène de la construction. Le second facteur inhibant qu’il découvrira dans ce domaine est nul autre que le gouverneur de la Banque de Maurice qui retourne aux anciennes méthodes de «sectoral limits» imposées aux banques commerciales durant les années où le fiat et les plafonds de crédit étaient de mise. Ainsi le crédit au secteur de la construction résidentielle et commerciale sera réduit à 15 % l’année prochaine et à 12,5 % en 2015 et 2016 pour des raisons prudentielles. Une cacophonie que le nouveau FS devra mettre au diapason.