JM et les chefs coutumiers de la République démocratique du Congo

15 September 1978

Les enseignants réclament un statut conforme à leurs responsabilités


Mme Monique Orian, Mme Patricia Hookoomsing et M. Lewis Mangar.


L'EXPRESS inaugure aujourd'hui une méthode d'interview qui consiste à permettre à ses lecteurs de prendre une part active dans le déroulement d'un débat qui les concerne. Pour ce premier essai, cette méthode a déjà reçu la pleine participation du public. Elle vise à établir un éventail de questions qui reflète celles que se posent les Mauriciens à propos des problèmes qui les assiègent. Il va de soi, cependant, qu'un tri des questions est nécessaire et que la représentativité des questions choisies dépend finalement du nombre de participants.
 
En ce qui concerne l'interview d'aujourd'hui, la question centrale qui découle du débat semble être le droit de certaines catégories de travailleurs à l'action syndicale. Suite à la réaction qui a suivi l'arrêt de travail des professeurs des écoles confessionnelles, Mme Orian, présidente du Secondary and Preparatory Schools Union, aborde ici les questions qui lui sont posées avec autant de conviction que de fermeté.

Pour Mme Orian, il est inadmissible de reléguer les professeurs dans une seconde zone économique compte tenu du rôle que jouent les membres de cette profession dans la société. La présidente de la SPSTU estime que le statut social du professeur dépend beaucoup de l'égard qu'il reçoit de la société, d'où l'importance du facteur économique de sa juste rémunération. L'image du professeur intellectuel qui ignore tout de la vie pratique a causé un tort immense aux membres de cette profession. C'est ce que le comité exécutif de la SPSTU se propose de changer, a expliqué Mme Orian, aux lecteurs de L'Express. 

Mme Patricia Hookoomsing et M. Lewis Mangar, membre et vice-président du comité exécutif respectivement, accompagnent ici Mme Orian dans ce face à face.

Propos recueillis par
Jean-Mée DESVEAUX
L’express du 15 septembre 1978

Q. (M. A.B. Hosanee): Avez-vous réalisé que la demande que vous avez faite à vos membres de cesser de travailler, était illégal étant donné que vous n'avez jamais officiellement et dans les délais prévus par la loi déclaré litige aux autorités concernées?

R. Mme Monique Orian (présidente S.P.S.T.U.). Il est nécessaire de réaliser que le comité exécutif n'est pas là pour dicter des décisions à ses membres. Un tel comité se doit par définition de refléter l'opinion des membres et de mettre leurs décisions en pratique. Nous sommes tous des enseignants qui avons décidé de nous mettre au service de nos collègues pour atteindre certains objectifs que la profession s'est fixée. La décision finale émane des membres eux-mêmes et dans aucun cas il n'a été question de prendre des décisions indépendamment d'eux.

M. Lewis Mangar (vice-président) : Je dois faire ressortir le fait que la S.P.S.T.U est un syndicat apolitique et que nous comptons garder ce caractère. Cela devrait démontrer que les décisions que nous prenons ne sont jamais basés sur des motifs personnels mais que nous recherchons uniquement le bien-être de nos membres.
Il est, par ailleurs, incorrect de dire que nous avons demandé à nos membres de cesser de travailler. Nous les avons seulement mis au courant de la situation à la rentrée et leur réaction a été absolument spontanée. Ce sont eux qui, devant la situation qui prévalait alors, ont pris la décision de ne pas reprendre le travail. Sur la question de la légalité de notre action, il est nécessaire de souligner que ce n'est pas une grève que nous avons faite mais seulement une cessation de travail qui est tout à fait conforme à la loi dans la situation de non-paiement dans laquelle nous nous sommes trouvés le 1er septembre.

Q. (M, A.B. Hosanee): Est-ce vrai que votre assemblée générale du mardi 5 septembre n'avait pas recueilli à 10h, (l'heure prévue pour le début de la réunion) le quorum nécessaire et qu'il fallait faire appel à certains enseignants afin d'avoir le nombre requis?

R. (Mme Orian): Une assemblée générale extraordinaire ne nécessite pas un quorum. Quant à avoir été obligés à faire appel à nos membres, nous avons, la veille, publié des communiqués dans la presse comme cela se fait dans ces cas-là. Du reste, la quasi-totalité de nos membres étaient là comme l'a démontré la photo de L'Express.

Q. (M, A.B. Hosanee): Après les laborieuses négociations avec le ministère de l'Education et en présence de la PSSA pendant le week-end ( 2 / 3 septembre), certaines garanties vous étaient données. Mais en dépit de ces garanties, à l'assemblée générale du mardi 5 septembre, vos membres ont voté pour la cessation illimitée du travail. Peut-on conclure que l'attitude de vos membres était tout à fait irresponsable ou que vous-même n'exercez aucune influence sur eux?

R. (Mme Orian): Lorsque nous avons quitté le ministère de l'Education, samedi, on nous a laissé entendre que les choses allaient bouger. Le ministère avait même déclaré, à la télévision, le samedi soir, que les discussions étaient en bonne voie et que nous pouvions arriver à un accord dès le lendemain, ce qui nous aurait permis de retirer les litiges concernés qui avaient été soumis au Tribunal d'Arbitrage.

Mais, le dimanche arrivé, seuls des points mineurs furent résolus alors que les issues les plus importantes, telle la pension, n'avaient pas été résolues. C'est dans une telle situation que l'assemblée générale extraordinaire fut convoquée afin de mettre nos membres en présence des données du problème. Je conteste absolument cette imputation d'irresponsabilité! Je voudrais savoir si les membres du public se sont informés de toutes les données de la situation avant d'apporter de tels jugements. Les problèmes et les difficultés des professeurs ne sont pas connus par le public. Les professeurs sont "taken for granted". Il y a un simple fait que je voudrais présenter à la réflexion du public. Est-ce qu'il sait qu'un professeur qui a trente ou quarante années de service chez nous, n'est pas supposé toucher un sou en guise de pension? Est-ce un signe d'irresponsabilité de la part de l'exécutif que de se préoccuper du sort de ces professeurs?
Le public est généralement sous l'impression que seuls les enseignants sont en cause dans cette situation. Mais il y a plusieurs parties concernées et toutes ont le devoir de résoudre le problème avant qu'il n'aboutisse à la crise.

Mme Patricia Hookoomsing (membre de l'exécutif du S.P.S.T.U.): Il manque une politique à long terme au niveau du ministère de l'Education. C'est seulement quand ils sont au pied du mur que ses dirigeants réagissent. Toutes les mesures prises sont des solutions d'urgence. La rapidité avec laquelle certains des problèmes ont été réglés mardi soir, fait ressortir par contraste la lenteur administrative qui prévaut en général dans ce domaine.

Le rapport Glover pourtant fait ressortir qu'il y a trop de parties concernées dans l'administration de l'éducation et que leurs responsabilités et leurs fonctions ne sont pas bien définies.

M. Lewis Mangar : La série de problèmes auxquels nous avons eus à faire face récemment, n'est qu'un aperçu d'un état de choses qui a toujours existé. Les professeurs de nos collèges subventionnés recevaient 60% de leurs salaires du gouvernement et les chèques arrivaient toujours en retard. Il nous est déjà arrivé d'être payés le 6 du mois parce que des dossiers avaient été égarés lors d'un déménagement de la section financière du ministère. Ce qui vient de se passer est donc le résultat d'une longue frustration. Il est du reste admis par les autorités concernées elles- mêmes que le mécanisme de paiement entre le ministère des Finances et la PSSA est à blâmer.

Mme P. Hookocmsing : Il est normal que notre patience soit à bout car nous avons vraiment essayé toutes les procédures possibles pour éviter la crise. Ce n'est pas nous qui avons voulu cette situation; on nous y a forcés. Voyez-vous-même les accusations sans fondement dont on nous accable.
S'il n'y avait pas eu un accord entre le gouvernement et le FSN, il y aurait certainement eu une grève. Là, tout le monde y aurait pris part et cela n'aurait pas été considéré comme un acte irresponsable.

Mme Orian : En ce qui concerne la compensation salariale, c'est surtout une question de principe. Il a été établi que toutes les compensations seraient automatiquement payées aux enseignants. Nous refusons d'avoir, à chaque fois, à entreprendre des démarches pour obtenir ce qui nous est dû.

Q. (Un cadre célibataire) : Croyez-vous vraiment que si vos revendications syndicales sont acceptées, le niveau de l’éducation s'améliorera ou serait-ce plutôt votre seul niveau de vie personnelle qui le sera?

R. Mme Orian : La question n'est pas là. Ce que nous voulons, c'est que notre statut et nos conditions de service soient en accord avec les fonctions que nous remplissons. Les événements de ces derniers jours et la réaction qu'ils ont soulevée dans le public, font ressortir davantage l'ambiguïté de la position de l'enseignant dans la société. D'une part, la société impose aux enseignants des exigences considérables et elle met constamment l'accent sur la noblesse de leurs rôles. D'autre part, ces mêmes enseignants sont relégués en seconde zone. 

Il est possible que les professeurs qui sont des intellectuels, se soient, dans le passé, retranchés dans des considérations abstraites en négligeant le côté pragmatique de la vie. Nous sommes, pour notre part, bien plus réalistes. Ici encore, c'est une question de principe. Nous ne pouvons accepter que notre statut social ne soit pas conforme avec la valeur capitale du rôle que nous jouons dans la société. Tout doit être mis en oeuvre en vue de réaliser un changement dans l'esprit du public et de les conduire à une autre considération de notre profession.

Mme Hookoomsing : Le problème du niveau de l'enseignement ne dépend pas seulement des professeurs. Nous ne faisons qu'exécuter, en quelque sorte, les décisions des autorités nationales. On se demande dans la situation actuelle, si les choses n'ont pas été faites un peu hâtivement dans le domaine éducatif. Le public critique le professeur parce qu'il est une cible facile alors que c'est ailleurs qu'il faudrait trouver la cause du problème.

Mr Lewis Mangar : Que nos revendications soient acceptées ou non, le niveau de l'éducation que nous donnons est déjà très haut. Le résultat des examens le prouve et les rapports concernant le système éducatif à Maurice ne cessent d'en parler. Nous faisons donc déjà du travail nettement supérieur à la rémunération ou même quelquefois au respect que nous recevons. 

Nos demandes n'ont rien d'extraordinaire dans la mesure où nous cherchons seulement la parité avec les collèges d'Etat. Le ministère ne cesse de réitérer son désir d'uniformisation et ce que nous réclamons est conforme à ce principe. Est-ce que les parents réalisent qu'il en va de leurs intérêts que les bons professeurs restent dans la profession? La motivation matérielle n'est pas la seule chose qui existe bien sûr mais elle ne doit pas être ignorée car une des lois économiques fondamentales qui régissent notre société, est celle du supply and demand. Si d'autres secteurs de l'économie peuvent mieux satisfaire les besoins de nos professeurs, il est utopique de demander à ceux-ci de se sacrifier ainsi que leurs familles à une consécration qui veut ignorer la réalité des contingences matérielles.

Q. (Gian Aubeeluck): Ne pensez-vous pas qu'en déclarant la grève au début du 3e trimestre, vous avez joué avec l'avenir des élèves, surtout ceux dont les parents ne peuvent se permettre le luxe des leçons particulières?

R. (Mme Orian): L'avenir des élèves ne se prépare pas en deux mois avant les examens. Cette préparation est échelonnée sur plusieurs années comme c'est évidemment le cas pour les Forms V et VI.
Par ailleurs, nous vivons dans une société démocratique où toutes les sections de la population ont la faculté d'exercer leur droit. Il est donc une bonne chose que les élèves réalisent que leurs professeurs ne sont pas des rouages dans une machine mais qu'ils peuvent eux aussi exprimer leurs doléances. C'est, si vous voulez, une leçon de civisme. Il est vrai que nous nous trouvons dans une situation exceptionelle dans la mesure où nous avons affaire à des enfants. Nous avons pris en considération ce facteur humain puisque nous avons demandé à nos membres du secteur primaire de ne pas se joindre à nous dans notre arrêt de travail.

Cette question repose essentiellement sur le droit de grève. Le public pense que les professeurs ne devrait pas avoir recours à des actions syndicales. Ceci est une conception erronée. Il ne peut y avoir de "double standard'' ici. Soit le principe d'action syndicale est accepté par tout le monde ou bien il n'est pas acceptable pour qui que ce soit. Si l'action syndicale reste la prérogative de certains seulement, il y a visiblement une situation d'injustice.

Q. (Un parent concerné) : Beaucoup de parents d'élèves qui ont perdu deux jours de scolarité ont exprimé leur désapprobation à l'attitude adoptée par votre syndicat. Avez-vous essayé d'expliquer aux parents votre prise de position avant de cesser le travail?

R. (Mme Orian): C'est qu'il s'agissait justement d'une réaction spontanée. Le facteur temps est donc entré en jeu. Vu que la décision a été prise le matin même de la rentrée, il nous était impossible de faire le travail d'information qui aurait été fait en d'autres circonstances. Nous sommes soucieux d'informer les parents dans ces cas-là; la preuve c'est que malgré les difficultés auxquelles nous avons eues à faire face, nous avons quand même mis deux associations de parents de nos collèges au courant de la situation.

M. Lewis Mangar: Il est d'ailleurs évident que le nombre de parties en cause ralentit le processus d'information.

Q. Ne pensez-vous pas que votre action irréfléchie prise le jour de la rentrée sans prévenir les parents, les élèves et vos membres, dont la majeure partie ne comprenait pas ce qui se passait, a porté un rude coup à votre profession et au bon renom des écoles que vous desservez?

R.(Mme Orian): Nous nous demandons à quoi est dû ce bon renom si ce n'est pas aux professeurs qui y ont travaillé depuis des années. C'est justement dans la mesure où nous sommes conscients de la valeur de notre profession que nous ne pouvons accepter d'être bafoués. C'est pourquoi nous nous érigeons contre ce refus du droit à l'expression de nos revendications et du droit d'agir en citoyen libre de cette société.

Q. N'est-il pas exact de dire que la majeure partie des professeurs donnent des leçons particulières qui ne sont pas déclarées à la taxe? De plus acceptez-vous que nombreux sont les professeurs pour qui l'emploi stable au collège n'est qu'un moyen de recruter des élèves pour des leçons privées?

R. (Mme P. Hookoomsing): Le problème des leçons particulières existe mais ce ne sont pas les professeurs seulement qui en sont responsables. Le système éducatif à Maurice est extrêmement compétitif. Dans un système où un demi-point peut changer l'avenir d'un enfant de onze ans, on comprend le désir des leçons privées de la part des parents.

M. Lewis Mangar: Notre syndicat a déjà pris un "stand" sur cette question. En tant que système, nous sommes contre mais il faut prendre le problème dans un contexte plus large.

Mme Orian: Ceci revient à dire que ce sont les mêmes conditions de service que nous essayons d'améliorer qui ont entraîné les leçons particulières à outrance.

14 September 1978

Altruisme et gestion au service de l’humanité


Le Dr Marius Barnard, à qui l'ile Maurice doit tant, avec un petit malade.

Il est futile de présenter la ''Society for Aid to Children’’ (SACIM) aux Mauriciens. On sait que cette société a jusqu’ici permis à plus de 172 enfants atteints de diverses affections et qui étaient inopérables à Maurice de vivre une vie plus normale en leur donnant les moyens de subir une intervention chirurgicale outre-mer.
Mais ce dont le public est généralement moins au courant, ce sont les difficultés auxquelles une telle organisation doit faire face, difficultés qui ne sont pas toujours d’ordre financier.
La doctoresse Julia Maigrot, présidente de cette association, raconte ici à l’express les soucis et les problèmes que posent la sélection des patients ainsi que la situation de dépendance dans laquelle se trouve la SACIM vis-à-vis du nombre restreint de centres hospitaliers qui ont accueilli ses petits malades.
Parmi les autres sujets abordés durant cette interview, il sera question de la possibilité de l’aide aux malades adultes inopérables à Maurice. La perspective d’inviter des experts étrangers chez nous en vue de pratiquer ici même les interventions chirurgicales qui ont jusqu’ici nécessité le déplacement des patients et, bien sûr, l’effort qu’un tel changement impliquerait sur le plan médical à Maurice.

Propos recueillis par
Jean-Mée DESVEAUX
L’Express du 14 septembre 1978

Q : Docteur Julia Maigrot, il y a en ce moment énormément d'événements affectant le sort de ceux qui sont inopérables à Maurice. Pour ne mentionner qu'une chose, vous allez inaugurer prochainement le nouvel électro cardiographe de la SACIM. Pouvez-vous nous en parler?

R: En effet, la générosité des Mauriciens nous a permis d'acheter notre électrocardiographe qui a coûté Rs 172 000 et qui va être mis en usage très prochainement. Le principal impact de cette innovation sera évidemment sur le plan de l'amélioration du diagnostic. Il y a pas mal de cas où nos petits patients souffrent d'une condition inopérable. Dans ces cas-là, c'est un gaspillage de ressources que d'envoyer un tel patient à l'extérieur pour être soigné car il prendrait inutilement la place d'un autre qui, lui, a des chances de profiter d'une intervention chirurgicale. Si nous comptons des dépenses de l'ordre de Rs 5000 par enfant, cette machine nous permettra une économie considérable dans ce sens-là.

L'électro cardiographe pourra aussi permettre d'identifier les bébés qui souffrent de la maladie bleue. Cette identification permettra d'établir la possibilité de pratiquer une intervention chirurgicale assez simple. Elle consiste à passer une sonde par un vaisseau sanguin — opération qui peut être faite à Maurice en vue d'améliorer la condition du bébé jusqu'à ce qu'il soit assez grand pour pouvoir supporter une réelle opération. Cela permettra donc de gagner du temps.

Q : Une partie essentielle du travail semble donc résider dans la sélection des sujets à être envoyés à l'extérieur pour être opérés.

R: C'est exact, car il faut se rappeler qu'une seule opération peut coûter jusqu'à Rs 20000 alors que nos patients à l'étranger ne payent que Rs120 par jour. C'est un très gros fardeau sur les institutions étrangères qui nous aident et il faut donc absolument faire un travail de sélection scientifique à notre niveau, ici-même.

Il va de soi que ce travail de sélection, tout en aidant nos confrères à l’étranger, comporte énormément de responsabilités pour le médecin qui doit décider s'il est valable qu'un patient parte ou non. Les médecins sont reconnaissants de l'opinion d'un confrère dans ces cas-là, car le degré de certitude est évidemment une source d'angoisse. Sous ce même chapitre, il faudrait viser à alléger la dépendance dans laquelle nous nous trouvons vis-à-vis d'un ou de deux centres. Nous dépendons beaucoup, en ce moment, de l'Afrique du Sud et plus particulièrement de la Groot Schuur Hospital de Cape Town où travaille le Dr Marius Barnard, qui a opéré le plus grand nombre de Mauriciens en Afrique du Sud. Ce serait une bonne chose d'arrêter cette dépendance en s'adressant aussi à d'autres pays pour prendre en charge certains de nos malades.

Q : Vous pensez donc que la situation présente peut laisser passer certains abus?

R :Toutes les situations où la demande dépasse l'offre peut en effet créer des abus. Pour prendre un exemple, la South African Airways va prochainement accepter de réduire les frais de voyage des patients qui appartiennent à la couche économiquement faible. Il est donc impérieux qu'une enquête sociale soit faite en vue de s'assurer que ceux qui profitent de cette mesure sont vraiment nécessiteux.

II y a aussi l'hébergement de nos patients à l'extérieur qui pose un très difficile problème. En ce moment, la presque totalité de nos compatriotes à Johannesburg sont hébergés et aidés par M. Hassan Khan, que nous attendons du reste prochainement à Maurice. Ce saint homme se dévoue, malgré des problèmes énormes de transport et de logement, pour rendre le séjour des patients mauriciens à Johannesburg plus supportable. On ne peut abuser de cette hospitalité et si les Mauriciens continuent à se faire opérer en Afrique du Sud, il faudrait sérieusement songer à construire un centre d'accueil sur place.

En dernier lieu, et cela se rapporte encore à la question de sélection, beaucoup de cas ont été référés ailleurs alors qu'il existait en fait des moyens de faire l'intervention chirurgicale à Maurice. Il y a deux conditions cardiaques congénitales qui sont opérables à Maurice. Il existe aussi les conditions rhumatismales où il s'agit seulement d'élargir une valve. Cette opération peut être parfaitement bien pratiquée localement et pourtant il y a eu des patients souffrant de ces conditions qui ont été traités à l'extérieur.

Q : L'aide qui est donnée aux enfants inopérables à Maurice ne serait-elle pas mieux placée si on essayait, à l'avenir, de prévenir les maladies qui le sont ou d'enrayer leurs conséquences plutôt que de les guérir? La prévention de certaines conditions cardiaques est possible, n'est-ce pas?

R: Certaines le sont et d'autres pas. Beaucoup de ces cas sont congénitaux et ne permettent donc pas vraiment la prévention. Il y a, bien sûr, les cas congénitaux associés à la rubéole où une vaccination de la future mère à l'âge de 14 ou 15 ans peut être un facteur déterminant. Mais cela ne doit présenter que 5% des cas qui nous sont référés. Ce faible pourcentage ne justifie pas une campagne nationale de vaccination surtout si on tient compte que nous n'avons même pas  encore de vaccin contre la rougeole, qui est une maladie plus répandue et qui cause pas mal de mortalités.

Parmi les conditions où la prévention est possible se trouve le rhumatisme du coeur, qui est en général associé à un niveau de vie très bas: pauvreté, surpopulation et tout ce qui s'ensuit. Ces facteurs sont reconnus comme ayant une relation de cause à effet avec la suite cardiaque d'une fièvre rhumatismale.

Un enfant qui a souffert d'une telle affection a évidemment le coeur très abîmé et des soins immédiats sont de rigueur. Mais on voit trop souvent, hélas, des enfants souffrant de fièvre rhumatismale qui sont référés aux spécialistes bien trop tard pour qu'ils puissent être aidés. Quand on réussit à prendre l'enfant à temps, on pratique une piqûre de pénicilline à effet prolongé toutes les trois semaines en vue d'éviter une seconde crise qui abîmerait le cœur davantage. Un examen diagnostique est pratiqué dans ce but dans tous les hôpitaux de l'île.

Q: Vous parlez beaucoup des enfants qui souffrent de conditions cardiaques et cela est naturel, car vous faites partie de la SACIM, mais n'y a-t-il pas des adultes inopérables à Maurice qui n'ont pas les moyens de se faire traiter à l'extérieur. Que fait-on pour ces adultes?

R: Ces adultes existent et, en ce moment même, il y a trois organisations qui prennent beaucoup d'essor et dont le but est d'aider cette catégorie de patients. Ceux-là sont: The Giants, TOPO (Treatment Of Patients Overseas) et la Capetonians Benevolent Society, ce dernier comprenant essentiellement des Mauriciens qui ont été opérés à Capetown et qui sont maintenant motivés à aider d'autres patients.

Si j'ai un espoir à formuler, et je parle ici strictement en mon nom personnel, je voudrais voir ces trois associations se grouper en une seule en vue de faire face aux nombreux problèmes que l'avenir nous réserve.

Q : Quelle est la raison de votre pessimisme?

R: Savez-vous que certains des hôpitaux qui reçoivent nos concitoyens nous ont fait savoir que la liste d'attente est telle qu'ils ne pourraient recevoir d'autres Mauriciens adultes pour un an ou deux. Les organisations d'adultes dont nous parlions tout à l'heure n'auront donc pas uniquement pour tâche de trouver l'argent nécessaire aux voyages; il leur faudra aussi entreprendre une correspondance en vue de trouver des possibilités d'accueil ailleurs. Il leur faudra, tout comme le fait SACIM, sélectionner les patients selon l'urgence et selon le pronostic de l'opération, comme nous avons déjà vu.

Il est aussi à noter dans ce domaine que nous attendons très prochainement à Maurice la visite de réels  "VIP's du coeur". Il s'agit du docteur Marius Barnard, à qui l'île Maurice doit tant et du professeur  John Wright de l'Université  de Sydney, qui est un spécialiste de la chirurgie cardio-thoracique. Le professeur Wright se propose, durant son court séjour ici, d'examiner les patients, enfants et adultes, qui lui seront référés par leurs propres médecins. En dernier lieu, nous attendons le docteur Elton Goldblatt, cardiologue pédiatrique dont le court séjour coïncidera avec le début de l'usage de notre électrocardiographe.

Il est certain que la rencontre de ces éminents spécialistes et des associations d'adultes inopérables à Maurice sera extrêmement fructueuse.

Q: On a sérieusement considéré récemment la possibilité de solliciter l'aide du docteur M. Barnard en vue de pratiquer de telles interventions chirurgicales à Maurice. Où en sont ces projets?

R:Les trois dernières lettres que j'ai reçues du Dr. Barnard en parlent justement. Il tient à savoir ce que la profession à Maurice en pense. Il est même disposé à apporter son équipement complet à Maurice. Ceci est d'extrême importance, car les opérations de ce genre se font à coeur ouvert. Le coeur est arrêté et la circulation se fait à l'aide du "heart-lung machine". Il y a beaucoup d'investigations qui doivent cependant être faites au préalable. Si on opère, par exemple, une douzaine de malades en 15 jours, cela nécessite un intensive care ward post-opératoire hautement spécialisé. Il faudrait un travail des plus intenses au niveau du laboratoire de sang ainsi que l'aide du public, car c'est presque une rivière de sang qu'il faut dans ces cas-là.

Q : Pourriez-vous finalement nous parler du ‘follow-up’ qui est entrepris par la SACIM pour suivre le progrès des enfants qui ont subi des opérations du coeur à l'extérieur?

R: C'est un travail que nous commençons tout juste d'entreprendre. Nous dépendons totalement ici des parents et des médecins traitants. Nous venons d'organiser une société de personnes prêtes à nous aider qui prendrait chacune la charge de deux enfants. Ce travail social comprendrait la visite rendue aux enfants au sein de leurs familles en vue de nous fournir les données nécessaires pour notre travail. Nous avons besoin de beaucoup d'aide et je fais un appel à toutes celles qui voudraient aider de contacter Mme Ng Wong Hing ou Mme Jean-Claude Maingard, au centre de la SACIM.

13 September 1978

Louanges et critiques de nos ‘’cousins’’ bretons

Nos ''cousins'' bretons du Conseil général du Finistère, à leur arrivée à Plaisance.


MAURICE a été l'hôte, au début de la semaine dernière, d'une délégation de Français du Conseil général du Finistère, département breton. Nos visiteurs qui, d'après leurs dires, ont énormément en commun avec notre île, donnent ici à L'Express leurs impressions après avoir passé 24 heures dans le pays.

Deux choses sont à noter : Cette conversation à bâtons rompus s'est déroulée avec plus d'une quarantaine de participants d'où le caractère un peu décousu du dialogue. Si les premières impressions ne sont pas toujours les meilleures, il est quand même étonnant de constater l'acuité des opinions que nos visiteurs ont émises sur le contexte mauricien après leur très court séjour chez nous.

Propos recueillis par
Jean-Mée DESVEAUX
L’express du 13 septembre 1978

Q: Messieurs, vous êtes en visite chez nous depuis vingt-quatre heures et vous repartez demain. Vous êtes tous membres du Conseil général du Finistère. Pourriez-vous nous expliquer la nature de ce corps et établir la relation, si elle existe, entre votre appartenance au Conseil général et votre visite à Maurice?

M. Stéphan (vice-président du Conseil et organisateur du groupe): Le Conseil général du Finistère est une assemblée départementale élue au suffrage universel au niveau des cantons français. Notre rôle est de travailler de concert avec le préfet, de voter le budget départemental. Nous sommes donc essentiellement des administrateurs élus par le peuple pour gérer le département.

Notre visite n'a aucun caractère officiel. Nous sommes ici pour la détente. Nous visitons chaque année un département français et, cette année-ci, c'est la Réunion qui a été choisie. Nous avons donc pensé qu'il serait de mise que nous rendions une petite visite à nos cousins mauriciens par la même occasion, car l'île Maurice est un pays auquel nous sommes très attachés.

M. Guermeur (député et président du comité de la Mer au Finistère): Notre visite a aussi bien sûr, un caractère touristique mais ce n'est pas le seul intérêt qui nous pousse à venir ici. Notre département du Finistère (Fin de la terre) a beaucoup de choses en commun avec votre île. Nous avons une population approximativement égale à la vôtre et nous sommes un département maritime. Il nous est donc intéressant de voir comment les Mauriciens résolvent leurs problèmes surtout en ce qu'il s'agit de tirer profit des ressources de la mer. Personnellement, je serais intéressé à contacter les responsables de la pêche ici, en vue de discuter d'une coopération franco-mauricienne possible, en vue d'exploiter les bancs entre les Seychelles et Maurice. Une coopération dans ce domaine ne peut être que très profitable pour nos pays respectifs. 

M. Le Blé (Maire de Brest): Il est aussi particulièrement intéressant de constater comment vous avez organisé votre tourisme à partir de richesses naturelles et de la mer. C'est une prouesse que nous voudrions bien imiter.

Q: Puisque nous sommes sur ce chapitre et que cette industrie est une activité commune que votre département partage avec notre île que pensez-vous de notre tourisme?

Dr Benard (Président du comité de l'Administration générale) : Le tourisme jouit d'un rôle privilégié dans votre économie. Chez nous, il se situe après l'élevage et la pêche. Remarquez que nous ne pourrions pas faire autrement, car nous ne bénéficions pas du climat favorable que vous avez tout le long de l'année. La saison touristique au Finistère ne dure malheureusement que deux mois et demi et ce facteur ne nous permet pas d'être compétitif dans ce domaine.

M. Goasduf (Député et vice-président du conseil): Vous avez accompli un effort considérable et vous avez réalisé des possibilités d'accueil qui sont très au-delà de ce que nous pouvons nous-mêmes offrir au Finistère. Vos constructions modernes sont susceptibles d'attirer un grand nombre de touristes. Cela provient du fait que le tourisme est une ressource capitale pour l'île Maurice.

M. Fichoux (Président du comité d'Agriculture): Le tourisme au Finistère a un caractère très différent de celui que vous offrez à l'île Maurice. Il y a, en France, une loi qui empêche d'aménager le littoral. Nous n'avons plus le droit de toucher à quoi que ce soit sur le bord de la mer. Cette loi de la conservation du littoral découle des excès qui ont été commis en France, en Côte d'Azur plus particulièrement, où on a érigé des blocs de béton un peu partout au bord de la mer. Le midi de la France en a beaucoup souffert. Nous nous efforçons maintenant de mettre en valeur les habitats déjà existants. Nous avons un peu quitté le littoral où la plupart des habitations existantes sont du reste les maisons de campagne des Parisiens, pour l'intérieur du pays. Nous réaménageons donc des gites ruraux qui sont, en ce moment, au nombre de 900 au Finistère et dont le coefficient de remplissage est de plusieurs mois.

Q: Pensez-vous qu'il faille intervenir dans ce sens à Maurice avant qu'il ne soit trop tard pour notre côte?

M. Fichoux : On aurait tort, car ce qui est fait ici est très bien fait. Les hôtels mauriciens s'intègrent à merveille dans le cadre de l’île. Le tout est aménagé comme un petit village.

M. Le Calvez (Maire de Fouesnant et Président du Comité de Travail ) : Ce qui me frappe le plus dans ce domaine chez vous, c'est que le tourisme social est très peu développé. Vous n'avez aucun terrain de camping ou de villages de vacances spécialement aménagés qui seraient à même d'accueillir les touristes qui ne peuvent pas se payer vos grands hôtels. En France, nous avons le Club Méditerranée qui est plus accessible à ce genre de touristes. Il est clair, qu'en ce moment, vu le coût du voyage, vous ne pouvez compter que sur des touristes aisés qui ont, de toute façon, un budget de vacances important. Mais il faut se rappeler que la ligne Los Angeles-Paris retour est de $120. Le coût de la ligne aérienne qui vous relie aux grands pays peut très bien tomber dans un  proche avenir et si, à ce moment-là, vous n'avez pas l'hôtellerie d'accueil nécessaire, c'est vous qui perdrez.

Q: Avez-vous eu l'impression de pénétrer dans un pays du tiers-monde en mettant les pieds sur le sol mauricien?

M. Le Blé (Maire de Brest) : Oui. Il est indéniable que les maisons en tôle ondulée et les chaumières que nous avons vues sur le chemin de l'aéroport ressemblent à celles qu'on trouve en Afrique noire. On a aussi trouvé que pour un pays qui a longtemps été sous l'administration des Anglais, la propreté du pays laisse beaucoup à désirer. Cela est d'autant plus étrange qu'on a l'impression qu'il faudrait peu de choses pour remédier à cette situation.

M. Stephan: L'impression générale qu'on a, au départ, c'est que beaucoup de vos habitats ne sont pas très confortables. Nous n'y sommes pas entrés, bien sûr; mais chacun peut tirer ses conclusions de l'extérieur. Cette pauvreté est encore plus frappante quand on se retrouve ensuite dans vos hôtels qui, eux, ont un standard international. Je suppose que dans un pays qui est aussi vulnérable aux cyclones, il n'est pas possible de bâtir d'autres genres de maisons.

M. Bleas (Reporter au Telegramme): Votre paysage est très beau, mais certains logements sont au niveau du misérabilisme des bidonvilles. On nous a laissé entendre que certains Mauriciens n'attribuaient pas beaucoup d'importance au logement en tant que tel, mais notre réaction a été qu'il faudrait aller le demander à ceux qui y vivent.
C'est la proximité qui existe entre les somptueux hôtels et cette misère qui choque le touriste. Celui-ci s'attable devant des mets succulents tandis qu'à côté, c'est le petit réchaud qui chauffe on ne sait quoi.

M. Le Borgne (Vétérinaire): Ce qui m'affole c'est l'état d'infection qui existe ici. Les décharges ne sont pas contrôlées et sont donc des vecteurs de maladies possibles. Il est physiquement choquant de voir cela. Il est étonnant que les Anglais aient pu permettre cet état de choses quand, chez eux, ils iraient jusqu'à emprisonner un homme pour avoir importé un chat illégalement. 

N'avez-vous pas l'impression que l'Angleterre vous a laissé tomber après votre indépendance? N'aurait-elle pas pu faire quelque chose en vue d'aider les couches sociales les plus défavorisées ?

Un déjeuner a été organisé pour les conseillers généraux à l'Arc-en-Ciel.

Q : C'est probable mais pensez-vous que la France ait agi autrement en Afrique noire à l'accession de ses colonies à l'indépendance?

M. Le Borgne: (Hésitations). Je pense bien que oui. (Désapprobation des autres conseillers).

M. Fichoux: Il y a une chose que je ne peux pas comprendre. Comment se fait-il qu'avec le climat dont vous jouissez votre cheptel soit aussi maigre? Vous avez beaucoup d'humidité et tout semble se prêter à l'élevage ici. Et pourtant, il paraît que vous sortez beaucoup de devises pour l'importation de la viande d'Australie et d'ailleurs. Ces dépenses pourraient être évitées et les effets d'un tel changement seraient ressentis jusqu'au niveau du budget familial. Il est clair que si nous avions un tel climat, nous ferions des merveilles.

M. Arzel: Au niveau de l'agriculture, vous êtes encore loin de la mécanisation. Je devine qu'il doit y avoir des raisons sociales pour expliquer cet état de choses, mais on ne peut pas arrêter le progrès; que ce soit demain ou après, il vous faudra un jour mécaniser votre agriculture.

M. Crenn (député): Sous le chapitre de l'agriculture, l'impression bien nette que nous avons après seulement 24 heures chez vous, c'est que vous mettez tous les oeufs dans le même panier. Cela est trop dangereux, il faudrait absolument diversifier votre agriculture.

Q : Vous avez mentionné, au début, les affinités qui existent entre votre département et l’île Maurice. Il existe aussi un problème culturel que nous partageons peut-être. Nous avons nommément une culture et une langue qui sont un peu en marge de celles de la France proprement dite. Vous avez longtemps eu à vous battre avant de faire reconnaître votre langue et votre identité bretonnes. Pouvez-vous nous parler de votre expérience à ce sujet?

M. Crenn : Oui, pendant longtemps ceux qui parlaient breton étaient mal vus chez nous. La politique de la France à ce moment-là était de réprimer la culture bretonne.
A l'école, l'enfant qui s'exprimait en breton recevait 'la Vache' — une vache en porcelaine — qu'il était censé garder durant toute la journée. C’était là la punition ultime. Le jour que je l'ai reçue, je m'en suis débarrassé d'une façon assez énergique et le lendemain, mon père a dû acheter une nouvelle vache pour la classe.

M. Arzel (Président de la Chambre d'Agriculture): Ce n'est plus pareil maintenant, car même à la radio nationale, on diffuse les nouvelles en breton aussi bien qu'en français. On ne peut effacer notre culture. Les efforts qui oeuvrent dans ce sens sont voués à l'échec.

Q : Puisque nous parlions d'affinités, nous pouvons peut-être jeter un coup d'oeil sur la situation des Mauriciennes qui ont épousé vos concitoyens en Bretagne.

M. Arzel: Il faut aller aux sources de ce phénomène social. Pourquoi est-ce qu'il y a eu des mariages par correspondance entre les Bretons et les Mauriciennes? La raison est simplement qu'il y a eu une désaffection des cultivatrices envers les cultivateurs. Les filles ne veulent plus se marier aux cultivateurs. Elles trouvent que c'est plus honorable de se marier aux gendarmes ou aux ouvriers. Nos fermiers qui se sont donc vus condamnés au célibat ont tout de suite pensé aux Mauriciennes qui ont l'avantage pour eux d'être francophones. Mais je pense personnellement que cet état de choses ne devrait pas être encouragé. Il y a trop de différences de culture et de moeurs.

Et puis, ces mariages de raison avec des hommes dans leur quarantaine n'est pas une chose normale. Lorsqu'un homme se trouve à cet âge-là, il est trop tard pour qu'il songe à se marier. Ensuite, et je le dis sentimentalement, car je suis moi-même grand-père, ces filles doivent quitter leurs parents derrière elles pour venir dans un pays où le climat et les moeurs sont différents de ce qu'elles ont connu jusque-là. Ce n'est pas juste.