JM et les chefs coutumiers de la République démocratique du Congo

03 November 2006

La polémique est lancée

l'express du 03/11/2006

Par Raj MEETARBHAN

On tourne en rond dans la polémique autour de la société BPML. La communication gouvernementale s’appuie sur quelques insinuations faites dans le rapport Balgobin pour affirmer qu’il est “accablant” à l’égard des anciens dirigeants. Ces derniers soutiennent que tout l’exercice n’est qu’une opération politicienne qui vise à faire diversion. Ils ne discutent pas du fond du sujet. Ils se disputent.

La majorité au pouvoir s’empresse de tirer un capital politique du rapport Balgobin alors que l’urgence est de mettre en application ses recommandations. Plusieurs mesures concrètes y sont suggérées pour assainir la situation financière de BPML. Elles vont de la résiliation du bail des locataires du Cyber Village qui n’ont pas encore démarré leur construction à une injection de capital frais dans la société afin de réduire son endettement. Le gouvernement devrait utiliser ses ressources à bon escient et commencer à appliquer ces mesures plutôt que d’aligner quatre ministres trois fois par semaine pour donner des conférences de presse sur la question.

Dans une exploitation politicienne du rapport, les ministres donnent l’impression que le rapport fait état de fraude. En vérité, dans ses conclusions, le comité Balgobin évoque un “mismanagement of the affairs of BPML and its subsidiaries” et une “clear political interference” ou encore une “gross administrative negligence” avant d’affirmer que “BPML has been governed by an incompetent Board of Directors”. Il n’y a pas d’allégations de fraude.

Le rapport n’établit aucun cas de malversations mais recommande que ses observations sur le Cyber Village soient soumises à l’Icac pour un “full probe”. S’il est abusif de parler de “fraude” sur la base de faits établis à ce stade, il n’en reste pas moins qu’il faut effectivement apporter un éclairage sur certains points. Par exemple, il faut savoir pourquoi la construction des immeubles résidentiels et les travaux d’infrastructure au Cyber Village ont coûté Rs 540 millions alors que le “Quantity Surveyor” de la MHC les avait estimés à Rs 398 millions. De même, il faut que les premiers administrateurs de BPML expliquent pourquoi ils n’ont pas commandé une étude de faisabilité du projet mais se sont contentés d’un “Concept document”.

Cela dit, nous devons réserver un accueil circonspect à quelques remarques contenues dans le rapport et dont le ton n’est pas totalement neutre. Quand les auteurs du rapport écrivent “one Jean Mée Desveaux” pour désigner le conseiller spécial de l’ancien Premier ministre, cela suscite des interrogations. Puis, on comprend mal les raisons qui ont motivé les commentaires du comité Balgobin sur une question qui a été à l’origine d’une vive polémique avant les législatives de 2005. Il s’agit de la paternité du projet de la Cybercité. Le comité n’hésite pas à trancher en faveur de Navin Ramgoolam : “The country badly needed this fifth pillar as was negotiated by the actual Prime Minister in Delhi during his previous term in office as mentioned by Shri Manmohan Singh in his address for the inauguration ceremony of Cybertower 1.” Ce commentaire était superflu car la question de paternité ne relevait pas des attributions du comité. De plus le discours de Manmohan Singh, prononcé le 1er avril 2005, avait soulevé de sérieuses protestations. Un ancien ministre l’avait qualifié de poisson d’avril. Après le rapport Balgobin, on nage toujours dans les eaux troubles de la polémique.