JM et les chefs coutumiers de la République démocratique du Congo

20 July 2013

La bave du crapaud

Patrick ASSIRVADEN
l'express du 20 juillet 2013
 
Monsieur Desveaux a raison. Je saisis très mal sa philosophie politique (enfin s’il en a une) surtout après avoir lu sa tribune, truffée de mensonges, d’insultes gratuites, d’invectives, de dénigrements et de nondits. C’est Monsieur Desveaux tout craché. Mais une chose est sûre, ce Monsieur se trompe d’époque. On est en 2013. Les Mauriciens ne sont pas des imbéciles ! Ce Monsieur me traite de caïd, de député de bas étage. Je peux comprendre car de 2005 – 2010 et jusqu’aujourd’hui, je suis celui qui l’a démasqué, et étalé devant l’opinion publique l’agenda et le rôle de cet imposteur hors pair. C’est vrai j’ai dit à ma conférence de presse que je ne partage pas grand-chose avec ce personnage. Mais j’avouerai qu’une chose m’a échappé, ce Monsieur est horriblement imbu de lui-même. Il doit sûrement et très souvent dans une journée se regarder dans un miroir… et se toucher… pour être certain qu’il existe vraiment.

Voyons la vérité des faits
Dès son arrivée au CEB et avec la complicité de certains, la décision est prise de confier la direction du CEB à quatre mercenaires étrangers aux dépens des fils du sol méritants, en ramenant l’organisation en arrière de 50 ans. Une vraie insulte à la nation mauricienne qui a, hélas, laissé des séquelles indélébiles à l’organisation. Avec un tel changement radical, on a vu l’instauration d’une technique de management digne des plus grands despotes. En faisant miroiter la carotte d’un renouvellement de contrat après deux années de fonction avec des salaires de princes, ce monsieur s’est doté d’une arme redoutable pour la mise en oeuvre de son agenda au sein du conseil d’administration où il régnait en maître absolu. Avant de poursuivre avec mes propos, de grâce Monsieur Desveaux, cessez de vous cacher derrière le professeur Kasenally et le Dr Baguant et de vous accrocher à leurs pantalons. Assumez votre passé sans paravent comme un grand… Décidément, vous ressemblez étrangement à votre maître.


La sous-station de Dumat
Effectivement, les bushing achetés par le conseil d’administration du CEB en 2003 alors que vous régniez sur le board ont explosé en 2007 causant un black-out total dans le nord du pays, mais surtout une perte de plus de Rs 80 millions au pays et aux contribuables. Savez-vous ce qu’on avait découvert en 2007, Monsieur Desveaux ? Que les fameux bushing achetés en 2003 par le board du CEB dont vous étiez le chef d’orchestre avaient été faits par l’intermédiaire d’un courtier (Plantec) en Afrique du Sud qui se les a procurés d’Alstom (S.A) en fait c’est Mecafils, une société de Suisse qui les a fabriqués et livrés. Pire, il n’y avait ni document d’achat, ni garantie. C’est Mecafils qui nous fit remarquer que ces matériels défectueux étaient inappropriés pour la sous-station de Dumat. Rs 80 millions, Monsieur Desveaux et vous prétendez être une lumière… les lecteurs apprécieront.


CTDS
Monsieur Desveaux se targue de la réalisation du projet, de la centrale de la Société usinière du Sud (CTDS) et de Savannah et se fait le champion d’une compétition déguisée entre voisins pour l’octroi de fabuleux contrats à hauteur de six milliards. Pour arriver à ses fins, il fait employer les experts légistes parmi les plus prestigieux d’Europe aux coûts de plusieurs dizaines de millions de roupies pour concocter un appel d’offres et un contrat des plus compliqués pour que personne ne s’y retrouve et afin d’échapper à toute critique ou contestation possible, et de l’aveu même de certains tout à fait démesuré eu égard à l’importance relative de cette centrale de 30 MW seulement. Le résultat de ces manigances, c’est une centrale fonctionnant au charbon uniquement alors que la bagasse, combustible disponible en abondance sur le site, n’avait guère de place ! Un matériel de seconde main ayant servi auparavant dans une sucrerie en France (Brelle), et ayant été acheté par les promoteurs du projet bien avant l’adjudication du marché par le CEB. Dans un soi-disant appel d’offres compétitif, cette centrale reste encore aujourd’hui celle qui produit de l’électricité à un coût parmi les plus élevés des producteurs indépendants (IPP), l’utilisation de cette centrale à plus de 90 % de sa capacité n’est que le fruit d’une astuce de contrat – le fameux «two-part tariff» – qui oblige le CEB à payer l’essentiel en coût d’investissement sur quinze ans, sans rabais et indépendamment de la production réelle et qui est, elle, simplement rémunérée à un coût marginal. Les gens avertis n’auront aucun mal à s’y retrouver et à comprendre un mécanisme financier aussi véreux que les fameux ponzi schemes, et qui se fait au détriment des consommateurs ! Il est notoire que l’aspect financier a été entièrement occulté dans les négociations avec la CTDS aux dépens du consommateur.

L’opposant «Alan Ganoo» 
Le projet de la CTDS avait un illustre opposant au Cabinet de l’époque en la personne de l’actuel leader de l’opposition. Malheureusement, devant la puissance de Monsieur Desveaux, plus «royaliste» que le ministre de tutelle, et ayant l’appui sans faille de son maître, Alan Ganoo n’avait d’autre choix que de se taire et de laisser faire – voilà la vérité sur l’implication de ce personnage dans les décisions cruciales quand le MMM était au pouvoir. Vous qui parlez de transparence, Monsieur Desveaux, expliquez aux lecteurs et aux Mauriciens :

1. Comment et pourquoi la chaudière de la CDTS en 2003 était de seconde main ?
2. Comment et pourquoi le prix kWh a été accepté/payé par le board et vous-même pour une chaudière neuve alors que vous saviez très bien qu’elle était second hand ?
3. Comment et pourquoi la chaudière second hand était déjà et depuis longtemps à Maurice bien avant que CTDS ne décroche le contrat ?
Ces quelques éclaircissements, Monsieur Desveaux, aideraient sûrement les lecteurs et les Mauriciens en général à mieux cerner votre personnage.

Bhagwan se plie
Monsieur Desveaux qui se targue d’être un administrateur hors pair a dans l’escarcelle de ses réalisations un autre fait d’armes digne d’être mentionné – parmi tant d’autres. Il est connu au CEB que ce Monsieur tout-puissant avait obligé le ministre de l’Environnement de l’époque, en l’occurrence Rajesh Bhagwan, à modifier la loi du pays à travers les Regulations en acceptant le seuil de 70db (mesure de bruit) aux abords des centrales électriques pour des raisons les plus obscures. Aujourd’hui, la république de Maurice est le seul pays au monde à avoir fait fi des recommandations de la Banque mondiale pour que ce seuil ne dépasse pas les 50 db. Voilà ce dont est capable ce Monsieur donneur de leçons et qui était du temps où son maître était Premier ministre plus puissant que les ministres. On peut donc imaginer que tous les membres du conseil d’administration de l’époque ne pouvaient être autres que des marionnettes aux mains d’un manipulateur Expert.

Appel d’offres ? Sélection transparente ?
En 2003, les tender documents pour CTDS spécifiaient clairement que le projet devrait «cater for a primary fuel and a secondary fuel». L’idée était de «optimize» la bagasse. Donc, le CEB s’attendait à des offres «with coal as the primary fuel and bagasse as a secondary fuel». Monsieur Desveaux, vous le savez fort bien, la CTDS n’a jamais soumis de «secondary fuel» ! L’offre de la CTDS aurait dû être rejetée sur le champ !!! Et pourtant elle a été acceptée avec votre bénédiction après qu’un soumissionnaire s’est retiré perdant du coup son bond de plusieurs millions de roupies. RFP Transparent ? Il y a un imposteur quelque part.

CTDS – Désastre écologique
Pas un mot de vous Monsieur Desveaux sur les milliers de tonnes de cendres de charbon (12 000MT) camouflées tous les jours dans les champs de canne à St Aubin. C’est un désastre environnemental sans précédent dont vous avez été un complice pour ne pas dire l’instigateur principal. Et vous avez le culot de vous vanter d’avoir fait naître un tel projet qui détruit chaque jour nos nappes phréatiques, pollue nos rivières et tue notre environnement ! Faites un détour vers St Aubin quand vous avez le temps. Pour moi, il y a un seul mot qui peut qualifier toutes ces actions de 2003 «criminel»

Dans le salon de SAJ
Aveu de taille de Monsieur Desvaux, en 2003 les décisions concernant la politique énergétique de Maurice se prenaient non pas au cabinet ministériel ou au CEB avec les techniciens, mais dans le salon de SAJ… On voit un peu plus clair comment cela se faisait en votre temps.

Gamma Coventa
Quant au projet Gamma Coventa des frères Ah Teck et vos divagations concernant leur proximité avec le Premier ministre, s’il vous plaît, soyez moins ridicule, vous savez très bien que le projet n’a jamais vu le jour malgré leur «soi-disant» proximité … J’étais contre le projet c’est vrai… Je ne porte pas de visières dépendant de là où je me tiens Monsieur Desveaux. A propos de ridicule, faites un effort, qui oserait vous croire dans ce pays, Monsieur Desveaux, quand vous affirmez que vous avez travaillé, un génie de votre calibre, pour Rs 1 000/- pour le compte du CEB ? Heureusement, le ridicule ne tue pas… Quant à vos autres élucubrations, divagations et insultes, je vous dirai simplement, «ce qui te tue pas te rend plus fort». Sans être mal élevé, ou impoli, je vous recommande cette citation «la bave du crapaud ne salira jamais la blancheur du lys». Je me retrouve dans le lys, Monsieur Desveaux. Et vous… ?


17 July 2013

Assirvaden, ce tonneau vide de président

Par Jean-Mée DESVEAUX
l'express du  17 Juillet 2013
SUDS, à Union st Aubin, la première centrale érigée après un appel d'offres transparent à Maurice.

Décidément, Monsieur Assirvaden a encore beaucoup de mal à saisir notre philosophie politique. Il se réjouit de nous voir nous démarquer de la position MMM/MSM sur le dossier Sinohydro * mais il a toujours du fil à retordre à comprendre la logique de notre action durant les cinq ans (2000-2005) passés au sein du Board du Central Electricity Board (CEB). On se souvient qu’il allait, lui-même, devenir président de cet organisme clé de 2005 à 2010. Il y a, bien au-delà d’un simple clash de personnalités, suffisamment de leçons à tirer du fonctionnement du CEB durant ces deux périodes pour qu’on s’y arrête.

Qualifié de «nominé politique de bas étage» par Paul Bérenger, cet ex-président du CEB n’avait produit aucun nouveau Independent Power Producer (IPP) durant son mandat. Pourtant, le style et les pirouettes de cet homme consumé d’ambition politique, auront laissé une empreinte indélébile sur le déclin de cet organisme. Doté d’une remarquable propensity to think a little too well of himself, il faisait une exégèse de sa présidence suite à celles du professeur Kasenally et du docteur Baguant après seulement un an : «Le CEB avait besoin d’une personne très ferme à sa tête…….Il est essentiel que le président soit quelqu’un qui agit avec fermeté….cela a manqué dans le passé. Le CEB a aujourd’hui quelqu’un d’intransigeant à sa tête. Je suis confiant que cette politique de fermeté va être payante.»

C’est la même fermeté verbale qu’on retrouve chez le président Assirvaden quand le CEB décide que le projet Gamma-Coventa d’incinérer 80 % des déchets du pays est contraire aux intérêts du corps para-étatique. Les techniciens du CEB découvrent des anomalies et des manquements techniques et économiques au sein du projet et concluent qu’il n’est pas viable, qu’il risque d’exacerber la situation financière critique du CEB et que les prix proposés par des éventuels IPP sont à moitié inférieurs au prix de Gamma-Coventa. Les techniciens du CEB ayant fait leur travail, le président Assirvaden lève le ton et déclare : «Dans tous les prochains contrats que le CEB signera avec le secteur privé, si le CEB ne sort pas gagnant, je prends l’engagement, en tant que président, de faire savoir à la population que je ne suis pasd’accord de payer le courant à ce prix-là.»

Un frisson d’admiration parcourut le pays tout entier, électrifié devant tant de patriotisme. Voilà un Mauricien qui mettait ses convictions au-dessus de l’assujettissement abêtissant de son parti politique. Le président du CEB aurait donc compris que cette utilité publique avait Rs 5 milliards de dette en sus des Rs 2 milliards de déficit accumulé. Rama Sithanen venait, du reste, d’attribuer 2 % du déficit du budget de l’État aux autorités para-étatiques, dont principalement le CEB.

Mais, Monsieur Assirvaden n’avait pas tenu en ligne de compte que les frères Ah Teck, promoteurs du projet d’incinérateur, étaient très proches de Navin Ramgoolam. Un coup de fil de l’hôtel du gouvernement suffit à dégonfler ce caïd. Le tigre rentra ses griffes et devint chaton devant les diktats du prince auquel il devait sa nomination. La seule qualification de Navin Ramgoolam en matière énergétique jusque-là, avait été sa déclaration, en 2005 en tant que leader de l’opposition, qu’aussitôt élu, il fermerait toutes les centrales qui utilisent le charbon (mettant inéluctablement le pays dans une obscurité totale) ! C’est pourtant le PM qui prit la présidence d’un High Powered Committee qui déclara, bien vite, que l’incinérateur de Gamma-Coventa, proposé par ses bailleurs de fonds, était hautement désirable pour le pays.

Le président Assirvaden avait, ce jour-là, choisi de sacrifier ses convictions affichées dans l’expectative de la carrière de député de bas étage qui se donne en spectacle aujourd’hui à toute une nation. Dès lors, départager les offres des IPP cessa d’être l’exercice technique de haute volée qu’il avait été durant les cinq années précédentes. Le chaos le plus total, avec des projets défiant toute logique énergétique, devint la règle du jeu pour le reste de son mandat. Le critère essentiel de l’IPP allait dorénavant devenir l’appui d’un mercenaire influent au sein du cabinet ou encore d’une organisation socioculturelle. Ce fut le cas pour le projet CT Power qui naquit sous la présidence de Monsieur Assirvaden qui demeure un de ses plus fervents défenseurs bien que le coût de production du kilowatt/heure de cette centrale, information sine qua non de toute décision d’octroi de IPP, n’est toujours pas connu jusqu’ici.

Comment, dès lors, s’étonner qu’un Chairman de cet acabit soit dérouté par la trempe de ces illustres prédécesseurs que furent le professeur Kasenally et le docteur Baguant avec qui j’ai eu le privilège de travailler entre 2000 et 2005. Si, comme dit le PM, the proof of the pudding is in the eating, il suffirait de rappeler que sous ces éminences grises, le CEB réussit à adjoindre deux centrales électriques d’IPP d’un total de 104 MW à son grid, alors que le président narcissique n’a, à son actif, malgré tout le sound and fury,qu’un score des plus nuls. En sus de la capacité additionnelle et l’épargne réalisée par le CEB, l’histoire retiendra, des deux centrales de Société usinière du Sud (SUDS, 30 MW) et de Savannah (74 MW), la transparence et le souci de bonne gouvernance dans lesquels ces contrats de plus de Rs 6 milliards ont été négociés par le CEB. Une première nationale non égalée depuis.

Le CEB ne pouvant produire toute son électricité à cause de l’investissement faramineux que cela implique, la priorité est d’acheter l’énergie produite par le privé au meilleur prix qui soit. Or, jusqu’en 2000, le processus de passation de marché pour des contrats des IPP qui se comptent en milliards, se faisait au petit bonheur, chacun son tour, dans un cadre totalement opaque. Le promoteur n’avait, en plus, aucune pression concurrentielle à offrir le meilleur prix aux consommateurs.

Quand donc sous la présidence du professeur Kasenally, le CEB instaure un processus d’appel d’offres piloté pendant des mois, dans les moindres détails, par la cellule Corporate Planning and Research, c’est une grande première pour le pays. Ce Request for Proposals(RFP) allait déterminer lequel des projets allait joindre le grid du CEB en premier sur la base des critères spécifiques tels : reinvestment potential, environment impact,new employment, tax revenue, buy out provisions, legal risks, bidder strength, dispatch flexibility, ancillary services, line losses, levelised cost etc..

Mais bad habits die hard. Médine, le troisième candidat s’étant retiré, l’appel d’offres allait se jouer entre SUDS et le projet de cogénération de M. Norland Suzor dans le port. La décision d’opter pour un processus de sélection transparente et concurrentielle n’était pas au goût de tout le monde et n’était pas de nature à nous créer une foule de supporters. L’industrie sucrière n’avait aucune envie de se plier à la règle de la concurrence et à la discipline de prix que nous introduisions dans le paysage énergétique national. La Mauritius Sugar Authority (MSA) voyait son pré carré lui échapper. Les mandarins du ministère de l’Énergie qui avaient, avec la MSA, négocié dans le passé, les contrats de gré à gré de Belle-Vue et de Beau Champ étaient des opposants naturels d’une passation de marché transparente. IBL, qui pilotait le projet Suzor, et MCFI, qui allait abriter ce projet, allaient aussi s’allier avec la horde mentionnée en haut, et tous, s’opposèrent, comme un seul homme, au processus d’appel d’offres et mirent leur poids, non négligeable, derrière le projet Suzor.

Mais l’adversaire le plus redoutable du RFP fut le PM d’alors, sir Anerood Jugnauth. Durant quelque vingt ans à la tête du pays, ce dernier n’avait jamais ressenti le besoin d’un quelconque comité, scientifique ou pas, pour choisir un projet d’investissement à Maurice. Après que tout ce beau monde se soit rencontré chez le PM pour lui présenter le projet de cogénération, celui-ci trancha dans le vif (au beau milieu du processus du RFP au CEB) que c’était le projet Suzor qui irait de l’avant.

Ah ! Monsieur Assirvaden, si seulement vous étiez là! C’est d’un président de votre trempe que SAJ avait besoin à ce moment-là. Vous auriez fait vos galons politiques des années plus tôt ! N’ayant ni vos ambitions politiques ni la souplesse de vos vertèbres, we begged to differ avec le décideur suprême devant l’intérêt supérieur du pays. Nous étions à la veille du changement de PM à l’israélienne et tout pouvait encore arriver. Et pourtant, Paul Bérenger s’aligna du côté de la transparence et le processus du RFP au CEB se poursuivit. Le projet SUDS fut éventuellement adjugé plus avantageux au CEB et remporta la joute. Elle reste aujourd’hui une des centrales au sommet du Dispatch Order du CEB (appels de plus de 90 % sur le grid) autant par son prix avantageux que par sa flexibilité.

Il y eut beaucoup d’attaques, de chasses aux sorcières et de fishing expedition pour essayer de trouver ce qui, dans l’attribution de ce contrat, pourrait le moindrement prêter à équivoque. Mais que dalle ! Ces gesticulations dont je fus naturellement l’objet principal avaient pour but de décourager la transparence dans l’attribution des contrats entre les IPP et le CEB. Le lecteur qui s’y intéresse peut consulter, sur le blog jeanmeedesveaux.blogspot.com, les interviews suivants qui parurent dans l’express : Empêcher le CEB d'être une vache à lait  (26 mai 2003) ; l’interview de Jack Bizlall Jack Bizlall: Que la lumière soit faite (2 juin 2003) ; Eclairage sur les contrats du CEB (9 juin 2003).

 Le lecteur peut, à partir de là, tirer ses propres conclusions sur l’honorable Assirvaden. En ce qui nous concerne, l’ayant déjà traité de menteur en direct à la radio en 2006, nous avons, depuis, noté chez lui, une autre tare non moins enviable. Fidèle à ses convictions morales, il se sert du Parlement comme d’un coward’s castle où, sous l’immunité parlementaire, il induit la nation, l’exécutif et les députés en erreur afin de couvrir son incompétence au sein du CEB. Ainsi, le 14 novembre 2011, il attribue le black-out du pays après l’explosion à la sous-station de Dumat en 2007, quatre ans plus tôt (!), à du matériel défectueux acheté d’un contact sud-africain de votre correspondant. Il l’aurait appris «d’un technicien»! Pareillement, au lieu des quatre Boards sur lequel j’ai siégé (dont trois avec une rémunération d’environ Rs 1 000), il en dénombre 17 avec une rémunération de Rs 350 000 !

On peut prédire qu’avec un tel parcours, le pays devra sûrement ériger bientôt, sur le front de mer, une effigie à ce parangon de la politique qu’est devenu Patrick Assirvaden. Il faudrait cependant s’assurer, pour être fidèle à sa nature, qu’elle soit aussi creuse et résonnante que le guignol burlesque qui nous est offert en spectacle dans l’hémicycle.

* Lors d’une conférence de presse, le samedi 6 juillet, Patrick Assirvaden a exprimé son appréciation de Jean-Mée Desveaux : «Après l’affaire de St-Aubin et son passage au CEB, je ne partage pas grand-chose avec Jean-Mée Desveaux. Mais suite à cet article, j’ai changé d’avis ! » (Weekend, 7 juillet 2013)


10 July 2013

Crime et châtiment


Par Jean-Mée DESVEAUX
L'express du 10 juillet 2013
 
Plus que jamais, au DodoLand, nous avons la singulière impression que the law is an ass! Il est vrai que c’est un sentiment qui a prévalu même au sein de la blonde Albion quand on pouvait, pour le même châtiment, tuer le roi d’Angleterre ou un cervidé dans la forêt royale.

Comment autrement interpréter l’évolution du roman-fleuve du VarmaGate au sein du pays que nous connaissons ? La République tout entière était en révulsion devant le comportement de l’ex-garde des Sceaux. Prétendre ne pas avoir été l’auteur de l’agression et s’entourer de trois gorilles du barreau, comme pour bien démontrer la démesure des forces en présence.

Tout cela lui a coûté l’estime des Mauriciens, toutes fois confondues (mise à part la VOH qui prouve encore une fois qu’elle ne représente qu’elle-même). Et pendant toutes ces semaines, il gardait sa prééminence ministérielle et la superbe arrogance qui l’accompagne.

Mais voilà, au moment même où les rôles changent, que le père de la victime le remplace dans le rôle principal de l’arrogant, qu’il ravale son orgueil et offre des excuses à la victime et à sa famille, il est démis de ses fonctions. La loi, d’ordinaire si somnolente chez nous, lui tombe alors dessus avec un acharnement qu’on ne lui connaissait pas jusqu’ici. Les casernes sont en ébullition, avec les responsables du dossier travaillant à un rythme effréné. 

La loi a probablement des raisons que la raison ne connaît pas, mais l’hyperactivité légale et institutionnelle autour de ce dossier nous pousse à nous poser quelques questions. N’existe-t-il pas aux yeux de la loi une hiérarchie de délits qui s’étend, au sommet, de la plus pernicieuse et néfaste entorse à la survie même du contrat social, à d’autres, au bas de l’échelle, qu’une petite tape sur la main suffirait de décourager ? Si les ressources de l’État, en termes d’effectifs dans le domaine du Law and Order sont limitées, ne convient-il pas de les utiliser avec parcimonie en appliquant rationnellement le plus d’effectifs aux crimes les plus inciviques ? Le razmataz sur VarmaGate reflète-t-il la dangerosité de ce délit au regard de la hiérarchie de crimes qui sont commis dans ce pays ? 

Comment évaluer comparativement, le long de cette échelle de crimes, un événement qui est passé comme une lettre à la poste, alors qu’il allait causer un appauvrissement inéluctable du citoyen mauricien : la saga de Betamax. Le gouvernement travailliste signe le 20 novembre 2009, à travers la State Trading Corporation(STC), un contrat de Rs 8 milliards avec les Bhunjun, la belle-famille du très honorable Jeetah, qui est alors ministre du Commerce et donc de la STC. Ce contrat instaure le monopole de Betamax sur le transport des produits pétroliers à Maurice pour 15 ans. Il livre le pays, pieds et poings liés, à un proche du ministre de tutelle en lui empêchant de trouver, à travers des appels d’offres compétitifs, le transporteur le moins offrant sur une base annuelle. Ainsi, entre le 18 août 2010 et mars 2012, la STC a payé Rs 54,7 millions de «demurrage fees» à Betamax, propriétaire du pétrolier Red Eagle pour 61 voyages, soit environ Rs 900 000 par voyage de ce tanker. 

Mais le scandale ne s’arrête pas là. Les conseils du Solicitor General sur le bienfondé de ce contrat avaient été ignorés. Aucun futur gouvernement (moins inféodé à la famille Bhunjun) ne pourra, durant 15 ans, introduire la concurrence dans le fret de nos produits pétroliers, malgré l’effet bénéfique sur l’économie nationale que cela entraînerait.

Sinon, il faudra compenser Betamax à hauteur de Rs 2,1 milliards. Le contrat est scellé sous le sceau du secret absolu pour que la société civile ne puisse pas en débattre. Pour conclure, alors même qu’un tsunami s’abat sur l’ex-ministre de la Justice, son confrère du Commerce n’a pas la moindre «fizette» pour recadrer l’expression de son attachement familial aux dépens de l’État.

Il nous faudra donc migrer vers d’autres cieux pour apprécier comment ces combines où l’État est spolié sont traitées juridiquement. Stéphane Richard, le numéro un de France Telecom (qui possède 40 % de Mauritius Telecom), vient d’être inculpé pour «escroquerie en bande organisée» dans un cas de conflit d’intérêts. Il existe, en France, une Cour de Justice de la République (CJR) dont la compétence est de juger les infractions commises par les ministres dans l’exercice de leurs fonctions.

La CJR soupçonne Christine Lagarde, l’ex-patronne de M. Richard et directrice actuelle de la FMI, d’avoir choisi un processus de tribunal arbitral opaque pour résoudre un litige entre Bernard Tapie et l’État en vue de favoriser Monsieur Tapie. Ce dernier fut compensé par le tribunal arbitral à hauteur de 285m d’euros d’indemnité dont 45 millions à titre de préjudice moral (403 m d’euros avec les intérêts).

La directrice du FMI risque, en cas de culpabilité avérée, jusqu’à dix ans de prison et 150 000 euros d’amendes «pour complicité de faux et de détournement de fonds public». Un des trois juges du tribunal, Pierre Estoup, a été accusé de connivence avec Tapie, et mis en garde à vue.

Le lecteur optimiste reconnaîtra qu’il faudrait d’abord créer une Cour de Justice de la République à Maurice avec la compétence de juger les infractions commises par les ministres dans l’exercice de leurs fonctions pour que nous puissions sortir de l’auberge dans notre cas de figure. Une condition nécessaire pour ce faire est sans doute un changement de gouvernement. Mais estce-que cette condition serait suffisante ? 

Imaginons le Remake 2000, retourné au pouvoir en 2015, avec SAJ à sa tête. Le nouveau PM devra saisir une instance juridique existante ou en créer une autre pour se pencher sur Betamax. Mais ce vaillant homme d’État est aussi Queen’s Counsel. Il sait que what’s sauce for the goose is sauce for the gander. Comment s’acharner sur les indulgences de l’État vis-à-vis des Bhunjun, beaux-parents de Rajesh Jeetah sans, par la même occasion, revisiter les largesses de ce même État vis-à-vis des Ramdanee, beaux-parents de Pravind, durant les longues années de primature de sir Anerood. De plus, Pravind est lui-même accusé par l’ICAC de conflit d’intérêt dans la vente de la Clinique Medpoint de son beau-frère. Une règle d’or en politique, c’est qu’on ne parle pas de corde dans la maison d’un pendu.

06 July 2013

Sinohydro : le péril jaune qui menace Maurice ?

Par Jean-Mée DESVEAUX
l'express du 5 juillet 2013

La construction de la passerelle à la hauteur du pont Colville-Deverell est effectuée par Sinohydro.

Dans une île Maurice pourtant acclimatée aux scandales des contrats mirobolants, il n’est pas permis, à entendre l’opposition et la caisse de résonance de nos rédactions sérieuses, de trouver pis que la performance de Sinohydro Corporation Ltd (Sinohydro), une compagnie de construction chinoise qui entreprend une demi-douzaine de chantiers de la Road Development Authority (RDA) et de la Water Resources Unit (WRU) en ce moment. 

La séance parlementaire du 5 juin 2012 en donne un bon aperçu. Le Dr Sorefan a ouvert le bal en demandant au Speaker s’il était conscient que Sinohyro est «un monument de corruption dans plusieurs pays telle la Malaisie» et que cette corporation chinoise a été «blacklisted» en Ethiopie, Zambie, Mali, Tanzanie, Inde et au Pakistan. L’honorable Jugnauth a, pour sa part, critiqué le gouvernement de n’avoir pas institué une «due diligence» pour filtrer un constructeur avec une si mauvaise réputation. L’honorable Uteem a, lui, suggéré que dorénavent, vu l’épisode de Sinohydro, «a clause be inserted that someone who has been involved in corruption in Mauritius or outside Mauritius be blacklisted and disqualified from submitting a bid». L’honorable Ganoo a déclaré avoir en sa possession des informations qui démontrent que Sinohydro a eu de gros problèmes en Malaisie avec la livraison d’un barrage hydroélectrique. Un an plus tard, lors de la Private Notice Question (PNQ) du 28 mai de cette année-ci, le leader de l’opposition a réclamé que Sinohydro ne soit plus autorisée à prendre part à des exercices d’appel d’offres et qu’aucun contrat ne lui soit alloué. Un membre de l’opposition a, de plus, suggéré qu’il y a, parmi les travailleurs de cette compagnie, des prisonniers chinois de droit commun. 

Devant un tel acte d’accusation, reflété au sein de nos meilleurs journaux jour après jour une année durant, il n’est pas possible que le public mauricien ne soit aujourd’hui convaincu du bien-fondé de tant de têtes pensantes qui considèrent le péril jaune de Sinohydro comme un fléau pour notre pauvre petit pays. Le Premier ministre (PM) a été la première victime de cette vague de désinformation quand il a, en plein Parlement, pâli d’effroi à l’idée que Sinohydro allait construire un gymnase dans sa circonscription ! 

Nous allons essayer de démontrer que ces informations sont erronées. Nous sommes, en effet, intimement convaincus que l’absence de Sinohydro des appels d’offres dans un secteur qui brasse des dizaines de milliards des deniers de l’Etat, se fera au détriment de la concurrence et se paiera donc très très cher. Il est une évidence même que la seule présence de cette enterprise parmi les «bidders» agit comme un frein aux aspirations déraisonnables des autres grosses entreprises. Et comme l’État c’est nous, il nous est permis, correctement informés, d’insister que la seule entreprise qui pousse le prix des gros contrats routiers vers le bas, continue à exercer cette traction vis-à-vis des prétentions excessives qui les côtoient. 

Ce survol passera en revue les chantiers de construction où Sinohydro est censée illustrer les vices déplorés par nos élus. Il est intéressant de noter que ce constructeur numéro un de barrage hydraulique mondial qui brasse, en chiffre d’affaires, presque le double du Produit intérieur brut mauricien soit jugé inexpérimenté pour des travaux chez le tigre de l’océan Indien. La méthode que nous adopterons est donc de juxtaposer les contrats et chantiers obtenus par Sinohydro et les évaluer sous plusieurs critères. 

Les questions auxquelles le lecteur devrait pouvoir répondre à la fin de chaque chantier sont les suivantes. Q1 : Est-ce que Sinohydro a utilisé, comme on l’accuse, une stratégie de bas prix pour obtenir un contrat qui a débordé ensuite systématiquement, à travers des retards, à une majoration du prix initial jusqu’à dépasser les offres qu’elle avait précédemment battues ? Q2 : Si retard il y a, qui est contractuellement tenu à dédommager l’autre partie financièrement ? Est-ce la RDA qui doit payer Sinohydro, comme le dit l’opposition, ou est-ce des pénalités que Sinohydro doit payer à la RDA? Q3 : Existe-t-il un prima facie case d’interférence occulte, de manque de transparence ou de corruption autour de la procédure d’allocation du chantier avant, pendant ou après cette allocation à Sinohydro ? La réponse à chacune de ces questions permettra au lecteur de jauger la justesse des jugements de nos parlementaires cités plus haut. Cette lecture mécanique est fastidieuse et malheureusement indispensable pour permettre au lecteur d’avoir un coup d’oeil général et objectif sur la question. Nous nous basons sur des informations apparues dans l’express, le Mauricien, Week-End et Hansard.

Il est important avant de commencer cet exercice de mettre fin une fois pour toutes à une préconception créée dans l’esprit du lecteur par la récente campagne de désinformation: malgré les rumeurs, Sinohydro n’est pas blacklisted par la Banque mondiale, institution internationale qui fait le monitoring des participants aux grands travaux internationaux.

LES SIX CONTRATS DE SINOHYDRO








Conclusion : Nous n’avons pu déceler dans aucun des contrats obtenus par Sinohydro, le mécanisme que le leader de l’opposition, l’honorable Ganoo, voulait démontrer selon lequel, pour obtenir des contrats, Sinohydro fait des offres basses, ravit le contrat et ne l’exécute pas dans les délais pour ensuite faire des réclamations supplémentaires. Nous n’avons pu trouver aucune réclamation supplémentaire mentionnée dans toute la littérature que nous avons parcourue sur Sinohydro. En fait, sur une valeur de contrat de Rs 1,6 milliard grosso modo, l’État a économisé Rs 275 millions (17 %) sur ces six chantiers, soit l’équivalent d’un gros hôpital ou d’une dizaine de collèges secondaires. L’économie est encore plus grande si le maître d’ouvrage décide d’imposer, comme il a le droit, des pénalités de retard de 5 % à 10 % sur les chantiers visés. Aucun des contrats n’a révélé le moindre indice de scandale que nous avons pu mettre au jour.

Et ce n’est pas étonnant car il fallait vraiment croire n’importe quoi pour gober que Sinohydro, premier constructeur de barrage mondial, mettrait en péril sa réputation internationale et son chiffre d’affaires égal au double de celui de l’État confetti mauricien et se faire blacklisted pour corruption par la Banque mondiale, dans le seul but de gagner des contrats dans ce nombril du monde qu’est Maurice.

Devant l’énorme disparité, donc, entre les accusations vitrioliques d’une part et les faits reflétés sur le terrain d’autre part, on est tenté de conclure que si un complot bien orchestré avait été monté visant à exploiter l’ingénuité et le manque de recherche approfondie de l’opposition par ceux qui ont intérêt à exclure Sinohydro de la ligne de départ pour le contrat du gymnase de la circonscription du PM, ils n’auraient pas pu mieux s’y prendre.

Le futur contrat du gymnase n’a, en effet, jamais cessé d’être un leitmotiv de l’attaque à l’encontre de Sinohydro sur le chantier d’Arnaud et de la troisième voie. Cette impression n’est que renforcée par l’intervention très honnête de l’honorable Bhagwan qui, ne sachant rien cacher, a demandé «si le moment n’était pas venu de donner un coup de pouce aux contracteurs et entrepreneurs mauriciens lors de l’octroi des contrats». On est tenté de prier cet élu, pour qui j’ai de l’estime, de modérer sa générosité avec l’argent qui ne lui appartient pas !

Sinohydro a construit la plus grande centrale hydraulique au monde, les Trois-Gorges en Chine.


Le battage médiatique anti-Sinohydro a coïncidé avec la sortie, ces derniers jours, d’un pseudo-rapport visant à démontrer la concurrence déloyale des firmes de constructions (pas étrangères mais) chinoises à Maurice. La montagne a accouché d’une souris et de ce qu’on a pu juger des morceaux délectables qui ont été refilés à la presse, ce manque de concurrence se résume à un avantage aux Chinois sur les règles régissant les occupational health and safety issues, les logements sommaires des travailleurs chinois et l’incapacité des ouvriers chinois de se syndiquer. La vacuité de ces conclusions est en elle-même une preuve irréfutable que si, comme le disent nos politiques, anguilles sous roches il y avait, c’est ici que la roche aurait été soulevée pour mettre au grand jour tous les vices chinois cachés. Mais, que dalle !

Ce rapport, publié au milieu du battage parlementaire et médiatique, a pourtant été jugé si transcendant par le ministre des Finances, qui l’a vite rangé dans le placard sans le lire, qu’il a décidé de rehausser les domestic preferences pour les compagnies mauriciennes à 15 % au lieu des 5 % décidés en 2009. Seule la forte pression de la Banque Mondiale et d’autres bailleurs de fonds, qui connaissent la pertinence de la concurrence dans ce domaine, a pu empêcher les forces protectionnistes de faire exclure les compagnies étrangères des contrats entre Rs 100 et Rs 400 millions. Et pourtant, le président de la Building and Civil Engineering Contractors Association qui a commandité ce rapport rétrograde et protectionniste, avoue que «beaucoup de compagnies locales emploient des étrangers» ; de plus, ajoute-t-il, «les jeunes ne sont pas intéressés par le secteur à cause de l’absence de sécurité d’emploi». C’est ce que confirme le ministre Mohamed lors du Job Fair à Roche-Bois. Le ministre a fait ressortir qu’il y avait 6 000 postes à prendre dans la construction et le responsable de Sinohydro a dit que son entreprise recherche «des ouvriers compétents qui restent jusqu’à la fin du projet, qu’ils soient Chinois ou Mauriciens. Or, nous avons eu des cas où les travailleurs mauriciens ne sont pas restés plus d’un mois». Tout ceci souligne que toutes les démarches protectionnistes dans ce domaine visent une marge oligopolistique que cherchent à faire les compagnies de construction déjà implantées dans ce pays.

Nous avons malheureusement le triste devoir de pousser plus loin notre réflexion. Nous accusons tous ceux impliqués dans cette montée de bouclier contre Sinohydro, depuis les journalistes qui se font prendre par la désinformation de leurs sources jusqu’aux députés qui se laissent berner comme des novices, de tous jouer, un mauvais rôle, probablement sans le savoir, sous l’influence de certains gros contracteurs sans scrupule. Ceux-là sont non seulement engagés à combattre le jeu de la concurrence, mais, de plus, ils sont disposés, par tous les moyens, de pervertir la bonne marche des institutions mises en place pour un processus de passations de marché claires et nettes dans un pays qui croule littéralement sous la corruption. Que le lecteur juge par lui-même.

Un chantier à pourvoir incessamment est celui du Complexe sportif à Triolet. Au Parlement, le PM est déjà tombé dans la trappe anti-Sinohydro qui a été savamment construite pour lui quand il a pâli à l’idée que Sinohydro obtienne ce contrat. Ce n’est malheureusement pas lui qui aura le temps ou le plaisir de parcourir les chiffres qui parlent d’eux-mêmes derrière l’écran de fumée érigé par ceux qui tireront de gros sous en l’induisant en erreur.

Un des grands soucis d’Alan Ganoo lors de son PNQ a été, qu’avec le track record jugé abominable, que le lecteur a pu suivre en haut, il est possible que Sinohydro décroche cet autre contrat majeur. Monsieur Ganoo ne semble pas être trop loin de la vérité, d’après l’express du 8 juin 2013. On est soudainement confronté à un profil de Sinohydro auquel on ne nous avait pas habitué. Loin d’être la moins-disante, l’offre de Sinohydro serait même la plus élevée. Mais ce n’est pas tout. C’est cette compagnie qui serait jugée, par les adjudicateurs de la Central Procurement Board, comme étant la plus chevronnée techniquement pour cet ouvrage. Donc ce qu’elle perdrait en points sur son offre financière, elle le compenserait largement sur son offre technique et… c’est là où le bât blesse et que l’opinion publique doit être convaincue de son incompétence.
 
Soumissions financières :
EDCC Rs 151,4 millions ;
Padco Rs 171 millions ;
Sinohydro Rs 190,2 millions.

Technical Marks award :
EDCC 76,3 ;
PADCO 76,2 ;
Sinohydro 83,8.

On peut facilement imaginer, si tel est réellement le cas, l’embarras dans lequel se trouveraient les officiels du CPB chargés d’annoncer aux décideurs politiques que Sinohydro a été adjugée gagnante sur ce contrat au lendemain de la fausse couche médiatique qui a fait tant de bruit mais n’a rien démontré de damning au sein de Sinohydro.

L’opposition croira avoir trouvé un autre filon pour épingler l’incompétence du gouvernement. Celui-ci, tétanisé par les critiques à l’encontre de Sinohydro et convaincu du bien-fondé d’un dossier qu’il ne maîtrise pas, sacrifiera Sinohydro. Et les rédactions sérieuses qui parlaient de «dossiers foireux» ne verront que du feu dans ce tour de passe-passe qu’elles ont naïvement contribué à mettre en place. Si notre hypothèse est fondée, il y a un nom à cette désinformation et ce battage médiatique sans fondement. Ce serait, ni plus ni moins, une atteinte visant à pervertir un processus transparent et objectif de passation de marché public. C’est illégal dans la plupart des pays qui se respectent.

20 June 2013

Kleptocratie endémique

Par Jean-Mée DESVEAUX
l'express du 19 juin 2013

AYANT noté des commentaires dans la presse qui mettaient les politiciens sur le même pied d’«exécrabilité», Paul Bérenger a déclaré récemment que «tous les politiciens ne se ressemblent pas». Réagissant à cette analyse perverse, Paul Bérenger a soutenu qu’elle constitue une menace dangereuse pour la démocratie car elle nourrit le cynisme : «Bizin arrete avec ces propos dangereux pour la démocratie.» Il a tenu à souligner qu’«il existe des hommes politiques qui sont honnêtes et qui ont des principes».
 
Le lecteur fidèle risque fort de reconnaître que le thème que récuse l’honorable élu a bien été un thème central de nos colonnes. Nous plaiderons donc coupable d’avoir effectivement essayé d’établir que l’île Maurice est gangrenée par une clique de politiciens opportunistes et véreux qui ont misérablement trahi la confiance des Mauriciens, hijacked le projet démocratique, et n’ont d’autres objectifs plus dignes que d’asseoir leur pouvoir et augmenter leur fortune (ou celle de leurs proches) aux dépens de l’État. 

Notre manque de complaisance impose, il est vrai, un devoir d’éclaircissement. Cependant, établir que la mauvaise foi de nos dirigeants se retrouve indistinctement au sein des quatre formations politiques nationales, demanderait des conditions expérimentales, disponibles peut-être en laboratoire, mais pas nécessairement réalisables au sein de nos dédales politiciens. Nous allons quand même essayer, en prenant pour pivot et pierre angulaire, un scandale qui domine l’actualité en ce moment : les projets d’investissement de la famille du très honorable ministre Seetaram qui firent l’objet de la PNQ de l’honorable Alan Ganoo, leader de l’opposition, la semaine dernière.

Le MSM aurait tenté de forcer la main au CEB afin que le projet de téléphérique des Sept-Cascades soit approuvé.
L’honorable Pravind Jugnauth, leader du MSM, un de ces hommes politiques honnêtes et qui ont des principes (dixit Paul Bérenger), a fait une sortie en règle contre les abus et autres vices de procédures du gouvernement en faveur des projets de Seetaram. Il a ainsi déclaré qu’avec des subventions annuelles de Rs 37 millions (MID Fund), le projet de ferme photovoltaïque de 15 MW constituait, en 20 ans, un jackpot de Rs 3 milliards au profit de cette famille. Il était «révolté» que le projet de téléphérique des Sept-Cascades, a bénéficié de Rs 80 millions d’investissement de la part de la State Investment Corporation (SIC) alors même que celle-ci a jugé ce projet très risqué. Il considère ce traitement de faveur comme une rémunération pour «ban ki travers lot cote pou zoine parti travailliste». Tout transfuge a un prix et celui de Jim Seetaram est de l’ordre de Rs 3 milliards, a déclaré M. Jugnauth. Outré, il a déclaré que «dans la culture travailliste, l’intérêt du pays ne compte pas. Ils sont plus concernés par des stratégies qui leur permettent de s’agripper au pouvoir et de remplir leurs poches».

L’autre personnalité politique extrêmement remontée par les privilèges dont les deux projets Seetaram ont bénéficié est Alan Ganoo, le très calme leader de l’opposition. Il a surpris plus d’un par l’indignation qui l’enflammait lors de sa PNQ sur le projet Sarako qu’il considère une spoliation des ressources limitées de l’État au profit des Seetaram. Le point fort de la PNQ fut la démonstration de la vitesse «TGV» avec laquelle l’accord entre le CEB et Sarako a été signé. Le PM prit l’engagement, le 19 mai, durant une fête culturelle Rajput, que l’unsollicited bid de Sarako ira de l’avant. Le 21 mai, le CEB signa le Power Purchase Agreement (PPP) avec la famille Seetaram, les négociations n’ayant, elles, duré que 3 mois.

Devant la ferveur patriotique de ces deux élus, aucun Mauricien n’imaginerait que l’éjaculation de tant de nobles sentiments à la défense du patrimoine national n’est que du vent. Que toute cette indignation devant les courbettes travaillistes face à la famille Seetaram n’est qu’une mascarade histrionique éhontée. Que ce ne sont là que des simagrées, des simulacres dépourvus d’idéal et de conviction, visant à faire abstraction du tableau pathétique que représente une opposition à court de ressources quand elle se met à quatre pattes pour courtiser nos votes. Que si un peuple abruti leur faisait confiance une nouvelle fois en 2015, ils feraient exactement ce que font lesTtravaillistes aujourd’hui pour s’approprier le vote de nos concitoyens Rajput ou Lilliputiens, car c’est exactement ce qu’ils ont fait quand ils étaient au pouvoir en 2004. Qu’ils doivent, enfin, avoir perdu toute dignité et crédibilité pour oser venir ainsi, comme Tartuffe, devant le peuple qu’ils ont roulé dans la farine, et feindre des émotions et des convictions qui ont, depuis très longtemps, cessé d’être les leurs.

Neuf ans sont une éternité en politique. Il n’est donc pas surprenant que l’imposture de nos politiciens s’appuie sur la mémoire poreuse du peuple pour le «mener en téléphérique». En 2004 donc, quand le projet des Sept-Cascades atterrit devant le Board du CEB sous la présidence du Professeur Swaley Kasenally, les membres de cette institution, dont je fis partie, furent confrontés à une série de décisions délicates. Pour être viable, le projet de téléphérique SevenWaterfalls Horizons Ltd des Seetaram avait besoin d’un droit de passage conséquent sur les terres du CEB qui jouxtaient les leurs. Les cabines du téléphérique étant de la dimension d’un autobus, les structures métalliques aptes à les soutenir, nécessitaient une empreinte conséquente sur la forêt du CEB à Tamarind Falls. Le Board savait que cette forêt contenait un trésor naturel en guise de flore mondialement reconnue mais nous ne connaissions ni l’étendue ni la spécificité de cette richesse. Dans le doute, on s’abstient et la première réaction du Board fut de faire la sourde oreille pendant des mois aux appels de pieds que recevait notre malheureux Chairman de la hiérarchie politique. C’était moins de deux ans avant les élections de 2005 et Pravind Jugnauth était vice-Premier ministre et leader du MSM, alors que l’honorable Alan Ganoo était ministre MMM des Utilités publiques. M. Jim Seetaram, fils de M. Iswardeo Seetaram, ancien Speaker travailliste, se vit miraculeusement charmé par le parti Soleil où il allait vite devenir une étoile montante.

C’est à ce moment donc que, sans le moindre scrupule, la hiérarchie du MSM exerça une pression insoutenable sur le président du CEB afin que le Board approuve un contrat avec le Seven Waterfalls Horizons Ltd. Ce contrat allait permettre au MSM de soudoyer la famille Seetaram et d’obtenir leur allégeance politique chancelante, le fils Jim se portant candidat à Montagne-Blanche/ GRSE en juillet 2005. Comme on peut s’y attendre, le contrat soumis au CEB était aussi soucieux de l’environnement que s’il avait été rédigé par Attila, le Fléau de Dieu. Le conseil d’administration, conscient des enjeux, verrouilla à double tour le Lease Agreement pour protéger le patrimoine national. Le Board exigea ainsi, parmi d’autres conditions préalables à la ratification de tout bail avec les promoteurs, qu’un audit environnemental complet des terres du CEB aux Sept-Cascades soit entrepris par la Mauritius Wildlife Foundation (MWF). Il fut décidé que les découvertes significatives, en termes de trésors naturels, seraient mentionnées avec leurs coordonnées géodésiques au sein du Lease Agreement et que tout abus de nos trésors naturels deviendrait «sufficient ground for rescinding the lease».

Cet audit allait, entre autres, permettre au Board de découvrir que la forêt des Sept-Cascades était déjà connue et homologuée par le Watchdog international «World Conservation Union» (IUCN) qui l’avait inscrite sur la liste rouge des forêts contenant des espèces en danger. L’audit allait permettre de connaître l’existence et la position exacte de : 1) L’AlbiziaVaughanii,(IUCN Critically endangered) last reproducing individual of this critically endangered species ; 2) les quatre derniers Psiadia Cateractae (IUCN Critically endangered) ; 3) Les Polyscias Gracilis (IUCN critically endangered) dont deux des quatre derniers au monde sont sur les terres du CEB ; 4) Polyscias Paniculata (IUCN proposed critically endangered), deux sur les trois dernières espèces se trouvent à Tamarind Falls ; 5) 30 espèces de plantes endémiques et bien d’autres. Cette forêt abrite aussi la Crécerelle ainsi qu’une espèce de chauves-souris endémiques, le Pic-Pic et la grosse Cateau Verte.

Cet audit fut le fruit de la volonté concertée d’un conseil d’administration de corps para-étatique mauricien qui sut prendre ses corporate responsibilities au sérieux. Mais, si cet audit allait mettre au jour tant d’espèces endémiques en voie de disparition, il allait aussi révéler une espèce prolifique qui, tout en étant endémique à cette île, loin d’être menacée de disparition, foisonne chez nous comme la mauvaise herbe: le politicien manipulateur et opportuniste. Quand il apprit les intentions du Board, le ministre Ganoo eut l’outrecuidance de nous intimer l’ordre, par voie épistolaire, de ne pas aller de l’avant avec cet audit car il risquerait fort de mettre en péril l’avenir du projet des Seetaram. Le Board traita cette sommation ministérielle avec le mépris qu’elle méritait en l’envoyant au panier de l’Histoire.

06 June 2013

Ma perspective sur les récents aléas bancaires

Par Jean-Mée DESVEAUX
l'express du 6 juin 2013

La rue de la haute finance à Port-Louis.
 La Une de l’express du jeudi 30 mai a fait tressaillir les épargnants, petits et grands, qui confient leurs économies aux coffres jugés solides de nos banques commerciales. Le citoyen mauricien est habitué à recevoir une misère sur ses épargnes alors qu’il sait pertinemment bien que d’autres paient littéralement “through the nose” pour des emprunts pourtant sécurisés. Si cet état de choses a récemment poussé plusieurs épargnants dans les bras des Ponzi schemes de Madame Caba, la majorité des clients des banques acceptent stoïquement ce “spread” injuste, croyant qu’au moins, eux, ne jouent ni à la bourse ni à investir dans des hedge funds qui s’apparentent à des casinos.

Ils ont appris ce jeudi que quatre de nos institutions bancaires ont fait, il y a deux ans, des avances de Rs 3 milliards à quatre sociétés indiennes qui donnent des signes inquiétants, depuis 2012, de ne pas pouvoir ou de ne pas vouloir honorer cette dette. Ce montage visait à financer des opérations commerciales internationales en Inde.

Monsieur Bheenick, gouverneur de la Banque de Maurice (BoM), prend la chose avec un certain flegme. “Ce sont des choses qui arrivent. Il y a des clients qui sont des mauvais payeurs. Mais il est prématuré de dire que les quatre banques ont été arnaquées. Les mauvais payeurs existent. Il ne faut pas dramatiser les choses.” Il a déclaré à notre confrère Le Mauricien que “les problèmes rencontrés par des banques locales dans l’affaire des prêts non productifs octroyés en Inde ne mettent nullement en danger la solidité des banques locales, ni la robustesse du système bancaire mauricien.”

C’est le rôle du gouverneur de la BoM d’essayer de rassurer le public devant les erreurs de jugement commises par les institutions financières soumises à sa juridiction. Y a-t-il, cependant, dans ce que dit le gouverneur, matière suffisante à enrayer cette montée d’adrénaline qui, en Europe et en Grèce, récemment, a déclenché la ruée vers les banques qu’on appelle un bank run? Une telle ruée est généralement la douloureuse préface au long redressement financier qu’elle déclenche au sein du pays touché. Comme on le sait, tout système bancaire repose sur la démultiplication des fonds déposés, un peu, pour faire simple, comme le miracle de la multiplication des pains. L’axiome fondamental d’un tel système est que tous les clients ne viendront jamais opérer le retrait de leurs fonds en même temps, d’où le danger du bank run qui fait sauter ce verrou.

Il est remarquable que c’est le gouverneur de la BoM lui-même qui, en première instance, fragilise et remet en question ses propos visant à nous rassurer. Il déclare à notre confrère du Mauricien: “Normalement, dans le cas des crédits octroyés à des clients à l’étranger, les banques se livrent à une analyse minutieuse de leurs dossiers, évaluent leurs credit ratings et s’appuient sur les données présentées dans les dossiers introduits pour la circonstance par des…avocats d’affaires”. Mais alors, que s’est-il passé cette fois-là? Comment est-il possible que quatre de nos banques, chacune munie de ses grilles précises d’éligibilités dont nous connaissons la rigidité à Maurice, chacune avec ses experts in-house et ses consortiums de conseilleurs, sont toutes, simultanément, passées à côté de la plaque et se sont fait emberlificoter par ces quatre sociétés de la Grande Péninsule. Prête-t-on autant d’argent à ce niveau des finances internationales, sans les fameuses garanties collatérales que nous autres simples mortels devons impérativement présenter pour quelques centaines de milliers de roupies de prêts ? Si ces collatéraux et autres garanties existent comme ils devraient, pourquoi est-ce que le langage utilisé pour retrouver cet argent s’apparente plus à un fishing expedition telles que des « possibilités de montage d’une action en justice afin d’obtenir réparation » plutôt que de l’inexorable saisie à laquelle tout payeur mauricien en difficultés doit faire face au moment où une banque lui réclame son « pound of flesh».

Le mystère qui entoure ces Rs 3 milliards est tel qu’il exciterait la curiosité et rendrait méfiant le lecteur le plus placide. Le gouverneur refuse de « révéler les montants impliqués » à notre confrère. Si l’express est parvenu à obtenir cette information, aucun des deux journalistes, pourtant très sérieux, ne réussiront à découvrir l’identité des banques impliquées ni à identifier la hauteur des prêts. Les bribes que réussit à obtenir notre confrère, valent donc leur poids en or. On découvre ainsi à travers une pénombre mystificatrice que, parmi les quatre banques, sont impliqués : « un très gros opérateur de l’industrie locale » ainsi qu’une « filiale d’une banque étrangère » à hauteur (nous dit Le Mauricien) de Rs 1.8 milliards. Cette banque étrangère est la Standard Bank. Mais comme il n’y a, à Maurice, que deux « gros opérateurs » et que la State Bank of Mauritius (SBM) a déclaré à notre confrère qu’elle « n’a rien à faire avec ces cas de non remboursement de prêts », il eut été plus sage, plus transparent et plus rassurant de révéler l’identité du gros opérateur en question. Il ne peut s’agir que de la MCB ! Espérons que, dans cette « affaire regrettable » comme le qualifie le gouverneur, aucune des deux « petites banques » n’ait endossé un poids insurmontable qui pourrait mettre en cause sa stabilité.

Deux derniers points sur l’énigme de ce dossier. D’abord, un officiel de la SBM laisse entendre que sa banque « a changé de stratégie depuis environ deux ans en matière de cross border loans ». Quelle est donc la stratégie que les quatre banques concernées ont utilisée qui les rendraient plus aptes à être plumées que la SBM qui est bien placée car elle a des succursales en Inde? Puisque la SBM a changé de stratégie à cet égard depuis deux ans, la BoM est-elle au courant ? A-t-elle informé les autres acteurs de ces cross border loans des dangers inhérents à ces transactions ? Deuxièmement, homme précis dans son langage, le code que laisse échapper Monsieur Bheenick mérite qu’on y prête attention. Il a déclaré : « A la BoM, nous avons noté que le mécanisme de demande de crédits était plus ou moins identique dans les cas qui nous concernent ». Il ajoutera qu’il faudrait savoir si le soumissionnaire du dossier a agi de bonne foi ou a « apporté des affaires » en sachant très bien que ces affaires allaient causer des problèmes plus tard. A l’entendre, on ne peut s’empêcher d’appréhender que le remboursement des Rs 3 milliards à nos banques soit renvoyé aux calendes grecques.

Il n’est pas difficile d’admettre que nos banques ne sont pas des œuvres de charité patriotique. Serait-il cependant, insipide, à la lumière du sort de ces Rs 3 milliards, de demander si l’excédent de liquidité dont disposent nos institutions financières en empruntant à un taux réel zéro (net d’inflation) d’une vache laitière nationale, ne serait pas mieux utilisé en mettant ces fonds au service de nos entreprises manufacturières. La directrice des Ateliers Créatifs de l’Océan Indien Ltée, fabricants de maroquinerie de luxe, disait, cette semaine, que « le marché russe représente un fort potentiel pour notre catégorie de produits, mais encore faut-il avoir les moyens financiers pour développer ce marché, une fois les clients décrochés. Les banques commerciales ne soutiennent plus vraiment des entreprises manufacturières. »
Que l’épargnant qui nous a suivis jusqu’ici dans nos pérégrinations se rassure. Ce n’est pas demain que son piggy bank va se désintégrer et le soumettre, dans ses vieux jours, aux éléments incléments. Quel que soit le rôle qu’ait pu jouer sa banque dans la saga des Rs 3 milliards compromises, son institution financière comblera cette perte et affichera, en moins de deux, la santé financière arrogante que nos banques déclinent en milliards chaque année. Il trouvera, on espère, un réconfort certain dans le fait que cette superbe santé ne repose, en dernière ressource, que sur lui et ses semblables.