JM et les chefs coutumiers de la République démocratique du Congo

02 June 2003

Jack Bizlall : Que la lumière soit faite sur le CEB

JACK BIZLALL RÉPOND 
A JEAN-MÉE DESVEAUX

L’express du 2 juin 2003

La production de l’électricité par des opérateurs privés continue de susciter une vive polémique. Après les explications du conseiller spécial du Vice Premier Ministre sur les contrats signés avec les sucriers par rapport à la co-génération, Jack Bizlall réitère sa demande pour une commission d’enquête.

L'INTERVIEW de Jean-Mée Desveaux publiée dans l'express du lundi 25 mai 2003 est un véritable roman-fleuve. Mais il ne donne aucune réponse aux trois questions fondamentales posées dans le document (de 14 pages) publié par le Mouvement Premier Mai pour dénoncer ce qui se passe au CEB.
Ce n'est pas pour autant une interview pour rien dans la mesure où on a pu faire parler Jean-Mée Desveaux. Et a, en sus, confirmé une chose : c'est lui le P.-d.g. du CEB.

En termes de personnalité, Jean-Mée Desveaux dépasse de loin son guru sur le plan de l'esquive et de l'arrogance. Passons ! Il insiste qu'il oeuvre dans l'intérêt du CEB. Je lui demande donc de prouver que tel est le cas en répondant aux questions que j'énonce plus loin.

Les IPP : les taureaux de Boolell (père)

Il dit vouloir empêcher le CEB d'être une vache à lait. Voyons les faits. Il est écrit dans le document soumis à la presse par le Mouvement Premier Mai, en parlant de l'accord avec les Independent Power producers all year round bagasse charbon (IPP): "The formula was construed in such a way that at the end  of the day it is the CEB consumers who are financing the Sugar Sector and contributing to the enrichment of the sugar magnates, interalia, Antoine Harel, Jacques (Jacky) Harel, the de Rochecouste, Cyril Lagesse, the Spéville, Arnaud Dalais, Patrick Ducray, Patrick Guimbeau, Eric, Gilbert, Hector et Roger Espitallier Noël, etc." Les noms cités sont ceux des plus gros actionnaires des anciens et du nouveau IPP. Ils sont des milliardaires.

Jean-Mée Desveaux critique tout ce qui a été fait par l'ancien gouvernement. Il constate que l'industrie sucrière "serait tentée de chercher un substitut mauricien pour la vache à lait européenne disparue (les préférences de Lomé) ". Il est d'accord que ce "serait une parfaite redistribution des richesses nationales dans le mauvais sens". Il admet que "le mode d'octroi de ces contrats avait augmenté son inquiétude". Bref, il me donne raison sur toute la ligne et déclare que nous sommes sur la même longueur d'onde et que nous avons les mêmes objectifs.

Alors que Le Mouvement Premier Mai milite pour que les contrats des IPP soient rendus publics et que la formule d'achat d'électricité par le CEB soit révisée à la baisse, il ne parle pas dans son interview de ces deux aspects fondamentaux de nos inquiétudes à nous, les consommateurs, et compte signer dans le dos de tout le monde un autre contrat de nature IPP avec Société Usinière du Sud (SUDS).

Question 1. N'est-il pas dans l'intérêt du public et de la démocratie et dans le respect des droits des consommateurs que les contrats IPP soient rendus publics ?

Question 2. Si l'ancien gouvernement a signé un accord contre l'intérêt du pays et des consommateurs, n'est-il pas dans l'intérêt du public que ces contrats soient renégociés et, au cas contraire, dénoncés?

Il me demande implicitement de le soutenir dans son action et de croire qu'il est en train, depuis trois ans, de s'opposer à l'enrichissement des "oligarques et autres magnats du secteur sucrier". La formule qui sera adoptée pour SUDS sera-t-elle différente ? Personne ne peut le dire. Ni même la direction du CEB. (Voir le tableau de sa Financial Projection 2003-2006 plus loin.) C'est pour cela que j'ai demandé, en tant que consommateur, à mon avocat attitré de réclamer en cour un Judicial Review des contrats IPP actuels et de bloquer la signature de tout contrat avec SUDS. Le public doit savoir qu'il existe une clause dans le contrat avec Belle-Vue que le CEB serait passible de poursuites judiciaires s'il rendait lui-même publique la formule.

Si Jean-Mée Desveaux est parvenu, dans ses négociations avec SUDS, à faire réduire le prix d'achat de l'électricité, c'est que nous payons bien cher les gabegies de l'ancien gouvernement. En tant que consommateur, c'est mon droit de savoir quelle formule sera utilisée dans le contrat avec SUDS pour fixer le prix d'achat d'électricité et le système de dépréciations des équipements. Entre autres.

• Question 3. Jean-Mée Desveaux est-il d'accord de rendre public le contenu du contrat avec SUDS avant qu'il ne soit signé ?

Le contrat avec St.-Aubin : un contrat alloué d'avance

Je maintiens qu'il n'y a pas eu d'appel d'offres dans le sens que nous le pratiquons à Maurice. Le Mouvement Premier Mai parle, dans son document, d'un "unsolicited offer  to Government for  the construction of a new power generation station" faite par Suzor. Suivie par opportunisme par d'autres compagnies. Plus de six. Toutes des unsolicited offers. Des directives ont été données par le gouvernement au CEB pour que seulement trois de ces entreprises soumettent leurs propositions. Pourquoi seulement trois ? Médine s'est retirée et attend son heure. Il ne restait que St.-Aubin et Suzor. Un véritable appel d'offres aurait permis à plusieurs entreprises d'entrer en compétition. Aussi intelligent que Jean-Mée Desveaux veuille paraître, ne réalise-t-il pas qu'en modifiant des conditions pour permettre à St.-Aubin de soumettre son offre en utilisant des équipements second hand, les dés étaient pipés ?

• Question 4. Pourquoi le CEB a-t-il été exclu alors que le projet de St.-Aubin concernait un ''coal fired station''?

Le Mouvement Premier Mai affirme que le CEB aurait fait de loin une meilleure offre. Que Jean-Mée Desveaux vienne prouver le contraire ! C'est pour cela qu'une deuxième action légale est envisagée par moi. Il y a dans toutes ces tractations vice de procédure dans l'appel d'offres allégué, usurpation des pouvoirs du CEB et de l'unfair competition.

Le contrôle sur la production d'électricité par le secteur privé : un danger potentiel sur tous les plans.
Le Mouvement du  Premier Mai maintient qu’on ne peut laisser au secteur privé le pouvoir de contrôler la production d'électricité. Pour des raisons politiques, économiques et de sécurité. Souvenons-nous que, quand l'année dernière les moteurs de Belle-Vue sont tombés en panne, il y a eu une coupure d'électricité générale dans le pays. Souvenons-nous du lock-out du secteur privé en 1979.

Par ailleurs, pouvons-nous accorder aux IPP tous les avantages possibles et laisser au CEB le soin de prendre charge du reste ? En sus des pannes de moteurs des IPP, le CEB sous-utilise ses effectifs et pratique le surinvestissement. Jean-Mée Desveaux délibérément ignore l'élément idéologique et s'attache uniquement aux aspects économiques sans se rendre compte que l'idéologie se construit à partir des analyses économiques et dans la défense d'intérêts économiques. Et ce technocrate décide de tout au CEB. D'où la nécessité qu'il soit dessaisi de ce dossier. Lui et Donna Leclaire. Cette dernière, qui est une employée du CEB, ne peut fonctionner indépendamment de la direction du CEB et ne recevoir des directives que de Jean-Mée Desveaux.

Question 5. Peut-il nous dire que la privatisation de la production d'électricité n'a aucun impact négatif sur le prix payé par le consommateur pour son électricité ? Dans l'affirmative, peut-il quantifier cet impact ? C'est-à-dire, combien le consommateur paye-t-il plus cher pour sa consommation d'électricité ?

Quand on lit l'interview de Jean-Mée Desveaux, on ne peut que conclure que c'est lui le P.-d.g. du CEB. D'ailleurs, le General Manager et le Chairman du CEB n'ont aucun pouvoir. Quant à Mme Donna Leclaire, elle ne travaille pas pour le CEB mais pour le ministère des Finances et pour Jean-Mée Desveaux. Il est important de revoir le fonctionnement du CEB dans la mesure où même le ministre Alan Ganoo n'a plus aucun pouvoir. Le pays est en train d'être dirigé par le VPM et ses conseillers.

Mais l'interview de Jean-Mée Desveaux est venue confirmer les critiques formulées depuis longtemps contre le CEB. Voyons certaines de ces confirmations :

• Tous les contrats octroyés aux IPP et aux Continuous Power Producer bagasse only during harvest (CPP) n'ont pas été faits à partir d'appel d'offres ! Jean-Mée Desveaux d'ajouter : "Aucune compétition n'a été instaurée pour mettre de la pression sur le prix offert par ces candidats afin d'obtenir un meilleur deal pour le CEB; aucun critère et aucune méthodologie ne furent élaborés auxquels les parties en concurrence devraient adhérer.’’

• J’avais dénoncé dans la presse l'année dernière le scandale des contrats CPP. Surtout l'aspect de leur payer sur la base de l'huile alors que les CPP utilisent la bagasse. Jean-Mée Desveaux a confirmé cela et a conclu comme moi que l'indexation sur l'huile lourde "n 'a rien à faire avec le coût de production de ces centrales". Alan Ganoo a exigé que le prix soit réduit à Re 1,30. Il faudra que les CPP remboursent le CEB. Le prix fixé était de Re 1 en 1996. Il est passé à Re 1,70 en 2001 pour ensuite être réduit à Re 1,32 en 2002. C'est du vol organisé. On ne peut laisser les capitalistes arnaquer le peuple.

• Il n'y a pas eu d'appel d'offres pour le nouveau contrat IPP mais un "Request for proposals" soumis à trois candidats ! Je maintiens que la loi de la jungle a continué. Le même jour où le Board du CEB se réunit pour décider qui, de St.-Aubin et de Suzor, doit obtenir ce contrat, je suis invité en tant que représentant de l'UASI à une réunion à Britannia, organisée par SUDS. Les représentants de SUDS nous informent que Savannah, Union St.-Aubin, Riche-en-Eau et Mon-Désert-Mon-Trésor (toutes des compagnies) avaient transféré leurs biens et leurs employés à la société SUDS en prévision de la  construction d'une centrale électrique à St.-Aubin; qu'une fois le contrat avec le CEB signé, il serait suivi par la fermeture de Mon-Désert-Mon-Trésor et Riche-en-Eau. Le plus troublant est que c'est St.-Aubin qui fait une unsolicited offer et ce sont quatre compagnies sucrières qui vont tirer des bénéfices. Les magnats de l'industrie sucrière sont comme des douves.

• En ce qui concerne les take or pay provisions dénoncées par moi depuis l'année dernière, Jean-Mée Desveaux confirme: "A cause de cette clause contraignante, le CEB doit, à certaines heures, réduire la production de ses centrales plus qu'il n'est économiquement raisonnable de le faire dans le but de laisser la place à l'énergie contractuellement achetée de certaines centrales." Et c'est le consommateur qui paye pour de telles erreurs. Au lieu de résilier les contrats IPP, Jean-Mée Desveaux de déclarer: "Il est préférable pour un pays d'économie libérale comme le nôtre de vivre avec un ou plusieurs mauvais contrats plutôt que de cesser d'honorer les contrats signés par le gouvernement en vue d'améliorer post hoc les conditions qui s'y trouvent". Et Jean-Mée Desveaux veut nous faire croire qu'il va changer les choses.

Il existe d'autres aspects importants dans l'interview de Jean-Mée Desveaux qui révèlent des choses plus que troublantes. Le secteur sucrier est en train de voler tout le monde. Je dis merci à Jean-Mée Desveaux d'avoir confirmé tout ce que Le Mouvement Premier Mai a avancé dans ses dénonciations.

Il me dit qu'il poursuit le même objectif que moi. C'est pour cela que je le sollicite de soutenir ma demande pour une commission d'enquête sur le CEB. Quant à son rôle et à celui de Mme Leclaire, tant que tous les accords qu'ils sont en train de négocier ne seront reconsidérés, il faudra insister qu'ils soient dessaisis de ce dossier. Je suis en train, au fond, d'opposer St.-Aubin à Saint Thomas. Je ne crois pas en leur bonne foi.

26 May 2003

‘’Empêcher le CEB d’être une vache à lait’’


QUESTIONS A JEAN-MÉE DESVEAUX, SPECIAL ADVISER, MINISTÈRE DES FINANCES

Propos recueillis par
Raj MEETARBHAN
L’express du 26 mai 2003


 • Jack Bizlall a demandé votre retrait du board du Central Electricity Board (CEB). Comment réagissez-vous à cela?

 -Jack Bizlall m'étonne et me déçoit. Voilà quelqu'un qui veut éradiquer la corruption dans le pays mais il tire en premier sur ceux qui ont le même objectif que lui sans s'être donné la peine de se renseigner correctement sur ce dossier complexe. Jack Bizlall s'inquiète que le consommateur mauricien ne soit pénalisé par des contrats trop juteux entre les fournisseurs privés d'électricité et le CEB. Ceci est intéressant car, sans partager l'analyse marxiste de Jack Bizlall sur les "oligarques et autres magnats du secteur sucrier’’, non seulement je partage son inquiétude mais je m'évertue depuis bientôt trois ans à m'assurer que ce scénario ne se produise pas sur le terrain. Mon inquiétude est basée sur une analyse économique et non sur une idéologie. Une industrie sucrière qui voit le prix préférentiel de son sucre approcher inexorablement du très faible prix mondial avec la disparition des préférences de Lomé serait tentée de chercher un substitut mauricien pour la vache à lait européenne disparue. Vu du point de vue national, c’était une perspective peu réjouissante pour la santé de l'économie aussi bien que pour l'équilibre socioéconomique du pays. Ce serait une parfaite redistribution des richesses nationales dans le mauvais sens. Le mode d'octroi de ces contrats avait augmenté mon inquiétude.

 • Comment avez-vous fait pour éviter ces dangers ? 

- Le VPM m'avait saisi du dossier électricité au sein d'un comité interministériel, ce qui explique mon intérêt pour l'électricité. Quand vint le premier test du gouvernement en matière énergétique, la stratégie était donc déjà toute prête. Le document de Mauritius Sugar Authority intitulé le Sugar Sector Strategic Plan (SSSP) fut publié en mai 2001 couvrant la période 2001 à 2005. Ce document suggère ceci : "The CEB could accommodate two further firm power supplies from the sugar industry by 2005’’. Une de ces centrales, nous dit le SSSP, serait à Union St-Aubin (USA) tandis que l'autre serait à Médine. Le SSSP fait d'autres projections pour une demi-douzaine d'autres centrales bagasse-charbon. 

Ce qu'il faut retenir ici, c'est que Union St-Aubin que la SSSP préconise comme prochaine centrale à mettre sur pied avant 2005 est grosso modo le même groupe qui a remporté le Request for proposals du CEB ; les mêmes chaudières étaient impliquées dès le départ. Donc, l'USA aurait eu son aval du SSSP depuis deux ans et sans concurrent pour le forcer à donner le meilleur prix au CEB.

Je fis ressortir au VPM qu'on ne maîtrisait pas suffisamment le cost-benefit analysis de ce que nous apportait l'industrie sucrière en matière énergétique pour aller de l'avant à l'aveuglette. Je voyais déjà qu'un exercice d'appel d'offres comme cela se pratique dans tous pays avancés pour le procurement of electricity devrait avoir lieu. Mais préalablement, il nous fallait définir le rôle de l'industrie sucrière au sein de notre politique énergétique. Seule une étude professionnelle dans ce sens pouvait répondre aux questions qui se posaient. Quand le Cabinet donna son aval au SSSP, la décision fut prise de mettre les deux centrales d'Union St-Aubin et de Médine au frigo jusqu'à ce que le gouvernement obtienne l'étude détaillée de la situation que j'avais préconisée.

 • Comment cette étude allait-elle éclairer votre lanterne?

 -Les auteurs de cette étude, Parsons and BRickenhoff Africa (PB Power) furent chargés de faire un Audit of Optimal Generation Capacities in Mauritius. Deux des questions cruciales sur lesquelles s'est penché cet audit étaient: Determine the most appropriate form of power generation for expanding the Mauritian generation system ; What is the next type of generation units that should be introduced to Mauritius and when ?  Les questions posées démontraient clairement la philosophie du gouvernement. Il y eut là un changement subtil de l'approche gouvernementale vis-à-vis de l'industrie sucrière. Partant du principe des années 90 de "save the Sugar Industry at any cost", ce qui aurait pu impliquer des cross subsidies des consommateurs à l'industrie, nous étions parvenus à trouver une balance qui pourrait être décrite comme : Accommodate the needs ofthe sugar industry in a difficult international environment as far as such needs are compatible with the economic well-being of the country as a whole. Je me souviens même que le vice-Premier ministre avait élaboré ce principe au cours d'une réunion avec le secteur privé à Clarisse House vers fin 2000. Est-ce la peine de demander si un gouvernement ou un conseiller à la solde de l'industrie sucrière agirait ainsi ? Mais ce n'est pas tout.

• II y a donc un changement de philosophie. Quelles autres initiatives allaient démarquer la nouvelle administration du CEB?

- Quand la nouvelle équipe arriva au CEB, nous fûmes confrontés à une bavure monumentale de la part de l'équipe précédente. Ces mêmes officiers qui avaient jusque-là négocié tous les contrats passés entre le CEB et l'industrie sucrière avaient, dans un paroxysme de sagesse, trouvé que le prix de l'électricité produite par les centrales bagasse (CPP-coupe seulement) devrait être indexé au prix de l'huile lourde, qui n'a pourtant rien à faire avec le coût de la production de ces centrales. Le prix payé par le CEB pour l'électricité produite par ces centrales était sorti d'environ une roupie le MW en 1996 pour atteindre Rs 1,68 (augmentation de près de 70 %) en 2001. Cela faisait que l'électricité de ces centrales devenait plus coûteuse que celle produite par les IPP (all year round), ce qui était un non-sens technique et économique. L'équipe de négociation du CEB parvint, malgré ce contexte extrêmement défavorable, à faire l'industrie sucrière accepter le nouveau coût de Rs 1,30, près de 25 % en faveur du CEB. Du beau travail dont on est fier. Savez-vous qui a mené ces négociations ? Donna LeClair dont Jack Bizlall veut aujourd'hui dessaisir du dossier électricité parce qu'elle est "financée par les barons sucriers". Si, dû à mon manque de maîtrise d'un dossier, j'avais commis une injustice aussi infecte que celle-là, l'honnêteté intellectuelle m'aurait forcé à m'excuser platement. Jack Bizlall est réputé pour avoir un système de valeur très développé ; son comportement confirmera bientôt, et de façon irréfutable, si cette réputation est méritée.

• Des allégations ont été faites à l'Independent Commission against Corruption (Icac) contre la façon dont le groupe St-Aubin vient d'obtenir le contrat pour la production de 30 à 40 MW. Etes-vous satisfait, au CEB, que l'exercice s'est déroulé correctement ?

- Absolument. Regardons d'abord le côté ubuesque de la situation. De 1996 jusqu'à l'exercice en cours, il y a eu du côté gouvernemental, un groupe de fonctionnaires qui se sont assis et ont octroyé aux propriétés sucrières pas moins de neuf Power Purchase Agreements (PPA) : Beau-Champ, FUEL et la centrale thermique de Belle-Vue (CTBV) parmi les IPP (all year round bagasse-charbon) et Riche-en-Eau, Savannah, Union St-Aubin, Mon-Trésor-Mon-Désert, Mon-Désert-Alma et Mon-Loisir parmi les CPP (bagasse en coupe seulement). Ces exercices n'ont connu aucun appel d'offres, de Request for proposal; aucune compétition n'a été instaurée pour mettre de la pression sur le prix offert par ces candidats afin d'obtenir un meilleur deal pour le CEB; aucun critère et aucune méthodologie ne furent élaborés auxquels les parties en concurrence devraient adhérer. Pourtant, les revenus annuels (2001) en jeu étaient de taille : Rs 584m pour CTBV, Rs 263 millions pour FUEL, Rs 164m pour Beau-Champ et en moyenne Rs 20 millions pour chacun des CPP. Et pendant tout ce temps, l'île Maurice resta béatement sereine. Personne ne s'est soucié du fait que ce genre d'''energy procurementprocess" péchait par manque de transparence et d'accountability. On prévoyait même, comme je le citais tout à l'heure, d'en faire une demi-douzaine de grandes centrales bagasse-charbon procédant de la même façon opaque. 

Arrive la nouvelle équipe. Elle considère que le genre de concentration de pouvoir décisionnel exercé jusqu'alors pour l'allocation des contrats d'énergie est hautement préjudiciable aux intérêts du CEB. Elle conclut que cela enfreint aux règles les plus élémentaires de la bonne gouvernance. Pour la première fois dans les annales de Maurice, un processus compétitif est instauré dans le domaine ultra stratégique de l'énergie ; un request for proposals est soumis aux trois candidats qui avaient jusque-là montré un intérêt pour construire une centrale thermique ; les critères sont établis d'avance ainsi que la méthodologie d'évaluation ; l'exercice suit un tracé préalablement instauré de strict respect pour les règles établies ; à l'équipe d'une demi-douzaine de professionnels aguerris du Corporate Affairs Department du CEB, on ajoute un universitaire respecté et un officier du Management Audit Bureau. Deux étapes d'évaluation ont eu lieu, l'une technique et l'autre financière. A la fin de l'exercice, les membres de l'équipe d'évaluation s'accordent à l'unanimité à trouver un candidat nettement supérieur à l'autre tant sur le volet technique que sur celui de l'offre financière. Cette analyse est présentée au Board du CEB où la dizaine de directeurs donne leur aval à la décision du comité d'évaluation. On voudrait maintenant faire accroire que c'est ce nouveau système qui encourage les magouilles alors que durant la loi de la jungle qui prévalait jusqu'ici, tout était clair comme l'eau de roche. C'est dire donc que ce sont les garde-fous de transparence et d'accountabïlity que nous avons érigés qui sont aptes à encourager les magouilles ! C'est vraiment prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages! En ce qui concerne le prix que le pays obtiendra de cet exercice, le même raisonnement bancal veut nous faire accroire que le CEB aurait été mieux loti de faire du grés à grès avec le candidat battu sans aucun appel d'offres alors que même sous la pression d'un appel d'offres, son prix était de loin moins attrayant.

• Promettez-vous de jouer la transparence si l'Icac décidait d'enquêter sur le dossier ?

- Le CEB se ferait un plaisir d'ouvrir à l'Icac toutes les pièces justificatives et toutes les analyses qui ont mené vers le résultat obtenu. Ce serait une occasion pour la commission de convaincre qui de droit qu'aucun contrat de centrale énergétique ne devrait être conclu sans un tel exercice de transparence. Il n'y a pas l'ombre d'un doute qui sont ceux qui espèrent profiter de la campagne de dénigrement qui est autour de cet exercice. Il y a plusieurs parties qui, sans aucune honte, avaient démontré une volonté de ne pas procéder par un système compétitif pour les raisons qui leur sont propres ! L'intensité de cette campagne avait pour but non seulement de décourager l'exercice en cours mais aussi de démontrer ce qui arrive à ceux qui s'érigent pour barrer la route aux magouilleurs. J'irais plus loin. La vocation de l'Icac ne lui permet pas d'ignorer l'assaut systématique et coordonné qui a été monté ces jours-ci pour décourager et discréditer ceux qui se battent pour instaurer un processus transparent d'évaluation au sein du CEB comme ailleurs à la Waste Water Management Authority (WMA). Les lettres anonymes et autres immondices qui apparaissent dans la gutterpress ont des tell tales qui permettraient aux limiers de l'Icac de les retracer sans trop de difficulté. Si ces filous ne sont pas des corrupteurs alors il n'y a pas de corruption chez nous. Il suffit de se demander à qui profite le mud-slinging exercise.

• Diriez-vous que les contrats conclus entre les trois IPP et l'Etat sont équitables (fair) ?

- De toutes vos questions celle-ci est la plus apte à être mal interprétée des deux côtés du ideological divide. La réponse brutale est non. Il y a eu beaucoup d'erreurs commises dans le passé venant de ceux qui auraient dû mieux défendre le dossier de l'Etat. L'explication est très simple. Vous avez d'un côté une société énergétique dont l'objectif est de générer des bénéfices et de l'autre les représentants de l'Etat qui sont censés protéger le consommateur. Saisissant parfaitement les enjeux du contrat ainsi que sa grande durée, le privé arrive à la table de négociations avec la meilleure équipe de Contract Lawyers qu'ils peuvent trouver sur le marché londonien. Nos mandarins à nous, avant que la nouvelle équipe n'arrive, faisaient des économies de chandelle. Ne réalisant pas qu'il est absurde d'économiser sur la qualité du conseil légal quand on négocie un contrat de plusieurs centaines de millions de roupies par an, ils ont commis la bêtise stratégique de faire appel à nos vieux juges à la retraite pour faire face aux colosses auxquels faisait appel l'industrie sucrière. Dès lors, les résultats étaient prévisibles. Notre conseil juridique nous laisse entendre que les contrats IPP ont un clair biais anti-CEB.

Il faut cependant faire très attention. Il est préférable pour un pays d'économie libérale comme la nôtre de vivre avec un ou plusieurs mauvais contrats plutôt que de cesser d'honorer les contrats signés par le gouvernement en vue d'améliorer post hoc les conditions qui s'y trouvent. Opter pour une telle stratégie nous mettrait à dos toute la communauté de bailleurs de fonds, feraient fuir tout investisseur étranger et ferait du phare des économies africaines que nous sommes, une petite république bananière.

Ce n'est pas cette approche que nous voulons prendre. Le CEB va essayer d'inspirer la confiance nécessaire chez les sucriers afin qu'ils viennent volontairement à une table de négociation où nous pourrions passer en revue, sans contrainte aucune, les éléments des contrats qui pourraient être changés de commun accord en vue d'avoir le fameux win-win situation.

Cela dit, pour les besoins de notre futur Power Purchase Agreement (PPA) avec la Société usinière du Sud, l'équipe du CEB se fait conseiller par C M S CameronMcKenna, un des meilleurs cabinets londoniens en matière de contrat d'énergie. Ce nouveau PPA établira le nouveau model des futurs contrats avec le privé. Il remplacera les caractéristiques contraignantes des contrats précédents tels que les take or pay provisions. A cause de cette clause contraignante, le CEB doit, à certaines heures, réduire la production de ses centrales plus qu'il n'est économiquement raisonnable de le faire dans le but de laisser la place à l'énergie contractuellement achetée des centrales privées. Le nouveau contrat qui est clairement un PPA de la deuxième génération contiendra, à la place du take or pay, une structure de paiement en deux segments : un paiement de l'investissement dans la centrale qui couvre les coûts fixes (capacity payment) et un autre qui rémunère les coûts variables couvrant les opérations.

•Pourquoi le gouvernement ne favorise-t-il pas la production d'un maximum d'électricité à partir de la bagasse, un combustible produit localement ?

- Le gouvernement encourage l'utilisation de la bagasse dans la production d'électricité depuis le début des années 90 quand le bagasse transfer price a été constitué pour encourager l'agriculteur. Depuis l'introduction du Bagasse Energy Development Program (BEDP), le CEB a payé Rs 360 millions aux planteurs pour la bagasse ainsi fournie.

En 2001, des 332 Gigawatts heure (GWh) que le CEB a achetés de la CTBV, 26 % étaient produits à partir de la bagasse durant la coupe. En ce qui concerne FUEL sur 157 GWh, 34 % des ventes au CEB proviennent de la bagasse tandis que pour Beau-Champ, une proportion encore plus forte de bagasse a été affichée en 2001,soit 44%. Il faut comprendre que les trois centrales IPP ne se servent de la bagasse que durant la coupe car la bagasse ne se conserve pas. Les sociétés énergétiques répartissent leur ratio bagasse-charbon selon le volume de bagasse dont ils disposent dans leur région car le transport de la bagasse n'est pas économique. En ce qui concerne les 7 CPP qui ne produisent qu'à partir de la bagasse, nous avons obtenu 113 GWh en 2001.

Passant en revue toutes les technologies qui sont à notre portée, PB Power conclut que "dual fired coal-bagasse plant is the preferred choice based on very robust assumptions." Cependant, "Based on the current pricing arrangements with the firm IPP suppliers, the dispatch of these plants is not optimal." Cela veut dire qu'alors que cette technologie ainsi que la libre disponibilité de la bagasse aurait dû rendre leur coût plus attrayant au CEB, le prix pratiqué a un effet contraire.

On peut postuler deux raisons pour la cherté de l'énergie bagasse-charbon : 1) le manque de concurrence durant l'octroi des contrats IPP. C'est une raison qui, j'espère, appartient dorénavant au passé. 2) le bagasse transfer price.

Expliquez-nous ce concept de "bagasse transfer price".

- Ce bagasse transfer price conçu à l'occasion du BEDP par la Mauritius Sugar Authority au début des années 90 avait l'objectif somme toute rationnel d'optimiser l'énergie produite à partir de la bagasse. La bagasse n'a aucune utilité alternative à Maurice, ce qui est défini par le terme "no economic value" qui a fait tiquer certains. Si on ne le brûlait pas, les usines seraient littéralement ensevelies sous le poids de leur bagasse. Il est donc tout à fait à l'avantage du pays de s'en servir pour faire de l'électricité. Mais rémunérer cette matière autrement inutile jusqu'à ce que le prix de l'énergie ainsi produite excède le prix de l'énergie provenant du charbon importé est un excès qui ne fait que gonfler le prix de l'électricité au-delà du raisonnable.

Mais arrivons au plus comique de toutes les situations. Le bagasse transfer price est payé par le CEB (le consommateur) aux agriculteurs. C'est-à-dire que le planteur donne de la bagasse gratuitement à la centrale électrique. Celui-ci tire un avantage commercial en brûlant cette bagasse pour produire de l'électricité que paye grassement le CEB. On aurait pu s'attendre dans un climat économique rationnel que ce soit l'IPP qui paye le planteur pour cette manne qu'est pour lui la bagasse qu'on vient lui déposer devant sa porte. Non, l'usinier ne paye pas un sou pour cela et, tenez-vous bien, il demande maintenant, à travers son syndicat d'employeur (qui comme tout bon syndicat n'a de souci que l'intérêt de ses membres au mépris du consommateur) d'être additionnellement rémunéré pour utiliser une matière gratuite qui lui permet de produire de l'électricité à un prix intéressant. Je suppose que c'est comme ça qu'on va faire baisser le prix de l'électricité à Maurice et attirer les investisseurs.

• Le prix auquel le CEB achète l'énergie des producteurs indépendants (Belle-Vue, Beau-Champ et FUEL) a été qualifié d'exorbitant par des spécialistes. Comment se comparent ces prix par rapport au coût de production du GWh dans les centrales à huile lourde du CEB ?

- Exorbitant est un concept relatif qui comporte aussi des jugements de valeur. Je vais donc m'abstenir et vous donner plutôt en ordre de cherté celui dans lequel les unités au service du CEB se classent sur l'unit energy generation cost. Cet ordre, rappelons-le, devrait déterminer le dispatch order du CEB pour l'entrée en action sur l’electricity grid de chacune de ces unités. Dans un système idéal, le CEB devrait utiliser le maximum d'énergie provenant de la centrale dont le coût variable est le moins élevé avant de passer à une centrale où ce coût est plus élevé. C'est ce qu'on appelle le least-cost dispatch order. On remarque un certain nombre de choses extrêmement intéressantes dans la liste qui suit : 

1. Alors qu'on pourrait s'attendre à ce que les IPP produisant en mode de bagasse devraient être tout juste après les centrales hydro du CEB, on les voit aux huitième, dixième et onzième places loin derrière l'énergie produite par ces centrales à partir du charbon importé (quatrième, cinquième et sixième).

2. Comme le fait ressortir PB Power, alors que les centrales bagasse-charbon ont un avantage économique qu'on connaît, elles se situent après Fort George et même Fort Victoria 2.

3. Les unités que certains voudraient déjà voir en scrap metal tels Fort Victoria 2 et St-Louis ont une place que devraient envier d'autres unités situées plus loin sur la liste. Cette confusion sur les vieilles unités est due au fait qu'on ne distingue pas parfois la différence entre ces vieilles unités encore très utiles au CEB et Fort Victoria 1 qui sera decommissioned avec l'arrivée de la future centrale.

Cet ordre est donc le suivant : 1. Hydro, 2. Fort George, 3. Fort Victoria 2, 4. Beau-Champ (Coal), 5. FUEL(Coal), 6. CTBV (Coal) 7. St-Louis, 8. Beau-Champ(bagasse), 9. C PP utilisant la bagasse en coupe, 10. FUEL (bagasse), 11. CTBV (bagasse), 12. Nicolay et 13. Fort Victoria 1. C'est là l'ordre qui existait selon les prix de 2001.

• Avec la mise en opération de la centrale de St-Aubin en 2005, le CEB est-il certain de pouvoir satisfaire la demande en énergie électrique pendant les prochaines années ?

- Cela dépend de l'horizon que vous couvrez dans ce terme. Entre 2005 et 2010, PB Power estime que le Peak Demand nécessitera l'addition de 224 MW. A la raison de 32 MW par centrale, cela nous fait sept nouvelles centrales jusqu'à 2010. Donc après Société usinière du Sud (SUDS) (si les négociations au sujet du contrat sont un succès), il nous faudra deux unités en 2006 et une nouvelle centrale chaque année jusqu'à 2010. Pour vous donner un ordre de grandeur de ces chiffres, une centrale coûte environ Rs 1,5 milliard soit ce que coûte la Cyber Tower et son infrastructure. Les sept centrales qu'il nous faut jusqu'à 2010 nous coûteront Rs 10,5 milliards, c'est-à-dire bien plus que le projet métro léger dans son ensemble.

Qui peut vouloir laisser un tel marché être attribué sans la concurrence, la discipline, la transparence et l’accountability d'un Request For Proposal ? Quel Mauricien peut préférer retourner au régime où des fonctionnaires mal équipés s'asseyaient autour d'une table avec l'industrie sucrière pour savoir qui serait le prochain à tirer le jackpot sans que personne ne comprenne par la suite sur quel critère d'évaluation.

Il est tout à fait évident qu'un exercice d'appel d'offres comme celui que nous avons institué n'est pas à l'avantage du secteur sucrier car il lui impose une concurrence qui affecte sa marge. Il aurait été de son intérêt de continuer la chaise musicale that keeps it smiling all the way to the bank. C'est ce qui explique du reste le silence éloquent des organisations patronales et leur pleutre manque de prise de position sur ce dossier brûlant. Et ce, malgré leur passion ineffable pour la transparence.

Je suis extrêmement fier d'avoir aidé à changer cette ineptie qui ne peut qu'encourager la corruption. Que des tracts infâmes proviennent de ceux qui ont tout à perdre avec le nouveau système ne devrait nullement nous étonner mais Jack Bizlall n'étant pas de ceux-là, il devrait savoir de quel côté se ranger. Au jour d'aujourd'hui, dans ce dossier, il a fait le jeux des crapules et des magouilleurs.

14 October 2000

Mauritius: Face-off for Jugnauth and Berenger

The Indian Ocean newsletter

Two friendly enemies in politics who are today again allies in government, Prime minister Anerood Jugnauth and deputy Prime minister Paul Berenger will nevertheless not fail to mark each other very closely. In this, Jugnauth's choice of his former deputy Prime min­ister Prem Nababsing as political adviser is neither neutral nor a simple reward for serv­ices rendered in the recent election.

A founder-member of Berenger's MMM party, Mauritian ambassador to France in 1982, minister twice in a Jugnauth government, leader of a split in MMM in 1994 when he refused to quit the government with Berenger, Nababsing is well placed to decipher the sometimes underhand political initiatives of the present deputy premier. What's more, Jugnauth has added the services of the former government financial secretary Dev Manraj as economic and financial adviser in order to keep an eye on all Finance minister Berenger's major eco­nomic décisions. To coordinate implementing the MMM/MSM alliance's government pro­gramme, Jugnauth has chosen Subash Gobin, who was for a long time editor of the MMM official organ, The Sun. He is a subtle propagandist and a connaisseur of the island's sociological realities who is thus ending a long period in the political wilderness. Jugnauth has chosen Christian Ythier, a former member of his communications cell in the 1980s and ironically a close collaborator of Jugnauth's ex-agriculture minister Madun Dulloo, now in opposition, to look after Jugnauth 's relations with the media.

Another noted comeback is Dinesh Ramjuttun, one-time enfant terrible of Mauritian politics who has been chosen to look after the Prime minister's public relations. Ramjuttun worked very hard in Jugnauth's constituency during the electoral campaign for his re-election, and is now, with Harish Boodhoo, expected to be a trump card for the Prime minister in relations with Hindu voters whom the Labour Party (opposition) will try to get. Finally, ex-prison commissioner Deepak Bhookun, who agreed under government pressure to retire in August last year following the escape of several prisoners from La Bastille high-security prison, is rehabilitated by being appointed adviser on security to the Prime minister and gov­ernment. Bhookun, the first Mauritian to hold a post previously held by the Indian national Bushan Nandu (who left Mauritius just after last month 's election), has a special character: he is a theatre actor and made a name encouraging prisoners in jail to turn to spirituality to overcome depression.

Apart from financial services minister Sushil Kushiram, who behaves like the Prime minister's super-adviser on economies and finance, Berenger has also taken back several collaborators who used to be with him when he was Foreign minister in Navin Ramgoolam's government before breaking off with him. These include J. M. Desveaux, an economist who was editor of Business Magazine in 1995 then head of the economic service of L'Express, who lived in Australia for a long time and is known for his critical stands against the white establishment in the Mauritian private sector. Until his latest nomination, Desveaux was a consultant with PriceWaterhouse in Madagascar. Berenger has also recruited another economist, Sen Narainen, a specialist on monetary questions who trained in Canada. Narainen has been an adviser to Rama Sithanen in the past and was until recently director of Ramgoolam's policy unit.

Then while Ms. Marie José de Robillard will look after his public relations, Berenger has given Prem Nababsing's wife, Vidula Nababsing, a sociologist and lecturer at the university who has just taken early retirement, the title of adviser and commissioned a two-year inquiry on poverty on Mauritius. A subtle manner of trying to neutralize her husband, the Jugnauth political adviser.

01 July 1998

L'industrie mère, humaine comme toutes les autres

l'express du 1/7/1998

Par Jean-Mée DESVEAUX

Le développement économique d'un pays suit souvent une progression qui ressemble au cycle de la vie: une industrie se développe, prospère pendant plusieurs générations, donne naissance à un ou plusieurs nouveaux secteurs de l'économie et, ayant bien vécu, disparaît, laissant, derrière elle, une progéniture qui porte, tant bien que mal, son "code" économique.

Vu ainsi, le terme "industrie mère", appliqué à l'industrie sucrière mauricienne, acquiert une signification additionnelle. Il sous-entend, en effet, un déclin inévitable après que cette grande dame, aujourd'hui un tant soit peu fanée, ait produit, de ses entrailles, les nouveaux champions textiles et touristiques de Maurice.

Si son apport au pays devait s'arrêter là, personne ne lui aurait cherché chicane car cela aurait déjà été bien. Et pour tant, côte à côte avec ses nouvelles progénitures, la perfor mance de cette industrie contredit toute mise à la retraite pré maturée. Elle continue à garantir la performance économique du pays avec une valeur ajoutée de Rs 5 milliards par an qui est tout à fait honorable par rapport à une Export Processing Zone (EPZ) qui ne fait guère plus de Rs 7 milliards.

Mais, être mère, c'est aussi être humain. C'est donc avoir le droit à l'erreur qui se traduit par un passé entaché par l'opprobre d'une main-d'oeuvre servile. Ce passé imprègne jus qu'aujourd'hui tout débat sur cette industrie d'une émotivité qui nuit souvent à l'argumentation économique. Dès lors, les négociations ont, pour toile de fond, une présence exogène (généralement mais pas nécessairement gouvernementale) qui tiendra compte de la "dimension sociale" et extra-éco nomique des "deals" entre patrons et main-d'oeuvre de l'in dustrie.

C'est ainsi que l'industrie sucrière a subi, assez stoïque ment du reste, une série de mesures qui pourraient être qua lifiées de "compensation sociale". La plus connue fut la "windfall gains" taxe de M. Rundheersing Bheenick sur la récolte de 1996. Le Dr Vasant Bunwaree n'allait renverser cette décision qu'au niveau de la forme car, dans le fond, il allait exiger "that the sugar industry once again rise(s) to the occa sion, and implement(s), as a gesture of solidarity with the workers, with the population at large and in a spirit of goodwill" une série de mesures. Ces petits gestes de bonne volonté allaient coûter à l'industrie: a) Rs 100 millions en "interest-free loans" au niveau du Sugar Investment Trust; et b) Rs 150 millions additionnelles en guise de contribution à la Mauritius Sugar Authority.

Avant qu'eurent lieu ces assauts du nouveau gouverne ment, celui de sir Anerood Jugnauth s'était lui aussi servi d'ar guments pareillement convaincants pour octroyer la semaine de quarante heures à la main-d'oeuvre de l'industrie durant l'entrecoupe.

Plus récemment, la nécessité de rationaliser le fonction nement économique de l'industrie a donné lieu à un "blue print" sur la "Centralisation of Cane Milling Operations in Mauritius". Les conditions associées à la fermeture d'une usine jugée non performante allaient prendre un aspect pénal qui ne s'explique pas si on ne tient pas compte du postulat de cette dimension "sociale". L'indemnité de licenciement de deux mois et demi par année de service, alors que la norme appliquée dans les pays avancés est de quinze jours, et la mise d'un terrain de dix à 16 perches à la disposition de chaque employé surnuméraire (alors que l'industrie vise à mettre les terres marginales sous culture) pourraient, effectivement, être perçues comme des facteurs de dissuasion qui vont à l'en contre même de la rationalisation de l'industrie mère.

Vu dans ce contexte historique et socio-économique, l'ac cord inauguré en 1994 (une première à Maurice) entre le patronat et les employés de l'industrie revêt une signification qui dépasse le cadre purement salarial de la question. Cet accord qui vint à terme à la fin de 1997, et dont le renouvelle ment laisse planer des menaces de grèves sur l'industrie sucrière, est pourtant l'exemple le plus ressemblant que Maurice connaisse du système de "collective wage bargaining".

Ce mécanisme, on se rappelle, permet aux syndicats d'un secteur spécifique de l'économie de conclure un marché avec les employeurs de ce secteur. Cette désagrégation des négo ciations permet aux secteurs qui ont joui d'une bonne santé, de récompenser la productivité de leur main-d'oeuvre. Ceux qui ont connu un succès moins retentissant ou qui ont tout simplement connu une "annus horribilis" peuvent ainsi se dissocier de ces largesses et panser leurs blessures. Cette rationalisation de la récompense au sein d'une économie évite les aléas d'un système, comme celui prévalant à Maurice, qui empire la précarité d'une entreprise et précipite sa fin en la forçant à débourser des gages que sa performance écono mique ne lui permet pas de payer.

Ce n'est donc pas l'industrie sucrière seulement qui sera perdante si ces balbutiements de "collective wage bargaining" à Maurice se heurtent aux écueils que leur pose le dialogue de sourds qui a lieu entre syndicats et patrons de l'industrie sucrière ces jours-ci. En sus de l'évidente difficulté qu'ont les syndicats à maîtriser l'art de négocier un "deal" au terme duquel aucune des deux parties ne gagne ni ne perd à 100%, leur multiplicité et leurs dissensions internes rendent difficiles une progression logique vers un dénouement "win-win". Le seul groupe d'employés à être à la veille de contracter un accord avec la Mauritius Sugar Producers Association (MSPA) se trouve être celui des surveillants qui sont représentés par un unique syndicat.

Quant aux autres, ayant réussi à forcer la MSPA à modifier son intransigeance initiale en matière salariale aussi bien qu'en ce qui concerne la comptabilité des bonis d'assiduité et d'ancienneté, ils se montrent également inflexibles en ce qui concerne: (a) l'introduction de la semaine de quarante heures durant la coupe (Rs 275 millions par an en sus du coût qu'en traîne un tel changement au salaire horaire); b) une majora tion salariale de 30% à 35% de leur salaire annuel contre les 7,5% offerts par la MSPA (chaque 1% coûtant Rs 25 millions).

Cependant, la part de la valeur ajoutée de cette industrie qui revient récompenser les employés est de 65% (contre 35% au "profit"), contrastant fort avantageusement avec le partage qui prévaut globalement au sein de l'économie où profit et gages sont pratiquement égaux. De plus, protocole sucre ou pas, le prix du sucre mauricien quitte inéluctablement la zone de Rs 13,000 la tonne pour atteindre celle du prix mondial de Rs 7,500.

Tout ceci donne l'impression irrésistible que, les 100,000 hectares du Mozambique aidant, cette génération de Mauriciens, toutes distinctions sociales confondues, confec tionne en ce moment un beau linceul pour la grande dame qui, pour le meilleur ou pour le pire, a fait de nous ce que nous sommes. On arrive aussi à se demander si cette grande dame ne se sentirait pas soulagée et rajeunie si, osant penser l'im pensable, elle reconnaissait son erreur d'antan afin de s'en faire absoudre symboliquement une bonne fois pour toute.