JM et les chefs coutumiers de la République démocratique du Congo

22 June 2003

Affaire Suzor: Les documents qui incriminent

Bunwaree se dit victime d'un ''acharnement politique''. Ong Seng est aujourd'hui posté à Washington.

C'est sur la base des notes et correspon­dances consignées dans le dossier officiel par le "Senior Financial & Management Analyst" du ministère des Finances, que le Conseil des ministres a référé l'affaire du projet du consortium SWE Fort George Sugar and Power Ltd à la police. Seraient mis en cause : l'an­cien ministre des Finances, Vasant Bunwaree et l'ancien secrétaire financier, Philippe Ong Seng.

Par Rajen Bablee
L'Hebdo du 22 juin 2003

Le 4 août 2000, le Senior Financial et Management Analyst du ministère des Finances, Koomansing Dawonauth, rédige une correspon­dance à l'intention de Norland Suzor, Managing Director de SWE Fort Georges Sugar à Power Ltd. Elle porte la référence CF/50/10/50/40. Quatre clauses y figurent. Il y est précisé que par rapport au projet de raffinerie sucrière et de centrale électrique dans le port-franc, le ministère des Finances n'a aucune "objection in entering into a Project Implementation Agreement with your company with regards to the above project".

Dans la troisième clause, Koomansing Dawonauth pré­cise que le ministère veut bien inclure certaines provi­sions dans l'accord d'implémentation du projet. "We are, in principle, agreeable to the inclusion of the following key provisions".

La quatrième clause est la plus importante. La mise en application de l'accord néces­sitera l'aval du gouvernement. "The Project Implementation Agreement with SWE will be subject to Government approval". Cette clause sera le grain de sable dans le moteur du SWE de Norland Suzor. Selon nos recoupements, elle aurait provoqué une certaine réti­cence des agences de finance­ment que l'homme d'affaires avait sollicitées pour réaliser le montage financier de son pro­jet. C'est ainsi que selon la ver­sion de Koomarsing Dawoonauth , le 29 août 2000, alors que la campagne électorale battait son plein, les promo­teurs de SWE auraient sollicité le ministre des Finances d'alors, le Dr Vasant Bunwaree, et le secrétaire financier Philippe Ong Seng, afin que la dernière clause soit enlevée de la lettre du 4 août.

Toujours selon la version de Koomarsing Dawonauth, le secrétaire financier d'alors lui aurait demandé d'émettre une nouvelle lettre sans la clause qui gênait tant les démarches des promoteurs.

"CE SONT DES DIRECTIVES"

Le comptable, selon ses dires, aurait émis des réserves face à une telle directive. "Vous n'avez rien à craindre. Ce sont des directives. Le min­istre et moi-même nous allons l'approuver", aurait dit Philippe Ong Seng. C'est du moins la version de Koomarsing Dawoonauth.

Sur ce, il aurait officielle­ment consigné les directives de Philippe Ong Seng dans une "minute" que ce dernier aurait approuvée et signée. Toutefois, au lieu d'une lettre, le fonctionnaire devait en envoyer deux à SWE Fort Georges Sugar & Power Ltd. Les deux correspondances por­tent la même référence que celle du 4 août. L'une d'entre elles est en tout point sem­blable à celle du 4 août et fait référence à une lettre de Norland Suzor en date du 24 juillet 2000. Cependant, la quatrième clause n'y figure pas.

La deuxième lettre émise le même jour et portant la même référence, toujours signée par Koomansing Dawonauth, est en réponse à une lettre de Norland Suzor en date du 8 août 2000. Le Senior Financial Et Management Analyst du ministère des Finances est formel : l'ébauche du Project Implementation Agreement (PIA) est actuelle­ment à l'étude. Les facilités demandées par SWE ont des implications financières et légales importantes pour le gouvernement et tout accord entre le gouvernement et la compagnie SWE Fort Georges Sugar & Power Ltd sera sujet à l'approbation du gouverne­ment. "In view of the above, the proposed Project Imple­mentation Agreement between Government and SWE will be subject to Government approval".

Au ministère des Finances, l'on explique que le fonction­naire avait émis la deuxième lettre afin justement de protéger les intérêts de l'Etat con­tre une éventuelle réclamation sur la base de la deuxième let­tre qui omettait la clause con­cernant l'aval du gouverne­ment.

"La nouvelle lettre exigée par les promoteurs de la raf­finerie et la centrale ther­mique devait seulement être utilisée pour faciliter la réalisa­tion du montage financier auprès des agences étrangères. Il appartiendra maintenant à la police de décider à la lumière de leur enquête si les promoteurs et ceux qui avaient donné les directives à Koomarsing Dawoonauth n'ont pas commis des infractions au code pénal", nous a déclaré une source au ministère des Finances.

Dans les milieux proches de Norland Suzor, l'on récuse une quelconque entente délic­tueuse. "Il est peut-être vrai que cette clause a été enlevée pour faciliter la compagnie de Norland Suzor à convaincre les financiers, mais qu'est-ce que cela implique réellement ? Est- ce que le Dr Vasant Bunwaree aurait pu passer outre le con­seil des ministres pour avaliser personnellement un projet de cette envergure ? Cette clause vient simplement dire que l'ac­cord entre le gouvernement et la SWE se ferait seulement si le gouvernement était d'accord. Cela va de soi", affirme-t-on dans les milieux proches de Norland Suzor.

Dans ces mêmes milieux, on soutient que la clause impli­quant une garantie par le gou­vernement mauricien, telle qu'elle a été consentie pour le projet de centrale thermique et d'une raffinerie de sucre à travers le consortium SWE Fort George Sugar and Power Ltd, n'est pas unique. On cite la réponse du CEB à une question des soumissionnaires pour le projet de centrale thermique. A la question : "Will the Government of Mauritius guarantee CEB's obligation under the PPA ?", la réponse est : "The Ministry of Public utilities has informed the CEB that the Government of Mauritius has agreed, in principle, to guarantee CEB's obligations under the proposed Power Purchase Agreement (PPA). The Ministry of Public Utilities has further advised that the Governement's approval would have to be sought when the CEB's actual payment obligations in the final PPA are determined.''

Pour leur part, les proches de l'ancien ministre des Finances, le Dr Vasant Bunwaree, parlent d'une "manœuvre politique initiée pour embarrasser" ce dernier. Selon ces sources, l'actuel gouvernement était au courant de tout ce que contenait ce dossier depuis son arrivée au pouvoir en 2000. Elles trouvent "bizarre" que le dossier ait dormi dans les tiroirs durant quatre ans pour faire surface après que Norland Suzor eut contesté le choix du Central Electricity Board (CEB).

Selon un membre du conseil d'administration du CEB, c'est effectivement l'affidavit de Norland Suzor qui a tout déclenché. "En effet, c'est en consultant le dossier officiel que les hommes de loi chargés de défendre le ministère des Finances ont découvert la supercherie organisée dans le but de tromper des agences de financement", nous a-t-il déclaré.









09 June 2003

Eclairage sur les contrats du CEB

Jean-Mée Desveaux répond aux interrogations du syndicaliste Jack Bizlall concernant l'octroi du contrat pour la nouvelle centrale thermique.

L’express du 9 juin 2003
D'ici 2010, sept autres centrales thermiques, comme celle de Fort George (photo) devraient être construites.


Je reprends les soucis de Jack Bizlall sous forme de questions:

• L'industrie sucrière a-t-elle un rôle à jouer dans la production de l'électricité à Maurice ?

Nous avons établi précédemment qu'en ce qui concerne les producteurs privés d'électricité, le Central Electricity Board (CEB) s'est évertué, depuis presque trois ans, à tout faire pour obtenir le meilleur prix possible des Independent Power Producers (IPP) et des Continuous Power Producers (CPP). Nous pensions que notre interlocuteur partageait cet objectif. Mais, il devient clair que le meilleur prix n'est pas un critère satisfaisant pour Jack Bizlall. Il cite son opus magnum et réitère que ce qui le gêne au sujet de l'accord avec les IPPs c'est que "the CEB consumers are financing the sugar sector and contributing to the enrichment of the sugar magnates".

Pour suivre la logique de cette assertion, on doit comprendre le lien synergique entre la centralisation de l'industrie sucrière (IS) et la production d'énergie. La pression du prix mondial du sucre force l'IS à consolider ses moyens de production. Le prix préférentiel que nous recevons des Européens est plus que le double du prix mondial qui nous guette dans un avenir pas trop lointain. Donc la centralisation est inévitable pour la survie de l'IS. Elle repose elle-même sur la production de l'énergie.

Le Sugar Sector Strategy Plan (SSSP) le dit clairement : "Some 50% of the investments in a factory are linked to the boiler and turbo alternator. In the context of power generation, the investment costs for these equipments are amortised via the power purchase agreement. Consequently, the sugar factory obtains for free, steam and electricity required for efficient operation, in return, the power plant obtains bagasse for free."

A partir de là, nous faisons quelques constats : L'industrie sucrière emploie près de 15 000 personnes. Avec toutes ses composantes, elle représente 5,3 % du Produit intérieur brut (PIB) mauricien et fait entrer entre huit et neuf milliards de roupies par an en devises. Des accords mutuellement avantageux peuvent être obtenus entre l'industrie sucrière et le CEB pour la production de l'énergie électrique.

Mais, nous fait ressortir Jack Bizlall, si vous adoptez une telle stratégie, vous m'ôtez toute possibilité de voir réaliser mon rêve le plus cher : celui de mettre tous les magnats de l'industrie sucrière sur la paille ! Qu'importe les facteurs susmentionnés. Empêcher un milliardaire de s'appauvrir ; pire, lui permettre de s'enrichir n'a aucune excuse même si le résultat final est l'enrichissement global de l'économie. C'est là où la réflexion de l'idéologue et celui de l'économiste divergent fondamentalement.

Pour ce dernier qui n'attend pas à ce que l'industrie sucrière fasse preuve d'altruisme, il s'agit seulement de s'assurer que le deal soit effectivement mutuellement avantageux.

Je plaide donc coupable quand Jack Bizlall accuse : "Jean-Mée Desveaux ignore délibérément l'élément idéologique et s'attache uniquement aux aspects économiques." Comme il est friand de saints, je lui citerai saint Paul : "Quand j'étais enfant je raisonnai comme un enfant, mais maintenant que je suis un homme, je raisonne comme un homme."

 Pourquoi le CEB a-t-il été "exclu de l'appel d'offres"?

La réponse précédente pourrait laisser croire que le CEB est parfaitement capable de subvenir à ses besoins d'unités de production et qu'il fait une fleur à l'industrie sucrière en la laissant développer des centrales à sa place. La réalité est tout autre. Le vrai win-win provient du fait qu'alors même que la production de l'électricité par l'industrie sucrière lui permet de se refaire une santé, cela se passe au moment même où le CEB est acculé financièrement.

Une centrale coûte environ Rs 1,5 milliard, c'est-à-dire plus que le prix de la Cyber Tower et de son infrastructure. Après la centrale qui se discute en ce moment et qui sera prête en 2005, il faudra au CEB deux unités en 2006 et une chaque année jusqu'en 2010. Cela fait Rs 10,5 milliards qui dépasse le coût du métro léger.

Le CEB peut-il se permettre une telle dépense ? La question fut posée à Jack Bizlall à la radio, me dit-on, et il a répondu que cet argent peut être trouvé. Il a, semble-t-il, postulé l'existence de bailleurs de fonds qui seraient prêts à prêter de l'argent au CEB pour la construction de nouvelles centrales électriques. Comme il ne peut comprendre le rôle pourtant évident de ceux qui veulent assainir le CEB et demande leur départ, je lui promets ceci. Le jour où Jack Bizlall apporte au CEB un bailleur de fonds sérieux (BEI, KFW, AFD, BAD, BADEA, Kuwait Fund, OPEC Fund, DBSA, CHINA Exim, INdia EXim, etc.) qui s'engage formellement à lui prêter de l'argent pour la construction d'une seule des sept centrales électriques qu'il nous faut jusqu'à 2010, je lui promets de lui présenter mes excuses et de ne plus jamais m'occuper de ce dossier.

Arrête rêver Kamarad ! Le dernier Annual Report lui apprendra que sur des dettes de Rs 989 millions que devait le CEB au gouvernement, des instalments de Rs 198,5 millions étaient dus en 2001 que le CEB n'a pu honorer. A la fin de 2001, la dette totale du CEB s'élevait à Rs 5,6 milliards dont Rs 4,3 milliards en generation assets. Le repaiement de cette dette en 2001 s'élevait à Rs 838 m. L'état de la situation qui s'était amélioré cette année replonge à Rs 810 millions de déficit l'année prochaine pour atteindre, une nouvelle fois, un déficit de Rs 1,5 milliard en 2006. Quand vous avez un secteur privé, qui se trouve dans une situation cornélienne où il est de son intérêt de vous éviter de nouveaux investissements, il ne reste, à tout homme sensé, qu'un seul souci, celui de s'assurer que the price is right. D'où notre brief au CEB.

Comme le réalisme économique de Jack Bizlall le pousse à vouloir payer les investissements du CEB des deniers publics plutôt que de permettre à l'industrie sucrière de reprendre son souffle en investissant dans ces centrales, je le référerai à un principe qu'il ne rencontrera pas dans l'analyse du capitalisme de Paul Sweezy ; c'est une petite perle qui pourrait changer le cours de sa réflexion économique et qui s'intitule l'opportunity cost.

Le gouvernement pourrait effectivement emprunter ces Rs 10,5 milliards qui viendraient ainsi s'ajouter à notre sovereign debt. Le debt servicing n’est que de Rs 8,4 milliards annuellement, ce qui représente le quart du Government recurrent expenditure. Cela veut dire que le quart de chaque roupie que dépense le gouvernement dans son budget récurrent va au repaiement de la dette. C'est donc 25 sous de chaque roupie que nous enlevons en termes de médecins de nos hôpitaux, de professeurs de nos écoles, de maisons de vieux, de Information Technology Training etc. Quand notre interlocuteur répond de façon péremptoire : "Casse éna !" c'est à cet argent-là qu'il se réfère. La question essentielle à laquelle Jack Bizlall se doit de répondre est celle-ci : "Jusqu'où êtes-vous disposé de grever la roupie des dépenses gouvernementales pour assouvir votre passion idéologique ?" Une nouvelle école coûte environ Rs 75 m. Un hôpital nous coûte environ un million par lit. Le petit pactole que vous voulez faire dépenser au gouvernement à la place du privé équivaut donc à 140 nouvelles écoles ou à 10 500 lits ; six Midlands Dams ou tout un métro léger avec Rs 3,5 milliards de small change. Opportunity cost, mon cher Jack !

• Les contrats sont-ils sacro-saints et doivent-ils être rendus publics ?

En ce qui concerne les contrats déjà négociés, il est clair que Jack Bizlall est prêt à faire de Maurice une république bananière en remettant en cause des contrats en bonne et due forme. C'est un choix de société que je lui accorde.

La nouvelle équipe au CEB ne peut divulguer la teneur des contrats du passé là où la loi ne le permet pas. Conspiracy theory mis à part, il y a des clauses commerciales qui sous-entendent tout contrat de ce genre. Les investisseurs ne sont pas intéressés à ce que ces informations tombent entre les mains de leurs concurrents. Les Power Purchase Agreements ne sont jamais au grand jamais publiés dans les pays développés pour ces raisons. Comme Jack Bizlall démontre un faible pour le candidat malheureux, peut-on lui rappeler que c'est dans cette même logique commerciale que le CEB a refusé d'accéder à la requête de la Société usinière du Sud (SUDS) qui avait officiellement demandé que soit divulguée l'offre financière de son concurrent.

Cela dit, les clauses de confidentialité ayant effectivement l'effet de donner un halo conspirateur à une démarche commerciale, je conçois très bien que le Board du CEB demande au Auditor General de parcourir ce document en vue de faire un résumé des points saillants pour le Conseil des ministres, ce qui n'a jamais été fait jusqu'ici.

• Y a-t-il eu appel d'offres ? Les candidats ont-ils été traités avec « fairness » ? Si oui, pourquoi permettre l'usage de vieilles chaudières ?

Les termes Request for Proposal (RFP) et appel d'offres sont pratiquement interchangeables dans la mesure où tous deux sont des moyens de faire du public procurement. Alors que l'appel d'offres se cantonne généralement au marché de biens, le processus d'achat d'électricité se pratique à travers un RFP. Si Jack Bizlall nie cela, il nie l'évidence.

Il y avait parmi ceux qui se sont penchés sur le modus operandi de ce RFP, deux camps bien tranchés. Un groupe au sein du Steering Committee (SC) était tout bonnement en faveur de l'octroi du contrat à SWE (projet Suzor). Je suis on record pour avoir opposé cette manoeuvre pour les raisons qu'on a pu lire durant l'interview. Je ne voyais pas en quoi le consommateur mauricien serait mieux loti à faire du grés à grés avec Monsieur Suzor qu'il n'était à le faire avec les barons du sucre. Sans concurrence, l'un comme l'autre nous aurait coûté la peau des fesses. Je penchais vers l'autre extrême, celui de permettre à toutes les parties intéressées (locales et internationales) à participer au RFP. Le Chairman du SC a consulté le gouvernement en vue de préciser les attributions de ce comité à cet égard et il a été informé qu'en raison du facteur temps, il était préférable de s'arrêter aux trois candidats qui jusqu'ici, sous une forme ou une autre, avaient montré de l'intérêt pour un tel projet. Cette compétition restera une première dans nos annales pour l'energy procurement.

Mais Jack Bizlall ne cesse de me surprendre. "Les dés étaient pipés" dit-il "parce qu'on a permis à St-Aubin d'utiliser des équipements de seconde main". Voyons cette argumentation. Admettre des critères au sein du RFP qui annuleraient automatiquement l'un ou l'autre des candidats relèverait tout simplement d'une volonté scélérate de court-circuiter le processus de compétition. Ainsi, une soudaine passion pour la bagasse exclurait le SWE d'office; si certains avaient voulu descendre ce candidat, c'est à ce niveau que ce sombre dessein se serait révélé. Les notes of meetings sont là pour démontrer que ce ne fut jamais le cas. Par contre, c'est là que certains malins ont concocté le besoin de ne voir en lice que des équipements neufs pour des raisons évidentes. Tout le monde savait depuis des années que l'Union St-Aubin avait acheté une chaudière d'occasion. C'est cette même chaudière qui allait être utilisée quand la SSSP note en 2000 qu'une des prochaines centrales serait celle de St-Aubin. Beau-Champ avait aussi fait le choix d'équipements d'occasion achetés de la Réunion. Forcer St-Aubin à acheter une chaudière neuve aurait été, de facto, le forcer à majorer le prix auquel il offrirait son électricité au CEB. Etait-ce là le but du CEB qui n'achetait ni chaudière ni centrale et qui ne voulait, en fin de compte, obtenir qu'une seule chose : le meilleur prix de l'électricité pour le consommateur. C'est Jack Bizlall, le pourfendeur des magouilleurs, qui vient dire aujourd'hui qu'on aurait dû tomber dans cette magouille pour rendre la vie facile au candidat que certains avaient déjà choisi et qui allait, la preuve en est faite, faire le consommateur payer plus cher son électricité. Jack Bizlall est tout triste aujourd'hui qu'une chaudière de seconde main offrira un des prix de fonctionnement les plus compétitifs de notre grid ! On aura tout vu.

J'avais posé une question à Jack Bizlall dans mon interview. Il l'a esquivée. La morale de l'histoire serait-elle que St Jack n'était qu'un leurre. En tant que citoyen d'un pays étouffant sous le poids de la corruption, j'avais mis beaucoup d'espoir dans cet homme. Si le sel s'affadit, avec quoi le salera-t-on?

•Le document d'appel d'offres n'accorde-t-il aucune valeur à la bagasse ?

Le document est catégorique : Il offre 16 sous par kWh pour la bagasse en accord avec la politique gouvernementale. Rien de change donc de ce côté, le RFP n'a nullement enlevé la bagasse transfer price de l'agriculteur. Le grief des IPP est qu’il ne suffit pas de payer l’agriculteur. Un paiement devrait être fait, selon eux, à la centrale pour brûler cette bagasse qui ne lui coûte rien. Puisque nous voulons aérer ce débat, il s'agit de comprendre ce qui se passe. Je le disais lors de l'interview et le répète. Une bagasse qui est déposée devant la porte de la Centrale thermique et qui n'a aucune autre vocation que d'ensevelir sa centrale ne devrait pas être remunerée. Son economy cost est alors zéro alors que son financial cost est les Rs 0,16 que le CEB paye aux planteurs. L'actionnaire de la centrale ne peut être à ce point anti-patriotique de préférer brûler le charbon pour lequel le CEB doit lui payer un pass through cost plutôt que de brûler une bagasse gratuite qui permet au CEB d'économiser sur l'utilisation du charbon. Ceci est clair.

Là où les choses se compliquent c'est que rien n'est statique dans la vie. Au fur et à mesure que la centralisation se poursuit, il y aura de moins en moins de bagasse qu'on voudrait jeter au-delà des brisants. Un jour arrivera où pour construire une nouvelle centrale IPP bagasse charbon (roulant toute l'année avec la bagasse en coupe et le charbon en entrecoupe) il faudra se servir de la bagasse utilisée par les Continuous PowerProducers (CPP) qui ne produisent qu'à partir de la bagasse en coupe). Il est évident qu'aucun agent économique rationnel ne fermera une centrale CPP où la bagasse est payée le fameux Rs 1,32/kWh pour alimenter un IPP où il n'est pas payé un sou sur cette même bagasse.

Contradictions ? Pas du tout. La bagasse qui avait jusque-là un economic cost de zéro acquiert avec cette pénurie une valeur économique de Rs 1,32. Elle a dorénavant une utilité alternative dans les centrales CPP et il faudra donc se pencher sur son financial cost qui ne peut plus rester à Re 0,16/kWh.

La question est de savoir quand nous serons à ce stade où toute nouvelle centrale bagasse charbon devra automatiquement amener à la fermeture d'une CPP donc à un manque à gagner de Rs 20 millions annuellement pour la compagnie en question. Ici les intérêts divergent ; il est de l'intérêt de l'IS de nous dire qu'on y est déjà alors que le CEB gagnerait à dire le contraire. Il est heureux que cette question peut être répondue de façon fiable par la Sugar Authority.

Quel prix donner à cette bagasse à ce moment-là ? Il ne faut pas revenir au fameux "avoided cost principle" qui a, dans le passé, mené à jauger la bagasse avec l'aune de l'huile lourde. Cet excès avait, on se rappelle, poussé le prix des CPP à Rsl,68 kWh. Jauger la bagasse avec le "avoided coal cost" pourrait mener au même excès. La solution à ce problème est simple.

Laisser le marché trouver un equilibrium price pour la bagasse. Seule la compétition entre les sucriers pour les prochaines centrales permettra de baisser au minimum la prétention du prix de la bagasse. Entre Re 0,16 kWh et Rs 1,32 KWh, il y a toute une palette de prix que seul le marché devrait déterminer.

Comme c'est le point final de ce débat en ce qui me concerne, il serait intéressant de faire ressortir que ce n'est pas très ingénu de la part de SUDS de faire appel au principe de zero bagasse value pour motiver son choix de charbon pour la nouvelle centrale. Ce choix technique qui était tout à fait légitime dans le contexte du RFP, provenait du fait que la chaudière existante ne pouvait tout simplement pas assurer au CEB les 30 MW minimaux en produisant l'électricité de la bagasse durant la coupe. Dire le contraire c'est vouloir précipiter la conclusion du débat au sujet du prix de la bagasse.

02 June 2003

Jack Bizlall : Que la lumière soit faite sur le CEB

JACK BIZLALL RÉPOND 
A JEAN-MÉE DESVEAUX

L’express du 2 juin 2003

La production de l’électricité par des opérateurs privés continue de susciter une vive polémique. Après les explications du conseiller spécial du Vice Premier Ministre sur les contrats signés avec les sucriers par rapport à la co-génération, Jack Bizlall réitère sa demande pour une commission d’enquête.

L'INTERVIEW de Jean-Mée Desveaux publiée dans l'express du lundi 25 mai 2003 est un véritable roman-fleuve. Mais il ne donne aucune réponse aux trois questions fondamentales posées dans le document (de 14 pages) publié par le Mouvement Premier Mai pour dénoncer ce qui se passe au CEB.
Ce n'est pas pour autant une interview pour rien dans la mesure où on a pu faire parler Jean-Mée Desveaux. Et a, en sus, confirmé une chose : c'est lui le P.-d.g. du CEB.

En termes de personnalité, Jean-Mée Desveaux dépasse de loin son guru sur le plan de l'esquive et de l'arrogance. Passons ! Il insiste qu'il oeuvre dans l'intérêt du CEB. Je lui demande donc de prouver que tel est le cas en répondant aux questions que j'énonce plus loin.

Les IPP : les taureaux de Boolell (père)

Il dit vouloir empêcher le CEB d'être une vache à lait. Voyons les faits. Il est écrit dans le document soumis à la presse par le Mouvement Premier Mai, en parlant de l'accord avec les Independent Power producers all year round bagasse charbon (IPP): "The formula was construed in such a way that at the end  of the day it is the CEB consumers who are financing the Sugar Sector and contributing to the enrichment of the sugar magnates, interalia, Antoine Harel, Jacques (Jacky) Harel, the de Rochecouste, Cyril Lagesse, the Spéville, Arnaud Dalais, Patrick Ducray, Patrick Guimbeau, Eric, Gilbert, Hector et Roger Espitallier Noël, etc." Les noms cités sont ceux des plus gros actionnaires des anciens et du nouveau IPP. Ils sont des milliardaires.

Jean-Mée Desveaux critique tout ce qui a été fait par l'ancien gouvernement. Il constate que l'industrie sucrière "serait tentée de chercher un substitut mauricien pour la vache à lait européenne disparue (les préférences de Lomé) ". Il est d'accord que ce "serait une parfaite redistribution des richesses nationales dans le mauvais sens". Il admet que "le mode d'octroi de ces contrats avait augmenté son inquiétude". Bref, il me donne raison sur toute la ligne et déclare que nous sommes sur la même longueur d'onde et que nous avons les mêmes objectifs.

Alors que Le Mouvement Premier Mai milite pour que les contrats des IPP soient rendus publics et que la formule d'achat d'électricité par le CEB soit révisée à la baisse, il ne parle pas dans son interview de ces deux aspects fondamentaux de nos inquiétudes à nous, les consommateurs, et compte signer dans le dos de tout le monde un autre contrat de nature IPP avec Société Usinière du Sud (SUDS).

Question 1. N'est-il pas dans l'intérêt du public et de la démocratie et dans le respect des droits des consommateurs que les contrats IPP soient rendus publics ?

Question 2. Si l'ancien gouvernement a signé un accord contre l'intérêt du pays et des consommateurs, n'est-il pas dans l'intérêt du public que ces contrats soient renégociés et, au cas contraire, dénoncés?

Il me demande implicitement de le soutenir dans son action et de croire qu'il est en train, depuis trois ans, de s'opposer à l'enrichissement des "oligarques et autres magnats du secteur sucrier". La formule qui sera adoptée pour SUDS sera-t-elle différente ? Personne ne peut le dire. Ni même la direction du CEB. (Voir le tableau de sa Financial Projection 2003-2006 plus loin.) C'est pour cela que j'ai demandé, en tant que consommateur, à mon avocat attitré de réclamer en cour un Judicial Review des contrats IPP actuels et de bloquer la signature de tout contrat avec SUDS. Le public doit savoir qu'il existe une clause dans le contrat avec Belle-Vue que le CEB serait passible de poursuites judiciaires s'il rendait lui-même publique la formule.

Si Jean-Mée Desveaux est parvenu, dans ses négociations avec SUDS, à faire réduire le prix d'achat de l'électricité, c'est que nous payons bien cher les gabegies de l'ancien gouvernement. En tant que consommateur, c'est mon droit de savoir quelle formule sera utilisée dans le contrat avec SUDS pour fixer le prix d'achat d'électricité et le système de dépréciations des équipements. Entre autres.

• Question 3. Jean-Mée Desveaux est-il d'accord de rendre public le contenu du contrat avec SUDS avant qu'il ne soit signé ?

Le contrat avec St.-Aubin : un contrat alloué d'avance

Je maintiens qu'il n'y a pas eu d'appel d'offres dans le sens que nous le pratiquons à Maurice. Le Mouvement Premier Mai parle, dans son document, d'un "unsolicited offer  to Government for  the construction of a new power generation station" faite par Suzor. Suivie par opportunisme par d'autres compagnies. Plus de six. Toutes des unsolicited offers. Des directives ont été données par le gouvernement au CEB pour que seulement trois de ces entreprises soumettent leurs propositions. Pourquoi seulement trois ? Médine s'est retirée et attend son heure. Il ne restait que St.-Aubin et Suzor. Un véritable appel d'offres aurait permis à plusieurs entreprises d'entrer en compétition. Aussi intelligent que Jean-Mée Desveaux veuille paraître, ne réalise-t-il pas qu'en modifiant des conditions pour permettre à St.-Aubin de soumettre son offre en utilisant des équipements second hand, les dés étaient pipés ?

• Question 4. Pourquoi le CEB a-t-il été exclu alors que le projet de St.-Aubin concernait un ''coal fired station''?

Le Mouvement Premier Mai affirme que le CEB aurait fait de loin une meilleure offre. Que Jean-Mée Desveaux vienne prouver le contraire ! C'est pour cela qu'une deuxième action légale est envisagée par moi. Il y a dans toutes ces tractations vice de procédure dans l'appel d'offres allégué, usurpation des pouvoirs du CEB et de l'unfair competition.

Le contrôle sur la production d'électricité par le secteur privé : un danger potentiel sur tous les plans.
Le Mouvement du  Premier Mai maintient qu’on ne peut laisser au secteur privé le pouvoir de contrôler la production d'électricité. Pour des raisons politiques, économiques et de sécurité. Souvenons-nous que, quand l'année dernière les moteurs de Belle-Vue sont tombés en panne, il y a eu une coupure d'électricité générale dans le pays. Souvenons-nous du lock-out du secteur privé en 1979.

Par ailleurs, pouvons-nous accorder aux IPP tous les avantages possibles et laisser au CEB le soin de prendre charge du reste ? En sus des pannes de moteurs des IPP, le CEB sous-utilise ses effectifs et pratique le surinvestissement. Jean-Mée Desveaux délibérément ignore l'élément idéologique et s'attache uniquement aux aspects économiques sans se rendre compte que l'idéologie se construit à partir des analyses économiques et dans la défense d'intérêts économiques. Et ce technocrate décide de tout au CEB. D'où la nécessité qu'il soit dessaisi de ce dossier. Lui et Donna Leclaire. Cette dernière, qui est une employée du CEB, ne peut fonctionner indépendamment de la direction du CEB et ne recevoir des directives que de Jean-Mée Desveaux.

Question 5. Peut-il nous dire que la privatisation de la production d'électricité n'a aucun impact négatif sur le prix payé par le consommateur pour son électricité ? Dans l'affirmative, peut-il quantifier cet impact ? C'est-à-dire, combien le consommateur paye-t-il plus cher pour sa consommation d'électricité ?

Quand on lit l'interview de Jean-Mée Desveaux, on ne peut que conclure que c'est lui le P.-d.g. du CEB. D'ailleurs, le General Manager et le Chairman du CEB n'ont aucun pouvoir. Quant à Mme Donna Leclaire, elle ne travaille pas pour le CEB mais pour le ministère des Finances et pour Jean-Mée Desveaux. Il est important de revoir le fonctionnement du CEB dans la mesure où même le ministre Alan Ganoo n'a plus aucun pouvoir. Le pays est en train d'être dirigé par le VPM et ses conseillers.

Mais l'interview de Jean-Mée Desveaux est venue confirmer les critiques formulées depuis longtemps contre le CEB. Voyons certaines de ces confirmations :

• Tous les contrats octroyés aux IPP et aux Continuous Power Producer bagasse only during harvest (CPP) n'ont pas été faits à partir d'appel d'offres ! Jean-Mée Desveaux d'ajouter : "Aucune compétition n'a été instaurée pour mettre de la pression sur le prix offert par ces candidats afin d'obtenir un meilleur deal pour le CEB; aucun critère et aucune méthodologie ne furent élaborés auxquels les parties en concurrence devraient adhérer.’’

• J’avais dénoncé dans la presse l'année dernière le scandale des contrats CPP. Surtout l'aspect de leur payer sur la base de l'huile alors que les CPP utilisent la bagasse. Jean-Mée Desveaux a confirmé cela et a conclu comme moi que l'indexation sur l'huile lourde "n 'a rien à faire avec le coût de production de ces centrales". Alan Ganoo a exigé que le prix soit réduit à Re 1,30. Il faudra que les CPP remboursent le CEB. Le prix fixé était de Re 1 en 1996. Il est passé à Re 1,70 en 2001 pour ensuite être réduit à Re 1,32 en 2002. C'est du vol organisé. On ne peut laisser les capitalistes arnaquer le peuple.

• Il n'y a pas eu d'appel d'offres pour le nouveau contrat IPP mais un "Request for proposals" soumis à trois candidats ! Je maintiens que la loi de la jungle a continué. Le même jour où le Board du CEB se réunit pour décider qui, de St.-Aubin et de Suzor, doit obtenir ce contrat, je suis invité en tant que représentant de l'UASI à une réunion à Britannia, organisée par SUDS. Les représentants de SUDS nous informent que Savannah, Union St.-Aubin, Riche-en-Eau et Mon-Désert-Mon-Trésor (toutes des compagnies) avaient transféré leurs biens et leurs employés à la société SUDS en prévision de la  construction d'une centrale électrique à St.-Aubin; qu'une fois le contrat avec le CEB signé, il serait suivi par la fermeture de Mon-Désert-Mon-Trésor et Riche-en-Eau. Le plus troublant est que c'est St.-Aubin qui fait une unsolicited offer et ce sont quatre compagnies sucrières qui vont tirer des bénéfices. Les magnats de l'industrie sucrière sont comme des douves.

• En ce qui concerne les take or pay provisions dénoncées par moi depuis l'année dernière, Jean-Mée Desveaux confirme: "A cause de cette clause contraignante, le CEB doit, à certaines heures, réduire la production de ses centrales plus qu'il n'est économiquement raisonnable de le faire dans le but de laisser la place à l'énergie contractuellement achetée de certaines centrales." Et c'est le consommateur qui paye pour de telles erreurs. Au lieu de résilier les contrats IPP, Jean-Mée Desveaux de déclarer: "Il est préférable pour un pays d'économie libérale comme le nôtre de vivre avec un ou plusieurs mauvais contrats plutôt que de cesser d'honorer les contrats signés par le gouvernement en vue d'améliorer post hoc les conditions qui s'y trouvent". Et Jean-Mée Desveaux veut nous faire croire qu'il va changer les choses.

Il existe d'autres aspects importants dans l'interview de Jean-Mée Desveaux qui révèlent des choses plus que troublantes. Le secteur sucrier est en train de voler tout le monde. Je dis merci à Jean-Mée Desveaux d'avoir confirmé tout ce que Le Mouvement Premier Mai a avancé dans ses dénonciations.

Il me dit qu'il poursuit le même objectif que moi. C'est pour cela que je le sollicite de soutenir ma demande pour une commission d'enquête sur le CEB. Quant à son rôle et à celui de Mme Leclaire, tant que tous les accords qu'ils sont en train de négocier ne seront reconsidérés, il faudra insister qu'ils soient dessaisis de ce dossier. Je suis en train, au fond, d'opposer St.-Aubin à Saint Thomas. Je ne crois pas en leur bonne foi.

26 May 2003

‘’Empêcher le CEB d’être une vache à lait’’


QUESTIONS A JEAN-MÉE DESVEAUX, SPECIAL ADVISER, MINISTÈRE DES FINANCES

Propos recueillis par
Raj MEETARBHAN
L’express du 26 mai 2003


 • Jack Bizlall a demandé votre retrait du board du Central Electricity Board (CEB). Comment réagissez-vous à cela?

 -Jack Bizlall m'étonne et me déçoit. Voilà quelqu'un qui veut éradiquer la corruption dans le pays mais il tire en premier sur ceux qui ont le même objectif que lui sans s'être donné la peine de se renseigner correctement sur ce dossier complexe. Jack Bizlall s'inquiète que le consommateur mauricien ne soit pénalisé par des contrats trop juteux entre les fournisseurs privés d'électricité et le CEB. Ceci est intéressant car, sans partager l'analyse marxiste de Jack Bizlall sur les "oligarques et autres magnats du secteur sucrier’’, non seulement je partage son inquiétude mais je m'évertue depuis bientôt trois ans à m'assurer que ce scénario ne se produise pas sur le terrain. Mon inquiétude est basée sur une analyse économique et non sur une idéologie. Une industrie sucrière qui voit le prix préférentiel de son sucre approcher inexorablement du très faible prix mondial avec la disparition des préférences de Lomé serait tentée de chercher un substitut mauricien pour la vache à lait européenne disparue. Vu du point de vue national, c’était une perspective peu réjouissante pour la santé de l'économie aussi bien que pour l'équilibre socioéconomique du pays. Ce serait une parfaite redistribution des richesses nationales dans le mauvais sens. Le mode d'octroi de ces contrats avait augmenté mon inquiétude.

 • Comment avez-vous fait pour éviter ces dangers ? 

- Le VPM m'avait saisi du dossier électricité au sein d'un comité interministériel, ce qui explique mon intérêt pour l'électricité. Quand vint le premier test du gouvernement en matière énergétique, la stratégie était donc déjà toute prête. Le document de Mauritius Sugar Authority intitulé le Sugar Sector Strategic Plan (SSSP) fut publié en mai 2001 couvrant la période 2001 à 2005. Ce document suggère ceci : "The CEB could accommodate two further firm power supplies from the sugar industry by 2005’’. Une de ces centrales, nous dit le SSSP, serait à Union St-Aubin (USA) tandis que l'autre serait à Médine. Le SSSP fait d'autres projections pour une demi-douzaine d'autres centrales bagasse-charbon. 

Ce qu'il faut retenir ici, c'est que Union St-Aubin que la SSSP préconise comme prochaine centrale à mettre sur pied avant 2005 est grosso modo le même groupe qui a remporté le Request for proposals du CEB ; les mêmes chaudières étaient impliquées dès le départ. Donc, l'USA aurait eu son aval du SSSP depuis deux ans et sans concurrent pour le forcer à donner le meilleur prix au CEB.

Je fis ressortir au VPM qu'on ne maîtrisait pas suffisamment le cost-benefit analysis de ce que nous apportait l'industrie sucrière en matière énergétique pour aller de l'avant à l'aveuglette. Je voyais déjà qu'un exercice d'appel d'offres comme cela se pratique dans tous pays avancés pour le procurement of electricity devrait avoir lieu. Mais préalablement, il nous fallait définir le rôle de l'industrie sucrière au sein de notre politique énergétique. Seule une étude professionnelle dans ce sens pouvait répondre aux questions qui se posaient. Quand le Cabinet donna son aval au SSSP, la décision fut prise de mettre les deux centrales d'Union St-Aubin et de Médine au frigo jusqu'à ce que le gouvernement obtienne l'étude détaillée de la situation que j'avais préconisée.

 • Comment cette étude allait-elle éclairer votre lanterne?

 -Les auteurs de cette étude, Parsons and BRickenhoff Africa (PB Power) furent chargés de faire un Audit of Optimal Generation Capacities in Mauritius. Deux des questions cruciales sur lesquelles s'est penché cet audit étaient: Determine the most appropriate form of power generation for expanding the Mauritian generation system ; What is the next type of generation units that should be introduced to Mauritius and when ?  Les questions posées démontraient clairement la philosophie du gouvernement. Il y eut là un changement subtil de l'approche gouvernementale vis-à-vis de l'industrie sucrière. Partant du principe des années 90 de "save the Sugar Industry at any cost", ce qui aurait pu impliquer des cross subsidies des consommateurs à l'industrie, nous étions parvenus à trouver une balance qui pourrait être décrite comme : Accommodate the needs ofthe sugar industry in a difficult international environment as far as such needs are compatible with the economic well-being of the country as a whole. Je me souviens même que le vice-Premier ministre avait élaboré ce principe au cours d'une réunion avec le secteur privé à Clarisse House vers fin 2000. Est-ce la peine de demander si un gouvernement ou un conseiller à la solde de l'industrie sucrière agirait ainsi ? Mais ce n'est pas tout.

• II y a donc un changement de philosophie. Quelles autres initiatives allaient démarquer la nouvelle administration du CEB?

- Quand la nouvelle équipe arriva au CEB, nous fûmes confrontés à une bavure monumentale de la part de l'équipe précédente. Ces mêmes officiers qui avaient jusque-là négocié tous les contrats passés entre le CEB et l'industrie sucrière avaient, dans un paroxysme de sagesse, trouvé que le prix de l'électricité produite par les centrales bagasse (CPP-coupe seulement) devrait être indexé au prix de l'huile lourde, qui n'a pourtant rien à faire avec le coût de la production de ces centrales. Le prix payé par le CEB pour l'électricité produite par ces centrales était sorti d'environ une roupie le MW en 1996 pour atteindre Rs 1,68 (augmentation de près de 70 %) en 2001. Cela faisait que l'électricité de ces centrales devenait plus coûteuse que celle produite par les IPP (all year round), ce qui était un non-sens technique et économique. L'équipe de négociation du CEB parvint, malgré ce contexte extrêmement défavorable, à faire l'industrie sucrière accepter le nouveau coût de Rs 1,30, près de 25 % en faveur du CEB. Du beau travail dont on est fier. Savez-vous qui a mené ces négociations ? Donna LeClair dont Jack Bizlall veut aujourd'hui dessaisir du dossier électricité parce qu'elle est "financée par les barons sucriers". Si, dû à mon manque de maîtrise d'un dossier, j'avais commis une injustice aussi infecte que celle-là, l'honnêteté intellectuelle m'aurait forcé à m'excuser platement. Jack Bizlall est réputé pour avoir un système de valeur très développé ; son comportement confirmera bientôt, et de façon irréfutable, si cette réputation est méritée.

• Des allégations ont été faites à l'Independent Commission against Corruption (Icac) contre la façon dont le groupe St-Aubin vient d'obtenir le contrat pour la production de 30 à 40 MW. Etes-vous satisfait, au CEB, que l'exercice s'est déroulé correctement ?

- Absolument. Regardons d'abord le côté ubuesque de la situation. De 1996 jusqu'à l'exercice en cours, il y a eu du côté gouvernemental, un groupe de fonctionnaires qui se sont assis et ont octroyé aux propriétés sucrières pas moins de neuf Power Purchase Agreements (PPA) : Beau-Champ, FUEL et la centrale thermique de Belle-Vue (CTBV) parmi les IPP (all year round bagasse-charbon) et Riche-en-Eau, Savannah, Union St-Aubin, Mon-Trésor-Mon-Désert, Mon-Désert-Alma et Mon-Loisir parmi les CPP (bagasse en coupe seulement). Ces exercices n'ont connu aucun appel d'offres, de Request for proposal; aucune compétition n'a été instaurée pour mettre de la pression sur le prix offert par ces candidats afin d'obtenir un meilleur deal pour le CEB; aucun critère et aucune méthodologie ne furent élaborés auxquels les parties en concurrence devraient adhérer. Pourtant, les revenus annuels (2001) en jeu étaient de taille : Rs 584m pour CTBV, Rs 263 millions pour FUEL, Rs 164m pour Beau-Champ et en moyenne Rs 20 millions pour chacun des CPP. Et pendant tout ce temps, l'île Maurice resta béatement sereine. Personne ne s'est soucié du fait que ce genre d'''energy procurementprocess" péchait par manque de transparence et d'accountability. On prévoyait même, comme je le citais tout à l'heure, d'en faire une demi-douzaine de grandes centrales bagasse-charbon procédant de la même façon opaque. 

Arrive la nouvelle équipe. Elle considère que le genre de concentration de pouvoir décisionnel exercé jusqu'alors pour l'allocation des contrats d'énergie est hautement préjudiciable aux intérêts du CEB. Elle conclut que cela enfreint aux règles les plus élémentaires de la bonne gouvernance. Pour la première fois dans les annales de Maurice, un processus compétitif est instauré dans le domaine ultra stratégique de l'énergie ; un request for proposals est soumis aux trois candidats qui avaient jusque-là montré un intérêt pour construire une centrale thermique ; les critères sont établis d'avance ainsi que la méthodologie d'évaluation ; l'exercice suit un tracé préalablement instauré de strict respect pour les règles établies ; à l'équipe d'une demi-douzaine de professionnels aguerris du Corporate Affairs Department du CEB, on ajoute un universitaire respecté et un officier du Management Audit Bureau. Deux étapes d'évaluation ont eu lieu, l'une technique et l'autre financière. A la fin de l'exercice, les membres de l'équipe d'évaluation s'accordent à l'unanimité à trouver un candidat nettement supérieur à l'autre tant sur le volet technique que sur celui de l'offre financière. Cette analyse est présentée au Board du CEB où la dizaine de directeurs donne leur aval à la décision du comité d'évaluation. On voudrait maintenant faire accroire que c'est ce nouveau système qui encourage les magouilles alors que durant la loi de la jungle qui prévalait jusqu'ici, tout était clair comme l'eau de roche. C'est dire donc que ce sont les garde-fous de transparence et d'accountabïlity que nous avons érigés qui sont aptes à encourager les magouilles ! C'est vraiment prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages! En ce qui concerne le prix que le pays obtiendra de cet exercice, le même raisonnement bancal veut nous faire accroire que le CEB aurait été mieux loti de faire du grés à grès avec le candidat battu sans aucun appel d'offres alors que même sous la pression d'un appel d'offres, son prix était de loin moins attrayant.

• Promettez-vous de jouer la transparence si l'Icac décidait d'enquêter sur le dossier ?

- Le CEB se ferait un plaisir d'ouvrir à l'Icac toutes les pièces justificatives et toutes les analyses qui ont mené vers le résultat obtenu. Ce serait une occasion pour la commission de convaincre qui de droit qu'aucun contrat de centrale énergétique ne devrait être conclu sans un tel exercice de transparence. Il n'y a pas l'ombre d'un doute qui sont ceux qui espèrent profiter de la campagne de dénigrement qui est autour de cet exercice. Il y a plusieurs parties qui, sans aucune honte, avaient démontré une volonté de ne pas procéder par un système compétitif pour les raisons qui leur sont propres ! L'intensité de cette campagne avait pour but non seulement de décourager l'exercice en cours mais aussi de démontrer ce qui arrive à ceux qui s'érigent pour barrer la route aux magouilleurs. J'irais plus loin. La vocation de l'Icac ne lui permet pas d'ignorer l'assaut systématique et coordonné qui a été monté ces jours-ci pour décourager et discréditer ceux qui se battent pour instaurer un processus transparent d'évaluation au sein du CEB comme ailleurs à la Waste Water Management Authority (WMA). Les lettres anonymes et autres immondices qui apparaissent dans la gutterpress ont des tell tales qui permettraient aux limiers de l'Icac de les retracer sans trop de difficulté. Si ces filous ne sont pas des corrupteurs alors il n'y a pas de corruption chez nous. Il suffit de se demander à qui profite le mud-slinging exercise.

• Diriez-vous que les contrats conclus entre les trois IPP et l'Etat sont équitables (fair) ?

- De toutes vos questions celle-ci est la plus apte à être mal interprétée des deux côtés du ideological divide. La réponse brutale est non. Il y a eu beaucoup d'erreurs commises dans le passé venant de ceux qui auraient dû mieux défendre le dossier de l'Etat. L'explication est très simple. Vous avez d'un côté une société énergétique dont l'objectif est de générer des bénéfices et de l'autre les représentants de l'Etat qui sont censés protéger le consommateur. Saisissant parfaitement les enjeux du contrat ainsi que sa grande durée, le privé arrive à la table de négociations avec la meilleure équipe de Contract Lawyers qu'ils peuvent trouver sur le marché londonien. Nos mandarins à nous, avant que la nouvelle équipe n'arrive, faisaient des économies de chandelle. Ne réalisant pas qu'il est absurde d'économiser sur la qualité du conseil légal quand on négocie un contrat de plusieurs centaines de millions de roupies par an, ils ont commis la bêtise stratégique de faire appel à nos vieux juges à la retraite pour faire face aux colosses auxquels faisait appel l'industrie sucrière. Dès lors, les résultats étaient prévisibles. Notre conseil juridique nous laisse entendre que les contrats IPP ont un clair biais anti-CEB.

Il faut cependant faire très attention. Il est préférable pour un pays d'économie libérale comme la nôtre de vivre avec un ou plusieurs mauvais contrats plutôt que de cesser d'honorer les contrats signés par le gouvernement en vue d'améliorer post hoc les conditions qui s'y trouvent. Opter pour une telle stratégie nous mettrait à dos toute la communauté de bailleurs de fonds, feraient fuir tout investisseur étranger et ferait du phare des économies africaines que nous sommes, une petite république bananière.

Ce n'est pas cette approche que nous voulons prendre. Le CEB va essayer d'inspirer la confiance nécessaire chez les sucriers afin qu'ils viennent volontairement à une table de négociation où nous pourrions passer en revue, sans contrainte aucune, les éléments des contrats qui pourraient être changés de commun accord en vue d'avoir le fameux win-win situation.

Cela dit, pour les besoins de notre futur Power Purchase Agreement (PPA) avec la Société usinière du Sud, l'équipe du CEB se fait conseiller par C M S CameronMcKenna, un des meilleurs cabinets londoniens en matière de contrat d'énergie. Ce nouveau PPA établira le nouveau model des futurs contrats avec le privé. Il remplacera les caractéristiques contraignantes des contrats précédents tels que les take or pay provisions. A cause de cette clause contraignante, le CEB doit, à certaines heures, réduire la production de ses centrales plus qu'il n'est économiquement raisonnable de le faire dans le but de laisser la place à l'énergie contractuellement achetée des centrales privées. Le nouveau contrat qui est clairement un PPA de la deuxième génération contiendra, à la place du take or pay, une structure de paiement en deux segments : un paiement de l'investissement dans la centrale qui couvre les coûts fixes (capacity payment) et un autre qui rémunère les coûts variables couvrant les opérations.

•Pourquoi le gouvernement ne favorise-t-il pas la production d'un maximum d'électricité à partir de la bagasse, un combustible produit localement ?

- Le gouvernement encourage l'utilisation de la bagasse dans la production d'électricité depuis le début des années 90 quand le bagasse transfer price a été constitué pour encourager l'agriculteur. Depuis l'introduction du Bagasse Energy Development Program (BEDP), le CEB a payé Rs 360 millions aux planteurs pour la bagasse ainsi fournie.

En 2001, des 332 Gigawatts heure (GWh) que le CEB a achetés de la CTBV, 26 % étaient produits à partir de la bagasse durant la coupe. En ce qui concerne FUEL sur 157 GWh, 34 % des ventes au CEB proviennent de la bagasse tandis que pour Beau-Champ, une proportion encore plus forte de bagasse a été affichée en 2001,soit 44%. Il faut comprendre que les trois centrales IPP ne se servent de la bagasse que durant la coupe car la bagasse ne se conserve pas. Les sociétés énergétiques répartissent leur ratio bagasse-charbon selon le volume de bagasse dont ils disposent dans leur région car le transport de la bagasse n'est pas économique. En ce qui concerne les 7 CPP qui ne produisent qu'à partir de la bagasse, nous avons obtenu 113 GWh en 2001.

Passant en revue toutes les technologies qui sont à notre portée, PB Power conclut que "dual fired coal-bagasse plant is the preferred choice based on very robust assumptions." Cependant, "Based on the current pricing arrangements with the firm IPP suppliers, the dispatch of these plants is not optimal." Cela veut dire qu'alors que cette technologie ainsi que la libre disponibilité de la bagasse aurait dû rendre leur coût plus attrayant au CEB, le prix pratiqué a un effet contraire.

On peut postuler deux raisons pour la cherté de l'énergie bagasse-charbon : 1) le manque de concurrence durant l'octroi des contrats IPP. C'est une raison qui, j'espère, appartient dorénavant au passé. 2) le bagasse transfer price.

Expliquez-nous ce concept de "bagasse transfer price".

- Ce bagasse transfer price conçu à l'occasion du BEDP par la Mauritius Sugar Authority au début des années 90 avait l'objectif somme toute rationnel d'optimiser l'énergie produite à partir de la bagasse. La bagasse n'a aucune utilité alternative à Maurice, ce qui est défini par le terme "no economic value" qui a fait tiquer certains. Si on ne le brûlait pas, les usines seraient littéralement ensevelies sous le poids de leur bagasse. Il est donc tout à fait à l'avantage du pays de s'en servir pour faire de l'électricité. Mais rémunérer cette matière autrement inutile jusqu'à ce que le prix de l'énergie ainsi produite excède le prix de l'énergie provenant du charbon importé est un excès qui ne fait que gonfler le prix de l'électricité au-delà du raisonnable.

Mais arrivons au plus comique de toutes les situations. Le bagasse transfer price est payé par le CEB (le consommateur) aux agriculteurs. C'est-à-dire que le planteur donne de la bagasse gratuitement à la centrale électrique. Celui-ci tire un avantage commercial en brûlant cette bagasse pour produire de l'électricité que paye grassement le CEB. On aurait pu s'attendre dans un climat économique rationnel que ce soit l'IPP qui paye le planteur pour cette manne qu'est pour lui la bagasse qu'on vient lui déposer devant sa porte. Non, l'usinier ne paye pas un sou pour cela et, tenez-vous bien, il demande maintenant, à travers son syndicat d'employeur (qui comme tout bon syndicat n'a de souci que l'intérêt de ses membres au mépris du consommateur) d'être additionnellement rémunéré pour utiliser une matière gratuite qui lui permet de produire de l'électricité à un prix intéressant. Je suppose que c'est comme ça qu'on va faire baisser le prix de l'électricité à Maurice et attirer les investisseurs.

• Le prix auquel le CEB achète l'énergie des producteurs indépendants (Belle-Vue, Beau-Champ et FUEL) a été qualifié d'exorbitant par des spécialistes. Comment se comparent ces prix par rapport au coût de production du GWh dans les centrales à huile lourde du CEB ?

- Exorbitant est un concept relatif qui comporte aussi des jugements de valeur. Je vais donc m'abstenir et vous donner plutôt en ordre de cherté celui dans lequel les unités au service du CEB se classent sur l'unit energy generation cost. Cet ordre, rappelons-le, devrait déterminer le dispatch order du CEB pour l'entrée en action sur l’electricity grid de chacune de ces unités. Dans un système idéal, le CEB devrait utiliser le maximum d'énergie provenant de la centrale dont le coût variable est le moins élevé avant de passer à une centrale où ce coût est plus élevé. C'est ce qu'on appelle le least-cost dispatch order. On remarque un certain nombre de choses extrêmement intéressantes dans la liste qui suit : 

1. Alors qu'on pourrait s'attendre à ce que les IPP produisant en mode de bagasse devraient être tout juste après les centrales hydro du CEB, on les voit aux huitième, dixième et onzième places loin derrière l'énergie produite par ces centrales à partir du charbon importé (quatrième, cinquième et sixième).

2. Comme le fait ressortir PB Power, alors que les centrales bagasse-charbon ont un avantage économique qu'on connaît, elles se situent après Fort George et même Fort Victoria 2.

3. Les unités que certains voudraient déjà voir en scrap metal tels Fort Victoria 2 et St-Louis ont une place que devraient envier d'autres unités situées plus loin sur la liste. Cette confusion sur les vieilles unités est due au fait qu'on ne distingue pas parfois la différence entre ces vieilles unités encore très utiles au CEB et Fort Victoria 1 qui sera decommissioned avec l'arrivée de la future centrale.

Cet ordre est donc le suivant : 1. Hydro, 2. Fort George, 3. Fort Victoria 2, 4. Beau-Champ (Coal), 5. FUEL(Coal), 6. CTBV (Coal) 7. St-Louis, 8. Beau-Champ(bagasse), 9. C PP utilisant la bagasse en coupe, 10. FUEL (bagasse), 11. CTBV (bagasse), 12. Nicolay et 13. Fort Victoria 1. C'est là l'ordre qui existait selon les prix de 2001.

• Avec la mise en opération de la centrale de St-Aubin en 2005, le CEB est-il certain de pouvoir satisfaire la demande en énergie électrique pendant les prochaines années ?

- Cela dépend de l'horizon que vous couvrez dans ce terme. Entre 2005 et 2010, PB Power estime que le Peak Demand nécessitera l'addition de 224 MW. A la raison de 32 MW par centrale, cela nous fait sept nouvelles centrales jusqu'à 2010. Donc après Société usinière du Sud (SUDS) (si les négociations au sujet du contrat sont un succès), il nous faudra deux unités en 2006 et une nouvelle centrale chaque année jusqu'à 2010. Pour vous donner un ordre de grandeur de ces chiffres, une centrale coûte environ Rs 1,5 milliard soit ce que coûte la Cyber Tower et son infrastructure. Les sept centrales qu'il nous faut jusqu'à 2010 nous coûteront Rs 10,5 milliards, c'est-à-dire bien plus que le projet métro léger dans son ensemble.

Qui peut vouloir laisser un tel marché être attribué sans la concurrence, la discipline, la transparence et l’accountability d'un Request For Proposal ? Quel Mauricien peut préférer retourner au régime où des fonctionnaires mal équipés s'asseyaient autour d'une table avec l'industrie sucrière pour savoir qui serait le prochain à tirer le jackpot sans que personne ne comprenne par la suite sur quel critère d'évaluation.

Il est tout à fait évident qu'un exercice d'appel d'offres comme celui que nous avons institué n'est pas à l'avantage du secteur sucrier car il lui impose une concurrence qui affecte sa marge. Il aurait été de son intérêt de continuer la chaise musicale that keeps it smiling all the way to the bank. C'est ce qui explique du reste le silence éloquent des organisations patronales et leur pleutre manque de prise de position sur ce dossier brûlant. Et ce, malgré leur passion ineffable pour la transparence.

Je suis extrêmement fier d'avoir aidé à changer cette ineptie qui ne peut qu'encourager la corruption. Que des tracts infâmes proviennent de ceux qui ont tout à perdre avec le nouveau système ne devrait nullement nous étonner mais Jack Bizlall n'étant pas de ceux-là, il devrait savoir de quel côté se ranger. Au jour d'aujourd'hui, dans ce dossier, il a fait le jeux des crapules et des magouilleurs.