JM et les chefs coutumiers de la République démocratique du Congo

30 June 2005

Feux d’artifice à Quatre-Bornes

 l'express du 30/06/2005

Quatre-Bornes était particulièrement animée hier soir avec les feux d’artifice qui ont éclairé cette ville un peu sous tension en ces temps de campagne. Cet air de fête - que l’on retrouve dans l’assistance, composée de 3 500 personnes environ, a gagné le leader de l’Alliance sociale, Navin Ramgoolam, particulièrement en verve dans la circonscription n° 18.

“Plus que trois jours et vous aurez l’occasion de vous servir de l’arme la plus importante que le PTr vous a donnée”, dit-il d’emblée. “Na pa pou kapav kontinie ek zwiser. Ils parlent de progrès. Mais quel progrès ? Progrès pour eux mais pas pour vous. Inn ler pou zet zot dan poubel de listwar”, ajoutera-t-il avec force.

Ramgoolam explique qu’alors que “ou ser sintir, zot nek fer gaspiyaz.” Il cite les factures d’électricité, d’essence et de téléphone de Paul Bérenger.

Navin Ramgoolam rappelle les mesures qu’il prendra, entre autres l’exemption de l’Income Tax pour ceux touchant jusqu’à Rs 25 000 “parski si sa pei la inn progrese, se gras a fonktioner. Ek mo donn zot garanti ki zot na pa pou gagn Jean Mée Desveaux pou donn zot lord gra-matin tanto.”

Le leader rouge promet aussi de faire la lumière sur l’affaire de Bassin-Blanc. Autre promesse : que le parking ne sera plus payant à l’aéroport : “Tou sa zes la pou termine. Sirtou sofer taxi.” Faisant référence à la violence à Quatre-Bornes, il met le Premier ministre en garde “au cas où il aurait l’idée de renvoyer les élections. Fer bien atensyon. Nou na pa ena lintensyon les li empes lepep rod sanzman.”

Xavier-Luc Duval, candidat de la circonscription Belle-Rose-Quatre-Bornes, parle d’injustice et d’inégalité. “Marcellin Azie res dan prizon pandan enan edmi. Li inosan. Lot kote, asasin Vanessa Lagesse trwa zour li pan pase endan. José Bayaram (activiste du PMXD qui s’est suicidé en prison) aste bisiklet me pena kas pou paye, li al dan prizon ek li telma honte, li siside. Ban seki kokin, seki zot nom lor karne Tyack zot pa fer prizon.” Il s'engage à faire changer la loi. “Ceux qui iront en prison seront ceux qui volent, pas ceux qui ne peuvent pas payer leur dette.”


Caricature

Rama Sithanen, autre candidat de la circonscription, critique “bann gorer. Telman zot na pena lide, zot bizin kokin nou lide”. Il raconte que, lorsque l’Alliance sociale a annoncé qu’elle allait mettre le transport gratuit à la disposition des étudiants, “Pravind Jugnauth ti appel sa demagozi, zordi li bizin kopie parey kouma li ti fer pou demokratizasyon leconomi ek PME”, dit le ministre des Finances désigné de l’alliance.

La troisième candidate de la circonscription, Nita Deerpalsing, se dit offusquée que les candidats du gouvernement sortant aient distribué des brochures vantant leurs réalisations aux habitants de Quatre-Bornes et que ces brochures contiennent une caricature “grossière et vulgaire” de sa personne. “Cela ne fait pas honneur à la femme”, dit-elle en ajoutant qu’elle aurait voulu savoir ce que pense la ministre de la Femme de la caricature. “Koumsa ki zot pou fer politik ?”

A la fin du meeting, les partisans rentrent chez eux en commentant l’événement. “Ti bon, hein ?” ou encore “Ramgoolam inn bien koze zordi.” Les plus optimistes se risquent à des pronostics. “Trwa zero, pena bare !” Plus que quelques jours…

28 June 2005

Les leaders de l’Alliance sociale mécontents

l'express du 28/06/2005

La conférence de presse de l’Alliance sociale (AS) débute par un film. La foule des grands jours à la Place du Quai à Port-Louis. Echanges de plaisanteries d’un photographe de presse et d’un responsable de communication de l’alliance Photographe : “Na pa trik zimaz nanien la !”Responsable : “Na pa MBC sa !”

Le tout dit avec le sourire. Mais cet échange résume bien le mood au sein de l’AS, d’où le besoin de montrer les séquences de foule. Et surtout de dénoncer et “de condamner sans équivoque la manipulation des images par la MBC (diffusées lors des différents JT dimanche) qui sont infectes, irresponsables et bassement partisanes”. Le leader de l’AS, Navin Ramgoolam, affirme savoir qui sont ceux qui ont fait partie de l’équipe d’editing. “Samem tou mo pou dir”, ajoute-t-il d’un ton grave.

Il trouve encore “plus grave que cette manipulation soit faite alors que nous avons des observateurs étrangers chez nous”. Il affirme qu’il va en discuter avec eux et qu’il compte informer l’Independent Broadcasting Authority (IBA) “pou la form parski mo kone nanie na pa pou fer”.

Le leader de l’AS commente, par ailleurs, la déclaration de Pravind Jugnauth disant que l’AS ne tiendrait pas sa promesse d’exemption de l’impôt sur le revenu pour ceux touchant jusqu’à Rs 25 000. A la “page 23, paragraphe 3 (1) (3) du chapitre de la relance de l’économie, nous disons que les gens ont le choix de prendre avantage de l’exemption ou d’investir dans l’empowerment fund qui sera garanti par l’Etat.”


“Mépris”

Ramgoolam commente aussi la déclaration de Jugnauth sur les frais d’inscription au SC et HSC. “Li na pa kone limem. Cette mesure d’exemption de la moitié a été introduite par mon gouvernement et, dans le budget 2004-05 de Jugnauth, il affirme à la page 45 paragraphe 296 que le targeting sera étendu à ceux dont les parents gagnent plus de Rs 30 000.” Navin Ramgoolam affirme que cette mesure n’a pas été appliquée. “Ti pe atan apre eleksion pou fer sa. Mais peut-être qu’il ne sait pas ce qui est écrit dans le discours du budget. Peut-être que c’est Paul Bérenger ou Jean-Mée Desveaux qui a écrit son discours.”

Ramgoolam condamne la “violence et la provocation des agents MMM-MSM” aux numéros 15, 18 et 19. “C’est ce que Bérenger appelle des élections exemplaires. Je me demande s’il n’a pas en tête de mettre le pays en état d’urgence pour renvoyer les élections.”

Xavier Duval se dit aussi inquiet de la violence à Quatre-Bornes. “Si dimoun kapav marse ek sab, gourdin ek pik dan moris aster, nek zis pou amen mitrayet. A krwar western.” Madan Dulloo compare des coupures de presse de 1982 et 1983 à celles d’hier pour affirmer que le meeting de l’AS avait bien plus de monde que rapporté par l’express.

Rashid Beebeejaun a, quant à lui, commenté les propos de Paul Bérenger à son égard en disant “pa mo lame ki tremble, pa mo moustas ki vibre. Je traite Bérenger avec tout le mépris qu’il mérite.”


17 May 2005

Trois départs à la Mauritius Revenue Authority

l'express du 17/05/2005

Plusieurs départs et une arrivée... Sudhamo Lal prend ses fonctions de directeur de la Mauritius Revenue Authority (MRA) aujourd’hui. Cet expert indien a travaillé dans les hautes finances au Pakistan et pour le Commonwealth. La nouvelle institution financière brassera plus de Rs 3 milliards par an. Parallèle-ment, cette arrivée coïncide avec trois démissions.

Maya Hanoomanjee, présidente du conseil d’administration de la MRA, démissionne de son poste aujourd’hui. Elle a envoyé sa lettre officielle, hier. Elle avait été nommée à ce poste récemment. Elle compte se porter candidate sous la bannière MSM-MMM aux prochaines législatives. Dhiren Dabee, l’actuel solicitor general, a été pressenti pour occuper temporairement ce poste.

Neerunjun Seenuth, qui était le directeur de la Revenue Authority, a soumis, hier, sa démission. Il avait postulé pour être directeur de la MRA. Il a officiellement écrit au ministère des Finances pour lui demander de lui verser une pension et d’autres bénéfices, car il ne compte pas poursuivre son travail au sein de la Revenue Authority.

Le nom de Seenuth circule comme éventuel candidat travailliste aux élections. Il a indiqué à l’express qu’il a soumis sa démission pour des raisons professionnelles. Il compte, dans les mois à venir, prêter serment comme avocat et ouvrir son cabinet d’ici la fin de l’année.

Autre départ : celui d’Asraf Dullul. Il a soumis sa démission vendredi du poste de directeur de l’implementation department de la MRA. Il pourrait être candidat de l’Alliance sociale dans la circonscription n°3, Port-Louis-Est-Port-Louis-Maritime.

D’autres démissions sont prévues au conseil d’administration de la MRA, notamment celle d’Aïsha Timol, après celle de Jean-Mée Desveaux. Le nom d’un haut cadre du Large Taxpayers’ Department est également évoqué. Il pourrait soumettre sa démission pour immigrer aux États-Unis.

D’autre part, les syndicats d’employés de la MRA comptent bientôt interroger les autorités sur les qualifications d’un étranger nommé Paul Matthews. Employé sous contrat, il percevrait des honoraires de Rs 300 000 par mois et bénéficierait d’une voiture hors taxes. 

09 May 2005

Ramgoolam : “Le 4 juillet, arrêt des travaux à Ferney…”

l'express du 09/05/2005

Le leader des Rouges surprend une fois de plus. Au cas où il accéderait au pouvoir, les travaux pour construire la South Eastern Highway à Ferney “vont stopper le 4 juillet” . Il explique qu’il arrêtera “tout de suite” le projet car c’est “un crime contre l’environnement et les conséquences seront désastreuses”. À la question de savoir pourquoi il n’a pas élevé la voix plus tôt pour prendre position contre ce projet qui a fait couler beaucoup d’encre, Navin Ramgoolam explique qu’il “fallait prendre des renseignements mais que beaucoup de camarades du parti avaient pris position”. Il récuse les accusations selon lesquelles son parti n’a jamais pris position sur le sujet. Les raisons de cette décision sont certes douteuses mais les écologistes apprécieront quand même…

Lors de sa conférence de presse, samedi, le leader de l’opposition s’élève aussi contre “tous ces contrats de plusieurs milliards qui sont en train d’être signés avec empressement” . Il donne un “warning” aux conseils d’administration de ces différentes compagnies parce que “pou bizin rann kont”. Le timing d’Air Mauritius, qui a finalement porté son choix sur la compagnie Airbus, étonne le leader de l’opposition. Il allègue qu’il y avait des pressions pour que la compagnie nationale d’aviation s’empresse d’acheter des avions avant la tenue des élections. Mais, dit-il, il ne conteste pas le choix d’Airbus.

Le projet de métro léger est aussi revenu “lor latab apre disolisyon” alors que le gouvernement avait affirmé avoir besoin “fer lezot letid”. Pour le leader de l’opposition, cela expliquerait pourquoi le dossier du métro léger a été retiré de l’ex-ministre du Transport, Anil Bachoo, pour que Jean-Mée Desveaux s’en occupe. La nomination des “petits copains par un gouvernement en voie de disparition” a aussi fait l’objet de critiques.

En ce qui concerne l’abolition des Form VI colleges, Ramgoolam insiste : le ranking demeurera chose du passé. À la question de savoir comment il compte répartir les élèves dans les différents collèges, il répond “parey kouma pe fer aster la” en précisant que les détails seront communiqués plus tard. La“winning formula” de l’alliance MSM-MMM a aussi été commentée avec beaucoup d’ironie (il appelle cette formule une distribution de bout et l’officialisation de la balkanisation) aussi bien que le “rol mike” du président de la République.


Impasse

Le Premier ministre ne sera pas épargné. Navin Ramgoolam veut savoir ce que fera Paul Bérenger après 2008 s’il est élu. “Enn dimounn kinn dir li pou mars lor kadav pou pren pouvwar, kinn pass so lavi rod paravan, ki prezid 24 komite, pe rod fer nou krwar li pou al asiz anba pie ek ekrir so bann memwar ? Si nous croyons cela, nous sommes vraiment un peuple admirable”, lance Ramgoolam. À la demande d’une réaction sur une critique de Bérenger sur son associa- tion avec un “sectaire”, Navin Ramgoolam avoue que cela le fait rire en commentant sur le fait que la critique a été faite lors d’une plate-forme des rajputs…

Le leader de l’Alliance sociale n’a pas manqué plus tôt de condamner SAJ d’avoir conclu différentes alliances avec Paul Bérenger alors que “le MSM a été créé pour empêcher Bérenger de prendre le pouvoir”. Ramgoolam fait, bien sûr, l’impasse sur l’épisode de 1995… 

06 May 2005

Ramgoolam fait un appel en faveur de l’unité

l'express du 06/05/2005

Il est 19 heures au Human Service Trust (HST) à Calebasses. Un “chief guest” fait son entrée sous les applaudissements de l’assistance. Il s’agit de Navin Ramgoolam, leader de l’Alliance sociale.

Le président du HST, Dhundev Bahadoor, ne passe pas par quatre chemins : il a réuni ses troupes afin de donner le mot d’ordre pour les prochaines élections. Parmi les autres invités : Anil Bachoo, Jhyaneshwur Jhurry, Megduth Chumroo, Dharam Fokeer, l’ancien vice-Président de la République, Rabin- dra Ghurburrun, l’inspecteur Radhooa, Milan Meetarbhan, Rajen Narsinghen et Raj Dayal.

“Nous devons combattre l’actuel gouvernement et nous allons donner tout notre soutien, notre force et notre influence à l’Alliance sociale menée par Navin Ramgoolam”, souligne Dhundev Bahadoor. Ses raisons, dit-il, sont simples : la communauté “majoritaire” doit être unie. “Et cela inclut tamouls, télougous et marathis. Certains essayent de nous diviser mais nous devons comprendre que nous avons été malavisés par ces personnes.”

Ramgoolam réagit. Il remercie le HST “du fond du cœur pour son soutien”. Par des anecdotes de son passé et les moments partagés avec son père, il tente d’expliquer que la division ne sert à rien. Mais il met surtout l’accent sur l’unité nationale.

Ramgoolam raconte les élections de 1959. Gaëtan Duval, jeune avocat rempli d’énergie, va poser sa candidature à Curepipe. Et il sera battu par Romriki Ramsamy qui défendait les couleurs du Parti travailliste. “Mai zordi, dimounn dir enn zafer imposib sa. Eski dimounn finn vinn pli ariere ou bien pli malin? ” se demande Ramgoolam. Il dit regretter ce temps où les gens votaient pour le parti qui défendait le mieux leurs intérêts, lorsque la religion du candidat importait peu.

Ramgoolam insiste. Il cite Chirac : “Chirac expliquait aux jeunes que l’union fait la force. Quand j’ai entendu cela à la télévision je me suis dis : il aurait dû venir le dire aux Mauriciens”. Le leader des Rouges estime que certains chercheront toujours à diviser “mais nous avons un devoir de travailler pour l’unité. Nou inn pren diferan bato pou vinn ici mai zordi nou dan mem bato. Si nou pa travay ensam, na pena lespwar”.


“Si na pas ti ena division entre hindou...”

A Dhundev Bahadoor qui disait plus tôt qu’il n’y “aurait jamais d’unité nationale si la communauté majoritaire ne s’unissait pas”, Ramgoolam raconte… une autre histoire. Il s’agit, cette fois, de l’ancien ministre de l’éducation Beejadhur “ki ti gayn lager ek Prayag et ce dernier décide de mettre un candidat pour contrer Aunauth Beejadhur lors des élections.” Sir Seewoosagur Ramgoolam appelle alors Prayag et tente de lui faire comprendre que la cause était plus importante qu’une querelle. Mais le différend demeure. Prayag s’en va chercher un candidat. Ce candidat s’appelait Anerood Jugnauth. “Si pa ti ena division entre hindou, zame nou ti pou kot nou ete zordi”, dit Ramgoolam qui explique qu’il faut tirer des leçons des erreurs du passé.

On l’aura compris. Ceux qui cherchent à “diviser”, ce sont, selon lui, Paul Bérenger et ses amis. “Cette lutte sera entre moi et Bérenger et personne d’autre”, affirme Navin Ramgoolam. Avant de promettre que quand il sera “laba”, il travaillera pour tout le monde et non pas “pou enn group dimounn”.

A ceux qui prendront “la caste” en considération quand ils iront voter, Ramgoolam dit “rapel kan ou ti vot Jeeha ou ti vote pou Jean Mée Desveaux vinn super conseiller. Ek demann Bachoo kinn arive”.

La communication officielle prend fin. Il est maintenant l’heure des apartés, le temps de partager un repas. Parmi ceux qui entourent Ramgoolam et qui se tiennent non loin, Raj Dayal…

19 April 2005

Distribuer en toute transparence les terres de l’État

Le projet IRS de Bel Air Sugar Estate verra la construction d'un hôtel cinq-étoiles, entre autres.
l'express du 19/04/2005

Par Jean-Mée DESVEAUX 

Il ne fallait nullement s’étonner que l’Integrated Resorts Scheme (IRS) ait eu une aussi mauvaise presse quand il vit le jour il y a quelques années. Les mêmes causes menant aux mêmes effets, il aurait été même extrêmement surprenant que, deux ans après le deal Illovo, les nouveaux IRS ne soulèvent pas la passion que cette affaire a déchaînée au début du gouvernement MSM-MMM en 2001.

Le cas du deal Illovo a démontré que les émotions ne créent pas le meilleur terrain pour un débat rationnel des enjeux économiques d’un pays. En effet, aux yeux d’une tranche importante de nos compatriotes, l’idée de permettre à des détenteurs historiques de capitaux de renom, (donc pas nécessairement les plus à plaindre dans cette “vallée de pleurs”), d’augmenter davantage leur patrimoine est un anathème économique et social qui doit être bloqué à tout prix. Quel que soit le projet qui puisse apporter une telle manne à cette engeance ne peut être que condamnable et le gouvernement qui s’y rend complice devrait, selon cette conception des choses, être pareillement désapprouvé.

Cette lecture essentiellement travaillée par une opposition travailliste opportuniste allait durablement fausser le débat sur les IRS. Aujourd’hui que Navin Ramgoolam est assis autour de la même table que ceux qu’il traitait hier de “Pik Botha” afin de résoudre un réel problème de développement, le doute persiste dans l’esprit du Mauricien qui ne peut croire que la politique peut créer une telle volte-face chez un homme honnête. Cette perception erronée des IRS ne peut que nuire à une île Maurice qui doit avancer avec encore plus de hardiesse à cause des écueils qui nous assiègent.

On sait déjà que ceux qui blâmaient le deal Illovo comme une braderie de la richesse du pays étaient soit ignorants de ce que ce deal a apporté au pays, ou alors qu’ils étaient de mauvaise foi. Le deal Illovo a été une manne pour le pays et le restera encore longtemps. Là où le gouvernement précédent a eu tort, c’est dans son manque d’ambition qui aurait pu faire que ce deal soit doublement plus bénéfique au pays. Cette attitude minimaliste d’un gouvernement MSM-MMM timide n’enlève en rien la portée extrêmement bénéfique des résultats de l’accord conclu.

Comme le démontre la comparaison avec Illovo, ce qui exaspère donc tant avec les IRS c’est la dualité qui enflamme: des terres en mains blanches. Mais qu’en est-il ? Nous allons essayer de démontrer qu’il existe deux extrêmes sur la question de l’IRS qui sont également irrationnels alors que, comme toujours, la position médiane apporterait en fait un grand plus pour le pays.

La position extrême qui pousse les idéologues et leurs suiveurs inconditionnels à stigmatiser les IRS, avant même qu’ils ne s’enquièrent de la nature exacte du projet, provient d’un mélange cocasse de marxisme fossilisé et de racisme inversé. L’argument, si on peut l’appeler ainsi, suit les méandres suivants: le grand propriétaire terrien qui fait une application d’IRS est généralement une propriété sucrière ou un “grand blanc”, ce qui est du pareil au même.

En l’état actuel des choses, ces terres sont bloquées parce qu’elles ont une classification économique incompatible à l’IRS. Elles auront besoin d’être rezoned ou encore de recevoir un permis de land conversion que seul l’État et ses impressionnants commis ont la faculté de procurer.

Ces étapes administratives sont de réels cadenas qui enferment à l’intérieur d’un arpent de terre entre dix et vingt millions de roupies que le marché international serait disposé à payer pour ce lopin avec sa charmante demeure. Libérer ce genre de plus, value à une terre qui, à l’heure actuelle, ne vaut que Rs250 000 est passible de crime contre l’humanité. Jamais ! Plutôt voir Maurice descendre dans l’enfer indocéanique de Madagascar, des Comores ou des Seychelles qu’accepter d’enrichir des nantis, quelles que puissent être les retombées positives pour le pays en général. Si on aime l’humanité, on enlève des riches, on ne les permet pas de s’enrichir davantage!

Ce qu’il faut retenir ici, c’est que cette réaction cadre mal avec des projets qui n’enlèvent pas un iota du patrimoine mauricien. Certains IRS visent seulement à valoriser des terres du privé qui sont sous évaluées par un ratio de 1 à 60, ce qui doit forcément avoir des retombées positives sur l’économie en général. Nous verrons un nombre de cas dans la liste que nous passons en revue plus bas de ce modèle d’IRS “idéal” car ils existent bel et bien. Mais avant de passer les IRS en revue, il faut d’abord constater l’autre excès dans lequel peut tomber le concept du IRS.

C’est ici que l’absence des forces du marché dans le transfert des terres de l’Etat blesse car il s’agit-là d’IRS qui requièrent les Pas géométriques. C’est le type que l’idéologue a en tête quand il fait l’amalgame de tous les projets de ce genre. Ici, on pourrait s’indigner devant une pratique choquante d’incorporer une vaste étendue de Pas géométriques afin de donner de la plus-value à une terre privée qui serait vendue à un prix astronomique.

Le scandale ne serait pas de se servir de terres de l’État afin de faciliter la vente de ceux du privé mais de l’inadéquation extrême entre ce que le promoteur percevrait en bénéfices sur ces terres de l’État et les poussières payées à ce même état pour avoir aliéné le patrimoine mauricien à tout jamais. Si une économie libérale consiste à ne pas freiner l’ardeur du promoteur de s’enrichir, c’est une innovation toute mauricienne que cet enrichissement se fasse sur le dos de l’État et du peuple qu’il gouverne.

Il ne saurait y avoir aucun argument qui permette à des nantis de se servir des dernières richesses du littoral pour se faire une fortune colossale sans une compensation adéquate au peuple ainsi lésé. Puisqu’on parle d’apartheid, à ce rythme-là les Mauriciens se verraient un jour emmurés dans un “bantoustan” au centre du pays sans aucun accès (avec ou sans pièce d’identification) à un littoral réservé aux IRS, campements et hôtels. Ce serait le modèle du IRS “abusif” où l’absence de mécanisme du marché pour l’obtention des terres de l’État entraînerait le genre de dérapage que nous avons pu constater ces derniers temps. Combien des IRS comportent des terres de l’État ?


Bel-Air

Le IRS de Bel Air Sugar Estate (BASE) comprend ce mélange explosif de terres en toute propriété et de terres de l’État. BASE a 250 arpents sous canne qui fera l’épine dorsale du projet mais elle a besoin de deux lots de Pas géométriques totalisant 104 arpents. Le projet qui était jusqu’à récemment évalué à Rs 2,5 milliards est estimé aujourd’hui valoir le double. Il comporte, entre autres, un golf de 18 trous au service d’un hôtel 5-étoiles durant la première phase (Domaine de Bel-Air), un IRS de 60 villas en deuxième phase (Résidences de Bel-Air) qui aura son golf de 9 trous. Les Pas géométriques en question étaient des “grazing lands” précédemment louées par BASE mais quand le bail a expiré en 1999, le gouvernement a repris possession de ces terres.

Une autre particularité de BASE est que l’absence d’un système transparent d’appel d’offres pour les terres de l’État mène à des décisions économiques moyenâgeuses, de troc de terres entre l’État et le privé: BASE est disposé, s’il obtient son bail, de céder au gouvernement près de 25 arpents de terres à Tyack pour des projets de social housing. La compagnie est aussi disposée à développer deux espaces de récréation pour le public. Comme quoi, on peut contourner le marché et éviter de se servir du mécanisme de prix comme outil décisionnel dans le foncier. Avec les conséquences qu’on a vues.

Deux autres points intéressants au sujet de BASE: si les Pas géométriques ne servent qu’à l’hôtel, pourquoi y a-t-il une différence de traitement avec d’autres projets hôteliers qui s’approprient les terres de l’État à bras raccourci? Anguille sous roche! L’autre point est que BASE mérite de la sympathie de par sa bravoure en désavouant publiquement une tentative de corruption à grande échelle. Paddy Rountree s’excuse pour sa mémoire défaillante vu son âge avancé. On peut le féliciter pour son courage car son comportement est un exemple pour un secteur privé trop enclin à jouer le jeu et se taire.


Mon Choisy

Le projet de la Compagnie sucrière de Mon Choisy est un exemple du concept IRS que nous définissions comme “idéal”. Avec un investissement sur trois phases de Rs 10 milliards (dont trois milliards de FDI), ce projet se contente tout bonnement des 376 hectares de terres de Harel Frères en toute propriété. La première phase comprend un hôtel cinq étoiles, un complexe résidentiel de 200 lots, une inland marina, un business park et un golf de 18 trous. La deuxième phase comprend un complexe résidentiel de plus de 100 lots, d’une marina et d’un complexe commercial.

Le seul hic de ce projet pour ceux qui veulent chercher la petite bête, c’est qu’il comporte la conversion de pas moins de cinq cents arpents de terre sous canne dans la région du Nord. Cela entraîne trois particularités: 1) enlever des cannes d’une région desservie par le Midlands Dam dans lequel l’État a dépensé près de deux milliards de roupies, 2) un manque de bagasse pour la compagnie sœur de Centrale thermique de Belle-Vue et 3) une apparence d’inconsistance dans l’argument du groupe Harel qui convoite les cannes de Mon Loisir lors de sa fermeture alors que le groupe Lagesse voudrait rediriger ses cannes vers Fuel.


Tamarina - Société du Morne Brabant

Ces IRS sont aussi des projets sur des terres du privé en toute propriété et ne tombent donc pas dans le groupe “explosif”.

Tamarina Golf Estate à Wolmar, un projet de Médine, est un des premiers IRS à avoir reçu son feu vert. Il comporte 110 villas dont la majeure partie est déjà vendue. Ce projet a la particularité de posséder une des rares plages à Maurice qui soit en toute propriété, à Tamarin. Il ne puise donc pas dans le patrimoine foncier national. Ses 206 hectares sont de la freehold land. Il est intéressant de noter que ce projet concrétisé sous l’ancien gouvernement, comporte une redevance à l’État de $US 70 000 (un peu plus de Rs 2 millions) par villa.

“Si une économie libérale
consiste à ne pas freiner
l’ardeur du promoteur de s’enrichir,
c’est une innovation toute
mauricienne que cet enrichissement
se fasse sur le dos de l’État et du peuple...”

La Société du Morne Brabant qui a aujourd’hui passé l’obstacle du World Heritage Site de l’Unesco, comporte 337 hectares en toute propriété. Il comprend moins de cent villas, un petit hôtel et un Morne Heritage Centre. Les promoteurs ont choisi de se faire tout-petits pour cohabiter avec le site historique du Morne.


Anahita IRS and Hotel projects

Ce projet de CIEL Group s’étend sur 185 hectares en toute propriété à Beau-Champ dont seuls six hectares nécessitent la reconversion. Il comporte 415 villas au niveau du IRS et un hôtel cinq étoiles de 120 chambres-villas.

On ne peut s’empêcher de faire ressortir que ce projet développe un pan de mer que personne n’associerait naturellement à un site cinq-étoiles. Que le privé puisse transformer un site d’apparence si médiocre pour en faire un des hauts lieux du développement touristique ne peut être qu’un grand plus pour le pays.

Il est aussi intéressant de noter que le gouvernement a offert aux promoteurs de ce projet une nouvelle formule pour accommoder le volet social du développement. Il serait aujourd’hui question que le promoteur paye 5,000 dollars par villa “up front” dans un fond social géré en partie par les forces vives et au sein duquel chacun des propriétaires des 415 villas versera une somme mensuelle de 100 dollars.


Beau Rivage Integrated Golf Resort

Ce projet de Rs 4 milliards contient à un degré moindre que BASE le mélange explosif de terres de l’État et de terrains en toute propriété. Sur les 160 hectares que requiert ce projet, 44 arpents consistent en Pas géométriques loués à bail sous la classification de grazing and conservation land. 15 à 20 des chalets seront situés sur ces Pas géométriques. Un integrated residential golf et un golf village sur les 160 hectares comprendront un pleasure craft marina, environ 200 chalets ainsi qu’un hôtel.

Cet envol rapide ne prétend pas être exhaustif ou même précis car il n’y a aucun projet qui change aussi rapidement d’envergure, de nature et de détails de toutes sortes que les IRS. Il y a des projets dont nous sommes conscients n’avoir pas couverts comme cette insanité de créer à Balaclava entre le Maritim et le Goulet cinq sites d’hôtels.

Ce qu’il convient de noter en guise de conclusion, c’est que les IRS sont aussi nombreux qu’ils sont différents. Certains ne nécessitent aucun apport de terres de l’État alors que d’autres en ont besoin à des degrés différents. Nous avons essayé de démontrer qu’en l’absence d’un mécanisme transparent où les forces du marché joueraient pleinement leur rôle, ces projets continueront à faire l’objet de convoitise qui crée un air vicié pour le mood du pays en général.