JM et les chefs coutumiers de la République démocratique du Congo
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19 July 2006

L’Etat voyou


Par Jean-Mée Desveaux
L’express du 19 juillet 2006

Le plus grand pessimisme est de mise pour l'avenir de ce pays. La survie d'un Etat repose essentiellement sur l'indépendance des gouvernants vis-à-vis des groupes de pression qu'il est censé garder dans les rangs. Quand cette souveraineté est assujettie aux pressions de la pègre, l'Etat de droit fout le camp et cède sa place à l'Etat voyou.

L'État avait pris un pari risqué en s'attaquant de front aux véreux du Champ-de-Mars en 2002. Dans un désir d'assainir les courses hippiques, il avait mis en place toute une stratégie qui visait à contenir les excès mafieux de certains éléments du Champ-de-Mars et les bookmakers sans scrupules, leurs alliés. Une rigoureuse police des jeux fut instaurée, un software server imposé aux bookies et le Tote off course autorisé pour dissuader les paris illégaux. Ces mesures avaient soulevé une résistance farouche chez les bookmakers organisateurs defixed odd betting par qui le scandale arrive. Mais le gouvernement tint bon.

Dire que le gouvernement MSM-MMM a perdu les élections parce que les bookies ont arrosé l'Alliance sociale serait une exagération. Ce qui compte, c'est la perception qu'énormément d'argent a circulé durant la dernière campagne afin de leur infliger un tel châtiment que tous les politiciens se souviennent longtemps qu'ils ont intérêt à respecter les seigneurs du jeu qui peuvent faire et défaire un gouvernement à leur guise. La leçon a marché, comme on le constate :

1)            L'ex-ministre des Finances Bunwaree n'étant pas au courant que les chèques sont fait exprès pour éviter de transporter du liquide sur soi, excuse les paris à crédit : "Ily a un problème de sécurité en ce qui concerne les gros joueurs qui vont jouer au Champ-de-Mars.... Ils viennent avec des centaines de milliers de roupies... Il faut se mettre à la place des joueurs". Le ministre est un bon patriote qui s'inquiète de l'apport que représentent les jeux au sein de l'économie.

2)            L'ASP Radhoa, qui a ses entrées au bureau du PM, considère lui aussi que les attributions du Horse Racing Board doivent être revues pour permettre les paris à crédit. Il reconnaît avoir été approché pour remplacer le remuant Inspecteur Hector Tuyau qui crée tant de controverses avec ses "opérations coup de poing". Epidermique comme d'habitude, il compte éclaircir, au niveau d'un serveur inexistant au MTC, l'affaire des CD, insinuant que cette histoire a plus à faire avec "les gros paletots du MTC" qu'avec les bookmakers...

3)            Le Horse Racing Board, dont le président est choisi par le pouvoir, prend le temps qu'il veut pour répondre à l'Adsu qui lui a réclamé tous les returns soumis par le bookmaker Joomun afin de contre-vérifier la teneur des CD. Ce refus de coopération est grave et va à rencontre de l'intérêt du HRB, car l'Adsu doit pouvoir démontrer que les paris à crédit sur les CD n'ont pas été enregistrés sur le serveur du HRB. De plus, le même HRB s'apprêterait - première mondiale - à parlementer avec les bookmakers afin de légaliser le crédit betting. Le HRB qui aurait, en ce faisant, perdu son intégrité institutionnelle, devra, pour ce faire, pousser la complaisance jusqu'à légaliser le pari à crédit de façon rétroactive. Il est évident que ce n'est qu'à ce prix qu'on arriverait à blanchir les fameux notables, sans oublier M. Joomun qui, outre la liste gravée sur CD, doit avoir, gravé, dans sa mémoire, de quoi faire perdre le sommeil à beaucoup de nos princes.

4)            Il y aussi le flou autour de ce qui empêche l'Adsu de demander à un juge l'autorisation de vérifier les appels sur le téléphone du bookmaker. Que l'homme de loi du suspect pense que ce serait là une attaque au droit fondamental de la vie privée est tout à fait naturel. L'Adsu doit permettre au pays de constater si ce point de vue, pour le moins équivoque, est partagé par le judiciaire qui n'a jusqu'ici pas eu de raisons de rougir de ses décisions.

5)    Cette liste de la bonne fortune du bookmaker et de ses clients louches se serait heurté à un obstacle majeur si les CD avaient livré leur secret de façon immédiate et complète. Mais ils doivent être très mal­heureux en amour car leur chance inouïe aux jeux continue. Après avoir essayé de nous faire croire qu'un "CD read-only"peut être infecté d'un virus, c'est aujourd'hui  le programme sur le computer de l'Adsu qui s'est soudainement auto-infecté. Mais pourtant, contrairement à des données qui, une fois corrompues sont perdues à jamais, un pro­gramme lui se remplace par un autre du même genre. Mais, Big Brother est là qui surveille la liste des protégés de l'Etat. Ainsi, des hommes du service de renseignements se sont rendus à la cybertour samedi et ont terrorisé un informaticien du privé qu'on soupçonnait vouloir révéler le nom des notables en question.

6)        Last but not least, le Premier ministre de la République a per­sonnellement démenti la présence des membres du gouvernement sur les fameux CD de parieurs à crédit et rappelé qu'une loi bâillon­nerait bientôt la presse, ce qui souligne donc où le PM situe l'intérêt de son gouvernement vis-à-vis du scandale.
Navin Ramgoolam n'est pas le seul à vouloir taire les excès de ceux qui s'enrichissent de façon hautement illicite aux courses. Lorsque nous avions mis le doigt précédemment sur les égouts du Champ- de- Mars, des propriétaires de chevaux s'étaient offusqués. Nous leur avons donné neuf raisons de modérer leur assurance. Nous nous devons d'aller plus loin car il y va, entre autres, du blanchiment d'ar­gent de la drogue qui tue nos enfants et cela, fait inhabituel chez nous, sans discrimination aucune.

Faire un pari à crédit, c'est essentiellement jouer avec de l'argent qu'on ne possède pas... encore! Un bookmaker mal intentionné s'ap­proprie la volonté d'un homme et son allégeance avec un tuyau encore plus facilement que le vaudou ne crée sa momie. Il vous passe le tuyau d'un cheval qui "ne peut pas perdre". Vous y croyez tellement que vous misez "avec des centaines de milliers de roupies"(Bunwaree dixit). Votre cheval perd et vous êtes assis sur une dette que vous ne pouvez pas honorer. Aucun problème. Votre gentil bookmaker vous permet de vous rattraper mais à la fin de la saison vous lui êtes redevable d'une somme qui dépasse les millions. Vous avez alors le choix. Si vous avez un peu de patrimoine, vous pouvez vendre la voiture ou la maison familiale. Si cela est trop pénible, il vous reste le choix de lui donner un petit coup de main de temps en temps au sein de votre activité pro­fessionnelle peu importe quel que soit votre secteur d'opération. Tout le pays se gangrène ainsi, petit à petit, autour des paris à crédit, à pre­mière vue si anodin. Ce phénomène, ajouté à celui du financement politique, suffit à mettre tout un pays à genoux. Que cela ne semble pas du tout émouvoir la population explique l'audace des princes de l'Etat pour qui cette apathie nationale est une manne.

Dans un pays où 70 % des chevaux appartiennent aux bookma­kers ; où un homme du pouvoir s'affiche avec l'élément le plus dan­gereux de la pègre des jeux, celui-là même qui bien que banni du Champ-de-Mars possède une dizaine de chevaux et "organise la stra­tégie" des courses d'au moins deux écuries ; où le jockey retire son pied de l'étrier pour ramener docilement le favori au paddock, ce pays-là prend des allures d'un endroit où il ne fera pas toujours bon vivre.

L'ancien jeune patron de l'Icac avait démontré, dès la première semaine où l'affaire Lesage a éclaté, qu'il n'avait pas l'étoffe requise pour cette illustre position. Il n'avait pas trouvé nécessaire de renvoyer son cours de formation d'une semaine à Londres pour s'atteler au plus grand scandale financier du pays. On pouvait déjà prédire que .M. Lesage continuerait à vivre tranquille et que M. Appassamy ne viendrait pas de sitôt au pays à moins que ce ne soit de son plein gré.

Aujourd'hui que le plus gros scandale des courses truquées et des paris à crédit compromet les plus grandes têtes du pays, la nation toute entière se tourne vers le nouveau patron de l'Icac. S'il ne juge pas qu'il existe assez d'éléments pour que cette institution se saisisse de ce dossier, il donnera l'impression d'être disposé à être encore plus docile envers Navin Ramgoolam que ne l'était son prédécesseur vis- à-vis de sir Anerood Jugnauth, ce qui n'est pas peu dire.

10 May 2006

Tartuffe et omerta au Champ de Mars


Bien que comportant certaines zones d'ombre, l'univers des paris hippiques attire toujours les Mauriciens.

Réponse à Monsieur De Comarmond (hors-texte)
l'express du 10/05/2006

Par Jean-Mée DESVEAUX 

La rétrospective des avancées majeures que nous avons aidées à introduire aux modalités des courses au Champ de Mars entre 2002 et 2004, afin d’épurer cette industrie des vautours qui l’assiègent, a donné lieu à des réactions intéressantes de part et d’autres.

Nous disions et maintenons : “Il est nécessaire, à ce stade, de faire ressortir que le bookie a bon dos mais it takes two to tango. Sans les malfrats qui pullulent au Champ de Mars, déguisés en honnêtes propriétaires d’écurie, d’entraîneurs intègres, de propriétaires de chevaux, férus d’un sport de gentilhomme et de jockeys ‘professionnels, la magouille qu’on met sur le dos du fixed odd betting n’aurait pas eu de cours. Dans un pays où on dépense une centaine de millions sur l’Icac, comment les avoirs de ces messieurs ne sont pas déclarés chaque année avec un suivi rigoureux au niveau local et international est une absurdité monumentale.”

Le président de l’Association d’encouragement du pur-sang (AEPS) est mortifié par ces propos qui l’interpellent vivement. Si on résiste à la tentation de lui attribuer le motif déshonorable de vouloir pervertir notre pensée, on peut au moins dire que Robert de Comarmond perd son sang-froid au point de faire une lecture erronée de notre discours.

Devant une analyse sans complaisance de tous les stakeholders de l’industrie depuis le gouvernement jusqu’au MTC, en passant par les bookmakers, le Tote, les entraîneurs et les jockeys, il est un fait étrange que ce soit l’Association des propriétaires de chevaux qui monte au créneau pour nous menacer de poursuites judiciaires pour calomnie.

Alors même que nous faisions référence à tout un corps de métiers, Robert de Comarmond, lui, dans un élan d’hyper sensibilité, s’approprie ces réflexions aux seuls propriétaires de chevaux. Cela fait penser à l’adage de la poule qui a pondu, traduit pour s’adapter aux circonstances, à celui du cheval qui hennit.


“Dire qu’il n’y a que des truands parmi les ‘stakeholders’ des courses hippiques serait aussi absurde que de dire qu’il n’existe aucune canaille parmi ce beau monde.” 

L’honnêteté (ici intellectuelle) ne nous aurait pas permis de faire l’amalgame entre le grain et l’ivraie qui se côtoient au Champs de Mars. Il existe heureusement des écuries et des propriétaires de chevaux dont l’intégrité ne pourrait être mise en question qu’au prix d’une grande injustice envers ces professionnels du noble sport hippique.

C’est ainsi que les écuries de messieurs Soun Gujadhur et Philippe Henry, parmi d’autres, font honneur au turf mauricien. Leur volonté de gagner chaque course à laquelle participent leurs couleurs en dépit d’un stake money qui couvre à peine leur frais, reste un exemple de sportsmanship qui contraste, on ne peut plus brutalement avec le sourire pervers qu’affichent impunément certains de leurs collègues dépravés quand leur manigance est finalement couronnée de succès lors de la défaite de leurs chevaux considérés pourtant favoris.

Que ces messieurs aient pu travailler dans l’atmosphère viciée du Champ de Mars et garder leur intégrité, donne foi dans la nature humaine et réconforte ceux qui ont agi pour assainir les courses. Mais ce climat malsain n’est pas sans incidence néfaste sur l’opérateur intègre. Le climat délétère qui prévaut au Champ de Mars tel que nous le décrivions dans le passage qui offense l’AEPS est amplement confirmé par l’unique entraîneur mauricien à avoir reçu une invitation à faire courir ses chevaux à l’étranger. Questionné quant à ses raisons de mettre la clef de son écurie sous le paillasson, Philippe Henry répond sans la moindre hésitation : “Je suis totalement dégoûté de l’ambiance qui existe dans les courses ! ”

Dire qu’il n’y a que des truands parmi les stakeholders des courses hippiques serait aussi absurde que de dire qu’il n’existe aucune canaille parmi ce beau monde. Nous refusons d’adopter la première attitude alors que le président de l’AEPS tombe dans un ridicule fini en adoptant la seconde.

Avec plus de 300 chevaux au Champ de Mars, on ne peut sous-estimer la confiance inébranlable de Robert de Comarmond dans l’intégrité de ses membres, lui qui telle l’abbesse d’un énorme couvent, n’hésite pas à mettre sa main au feu pour la chasteté de chacune des nonnes qu’elle abrite dans l’enceinte de son cloître.

Mais mieux encore, le président de l’AEPS dont l’objectif avoué est “la défense des intérêts des propriétaires de chevaux” vient nous demander de publier dans ces colonnes l’identité de ces hommes qui font honte à celui qui restera dans les annales comme un des plus grands entraîneurs du Champ de Mars. Robert de Comarmond aurait pu, avec un minimum de réflexion, réaliser qu’il est logiquement impossible de défendre indistinctement les intérêts de “tous” les propriétaires de chevaux, comme il semble vouloir le faire en essayant de nous faire taire à travers ses menaces.

Il pourrait, en parlant à Philippe Henry, apprendre à défendre les propriétaires intègres contre leurs collègues sans scrupule qui les menacent et empoisonnent leur sport favori. L’intérêt de l’un n’est pas réconciliable avec celui de l’autre et l’AEPS ne peut donc par les représenter tous deux.

Que le président de l’AEPS, un homme de terrain, soit aussi étonné devant nos propos, nous surprend énormément. En effet, depuis la parution de notre analyse, nous avons reçu des échos qui abondent dans notre sens et confirment notre vision du pourrissement qui prévaut au sein du monde hippique.

Ainsi, le Mauricien, sous le titre Des Vérités, confirme la présence des forces criminelles qui obligèrent un jockey des plus honnêtes à se projeter de son cheval et perdre une course qu’il aurait dû gagner haut la main.

Sous le titre Les vérités pas bonnes à dire, après avoir passé en revue les nouvelles incartades de ce début d’année (que même l’œil électronique vigilant des commissaires n’a pu prendre en flagrant délit), le Turf Magazine, sous la plume de Bernard Delaitre, se réfère à notre analyse.

L’ayant trouvé sévère vis-à-vis du MTC (mais pas vis-à-vis des propriétaires de chevaux) “qui délivre malgré lui, les licences à ces quelques personnages douteux”, l’éditorialiste du Turf Magazine conclut : “Mais nous savons tous qu’il y a un fond de vérité dans ce qu’il (NdlR : Jean-Mée Desveaux) avance. Il (JMD) vient en fait, dans une large mesure, corroborer ce que la presse ne cesse de dénoncer depuis des lustres dans un milieu où toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire”.

L’explication de Bernard Delaitre pour cet état de choses, confirme aussi l’existence de ces malfrats du monde hippique dans un univers que nous n’avons donc pas inventé de toutes pièces. Cependant, tout en reconnaissant le professionnalisme de Bernard Delaitre, il offre à notre avis, une excuse un peu trop facile à l’inexcusable, en soumettant l’hypothèse que “les hommes, parfois complice certes, mais surtout victimes de ce système où… la survie dépend du jeu à cause du manque de stake money.”

Quand on ne peut survivre dans une occupation choisie à cause des contraintes qui lui sont propres, on se retire, cher collègue ! On ne met pas la main dans la caisse et on ne mord surtout pas la main des punters qui vous nourrissent.

Notre sympathie va donc plutôt vers ce pauvre public de punters mauriciens qui jouent des centaines de millions de roupies durement gagnées pour se faire écorcher vifs par les crapules qui se font de l’argent facile sur leur dos.

Quoi qu’il en soit, devant l’avis de cet observateur éclairé des courses qu’est Bernard Delaitre, Robert de Comarmond aurait donc intérêt, d’ores et déjà, d’abandonner l’exégèse somme toute réconfortante pour un président de l’Association des propriétaires de chevaux, selon laquelle ce monde que nous décrivions dans ces colonnes, n’était en fait que des “postulats… (qui) relèveraient d’une opinion personnelle dénuée de tout fondement” et qui cacherait “la réelle motivation de M. Desveaux”.

Mais si tout cela n’était toujours pas suffisant, le coup de grâce aux tartuffes du Champ de Mars vient du président du MTC qui, selon les journaux de la semaine, aurait déclaré à la réunion hebdomadaire que “Jean-Mée Desveaux a dit beaucoup de vérité”.

Peu de gens connaissent le milieu hippique aussi bien que Jean-Michel Giraud et personne n’a plus à cœur de nettoyer cette industrie de la racaille qui l’empoisonne. Il sait de quoi il parle et nous assurons donc Bernard Delaitre que, loin de jeter la pierre au MTC, nous sommes conscients, comme lui, qu’il se démène pour mener à bien sa difficile tâche même si nous ne sommes pas toujours d’accord sur tous les points.

Mais il nous reste encore à aider le président de l’AEPS qui ne dort plus depuis qu’il a appris et ce, pour la première fois, dans nos colonnes, qu’il existe au Champ de Mars des êtres qui s’apparentent mieux aux égouts de la capitale qu’à son centre de course hippique. Nous lui devons en tant que bon citoyen de l’aider dans la tâche d’assainir les courses à laquelle il s’est attelée. Sachez donc M. de Comarmond :

1) Que la pratique criminelle de sous-évaluation fiscale des chevaux de courses importés afin d’éviter la taxe à valeur ajoutée (TVA) et les 40 % d’impôts du gouvernement était si répandue que le précédent gouvernement n’a eu d’autre choix, malgré le manque à gagner pour le fisc, que de changer ce pourcentage en une somme fixe de Rs 30 000, moyen par lequel la tricherie ne pouvait plus avoir cours.

2) Que la sous-évaluation pour éviter la TVA perdure encore au Champ de Mars. Nous ne doutons pas que Bert Cunningham va mettre sa FAST team à suivre ce dossier de plus près à partir de maintenant.

3) Qu’un nombre conséquent d’écuries et de propriétaires de chevaux s’adonnent à la pratique criminelle et hautement illégale de jouer à crédit avec les bookmakers, ce qui leur permet de court-circuiter le software server et le contrôle des autorités avec toutes les conséquences néfastes que cela comporte.

4) Qu’il existe officiellement ou officieusement un nombre conséquent de propriétaires de chevaux qui ont été radiés durant ces dernières années par le MTC pour pratiques douteuses. Qui plus est, ces anciens membres de l’AEPS étaient souvent rapportés par leur écurie elle-même.

5) Que le processus de l’achat ainsi que les titres de propriété d’un cheval sont si inextricablement opaques que personne ne saurait confirmer ou infirmer que le cheval de tel ou tel propriétaire aurait effectivement été acheté par cet individu avec des espèces sonnantes et trébuchantes qu’il aurait économisées durant ses années de durs labeurs.

6) Que cette opacité permet aujourd’hui à un nombre litteralement incroyable des chevaux qui courent au Champ de Mars d’avoir des propriétaires fictifs.

7) Que ce stratagème permet aussi de camoufler le conflit d’intérêts explosif qui existe quand un bookmaker peut posséder un cheval sur lequel il tient des paris derrière un propriétaire fictif trop heureux de voir son nom, qui n’aurait autrement jamais eu la moindre chance d’être porté à l’attention du public mauricien.

8) Que ce jumelage de bookmaker et de propriétaire réel de chevaux, avec le feed-back que cela comporte, est probablement la plus grande incitation au truquage des courses, des exécutions et autres aberrations liées au Champ de Mars. Qui pourrait évaluer la somme d’argent sale ainsi générée ? Qui saurait dans quel créneau cet argent se fait lessiver et à quel coût pour la concurrence, la transparence et un état de droit ?

9) Que cette propriété fictive serait si répandue que même des amateurs de course proscrit du Champ de Mars – donc des gens dont la présence a été jugée hautement préjudiciable à l’industrie hippique – peuvent se targuer d’être propriétaires d’un nombre conséquent de chevaux derrière des propriétaires postiches.

Transparence et “accountability”

Tout cela, cher M. de Comarmond, nous amène à trois conclusions :

Premièrement, que l’incorporation des écuries en tant que compagnies sous la tutelle du Registrar of Companies avec tout ce que cela comporte de transparence et d’“accountability” est une tâche inachevée qui doit impérativement être mise en place.

Nous espérons que le nouveau gouvernement, à travers le Horse Racing Board, parachèvera le travail accompli dans ce domaine. C’est une idée qui fut acceptée par PricewaterhouseCoopers, le consultant du MTC en 2002, comme une des contreparties de transparence que le MTC s’engageait à mettre en place contre la baisse de la taxe sur les paris. Cela reste donc une dette de l’industrie hippique envers le gouvernement.

Deuxièmement, que les avoirs des propriétaires de chevaux et autres entraîneurs devraient être déclarés chaque année avec un suivi rigoureux au niveau local et international.

Et troisièmement, mon cher président, ce qui apparaît à un observateur externe comme une cécité de l’AEPS vis-à-vis des travers qui existent au Champ de Mars en dépit d’une presse spécialisée qui “ne cesse de (les) dénoncer depuis des lustres”, n’expliquerait-il pas la très piètre estime que tient Philippe Henry, le champion des propriétaires de chevaux de courses au Champ de Mars, de bons nombre des cadres de votre association, dont il s’est du reste, dissocié l’année dernière ?


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Les “malfrats” de l’univers hippique interpellent
Par Robert de COMARMOND
  l'express du 04/05/2006

L’Association d’encouragement du pur-sang (AEPS) a pour objectifs, entre autres, la défense des intérêts des propriétaires de chevaux et la promotion de la chose hippique à Maurice. Ainsi, tout comme l’organisateur de courses hippiques à Maurice, l’AEPS oeuvre aussi pour le maintien d’un paysage hippique sain et propice au progrès.

C’est pour cela que certains des propos tenus par M. Jean-Mée Desveaux dans un article dans la presse la semaine dernière interpellent vivement l’AEPS à bien des égards car ils suggèrent que la communauté des propriétaires de chevaux à Maurice regorge de malfaiteurs. Nous osons espérer que le postulat de M. Desveaux repose sur des faits et ne relève pas d’une opinion personnelle dénuée de tout fondement.

Afin que nous puissions poursuivre le travail auquel nous nous sommes attelés pour atteindre les buts que nous nous sommes fixés, nous invitons M. Desveaux à nous apporter son aide en nous communiquant l’identité de ces “malfrats (…)” déguisés en honnêtes propriétaires d’écurie ainsi que les délits qu’ils auraient pu apparemment avoir commis. Il en va de la salubrité du climat hippique et de la réputation de notre pays. C’est pour cette raison que nous n’avons aucun doute que M. Desveaux, en bon citoyen, aura à coeur de nous aider dans notre démarche.

Mais si jamais nous nous sommes trompés sur la réelle motivation de M. Desveaux et que ce dernier décline notre invitation, nous nous verrons dans l’obligation, en tant que citoyens honnêtes et responsables, de référer toute cette affaire aux autorités compétentes.

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Bras de fer avec l’écurie Gujadhur – Le MTC joue l’apaisement

Par Jean-Hugues Olivier
Le Defi du 10.11.2011

Le Mauritius Turf Club (MTC) et l’écurie Gujadhur sont sur le point d’enterrer la hache de guerre qui a commencé lors du week-end hippique des 29 et 30 octobre. Le communiqué émis par la plus vieille écurie du turf, lundi, et l’envoi de lettres à la Gambling Regulatory Authority (GRA) sont venus rétablir certains faits et calmer certaines ardeurs.

Dans un communiqué publié sur le site du MTC, mercredi, l’organisateur des courses se réjouit de la précision apportée par l’état-major de l’écurie Gujadhur au sujet de la déclaration de presse d’un de ses membres, en l’occurrence Mukund Gujadhur. Ce dernier avait, entre autres, déclaré : « We don’t accept and cannot condone or tolerate unfairness, corruption and incompetence. » Ce que le Club avait pris comme une déclaration de guerre qui éclaboussait son image et celle de ses employés.

Dans son exercice de communication, lundi dernier, l’écurie Gujadhur avait précisé que Mukund Gujadhur parlait d’incompétence et de corruption aux courses en général et pas particulièrement au MTC. Ce dernier dit prendre « bonne note » de cette précision.

Le communiqué publié sur son site internet, mercredi, souligne que le MTC sera heureux d’avoir des « discussions » avec l’écurie Gujadhur pour l’amélioration de l’image des courses.

À souligner également qu’avant la publication des deux communiqués (Gujadhur et MTC) cette semaine, la plus vieille écurie du turf avait écrit au MTC, d’abord, puis à la Gambling Regulatory Authority (GRA) pour demander de faire la lumière sur certains sujets liés aux courses. Elle avait également réclamé qu’une copie de l’enregistrement de l’enquête sur le départ de son coursier National Theme, dans la 8e course de la 32e journée, lui soit remise. Le déroulement de cette enquête est contesté par l’état-major de l’écurie Gujadhur.

De même, Mukund Gujadhur et son père, l’entraî­neur Ramapatee Gujadhur (Soon), avaient parlé de la victoire de Green Keeper dans la Coupe d’Or, le 29 octobre, en ces termes : « Green Keeper was allowed to steal the race in every sense of the word. »

Dans son communiqué de mercredi, le MTC n’en fait pas mention. Encore moins de l’affaire National Theme. Mais on note un ton qui pousse à l’apaisement et qui invite au dialogue (voir hors-texte).
Par ailleurs, les deux parties seront entendues par la GRA à la fin de cette semaine.

Communiqué : La réponse du MTC

Le MTC réitère à cette occasion sa confiance dans son personnel et dans tous ceux qui, directement ou indirectement, sont impliqués dans l’organisation des courses au Club.

Le MTC prend bonne note de la clarification apportée par ce communiqué qui ne fait plus référence au MTC mais plutôt aux « courses en général » quand on parle de « corruption ». Nos lecteurs en tireront leurs propres conclusions.

Le MTC prend aussi note de la volonté de l’écurie Gujadhur de vouloir améliorer l’image des courses et d’éradiquer la corruption dans les courses. Le MTC s’en réjouit et invitera l’écurie Gujadhur pour de plus amples consultations à ce sujet dans le cadre légal du Club.

Le MTC voudrait faire ressortir clairement qu’il n’entend pas polémiquer avec l’écurie Gujadhur, mais qu’il restera fidèle à ses valeurs qui ont trans­cendé deux siècles et qui nous permettent, aujourd’hui, de préparer activement les célébra­tions de 200 ans de passion l’année prochaine!!

26 April 2006

From the horse’s mouth

Le Champ de Mars connut une baisse de fréquentation entre 1996 et 2002.

l'express du 26/04/2006

Par Jean-Mée DESVEAUX

Il a suffi qu’un nouvel opérateur de Totalisator sponsorisé par messieurs Gudjadhur se mette en concurrence directe avec l’Automatic Systems Limited (ASL) dont la figure de proue est son président Jean Hardy, pour que tous les anciens démons de notre psychose nationale viennent à nouveau nous hanter.

Dans un domaine comme les courses hippiques, avec les connotations socio-économiques quelles comportent depuis des siècles, cette confrontation n’aurait pu manquer de faire rejaillir de notre subconscient national morbide ces éternelles étincelles qui sommeillent au fond de chacun des fils de ce sol maudit. Nous avons aujourd’hui un “Tote le Pep” et un autre qui, ne serait-ce qu’implicitement, ne l’est pas, bien qu’il s’agisse d’une compagnie publique qui est cotée à la Bourse de Port-Louis.

C’est le risque toujours présent que ces animosités avaient, si ce n’est d’engouffrer le pays corps et âme dans un brasier incontrôlable, du moins de créer un gouffre toujours plus profond entre les divers acteurs de cette industrie, qui avait poussé le gouvernement précédent à se pencher sur l’état des lieux au Champ de Mars. L’approche avait été en fait extrêmement “globale” dans sa méthode comme dans sa philosophie !

Deux événements allaient précipiter les choses. Tout d’abord un haut officiel du ministère des Finances qui, se substituant au législateur dans ce domaine durant les dernières années du vingtième siècle, avouant à qui voulait l’entendre qu’il fermerait le Champ de Mars s’il le pouvait, avait tellement plombé les ailes de l’industrie des courses avec des hausses répétées de la taxe sur le pari hippique que son vœu se voyait quasiment exaucé.

Les recettes de l’industrie déclinaient drastiquement, les impôts qui avaient d’abord fait un bond, arrivaient à un plateau mais, plus important encore, le Champ de Mars se vidait d’année en année et de journée en journée entre 1996 et 2002. Ce qui était tragique dans cette baisse de recettes officielles et ce désemplissement du Champ de Mars c’est qu’en revanche, les jeux clandestins avec tout ce qu’ils comportent de fraude en tout genre, gagnait du terrain en “off course”.

L’histoire retiendra le paradoxe que c’est un vice-Premier ministre (vpm) et son conseiller aussi superbement indifférents aux courses, l’un et l’autre, que le grand commis de l’Etat, qui allaient aider à renverser la vapeur et remettre une industrie qui procure un divertissement à une dizaine de milliers de Mauriciens sur des bases solides.

Le deuxième élément catalyseur fut l’offre de rachat du Domaine Les Pailles par son ancien propriétaire, pour y faire des courses hippiques avec des investisseurs étrangers. On peut difficilement imaginer la réaction du VPM quand un officiel du Mauritius Turf Club (MTC) sympathique mais pas diplomate pour un sou, déclara tout de go : “vous n’avez pas le droit d’ouvrir un autre hippodrome car le MTC est le seul autorisé par l’organisation internationale des clubs hippiques à organiser des courses dans le pays !” On ne saura jamais ce qui serait advenu de cette discussion si les investisseurs étrangers qui allaient aider au rachat du Domaine Les Pailles n’avaient pas disparu aussi vite qu’ils étaient venus.

Il devenait dès lors clair dans l’esprit du gouvernement que la baisse du taux d’imposition, qui avait doublé dans certains cas, allait être l’occasion d’introduire des changements radicaux au sein de l’industrie. Ces changements allaient être axés autour de cinq pôles principaux :


● La transparence et la démocratisation du Club étaient primordiales dans l’approche du gouvernement.

a. Le président du MTC prit l’engagement solennel en 2003 avec l’appui de sept de ses officiels de tout faire pour trouver un “new mindset that will address the image problems and review the Club’s situation, with a view to bringing it more in line with current social realities in the country….” “The MTC wants to assure Government that it is fully committed to this reform process .The Club stands ready to entertain any suggestion for re-launching horse racing on a firmer footing(….) provided the interests of all parties…are taken on board and fairly dealt with. We believe it is possible (...)to reposition horse racing both as a national entertainment and a thriving economic activity. The MTC is prepared to consider redefining its organisation and structures to be more in tune with new social realities. The Club commits itself to carefully considering reform proposals in that area(...)all issues (spoken and unspoken) should be placed on the table, with an open mind, in a genuine attempt at moving forward, instead of(…)cultivating suspicion. A broad Government-MTC exchange should leave no issue out- whether legal, administrative, organisational, fiscal, ethical or practical.”

b. Le consultant du MTC fit des propositions formelles en janvier 2002 aux officiels des Finances et de la State Investment Corporation (SIC ) :

i. MTC organisation to take into account integrity of races

ii. Stables should be companies

iii. Re-engineering of MTC is necessary since it is at the heart of a Rs 2 billion business, yet is managed like a private club;

iv. change in paradigm needed .

v. Separation between racing stewards and the executive team

vi. Enhance integrity; more independence from stables.

Le besoin de transparence allait être assouvi par le rôle du Horse Racing Board (HRB) tandis qu’un plus grand brassage de membres allait être la priorité une fois que le nouvel hippodrome se ferait construire car les membres existants dépassaient déjà la capacité des espaces qui leur étaient réservés au Champ de Mars. Il faut aussi, en toute justice, reconnaître qu’une visite imprévue aux espaces réservés pour les membres ne démontre aucune chasse gardée, bien au contraire. Il est d’autre part évident que certaines orientations citées en haut s’estompèrent devant d’autres démarches plus pressantes du dossier. Mais ce qui est différé n’est pas perdu et les écrits (et on espère l’esprit) restent intacts au MTC.

Un commentaire sur le HRB. Il existait deux modèles de ce Bill qui variaient selon le degré d’autoritarisme du HRB. Il a fallu éviter les deux extrêmes 1) que le HRB soit le rubber stamp du MTC d’une part ou 2)qu’une armée de fonctionnaires nommés par le gouvernement régissent une activité essentiellement privée à la manière soviétique d’autre part. C’est ce qui cause le cafouillage autour de l’identité de l’autorité hippique aujourd’hui. Une logomachie entre la MTC et le HRB est au centre d’un débat stérile en ce moment à savoir lequel des deux mérite le titre d’ “autorité hippique”. L’identité du porteur du titre ne devrait pas peser d’une telle importance si les deux structures comprenaient des personnes raisonnables.


● Les bookmakers :

Si le prix à payer par le MTC pour voir baisser les impôts sur l’industrie était un “Horse Racing Board breathing down its neck”, les bookies allaient aussi avoir leur contrepartie à payer pour cette baisse de taxe qui allait augmenter leur chiffre d’affaires et leurs bénéfices. Il n’est pas nécessaire d’être devin pour savoir qu’au départ le reste de l’industrie n’aurait pas été mortifié si le gouvernement décidait de ne plus renouveler le permis des bookmakers. L’argument, très valable dans ce sens, était que le “fixed odd bets” que pratiquent les bookmakers est le miel même qui attire toutes les fraudes et courses arrangées. En effet, quel que soit le sommet où grimpe la cote du cheval, (due à la magouille qui a eu lieu entre- temps), le punter qui a misé sur ce cheval au départ, en connaissance de cause du tripatouillage qu’il allait lui-même opérer, voit ses efforts pleinement récompensés. Le système du totalisator, en revanche, ne contient pas ce talon d’Achille. Ici, alors que la cote du cheval monte, le gain potentiel initial du punter descend, ce qui ne l’incite pas à jouer au deus ex machina.

Ce qui a fait que le gouvernement refuse de prendre cette voie, c’est non seulement le fait que ce serait empoisonner l’atmosphère intercommunautaire des courses encore un peu plus, ( les bookies étant essentiellement issus de la communauté chinoise), que de déclarer une guerre vouée à la défaite. Mettre les bookies au ban aurait été le meilleur moyen de les envoyer “underground” où les seigneurs de la mafia les attendent pour leur offrir une protection qui mettrait en danger les valeurs d’un Etat de droit. Il valait mieux un contrôle limité du bookie que pas de contrôle du tout ! Ces petites choses demandent une “policy decision” qui, dans ce cas, était impeccable.

“Nous avons aujourd’hui
un ‘Tote le Pep’ et un autre
qui, ne serait-ce qu’implicitement,
ne l’est pas, bien qu’il s’agisse d’une
compagnie cotée à la bourse de Port-Louis.”

Cependant, chaque bookmaker allait devoir se connecter en temps réel aux terminaux des autorités du Value Added Tax Department à travers un software très spécialisé dans ce domaine. Ce logiciel peut à tout moment déceler une soudaine aberration dans le déroulement normal des courses à travers le comportement des punters et mettre ainsi la puce à l’oreille des autorités qui rappliqueraient en temps réel, squad à l’appui, pour saisir le laptop et ses “tell tales”. Bien sûr il restera le crédit qui n’apparaît pas dans les livres mais, “the proof of the pudding is in the eating” : l’acharnement qu’ont mis certains à se battre contre l’introduction de cette technologie est une preuve amplement suffisante qu’elle ne les laisse pas aussi indifférent qu’on voudrait nous faire accroire. Après un appel à la Cour suprême pour la protection de leur droit constitutionnel à la magouille, le désespoir de certains devant une ère nouvelle de transparence les a poussés à prendre des risques énormes pour sectionner le câble, pourtant hautement protégé, qui allait transmettre ces données à la veille de la première journée des courses.

Il est nécessaire, à ce stade, de faire ressortir que le bookie a bon dos mais “it takes two to tango”. Sans les malfrats qui pullulent au Champ de Mars déguisés en honnêtes propriétaires d’écurie, d’entraîneurs intègres, de propriétaires de chevaux férus d’un sport de gentilhomme et de jockeys “professionnels”, la magouille qu’on met sur le dos du “fixed odd betting” n’aurait pas eu de cours.

Dans un pays ou on dépense une centaine de millions sur l’Icac, comment les avoirs de ces messieurs ne sont pas déclarés chaque année avec un suivi rigoureux au niveau local et international est une absurdité.

Après avoir longuement élaboré le système de transparence et de démocratisation au Mauritius Turf Club (MTC) et avoir explicité la méthode de travail des bookmakers, il s’agit de voir trois autres aspects se rapportant à l’industrie des courses hippiques.


● Le Tote et le “off course”

Il était un fait qu’Automatic Systems Limited (ASL), compagnie organisatrice du Tote, allait elle aussi avoir à faire des concessions pour mériter la baisse d’impôts que le gouvernement allait opérer pour donner un nouvel essor aux courses et permettre au Champ de Mars de regagner sa vitalité d’antan. Le Tote avait en fait énormément à gagner car, étant de nature totalement transparente dans sa méthodologie, le gouvernement allait s’en servir comme un des principaux leviers contre les paris illégaux.

En sus d’engranger plus de bénéfice on course au Champ de Mars avec la baisse des impôts, le Tote allait profiter directement de la décision du gouvernement de livrer la bataille chez les organisateurs de paris illégaux hors du Champ de Mars, à travers tout le pays. La décision était de permettre à ASL d’opérer au départ cinq succursales. Pour être strictement “fair”, le bookmaker enregistré et connecté à son software, allait lui aussi avoir le droit de travailler off course.

Le “pound of flesh” que le Tote allait payer pour cette manne que lui envoyait le gouvernement allait être en termes d’une participation de 25 % à 30 % de la State Investment Corporation au sein de Drapers, la holding company d’ASL.

Toute la démarche dépendait de l’évaluation des actions d’ASL sur laquelle serait basé le prix d’achat de la State Investment Corporation (SIC). Les autorités ont encouragé le président d’ASL et le managing director de la SIC à se rencontrer sur ce point. C’est l’échec de ce pan du puzzle qui vient aujourd’hui tourmenter ASL et semer la discorde entre le MTC et le gouvernement

Comme pour le reste de ce dossier, il était important que chaque spécialiste reste en charge de son secteur pour lequel il conserve la responsabilité finale. Ces secteurs étaient nombreux : fisc pour la comptabilité de l’effet de la baisse des impôts ; légal pour le texte du Horse Racing Board Bill ; informatique pour le software server ; administratif pour le rôle de la police des jeux, etc.

Ainsi, Seilendra Gookhool, patron de la SIC, a eu des échanges pendant près de deux ans avec Jean Hardy sur la valeur des actions d’ASL. Le jeune patron de la SIC craignait que le prix auquel le Tote voulait vendre ses actions ne tienne pas compte de l’apport que le gouvernement donnait à la compagnie à travers la détaxe et le off course betting. Les discussions prirent tant de temps qu’entre-temps, le Horse Racing Board (HRB) fut mis en place avec à sa tête Kris Lutchmeenaraidoo.

La SIC posa beaucoup de questions et reçut beaucoup de réponses sur la faible profitabilité d’ASL ainsi que sur la pratique de distribution de dividende trouvée un peu généreuse. La vétusté du système informatique d’ASL donnait aussi des anxiétés à la SIC ainsi que la relation contractuelle entre la Management Company Hardy Henry et la compagnie ASL.

Mais le deal breaker allait être l’évaluation des actions de Drapers. En juin 2004, il s’avéra que les deux parties ne pouvaient seules trouver une réponse à ce problème. Il fut donc décidé d’un commun accord entre les deux parties de faire appel à Kemp Chatteris Deloitte and Touche (KCDT) qui se pencherait sur un exercice d’évaluation après avoir conjointement rencontré ASL et SIC qui leur firent part de leurs points de vue respectifs. Dans l’esprit d’ASL, cet exercice de KCDT allait servir d’arbitrage auquel devraient se plier les deux parties.

Il est sans doute intéressant du point de vue historique de se rappeler que l’évaluation des actions de la Holding Company d’ASL par KCDT était de Rs 27 à un moment où son cours à la Bourse de Port-Louis était dans les alentours de Rs 32.

Mais cet aspect du dossier s’acheva sur une déception car la SIC ne fut pas satisfaite du prix avancé par KCDT qu’elle ne semblait pas du reste considérer comme un arbitre sur la question. ASL se défend que la SIC ne lui a pas fait de contre- propositions et a joué aux abonnés absents.

Quoi qu’il en soit, comme il n’était pas de notre habitude de forcer les responsables de ce niveau de poursuivre une stratégie qu’ils ne jugeaient pas optimale pour leur organisation, the deal fell through ! Le lecteur qui, à travers ce dossier, voudrait confirmer son a priori pour ou contre ASL sera certainement déçu car il n’y eut pas de méchant et de bon larron dans cette histoire. Il y eut seulement une belle occasion ratée.

Comme les autres aspects du dossier avaient, eux, progressé de façon satisfaisante, il ne pouvait être question de tout remettre en cause parce que les pourparlers entre la SIC et ASL n’aboutirent pas à l’association espérée entre ces deux organismes.

Est-ce que le gouvernement aurait dû bloquer les cinq off-course outlets d’ASL en vue de mettre de la pression pour faire baisser la valeur des actions de la compagnie bien que cela aurait pu entre- temps jouer en faveur des paris illégaux ? Est-ce que le gouvernement aurait dû forcer la main de la SIC ? Est-ce qu’en hindsight, le board d’ASL n’aurait pas préféré un prix de vente forfaitaire à la SIC plutôt que d’avoir aujourd’hui un concurrent directe qui fait infléchir sa valeur boursière ? Jean Hardy aurait-il dû faire plus de concessions sur l’organisation interne d’ASL ? Autant de questions qui appartiennent au domaine de la conjecture, donc essentiellement stérile.

Comme nous le disions, les autres aspects du dossier allaient bon train, le HRB avait déjà commencé à recruter


● La police des Jeux

Un évènement au Champ de Mars allait motiver les autorités à considérer la formation d’une police des Jeux incorruptible comme un élément incontournable du changement que nous voulions amener aux courses. Ce fait divers qui nous fut rapporté démontrait que la loi de la jungle avait vraiment pris racine au Champ de Mars.

Il y a quelques années de cela un cavalier français, grand favori d’une course qu’il ne pouvait perdre avait dû, à bout de moyens pour retenir son cheval, carrément enlever ses deux pieds de l’étrier avant de se projeter par terre et perdre la course. Quand le président du MTC raconta la chose au président de l’Organisation internationale des clubs hippiques, celui-ci répondit : “Si vous m’aviez demandé le nom du jockey français le plus propre, je vous aurais donné son nom.” La mafia avait tout simplement menacé la famille de ce jockey s’il gagnait la course !

Il fallait refermer l’étau sur les courses truquées et autres magouilles. Le software server sur lequel la State Informatics Limited conseillait le gouvernement allait être complémenté par une police des Jeux avec deux inspecteurs triés sur le volet. On réussit à obtenir deux hommes de grande intégrité, correctement motivé, pour imposer de la discipline au Champ de Mars.

Il y eut pas mal de barrières administratives à surmonter car il fallait que les membres de ce squad gardent leur statut de policiers avec “power of arrest”, soit sous l’autorité du Commissioner of Police, reçoivent une appréciation salariale qui ne provienne pas de la police, tout en se donnant totalement à l’industrie des courses. Nous eûmes l’apport et le conseil d’un officier de police de Western Australia spécialisé dans la matière qui visita le pays.

L’Etat de Western Australia nous servit en quelque sorte de modèle. La tache la plus ardue est, on doit le reconnaître, de faire le commissaire de police accepter qu’un de ses officiers soit rémunéré correctement car il craignait les précédents et les frictions que cela aurait pu créer. Mais inversement, envoyer un policier aussi droit fut-il parmi tant de filous alors qu’il a un salaire de Rs 15 000 n’était psychologiquement pas envisageable.

On y arriva jusqu’à ce que cette police des Jeux tomba sous la tutelle du surintendant Raddhoa avec les résultats qu’on connaît. Les dernières nouvelles veulent que cette branche lui a été enlevée à cause de sa très grande activité ailleurs. Il faudrait espérer que sa dignité d’antan y retourne et que les hommes intègres choisis au départ reviennent donner la confiance au public qui est aujourd’hui une commodité rare au Champ de Mars.


● La Terre Promise à Bagatelle

Un des aspects du Illovo deal était l’achat par l’État de 3 000 arpents à Bagatelle, près de Réduit, au prix agricole de Rs 125 000 l’arpent alors que ces terres valaient un million l’arpent. Le Champs de Mars était, au dire de tous, devenu trop exigu et dangereux pour contenir les activités hippiques.

Le MTC et le VPM avaient jeté leur dévolu sur une terre de Médine, pas loin de Bambous pour un futur hippodrome au cas où l’industrie relèverait la tête. C’est à ce moment que leur attention fut redirigée sur Bagatelle. Le principe accepté, l’emplacement exact des 130 arpents au sein des 3 000 arpents était crucial. Trop près de l’autoroute, l’hippodrome aurait englouti les terres les plus prisées. Trop près de Mon Désert Alma, la pluviométrie aurait été néfaste aux courses. De plus, un des voisins de l’hippodrome était ni plus ni moins le barrage de Bagatelle qui fournirait l’eau à tout Port-Louis. Il est un fait, par ailleurs, que la présence de l’hippodrome au centre du terrain de l’Etat aurait aussi apporté une valeur ajoutée à ces terres et à la région.

L’objectif global était que si tous les axes mentionnés en haut étaient couronnés de succès, l’industrie renouerait avec des finances florissantes qui lui permettraient d’offrir un magnifique hippodrome à Bagatelle aux turfistes mauriciens. Là, sur 130 arpents, la SIC, State Land Development Corporation et le MTC pourraient conjointement construire un hippodrome avec de longues lignes droites qui rendraient le pulling plus évident. On pourrait aussi y bâtir, comme ailleurs, des demeures pour séquestrer les jockeys “incommunicado” entre le jeudi où les programmes sont annoncés et le jour des courses.

L’ambition était de créer un réel centre équestre avec les caractéristiques principales et spécifications suivantes : piste de 1 500 mètres (Champ de Mars environ 1 300 m) ; tribunes pour accueillir 6 000 personnes ; piste d’entraînement sur 13 arpents ; un espace écurie pour 400 chevaux ; deux barns de quarantaine pour 48 chevaux ; une clinique vétérinaire pouvant accueillir 20 chevaux ; une spelling farm (40 chevaux) ; trois piscines ; un centre equitaid de thérapie pour enfants autrement capables ; un club hippique reflétant l’arc-en-ciel mauricien et pouvant accepter 70 chevaux pour le show jumping ; un apprentice academy ; un stud farm ; cinéma, magasin et, comme on l’a mentionné en haut, des appartements où les jockeys pourraient être en quarantaine sans aucun contact avec le monde extérieur pendant 48 heures avant les courses.

Ce rêve national peut encore être réalisé si le gouvernement et le MTC enterrent la hache de guerre plutôt que de se regarder en chiens de faïence. C’est en quelque sorte le rôle du HRB de faire ce pont car il n’est pas de son intérêt que l’atmosphère se détériore dans ce domaine.

Il ne reste qu’un petit commentaire anodin sur l’état actuel des relations humaines au Champ de Mars. Nous ne comprenons pas comment deux hommes intelligents comme Me Hiren Jankee, chairman du HRB et Me Clive Auffray, son directeur, s’offusquent que Jean-Michel Giraud ait qualifié de chantage le retard avec lequel le gouvernement a, à travers le HRB, donné son aval au calendrier de 2006, car c’est bel et bien un chantage.

Nous ne comprenons pas davantage comment Jean-Michel Giraud soit si offusqué devant ce chantage. L’octroi de la clause d’exclusivité que le MTC donna à ASL en fin d’année au lendemain de l’annonce d’un concurrent était un magistral pied de nez aux autorités et au principe de transparence et de démocratie. Il ne laissait aucun choix aux autorités. Malgré les relations amicales, dans de pareilles circonstances, nous l’aurions fait pareillement chanter !