JM et les chefs coutumiers de la République démocratique du Congo

25 May 2004

Manque de retenue de l'ambassadeur de France

l'express du 25/05/2004

• Vous avez démissionné du conseil d’administration de la Wastewater Management Authority (WWA) vendredi dernier. Vous aviez souvent été contesté en tant que dirigeant de cet organisme…

Comme vous devez le deviner, conseiller un homme comme le PM n’est pas une tâche de tout repos. Mais de tous les dossiers que j’ai suivis au jour le jour, celle de la WMA est de loin, celui où je me suis le plus investi et où l’enjeu était à mon sens le plus grand pour le pays.

Nous parlons d’une vingtaine de projets totalisant Rs 11 milliards. A partir du moment où le gouvernement travailliste signe la Sector Policy Letter avec les bailleurs de fonds en 1998, les dés étaient jetés. Quand le gouvernement MSM-MMM vient au pouvoir en 2001, la WWA – un simple département du ministère des Utilités publiques – était un organisme chancelant qui n’arrivait pas à jouer son rôle de maître d’œuvre délégué pour mener à bien des contrats complexes de centaines de millions de roupies. C’est ce qui expliquait les retards atteignant en moyenne trois ans sur l’exécution du National Sewerage Programme.

A chaque contrat où les zéros s’amoncellent, vous avez devant vous un ou plusieurs entrepreneurs et consultants étrangers aussi bien que Mauriciens dont le souci majeur semble être de chercher le moyen de soutirer plus d’argent que ne leur permettraient les conditions d’octroi du marche d’origine. A partir de là, il y a deux attitudes que peut prendre un responsable de la WMA : se conduire comme si cet argent sortait de sa propre poche et se battre jusqu’au bout, ou alors penser à l’effort nécessaire à contrecarrer ces demandes et se dire que de toute façon ce n’est pas son argent qui est en jeu. Le pire est qu’on peut facilement imaginer une situation où la docilité d’un officiel à céder aux pressions des entrepreneurs et autres consultants peut devenir une activité très rémunératrice en soi : le bakchich de la complaisance.


• Ainsi, vous n’étiez pas très aimé dans ce milieu...

Aussitôt arrivé au Board de la WMA, j’ai tourné toutes les vis pour bien faire comprendre que les jours du easy money étaient révolus. Les demandes de cost-overrun étaient passées à la loupe et seuls ceux qui pouvaient démontrer le bien-fondé de leur requêtes étaient payés. Ce régime dure depuis trois ans et cela m’a créé énormément d’ennemis. Mon bon ami le ministre Bhagwan me décrit comme l’homme le plus détesté de Maurice. Je sais qu’il n’a pas tort. Si je vous dis qu’un directeur de la WMA touche 700 roupies par mois vous me direz que je suis masochiste. Cela m’a forcé, en outre, de porter plainte pour diffamation dans une dizaine de cas contre des malfrats qui descendent ceux qui les opposent dans leurs sales boulots.

Il est évident que la prééminence que je possédais au niveau du Board découlait, comme tout le reste, de celui que je représentais en son sein. Mais il ne faut pas croire que cela peut se faire par un seul homme. J’ai tissé autour de moi des liens professionnels qui faisaient qu’à tout moment je savais vers quoi ce chantier complexe naviguait et quels étaient les écueils qu’il fallait à tout prix éviter en temps réel.


• Avez-vous un exemple concret de ces manœuvres suspectes que vous venez d’évoquer ?

Précisément, je quitte la WMA content d’avoir réussi à déjouer toutes les manœuvres d’un faux “moins-disant” (lowest bidder) pour la station de Montagne Jaquot. Si on avait accepté les conditions rajoutées après coup, cela aurait coûté au pays environ Rs 50 m de plus que sa soumission initiale. Comme le deuxième moins disant n’était plus cher que de Rs 20 m, cela aurait été une perte nette de Rs 30 millions pour la WMA. S’il avait réussi, cela aurait donné raison à ceux qui pensent qu’il suffit, pour gagner un contrat, d’offrir le prix le plus bas pour attacher ensuite des conditions à son offre, ce qui peut la rehausser d’un montant atteignant jusqu’à Rs 100 millions. Le signal était aussi important que la somme concernée. Laisser passer cela serait de la mauvaise gouvernance dans son état le plus pur.


• Vous avez gagné la bataille. Pourquoi quittez-vous néanmoins la WMA ?

On pourrait dire que c’est de l’usure ou alors “ matter of leaving while you are still ahead”. J’ai demande au PM de me relever de mes fonctions. Il a eu l’amabilité, au sein d’une réunion de ses top advisers, de me demander si je ne voulais pas “ reconsider” mais je l’ai prié de me remplacer. Apres avoir écoute tout un chacun, le PM a décide que mon ami et collègue Kewe Chung me remplacerait à la WMA. Je ne peux imaginer un homme dont la droiture et la capacité seraient aussi utile que ceux de Kewe au sein de la WMA. Il est comme moi, de cette race de gens qui ont été bannis de notre pays pendant de très très longues années par des circonstances qui nous dépassaient. Pendant ces années nous n’avions qu’un rêve : celui d’être utile à notre patrie.


• Mais pourquoi votre démission intervient-elle maintenant ?

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase ou “the straw that broke the camel’s back” est arrivée pour moi devant le manque de retenue de certaines ambassades qui, en s’immisçant dans les affaires de la WMA, oublient un peu trop facilement leur devoir de réserve et le respect de la bonne gouvernance.

22 May 2004

Jean Mée Desveaux démissionne du board de la WMA

l'express du 22/05/2004

Le conseiller spécial du Premier ministre, Jean Mée Desveaux, lui a soumis hier soir sa démission du conseil d’administration de la Wastewater Management Authority (WMA). D’autres démissions de membres clés devraient très probablement suivre, à quelques mois avant le début du gros chantier de tout-à-l’égout des Plaines-Wilhems.
 

07 March 2004

Nominés politiques et experts polyvalents

 l'express du 7/3/2004

Un nominé politique n’arrive pas à assumer convenablement la tâche qu’on lui a confiée ? Qu’à cela ne tienne… pas question de le mettre sur la touche. On le casera ailleurs, histoire de le maintenir sur la fiche de paie du Trésor. C’est du moins la tactique employée actuellement par le pouvoir pour conserver ses protégés dans le giron gouvernemental.

En effet, pas moins de quatre nominés politiques placés dans des chancelleries ont été invités à rentrer. Ils ne seront pas pour autant remerciés. Une source proche de l’alliance gouvernementale affirme que l’exécutif a décidé de les rappeler parce qu’ils « n’arrivaient pas à perform ».

Toutefois, pour éviter toute friction inutile au sein de la majorité, il a été décidé d’équilibrer le nombre des mutations. C’est ainsi que chaque principal partenaire de la majorité a été invité à libérer un nombre égal de sièges. Le Mouvement militant mauricien a donc choisi de faire rentrer John Dacruz et Ravin Dwarka, postés au début de l’actuelle législature respectivement en Afrique du Sud et au Pakistan. Le Mouvement socialiste militant a, de son côté, accepté de rappeler Daneelall Seewoo de la capitale indienne et Soorooj Phokeer du Caire.

Les quatre n’ont cependant pas de souci à se faire. Dès leur retour, ils seront placés comme conseillers à l’hôtel du gouvernement.

« À voir ce qui se passe ces derniers temps, le gouvernement ne devrait avoir aucune difficulté à les utiliser. Nous avons bien Deepak Bookhun, un ancien responsable du service pénitentiaire transformé en conseiller en matière de sécurité à l’intérieur des bâtiments publics », explique un observateur.

Mais il n’y a pas que les conseillers techniques qui sont parfois mutés dans des domaines où ils n’ont pas encore fait leurs preuves. Le Premier ministre en a étonné plus d’un lorsqu’il a laissé entendre à un groupe socioculturel que la nouvelle affectation à son bureau de Mitradev Peerthum, ancien attaché de presse et journaliste, vise surtout à relayer les doléances d’une section particulière de la communauté mauricienne.

L’entourage du pouvoir a également du mal à expliquer le maintien à son poste de Veella Seenyen, conseillère de l’ancien Premier ministre, recrutée pour s’occuper des doléances des mandants de Sir Anerood Jugnauth avant que ce dernier ne parte pour la State House. Il en va de même de Jean-Mée Desveaux , recruté d’abord comme conseiller économique au ministère des Finances, désigné ensuite pour représenter ce ministère au sein de certains corps parapublics et qui reste membre de ces institutions lorsque Paul Bérenger passe du ministère des Finances au fauteuil de Premier ministre.

Plus récemment, Premlall Mahadeo, recruté comme directeur du National Heritage Trust Fund placé sous l’égide du ministère de la Culture, a atterri aux Finances après avoir eu maille à partir avec le président de son conseil d’administration.


Trouver chaussure à son pied


Les quatre ambassadeurs qui rentrent bientôt ne devraient avoir aucune peine à s’adapter. À l’instar de Ravin Lochun, ancien ambassadeur, nominé politique de surcroît, qui s’est vu confier le poste de conseiller diplomatique auprès de l’ancien ministre des Finances après avoir servi moins de deux ans dans une chancellerie. Il est, depuis, passé au bureau du Premier ministre.

Comme quoi, il n’est pas nécessaire d’être compétent dans un domaine précis pour trouver chaussure à son pied, la proximité politique pourra toujours vous transformer en expert polyvalent. Fini aussi le temps où les nominations des protégès politiques dans des ambassades soulevaient des tollés au Parlement.

Selon des informations fournies à l’Assemblée nationale à la fin de mars 2002, à la suite d’une interpellation du député Arvin Boolell, les différents ministères comptaient alors 123 conseillers. Moins d’une douzaine ont depuis changé d’air.

22 September 2003

Le Top Team de Bérenger connu

l'express du 22/09/2003

Le voile est levé sur la composition de l’entourage immédiat du futur Premier ministre, Paul Bérenger. Ses nouveaux collaborateurs seront répartis en trois équipes. Il s’agit des hauts fonctionnaires qui seront affectés au bureau du Premier ministre (PMO), des professionnels, qui auront un statut de conseiller spécial, et des conseillers politiques.

Quatre secrétaires permanents seront affectés au PMO. Les deux plus hauts fonctionnaires à ce bureau, Harry Ganoo et Suresh Chandre Seeballuck, respectivement secrétaire au cabinet et secrétaire aux Affaires intérieures sont maintenus à leur poste.

Toutefois, Harry Ganoo aura désormais un secrétaire permanent pour l’aider dans sa tâche. C’est Marie-Thérèse Jacqueline Brunel qui assumera cette responsabilité. Krishnawtee Beegun demeure le secrétaire permanent aux Affaires intérieures.

Vijaya Lutchmee Ramsamy est mutée au département du Private Office and Ceremonials. Elle s’occupera de l’agenda du Premier ministre au quotidien et de ses relations avec les institutions locales et étrangères. Nizam Bundhun sera le quatrième secrétaire permanent au PMO.

Parmi les special advisers qui seront appelés à épauler le nouveau Premier ministre, on relève les noms de Jean-Mée Desveaux , Kéwé Cheung et Vishnu Bassant qui étaient déjà à ses côtés au ministère des Finances. Deux conseillers de l’actuel Premier ministre, Sir Anerood Jugnauth, intègrent cette équipe. Ils sont Prem Nababsing et Tamas Saha.

Celui-ci aura la responsabilité spécifique du secteur des nouvelles technologies de l’information et des communications. Swalay Kasenally est nommé envoyé spécial du Premier ministre dans le Golfe. L’actuel secrétaire financier, Ayub Hussein Nakhuda, fera aussi partie de l’équipe des conseillers spéciaux.

Avec la nomination de Nakhuda au PMO, c’est Krishnanand Guptar qui assumera le poste de secrétaire financier. Il est actuellement le directeur des Finances publiques et, en cette capacité, il a participé activement à la préparation des deux derniers budgets.

L’équipe des conseillers politiques de Paul Bérenger reste largement inchangée. Marie-Josée de Robillard, Ravin Lochun, Deotam Santokhee et Issa Asgarally demeurent à leurs postes. Villa Seenyen, qui faisait jusqu’ici partie de l’équipe des proches collaborateurs de Sir Anerood Jugnauth, conserve un poste de conseiller au PMO. En revanche, Christian Ithier, conseiller en communication du Premier ministre sortant suivra celui-ci au Réduit.

La composition du nouveau cabinet ne sera connue qu’après la partielle de Rivière-du-Rempart qui aura vraisemblablement lieu le 21 décembre. 

31 August 2003

"La CTS va utiliser une vieille chaudière !"


Jack Bizlall, le président du Mouvement 1er mai, dénonce les accords signés entre le CEB et l'industrie sucrière. Selon lui, la Centrale thermique du Sud (CTS) va utiliser une vieille chaudière à St Aubin pour produire de l'électricité.

Muhammed HOSSENBACCUS
L’Hebdo du 31 août 2003

Est-il vrai qu'il y a actuellement des cadres qui travaillent sur un projet à la station de St Louis ?

 Il y a deux projets en chantier, dont l'installation de trois moteurs de 12 mégawatts à St Louis. C'est un projet sur lequel ont travaillé les haut cadres du CEB, à savoir le General Manager, le Production Manager et son adjoint.

On parle ici de Paul van Niekerk, Hebrard et Fakim. Ils ont proposé un projet au board of directors. On aurait dû entrer dans l'application, mais le gouvernement a apparemment confié l'étude du projet à Donna LeClair. Elle favorise la présence du secteur privé et de l'industrie sucrière dans le CEB. Je souhaite qu'il n'y ait pas manipulation des dossiers de St Louis. Je pense que les consommateurs doivent veiller à ce que ces dossiers ne soient pas détournés de leurs objectifs.

Mais qu'en est-il de la plainte de Norland Suzor ?

Depuis que Suzor a perdu son affaire, le champ est libre pour que le CEB signe un contrat avec la CTS. La plainte de Suzor comporte plusieurs aspects qu'il n'a pas soulevés en Cour, c'est très criticable. Le jugement de la Cour suprême est bon en principe, dans la mesure où Suzor était dans l'illégalité. Il ne peut pas venir en Cour et demander à ce que l'illégalité des autres soit condamnée.
Il était parti prenante d'un processus; il n'est pas passé par un tender ni par le Central Tender Board. Mais il faut réaliser que dans le document de Suzor, il y avait d'autres éléments sérieux - entre autres, la fiabilité de la Centrale Thermique du Sud. Suzor savait que le projet de la CTS n'était pas techniquement viable mais il n'a pas soulevé ce point là en Cour. Le management a refusé de nous dire si effectivement la CTS va installer une unité de production. Je tiens à souligner qu'il était inconcevable d'approuver un projet de cette envergure avec une boiler (chaudière) de seconde main.

Seconde main ?

Nous avons actuellement une situation où la CTS, qui s'est substituée à SUDS, va utiliser une vieille chaudière ! Elle a été démontée en Europe et transportée à Maurice. Elle est restée sans protection pendant plusieurs années dans la cour de St Aubin. Je trouve inacceptable qu'on compte quand même signer un accord avec la CTS.

Est-ce que vous comptez prendre des actions ?

Les travailleurs du CEB auront à s'organiser pour résister à la corporatisation et la privatisation. Pour s'opposer à la menace qui pèse sur 340 à 400 employés du CEB qui travaillent dans les stations. Le Mouvement 1er mai aura à mobiliser la population pour qu'elle ne paye pas l'électricité, en protestation contre les accords entre le CEB et l'industrie sucrière.

Avant, on pense à une campagne préliminaire : demander à la population de couper un jour d'octobre, de 20 heures à 20 h 15, l'électricité chez elle. Si une telle action est prise, le load va baisser considérablement en proportion avec le nombre de personnes qui adhéraient à ce projet. Alors nous pourrons organiser une grande manifestation en novembre avec le refus de payer la facture pour forcer le gouvernement à revoir son projet.

Que reprouvez-vous au CEB?

Je regrette amèrement qu'avec le contrat qu'on leur a accordé, ils remettent la main sur l'électricité, et qu'à travers le CEB, quinze familles s'enrichissent de façon inacceptable. Les bénéfices qu'elles vont tirer de la production d'électricité ne vont pas aller à l'ensemble des planteurs, mais uniquement aux quinze familles qui contrôlent les stations IPP, notamment Belle- Vue, FUEL, Beau-Champ, éventuellement St Aubin et SUDS. Et probablement, demain, l'usine de St Pierre et celle de Médine. On est en train de réinstaller ces quinze familles qu'on avait affaiblies à force de les combattre depuis les années 40.

Je constate que dans quelques semaines, on aura Paul Bérenger comme PM et que cet homme qui a tellement milité dans le passé contre l'oligarchie sucrière et en faveur de la nationalisation, va faire totalement le contraire de ce qu'il avait proposé dans les années 70 et 80. Les gens vont, quand même, accueillir sa nomination comme PM sur la base de ce qu'il a proposé dans le passé, alors que c'est le contraire aujourd'hui. C'est intellectuellement aberrant.

Bérenger a retourné sa veste de militant ?

Il y a quelque chose qui ne marche pas dans la société mauricienne. 

Est-ce que le gouvernement se laisse influencer par la Canadienne Donna Leclair ?

Jean-Mée Desveaux détient plus de pouvoir qu'un ministre parce qu'il est le conseiller de Bérenger et demain celui du PM. Il détient trop de pouvoir et je pense que c'est lui qui contrôle Donna Leclair. Cette dernière n'est pas une fonctionnaire du CEB mais une conseillère de Jean-Mée Desveaux. C'est l'exécutante de l'exécutant de Bérenger. Alan Ganoo n'a aucun pouvoir sur le dossier du CEB.
D'après mes informations, Donna LeClair était venue au CEB comme cadre et puis graduellement Jean-Mée Desveaux lui a demandé de soumettre des papiers d'analyses pour le besoin du ministère des Finances. Elle a délaissé ses responsabilités au CEB et elle a commencé à écrire des documents uniquement pour le ministère des Finances.

Revenons à Leclair. Est-ce que vous connaissez le "background" de cette dernière ?

Donna Leclair a une mentalité et une façon de faire qui ne sont pas conformes à notre manière de voir les choses dans le pays, d'où le clash. Les étrangers commencent à atterrir dans le pays. Je pense que le gouvernement actuel, Bérenger surtout, favorise le recrutement des étrangers. Graduellement, à la tête de nos corporations et dans le service civil, nous aurons des étrangers. A la douane, cela crée déjà des problèmes. A l'ICAC, on sait quelle est la situation. Mais je pense qu'il ne faut pas trop tomber sur Donna Leclair. C'est un choix du gouvernement de la recruter. Il faut revoir la politique de recrutement des étrangers. La loi mauricienne ne favorise pas leur recrutement quand nous avons des cadres formés pour assumer ces responsabilités. La loi prévoit que si nous récrutons un étranger, qu'il forme un counter part pendant une période de deux ans et qu'il y ait passation après.

Il y a des rumeurs sur une "Australian connection" à Maurice...

Cela ne m'étonnerait pas. Jean Mée Desvaux est avec le MMM depuis longtemps. Il était conseiller à l'époque où Ramgoolam était PM. Il est ensuite parti à Madagascar et puis il est retourné. C'est quelqu'un qui est organiquement lié au MMM. Emotionnellement et économiquement à Bérenger. Il contrôle Bérenger car ce dernier n'a pas la formation nécessaire pour s'occuper des dossiers techniques. Chacun dépend de l'autre.

Jean-Mée Desveaux est-il si important que ça ?

Paul Bérenger a été élu. Jean-Mée Desveaux n'a jamais été confronté aux élections. C'est pour cela que je lui ai dit que s'il a une vision pour l'île Maurice, qu'il démissionne comme conseiller et qu'il pose sa candidature aux élections. Il y aura des partielles à Rivière-du-Rempart, il pourrait bien être candidat là-bas. S'il pense que la 7 n'est pas appropriée pour lui, les élections générales vont venir dans deux ans. Qu'il ait le courage de se porter candidat et de ne pas se cacher derrière Bérenger comme il le fait actuellement.

Il y a eu une réunion tripartite. On peut savoir ce qui en ressort ?

L'Union of Employees of the Central Electricity Board (UECEB) avait demandé qu'une réunion tripartite soit tenue. Une réunion entre le syndicat, le CEB et le ministre Alan Ganoo a bien eu lieu. Le ministre est d'accord pour qu'un technical committee soit mis sur pied afin que les partis concernés puissent donner leur opinion. Ce technical committee a siégé en cinq occasions et le secrétaire de ce comité prépare présentement le rapport final devant être soumis au ministre.

Quelle a été la teneur des discussions ?

La corporatisation du CEB. Les trois syndicats reconnus au CEB et le management du CEB soumettront leurs points de vue respectifs à travers ce rapport. Le ministre devra nous rencontrer dans les semaines à venir et nous serons fixés sur cette corporatisation.

Le gouvernement va, semble-t-il, mettre en place un régulateur ?

Oui. Dans beaucoup de pays, il y a des régulateurs. Je pense qu'il faudrait un régulateur, qui pourrait régler les problèmes entre les consommateurs et le CEB, ce sera à l'avantage du CEB. Je sais que le régulateur aura à réviser les tarifs d'électricité chaque année. Cela voudrait dire qu'il y a une grande possibilité pour que finalement le régulateur soit un outil pour augmenter chaque année le tarif d'électricité. C'est dangereux. Les syndicats concernés ont soumis leur position sur tous les aspects concernant la corporatisation et la privatisation éventuelle du CEB.

07 August 2003

La cour rejette la demande de bloquer le projet St.-Aubin

l'express du 07/08/2003

Un jugement rendu par la Cour suprême hier ouvre la voie à la construction d’une nouvelle centrale thermique à St.-Aubin à un coût d’environ Rs 1,2 milliard. La demande faite auprès de la justice par un consortium mené par l’homme d’affaires Norland Suzor pour bloquer le projet a été rejetée par le chef juge Ariranga Pillay et le juge Keshoe Parsad Matadeen.
C’est en décembre 2002 que le Central Electricity Board (CEB) a lancé un appel d’offres restreint pour la construction d’une centrale de 30 MW. Après une évaluation des offres des deux soumissionnaires, le consortium SWE Fort-George Sugar and Power Ltd. et la Compagnie thermique du Sud (CTDS), un comité technique avait porté son choix sur cette dernière. Néanmoins la signature de l’accord (Power Purchase Agreement ) avec la CTDS a été suspendue en attendant que la cour statue sur la demande d’injonction du groupe Norland Suzor.

“Consumable goods”

Le jugement rendu hier rejette les deux principaux arguments avancés par les avocats de Norland Suzor, Mes Guy Ollivry et Reza Uteem. Ces derniers avaient soutenu que l’aval du Central Tender Board (CTB) était indispensable avant que le CEB n’aille de l’avant avec la signature de l’accord avec CTDS. Selon la cour, l’énergie électrique n’appartient pas à la catégorie des “capital goods” mais à celle des “consumable goods” , ce qui fait que le CTB n’a pas un droit de regard sur l’achat d’électricité.

Les plaignants avaient également soutenu que le projet d’accord peut être assimilé à une commande pour une centrale “clés en main” et qu’il est donc soumis à l’approbation du CTB. En effet, une clause de “buy-out”, prévue dans l’accord, stipule que le CEB se réserve la possibilité d’acheter la centrale et ses équipements au cas où une nouvelle technologie lui permettrait d’obtenir de l’électricité à un prix plus avantageux ailleurs. Les juges ont qualifié de “speculative” la thèse d’un achat hypothétique de la centrale évoquée dans le “buy-out option ” . De toute façon, fait ressortir le jugement, les plaignants ont seulement affirmé que cette option aurait pour but de contourner le Central Tender Board sans jamais faire des allégations de fraude, de corruption ou de mauvaise foi. Me Désiré Basset défendait les intérêts du CEB.

Il reste une étape à franchir avant la signature d’un accord avec CTDS. Un comité inter-ministériel, présidé par Guy Wong So, haut cadre du ministère des Services financiers, travaillera d’arrache-pied pendant les jours qui suivent pour examiner la question d’une garantie de l’Etat à CTDS. Il s’agit d’offrir au producteur d’électricité l’assurance que l’Etat paiera la facture de tout achat d’énergie fait à la centrale de St.-Aubin au cas où le CEB arriverait à faire faillite.

Nécessité d’une nouvelle centrale

Le dénouement juridique intervenu hier survient quelques jours après que le gouvernement a donné son feu vert à une proposition du CEB d’installation de nouveaux moteurs à St.-Louis. Cette solution a été retenue parce qu’une incertitude pesait sur la construction de la centrale de St.-Aubin dans les délais nécessaires. Des consultants sud-africains de PB Power avaient estimé que l’entrée en opération d’une nouvelle centrale de 30 à 40 MW était une nécessité absolue avant juillet 2005.
Jean Mée Desveaux, conseiller spécial du vice-Premier ministre et membre du conseil d’administration du CEB, confirme que si la date fatidique de juillet 2005 est atteinte sans que nous ayons une nouvelle centrale “le CEB ne pourra plus subvenir aux besoins énergétiques du pays durant les heures de pointe de 17 a 22 heures.” Or, la construction d’une centrale à charbon prend au moins deux ans, et au 31 juillet 2003 aucun accord n’avait encore été signé avec CTDS.
“Nous attendons le signal du CEB pour pouvoir signer le contrat pour l’achat de l’électricité. De notre côté, nous sommes prêts”, déclarait récemment Raymond Rivalland, administrateur d’Union St-Aubin. Cette sucrerie du Sud est l’un des principaux actionnaires de la CTDS. Les deux autres partenaires sont la Société industrielle pour le développement de l’énergie charbon et de la cogénération (SIDEC) de France et le Sugar Investment Trust (SIT). Pour sa part, le président du conseil d’administration du CEB, Swalay Kasenally, affirmait hier que le CEB n’attendait que le signal de la cour pour conclure les accords avec le sous-traitant.

01 August 2003

Le CEB sort un nouveau projet de son chapeau

l'express du 01/08/2003

Le cabinet examinera ce matin un projet de construction par le CEB d’une centrale thermique alors que celui du groupe privé mené par St.-Aubin est mis au frigo.

Une solution de fortune a été trouvée pour contourner l’obstacle juridique qui bloque le projet de construction d’une centrale thermique par un consortium privé à St.-Aubin. Le CEB compte installer lui-même trois nouveaux générateurs, d’une puissance totale de 36 MW à St.-Louis. Cette décision sera présentée au cabinet ce matin par le ministre des Services publics, Alan Ganoo.

La décision du CEB d’entreprendre une nouvelle activité de production va à l’encontre de l’annonce faite par le gouvernement que l’organisme parapublic ne s’occupera que de la transmission d’électricité désormais. C’est mardi que le conseil d’administration du CEB a pris connaissance d’un rapport, présenté par le directeur général, Paul Van Niekerk, et deux techniciens, au sujet de l’installation de nouveaux moteurs à St.-Louis. Un consultant sera désigné pour en faire une étude de faisabilité et un expert nommé pour préparer une étude de l’impact du projet sur l’environnement.

C’est en décembre 2002 qu’un appel d’offres restreint fut lancé pour la construction d’une centrale de 30 MW. Le Central Electricity Board (CEB) avait alors reçu des offres d’un consortium dirigé par Norland Suzor, la SWE Fort-George Sugar and Power Ltd, et de la Compagnie thermique du Sud (CTDS). Un comité technique avait retenu l’offre de cette dernière. Elle offrait le kWh à moins cher que son concurrent. Le CEB n’a cependant pas pu signer l’accord prévu avec la CTDS, un Power Purchase Agreement, parce que Norland Suzor a contesté en Cour suprême ce choix du CEB.

Outre l’action judiciaire, il y a un autre facteur qui a compromis les chances d’un aboutissement rapide de la signature d’un accord avec CTDS. Un comité inter-ministériel, présidé par Guy Wong So, haut cadre du ministère des Services financiers, et chargé d’approuver une garantie de l’Etat à CTDS, n’a toujours pas statué sur la question. Certains membres du comité seraient favorables au projet Suzor.

Si la solution de St.-Louis a été retenue, c’est parce que la construction d’une nouvelle centrale de 30 à 40 MW d’ici juillet 2005 est considérée comme une nécessité absolue. C’est du moins l’avis des consultants sud-africains de PB Power. Or, comme la construction d’une centrale prend au moins deux ans, et qu’au 31 juillet 2003 aucun accord n’avait encore été signé avec CTDS, son projet ne pourra pas se concrétiser dans les délais. Ainsi, si le CEB avait persisté dans son choix de ne pas se lancer dans de nouvelles unités de production, cela aurait bénéficié à Norland Suzor, dont le projet, à base d’huile lourde,nécessite moins de temps pour être opérationnel.



L’urgence de la situation

Pour Jean Mée Desveaux, conseiller spécial du vice-Premier ministre et membre du conseil d’administration du CEB, si la date fatidique de juillet 2005 est atteinte sans que nous ayons une nouvelle centrale “le CEB ne pourra plus subvenir aux besoins énergétiques du pays durant les heures de pointe de 17 a 22 heures”. Pour lui Norland Suzor, est un “sore loser” qui a fait appel a la cour pour gagner du temps. “Le candidat malheureux qui a saisi la cour peut, lui, arriver au jour, même s’il prend quatre ou cinq mois de retard de par la technologie qu’il a choisie.”

Le projet de St.-Louis, qui va à l’encontre de la politique du gouvernement, est une idée qui émane du département de la production du CEB. Les responsables de ce département n’ont jamais apprécié l’idée de confier la génération d’électricité au privé. Leur proposition “s’est toutefois avérée être une manne pour les décideurs”, affirme Jean Mée Desveaux. “Elle nous enlève une épine du pied” car autrement Suzor aurait été une option inévitable.

Jean Mée Desveaux regrette néanmoins une conséquence de la tournure des événements. “Depuis les dernières unités de Fort George dans les années 90, les gouvernements qui se sont succédé ont estimé que si le privé est disposé à investir dans l’infrastructure du pays, l’Etat ferait des économies qu’il pourrait canaliser vers des secteurs où le privé ne souhaite pas investir”. Le coût d’une centrale s’élève à environ Rs 1,5 milliard.

Pour autant, il souligne que le projet de St.-Louis a des avantages évidents. “Il y a d’abord la proximité du réseau du CEB car cela peut coûter près de Rs 100 millions pour une centrale de se raccorder au réseau. Ensuite il existe sur place le système de stockage de l’huile lourde. Enfin le CEB possède un terrain qui est un prime real estate pour ce genre de projet”. Malgré tous ces avantages, “et avec beaucoup d’hypothèses un tant soit peu over optimist, les analyses du projet de St.-Louis (avec des chiffres très approximatifs à ce stade) situent la compétitivité du projet au même niveau que celui du green field CTDS”, conclut-il.