JM et les chefs coutumiers de la République démocratique du Congo

01 October 1997

Pouvoir enfin voler de ses propres ailes !

L'express du 1/10/1997

Par Jean-Mée DESVEAUX
Quand le dodo atterrit finalement sur nos rivages, il se crut au paradis car jamais, de mémoire d'oiseau, il n'avait vu une terre si peu hostile.

Dans cet environnement enchanteur, n'ayant plus aucun besoin de voler, notre bel oiseau prit beaucoup de poids. L'absence de menace changea non seulement son comportement mais également sa physionomie; ses ailes s'atrophièrent et se changèrent en vesti­ges d'un temps révolu où régnait encore la loi de Darwin.

L'existence douillette de ce bel oiseau devait cepen­dant prendre fin abruptement.

Si le dodo a quitté à jamais ces rivages envoûtants, il a en revanche laissé derrière lui de nombreuses créa­tures qui gagneraient à tirer une morale des avatars d'une vie dénuée de compétition.

Ces créatures économiques, issues d'une stratégie de développement révolue qui consistait, dans les années soixante, à établir la base manufacturière du pays à partir d'industries de substitution à l'importa­tion, ne sollicitent qu'une chose des autorités de cette petite île: leur laisser encore longtemps cette popula­tion de consommateurs qui, bon grè mal grè, n'a d'autre choix que de s'approvisionner chez ces entre­prises "nationales".

Ces entreprises avaient au départ de beaux épithètes tels "sunrise" et "infant industries" qui laissaient alors entendre qu'un jour viendrait où ces enfants seraient en âge de se tenir sur leurs propres jambes. Cependant on allait être déçu car l'infantilisme devait se prolon­ger jusqu'à si tard qu'il devenait impossible de tirer d'autre diagnostic que celui d'un développement patho­logique.

Pour s'assurer de la pérennité de cette quiétude commerciale, nulle peine n'est épargnée. Même le poli­ticien est à plaindre car il est la cible privilégiée des jéré­miades qui ont pour thèmes: hausse de barrière tari­faire, dénonciation des décisions de l'Organisation mondiale du Commerce, retardement de la ratification du protocole commercial de la SADC en allongeant indéfiniment la liste de produits sensibles même si cela devait mettre en danger la survie de cette organisation sur laquelle se fondent tous les espoirs de l'Afrique aus­trale.

La présence de ce réflexe potentiellement débilitant pour notre économie ne peut manquer de susciter un vif intérêt chez l'observateur de la chose économique. Elle acquiert de ce fait le statut de critère clé dans l'analyse qui permet de savoir lesquelles de nos entre­prises survivront à l'assaut de la mondialisation.

Ce processus de sélection naturelle aura pour fac­teurs décisifs non seulement l'habilité de ces entre­prises à faire face sur le sol natal à la compétition venue d'ailleurs mais à retourner également le défi sur leur propre territoire.

Il est donc réconfortant de constater, comme le fait l'express aujourd'hui, qu'il existe dans le domaine de l'imprimerie, un champion qui, au lieu de se tapir dans son territoire qu'il domine sans aucune peine, est prêt à défendre les couleurs de Maurice dans les arènes où les filets de protection n'existent pas et où on ne verra jamais des créatures en voie de disparition.

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