JM et les chefs coutumiers de la République démocratique du Congo

08 March 2006

La culture du doute

l'express du 08/03/2006



par Jean-Mée DESVEAUX

Si le professionnalisme des hommes d’un gouvernement se mesure à leur habilité à discerner le bon grain de l’ivraie en matière de méga projets, les hommes dont s’est entouré Navin Ramgoolam font très piètre figure. Ce manque de perspicacité évident devant les éléphants blancs que gobe béatement le nouveau régime donne froid au dos quand on évalue leur conséquence au niveau national bien longtemps après que ceux qui ont ainsi handicapé le pays ne soient plus qu’un lointain et mauvais souvenir.

Le dernier du lot est un projet mort-né de Rs 4,5 milliards que le pays traînera comme un boulet à ses pieds pendant des décennies avec des conséquences on ne peut plus désastreuses au niveau économique et écologique. Un industriel proche du gouvernement a annoncé en primeur la semaine dernière, le projet d’un incinérateur de déchets ménagers et industriels qui incinérera pas moins de 80 % des déchets du pays (Municipal Solid Waste — MSW) et produira, en ce faisant, 20 MW d’électricité au réseau du Central Electricity Board (CEB).

Les travaux de construction commenceraient en janvier 2007 à la Chaumière à un kilomètre d’Albion et de Roches-Brunes car, nous dit-on, le projet fait l’objet d’âpres négociations entre le promoteur, le ministère des Finances, celui des services publics et le CEB. La proximité politique étant au rendez-vous, on peut s’attendre que le Board of Investment émette sa lettre d’intention dans les semaines qui suivent.

Si les gouvernements se suivent mais ne se ressemblent peut-être pas toujours, ce qui se ressemble certainement, ce sont les squales qui les entourent en quête d’un “feeding frenzy” devant le côté ingénu (ou pire) des gouvernants. C’est ainsi qu’en 2000, au lendemain des élections, l’ancien gouvernement fut approché par les gros calibres dont Tiru et Electricité de France dans le cadre d’un projet d’investissement de Rs 4 milliards en espèce sonnante et trébuchante.

Le gouvernement d’alors suivit le conseil de ne pas se jeter sur ce cadeau littéralement empoisonné et de commanditer plutôt une étude approfondie sur le Environmental Solid Waste Management en vue d’identifier, entre autres, le rôle que pourrait y jouer la technologie de l’incinération. Il était déjà connu que cette technologie avait été très critiquée là où elle s’était implantée à cause de la présence de dioxine, substance carcinogène qui émane des incinérateurs sous certaines conditions.

Le rapport de Carl Bro International est sorti en mars 2005 et les autorités devraient peut-être en consulter une copie. Le rapport mentionne : “Incineration of municipal solid waste is not feasible in Mauritius at present. Incineration is costly and no justification can be found for these costs as long as the government is committed to provide the required landfill capacity. The timing of a later introduction of incineration cannot be established at present, but seems likely to be beyond 2012, if at all within the planning period analysed (2004-2034)”.

Le coût direct au gouvernement de se débarrasser d’environ 375 000 tonnes de déchets par an revient à Rs 355 millions en 2003. Cela équivaut à Rs 300 par tête d’habitant ou Rs 1 200 par famille. Le budget du ministère du “Local Government” pour 2004-2005 était de Rs 471 millions alors que la projection pour le volume de MSW est de 418 000 tonnes en 2014 et de 510 000 tonnes en 2034. Dans la période de disette budgétaire qui prévaut, cela représente beaucoup d’argent auquel, de surcroît, le générateur de déchets que nous sommes, ne contribue pas un sou.

Ayant passé en revue plusieurs scenarii, dont deux avec des incinérateurs de capacités différentes, Carl Bro conclue que le scénario sans incinérateur est de loin le moins coûteux que ce soit en termes d’investissement initial ($ 35,2 m) ou en coûts d’opération annuelle ($ 3,74 m). À côté, la solution la plus réaliste d’incinérateur coûte $ 110,4 m (coût initial) et $ 88 m (coût annuel) respectivement. Une marge qui devrait convaincre le fonctionnaire le plus obtus.

Mais il y a plus. Il faut d’abord réaliser que la viabilité économique d’un incinérateur repose essentiellement sur primo, le coût de l’électricité que vend le complexe au CEB ainsi que secundo, sur le “gate fee” à la tonne de MSW que reçoit le complexe. Dans les deux cas, si le projet déraille, c’est le gouvernement, lié par un contrat de 25 ans avec l’opérateur, qui paie les pots cassés. Tout projet d’incinérateur dépend techniquement de la composition des déchets concernés. La composition du déchet détermine la capacité de l’incinérateur à cause de sa qualité thermique. Si la valeur thermique de ce combustible n’est pas suffisante, au lieu de brûler le déchet pour produire de l’électricité, on doit brûler de l’huile lourde pour atteindre ce but et c’est la faillite du projet.

Ce support à la combustion devient nécessaire quand la valeur calorifique du déchet tombe en deçà de 7,5 Méga Joules par kilo (MJ/kg) de déchets. Alors qu’en Europe, la valeur calorifique du déchet varie entre 7,5 MJ/kg et 11 MJ/kg, à Maurice, étant majoritairement organique (déchets verts et déchets de cuisine) le combustible est en dessous des 7,5 requis. La combustion de ce “wet waste” qui possède entre 50 % et 90 % d’humidité absorbent la chaleur au lieu d’en dégager. Cette catégorie de déchets représentant entre 80 % et 95 % de nos ordures, on peut d’ores et déjà conclure que la prétention de pouvoir incinérer 80 % des déchets du pays comme le clame le promoteur est bel et bien une grosse et pernicieuse exagération que le gouvernement a le devoir de démasquer au risque de s’en rendre complice.

Soit dit en passant, jusqu’à 30 % du volume de ce que brûle un incinérateur reste en tant que cendres et autres détritus ultimes qui demandent à être enfouis. Une proportion de ces détritus est en fait si toxique et contient une telle quantité de métaux lourds qu’elle doit être traitée comme “hazardous waste” et ne peut être enfouie que dans des cellules spécialement préparées à cet effet dans un site d’enfouissement technique de peur qu’elle ne se propage dans la nappe phréatique.

La divergence entre la réalité et ce que décrit le promoteur dépasse de loin l’exercice académique. L’humidité du déchet local et la valeur calorifique sub optimale réunissent les conditions nécessaires à produire sur le sol natal un gaz d’échappement élevé en dioxine pour la consommation de nos concitoyens de la côte ouest ainsi que des touristes cinq-étoiles, leurs voisins. Carl Bro considère qu’avec un tel combustible “For dioxin control… for calorific values below 7,5MJ/kg, it may be necessary to provide combustion support by burning fuel oil in order to maintain a minimum of 850° c for 2 seconds residence time of the exhaust gases… for example a waste with 5 MJ/kg (le nôtre) would require 0.8kg of oil burn per kg of waste unit”. Quel gâchis !

Pour bien souligner le point que le tri au niveau national est une mesure “sine qua non” avant de considérer la technique d’incinération, Carl Bron déclare que le contenu élevé en chlore provenant du plastique si répandu chez nous “leads to high concentration of HCL which require removal in order to meet the required design gaseous emission standards”. Ce n’est donc pas très étonnant que son analyse des scenarii divers mène Carl Bro International à conclure qu’un incinérateur opérant dans les conditions locales émettrait un taux de dioxine dix fois plus élevé que ce que permet la directive de l’Union européenne à cet égard alors que le taux de chlore d’hydrogène en serait cent fois supérieur.

Le lecteur perdu dans les méandres de ce qui précède aurait raison de se demander pourquoi diable faire compliqué quand on peut faire simple ! L’étude de Carl Bro dont le professionnalisme est reconnu, a recommandé un “Mega Landfill” à Mare-Chicose qui peut durer de 2010 à 2040. L’EIA, a dans ce sens, recommandé le relogement de la centaine de familles qui ne voudront pas rester à Mare-Chicose qu’on étende le site ou non. On ne peut donc s’empêcher de se demander s’il existe une logique dans l’alternative d’incinération au-delà de plaire à des équipementiers (et ceux qu’ils arrosent en passant) “laughing all the way to the bank” sur le dos du peuple de ce pays. Soit les hommes qui conseillent le PM ont perdu leur “bullshit detector”, soit ils ne sont tout simplement pas à la hauteur de leur noble tâche.

01 March 2006

Masochisme économique ?

l'express du 01/03/2006

 par Jean-Mée DESVEAUX

Frappée de plein fouet par le nouvel ordre du commerce international l’Ile Maurice (on serait tenté de le penser) réfléchirait deux fois avant d’oser enfreindre les règles bien définies qui gouvernent les échanges commerciaux entre nations membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Mais ce serait mal nous connaître !

L’OMC contient une panoplie de règles qui empêchent un gouvernement d’apporter des subventions aux entreprises d’exportation au sein de son économie comme bon lui semble. En choisissant d’ignorer la perte de ce droit naguère souverain, le gouvernement et le secteur privé démontrent qu’ils ont conservé la stratégie obsolète de réagir aux événements en catastrophe plutôt que de les anticiper.

Décrivant l’état des lieux du secteur textile, le président de la Mauritius Export Processing Zone Association a passé un message clair au gouvernement lors du forum national sur le textile et l’habillement : “Il nous faut une aide financière de Rs 500 millions pour chacune des trois années à venir... car l’industrie mauricienne se doit d’être dotée des dernières technologies afin d’être en mesure d’améliorer sa productivité.” Il invite donc le gouvernement à remettre sur pied le “fonds de modernisation” avant de conclure : “This is a small investment as compared to the Rs 23 billions export of the industry and the 55 000 people it employs”.

Le gouvernement ayant promis de passer à l’acte et de prendre des actions décisives, une “Industrial Services Monitoring Cell” qui aboutira à un “Road Map” pour le secteur textile dans les jours à venir, a été constituée sous la présidence du ministre Jeetah. L’accent étant mis sur la réduction des coûts, il n’est pas étonnant de voir parmi les membres de ce comité, les prestataires de service des entreprises textiles tels le Central Electricity Board (CEB), la Central Water Authority et Air Mauritius. La stratégie du gouvernement est claire quand on sait que le CEB subventionne déjà le coût de l’électricité de chaque filature du pays à la hauteur de Rs 30 millions par an.

Il serait tellement dommage de voir ce beau remue-ménage faire plus de tort que de bien à ces 55 000 employés et leurs Rs 23 milliards d’exportation qu’on essaye ainsi de préserver. Mais c’est pourtant exactement ce qui nous pend au bout du nez !

L’accord sur les “Subsidies and Countervailing Measures” (SCM) de l’Uruguay Round élabore l’Article 5 du General Agreement on Tariffs and Trade qui restreint le droit des gouvernements à octroyer des subventions ayant des “trade-distorting effects” à leurs industries d’exportation. Au départ, en 1995, ces restrictions ne s’appliquaient qu’au gouvernement des pays industrialisés, mais depuis le 1er janvier 2003, seuls les pays ayant un produit intérieur brut de moins de $ 1 000 par habitant échappent à cette guillotine. A $ 5 000 par habitant, Maurice est bel et bien assujettie au SCM.

D’après la définition de l’accord SCM, une industrie reçoit le “bénéfice d’une subvention” quand un transfert direct a eu lieu des caisses de l’Etat en guise de prêt, de participation au capital ou autre “grants” qui favorisent ses efforts d’exportation. N’en déplaise à nos dirigeants, cette définition ressemble étrangement : (1) au “special line of credit” de plusieurs milliards de roupies de la Banque de Maurice à l’industrie sucrière pour faciliter le “Voluntary Retirement Scheme” ; (2) aux Rs 500 millions allouées à l’épierrage des champs lors du budget 2005-06 ; (3) à la participation d’institutions financières gouvernementales au capital des filatures et à l’octroi des terrains de la State Land Development Corporation pour les loger ; et (4) à la subvention annuelle du CEB à ces mêmes filatures !

Oser ajouter d’autres subventions prohibées tels la rémission d’impôts directs et indirects, l’octroi d’intrants subventionnés ainsi que d’autres crédits spéciaux à l’exportation par le biais de “l’Industrial Services Monitoring Cell” ferait montre d’une audace nationale hors du commun.

Pour les besoins d’explications, les subventions peuvent être codées en termes de feux de signalisation : vert (permis), ambre (actionnable) et rouge (prohibé). Si les subventions permises (étant celles qui visent l’industrie d’une région défavorisée ou qui ont trait à l’environnement) ne peuvent déclencher aucune rétorsion d’une tierce partie, la riposte dans les deux autres cas peut être cuisante aux entreprises exportatrices.

Quand un pays membre de l’OMC identifie des “effets adverses” causés à son industrie locale par des produits subventionnés à l’exportation venant d’un pays tiers, il peut se prévaloir des fameuses mesures de représailles appelées “countervailing measures” (d’où le terme de l’accord SCM).

Ayant prouvé un sérieux préjudice, des effets négatifs graves ou une annulation des avantages que lui avaient conférés jusque-là les règles de l’OMC, un gouvernement ou une industrie (américaine ou européenne) qui considère que ses entreprises textile ont perdu une part de leur marché local à cause des subsides accordées par le gouvernement mauricien à son Export Processing Zone a deux types de remèdes : 1) Demander réparation au Dispute Settlement Body de l’OMC qui déterminera, entre autres, s’il y a eu préjudice ou 2) imposer des taxes compensatoires (countervailing duties) sur les produits mauriciens ayant profité de ces subventions. Ces mesures de rétorsion sont aussi actionnables par un pays tiers (disons le Bangladesh) qui considérerait que les produits mauriciens ainsi subventionnés ont déplacé ses propres exportations au sein du marché concerné.

Est-ce que tout cela vaut la peine qu’on s’y attarde ? Quand on connaît le refus des Américains à se plier à toute loi qui ne provient pas du sol natal, on a de quoi réfléchir. L’OMC a le 13 février dernier confirmé que Washington devra modifier sa “Job Creation Act” afin d’abroger un système d’aides déguisées à l’exportation jugées illégales. L’Union européenne (UE) a été autorisée à imposer aux entreprises américaines des “countervailing measures” pouvant aller jusqu’à quatre milliards de dollars.

Les Américains avaient réagi en opérant un changement sémantique à l’appellation de leur loi. La plus grande économie du monde a aujourd’hui trois mois pour se soumettre au jugement de l’OMC avant que ne tombe les 4 milliards de dollars de surtaxe à leurs exportations vers les pays de l’UE. Le Tigre de l’océan Indien aura probablement de meilleurs atouts que les USA le jour que viendra son tour…

22 February 2006

“Les peupliers ne peuvent monter jusqu’au ciel”

l'express du 22/02/2006

Par Jean-Mée DESVEAUX 

En proie à la sinistrose qui poursuit notre économie, il n’est pas étonnant que l’île Maurice s’agrippe à l’avenir du tourisme comme un noyé à une bouée. Avec ses 7,5 % de contribution au produit intérieur brut et 25 000 emplois directs, le tourisme a prouvé sa résilience à la fin de l’année dernière quand quelques initiatives bien pensées ont démontré l’élasticité de notre capacité d’accueil au beau milieu de la haute saison.

Cependant, à trop loucher sur le tourisme, nos décideurs donnent l’impression de passer complètement à côté de la plaque. La juxtaposition des déclarations du Premier ministre (PM) mauricien et ceux de Francesco Frangialli, secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), lors des Assises du tourisme démontrent clairement le talon d’Achille de notre stratégie.

Le PM, homme politique d’abord et avant tout, n’a de cesse de trouver un remède pour tonifier la croissance anémique de l’économie nationale. Il entrevoit une croissance à deux chiffres qui pousserait le nombre de touristes des 800,000 actuels à pas moins de deux millions dans 15 ans !

En déclarant cet objectif, Navin Ramgoolam semble oublier qu’il est le chef du gouvernement d’un état confetti où les plages capables de recevoir des infrastructures hôtelières de cinq-étoiles n’existent plus depuis quelque temps déjà. S’il lui fallait une preuve, on pourrait sans aucune peine lui démontrer que deux des quatre derniers fleurons à joindre notre parc hôtelier sont si mal lotis que leurs clients pataugent dans la vase à chaque fois qu’il se met à pleuvoir.

Le PM et ses tacticiens pourraient bien sûr répondre qu’avec une population mauricienne de 1,2 million, les 88 plages publiques occupant une superficie de 300 hectares sur 40 km de front de mer sont totalement excessives. Ils pourraient arguer que le développement économique passe avant le loisir des Mauriciens et qu’il y a un coût à tout développement économique.

Ce raisonnement n’est du reste pas totalement étranger à celui de tous les gouvernements qui ont été au pouvoir jusqu’ici. Comme les hôteliers, nos politiciens croient dur comme fer qu’il n’existe pas de limite à la tolérance des Mauriciens. Ils ont tort et cette insensibilité est le plus grand danger qui guette une industrie qui repose sur le sourire de la population.

En écoutant les propos du patron de l’OMT, on a l’impression que lui au moins a bien cerné notre problème : “Les réussites passées ont été remarquables mais ne garantissent pas un succès sans nuage. Tous les problèmes de Maurice ne seront pas résolus par une croissance exponentielle de l’industrie touristique qui mène à l’essoufflement et aux phénomènes de saturation des infrastructures et à la dégradation du produit. Les peupliers ne peuvent monter jusqu’au ciel… Il ne faut pas cependant attendre que les difficultés se présentent pour se remettre en cause.”

Si on oublie les hyperboles politiques qui visent aux deux millions de touristes par an pour revenir, ne serait-ce qu’un moment, sur terre, il s’agit de se demander de façon réaliste où trouver l’espace que requiert un parc hôtelier de 200 établissements sur un littoral qui ne grandit pas à la mesure de notre ambition de croissance illimitée..

Une réponse a cette question existe mais elle est tellement explosive que le PM lui-même n’ose s’y référer que de façon oblique. émettant le souhait que l’industrie touristique “profite au plus grand nombre et pas seulement à un groupe restreint”, il a souligné lors des Assises du tourisme, que “ceux qui disposent des droits d’exploitation des sites les plus magnifiques du pays doivent aussi veiller au développement et à l’amélioration des régions où ils opèrent.”

Il n’est pas permis de douter que le PM se référait ici aux 1 243 propriétaires de bungalow sur le littoral qui jouissent d’un bail sur les terres de l’état depuis les années soixante. Le choix des mots reflète la perception émotionnelle bien mauricienne de ces “profiteurs” qui s’approprient le bien de l’état pour leur enrichissement et bien-être personnels.

La petite phrase assassine du PM cache un réel drame national sur les plans social, humain et économique qui va se jouer dans les années à venir. La perception qui a valu aux propriétaires de bungalow de se voir imposer un “campement site tax” il y a cinq ans de cela est ancrée sur le fait que les baux vendus aux enchères dans les années soixante n’ont trouvé preneurs qu’à un prix extrêmement bas dû à la pauvreté générale du pays.

Ensuite, ces baux de soixante ans, renouvelables en trois tranches de 20 ans, ne pouvaient augmenter de plus de 50 % à chaque renouvellement. Finalement, les bénéficiaires de ces baux sont pour la plupart issus de ce “groupe restreint” dont la prévalence est déjà décriée dans toutes les autres sphères économiques du pays.

Mettant de côté les connotations émotionnelles de ce débat, si on veut admettre que Navin Ramgoolam n’a pas tort de penser que certains campements devraient céder la place au parc hôtelier pour l’avancement de l’industrie touristique, le succès de cette stratégie dépend essentiellement de la manière de faire du gouvernement. On pourrait pour une fois déroger à la tradition de tout faire à la dernière minute avec un maximum de coût en drame humain et en termes de fissure du tissu social du pays.

Le temps presse ! Des 1 243 campements “site leases”, environ 500 arrivent à expiration en 2020 et le reste arrive en 2040. L’état pourrait dans l’exercice de sa cruelle souveraineté utiliser l’article 15 des baux qui lui permet de donner trois mois de préavis aux “propriétaires” de campements avant de reprendre possession du site ayant accordé, au préalable, Rs 20 000 en guise de compensation maximale comme stipulé dans les contrats. Il pourrait aussi, avec une indifférence non moins cruelle, laisser les baux expirer naturellement avant de demander aux occupants de décamper des terrains de l’état avec leurs bâtiments dans un délai de quelques mois, comme l’exige la loi.

Il pourrait inversement procéder rationnellement en utilisant au maximum les années qui restent à ces baux afin d’établir un dialogue entre futurs hôteliers et propriétaires de campements avant que la valeur de ces baux n’atteigne le niveau zéro.

15 February 2006

Mordre la main qui nous nourrit

Par Jean-Mée DESVEAUX
L’express du 15 février 2006

Si l'île Maurice est ce qu'elle est aujourd'hui, c'est, à ne pas en douter, le résultat direct de sa participation à l'accord que les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) ont signé avec la communauté européenne, il y a déjà trente ans. Le Protocole sucre, les diverses Conventions de Lomé et de Cotonou, ont non seulement tiré l'île Maurice du sous-développement où elle était bien insérée dans les années 70 mais elles lui ont, de surcroît, permis de s'approprier près de 40 % de cette manne venue du ciel. On connaît le reste. Du sucre, nous avons évolué vers l'hôtellerie et le textile, ce qui nous a ainsi permis de diversifier notre économie. Les prévisions de nos pertes futures laissent entrevoir la magnitude de ce boost à notre économie : Quatre milliards de roupies additionnelles de recettes annuelles. Pendant les dernières décennies, notre sucre a été rémunéré au triple du prix prévalant sur le marché mondial. Mais tout arrive à une fin. Il y a des règles au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) que l'UE enfreignait dans ses exportations excédentaires de sucre sur le marché mondial. Elle déversait plus de trois millions et demie de tonnes de sucre subventionné sur le marché mondial, ce qu'elle n'en avait pas le droit. Trois grands pays producteurs de sucre ayant saisi l'OMC sur ce point et ayant gagné leur cas, l'Union européenne (UE) doit, à partir d'août 2006, rediriger ce volume énorme de sucre vers son marché intérieur. Il devenait évident que l'UE allait se retrouver avec une offre excessive de sucre sur les bras.

Pour rendre le marché du sucre européen encore plus saturé, l'initiative "Everything but arms" de Pascal Lamy, ouvre graduellement mais inexorablement le marché européen à l'exportation de la cinquantaine de pays moins avancés (PMA).

Ces deux événements ont été à la base de la décision de la Commission européenne de réduire le prix du sucre de ses producteurs et donc des ACP de 36 % en quatre ans. Le commissaire européen à l'agriculture l'a bien spécifié : toute réduction en-deçà de cette forte baisse encouragera les PMA à investir dans des moyens de production qui ne feront qu'empirer le déséquilibre de l'offre sur la demande au sein du marché sucrier européen.

Dans la mesure où Maurice tirait de loin le plus grand bénéfice du Protocole sucre, le coup était très dur. Le Sugar Sector Strategy Plan avait courageusement attaqué les problèmes de base en initiant le VRS qui allait permettre à l'industrie de réduire son manque de compétitivité au niveau mondial. Deux sucreries ont rejoint la liste de independent power producers avec un investissement de plus de quatre milliards et la dette du corporate sector vis-à-vis des banques à travers le special line of credit de la Banque de Maurice et autres a atteint la barre des cinq milliards.

Tout cela est entendu, mais il devient de plus en plus évident que la nouvelle "diplomatie économique" qui consiste à élever un barrage d'invectives, de supputations douteuses et d'autres injures contre l'Union européenne et ses commissaires depuis l'annonce de la baisse de 39 % du prix du sucre nous ont fait, on peut le constater aujourd'hui, bien plus de tort que de bien.

Du point de vue purement éthique, était-ce très décent de traiter ainsi ceux qui hier encore étaient nos pères nourriciers. Peut-on gommer 30 ans de partenariat dont l'essentiel a si évidemment penché en notre faveur ? A-t-on entendu une seule voix du secteur "corporate" ou gouvernemental faire une analyse lucide qui démontrerait une appréciation de la difficulté dans laquelle l'UE se retrouve vis-à-vis de l'OMC en ce qui concerne le sucre? A-t-on entendu une voix s'élever pour nous rappeler ce qui a été fait pour nous par les Européens quand les contraintes de l'OMC et autres le leur permettaient ?

On peut apprécier la virulence du ton général quand on lit les propos d'un membre du corporate sector pourtant connu pour sa retenue et sa courtoisie : "Derrière les propositions de l'Union européenne, il y a une énorme arrogance, une grande hypocrisie.. ..les pays qui nous ont davantage laissé tomber sont ces 11 qui... après avoir grappillé quelques avantages ne nous ont pas été d'un grand secours'.' On ne peut entrevoir dans ces propos l'existence d'un transfert des Rs 80 milliards équivalant à la moitié de notre PIB de l'UE à l'industrie sucrière mauricienne durant ces 20 dernières années. N'avons- nous pas, du reste, bienveillamment voté contre le candidat de l'UE au poste de directeur de l'OMC comme pour bien démontrer notre reconnaissance ! Le ministre de tutelle a mis le point final à ses propos injurieux en soulignant devant le Commissaire Mandelson "le caractère injuste" dans la différence entre les mesures d'accompagnement que l'UE accorde à ses propres producteurs et celles qu'elle accorde à Maurice et aux ACP comme quoi nous aurions oublié notre souveraineté nationale en quémandant un traitement compensatoire égal à celui de la Réunion, département de la République française, donc de l'UE. Il avait auparavant prédit que la reforme allait résulter "en un océan de pauvreté et que sept multinationales européennes uniquement profiteraient de la baisse." Le "foot and mouth disease" avait atteint un niveau pandémique pour les responsables du dossier et la grenouille mauricienne devenue bœuf, se voyait arrêter toute seule, le processus de rationalisation de l'agriculture au sein de l'OMC.

En agissant ainsi, nous avons défendu nos intérêts économiques en parfaits amateurs. La vague d'émotions déferlantes et la surenchère des cris offusqués ont fait oublier que les dés n'étaient pas encore jetés et que nous devrions faire montre, si ce n'est d'une sincère reconnaissance vis-à-vis du bienfaiteur européen, du moins, d'une sagesse mercantile de nous taire avant que ne soient identifiés les critères de compensation et des autres mesures d'accompagnement qui allaient véritablement sceller le sort de notre industrie sucrière.

On pouvait pourtant déceler dans le ton de la Commissaire Boel un agacement avancé vis-à-vis de cris de putois provenant des ACP (et par ricochet vers leur chef d'orchestre mauricien) qui, malgré leur pauvreté avérée, n'avait de cesse de faire du globe-trotting. Le message au niveau local arriva à travers Mme Claudia Wiedey-Nippold, la nouvelle patronne de la délégation de l'UE à Maurice. Parlant de la part de Maurice au sein du Protocole sucre, elle dit : "Cette subvention à l'économie équivaut à un niveau de près de 120 euros par habitant par an. Ce qui est considéré, au niveau mondial, comme un record en matière d'aide au développement'.

Dès lors, ayant ouvertement aliéné la sympathie de ceux qui étaient hier encore nos meilleurs amis, le plafond imposé à Maurice, soit 15% de la somme globale attribuée aux ACP en guise de mesures d'accompagnement, n'est autre qu'un retour de la manivelle. C'est, à ne pas en douter, un obus lobé au beau milieu de l'île ingrate par les responsables excédés de l'UE. Et Peter Mandelson nous rappelle, en passant, que nous devrions nous considérer heureux car, après tout, avec les Rs 217 millions qui nous ont été allouées, en termes absolus, "Maurice a obtenu la plus importante allocation".

L'ironie du sort qui n'a pas pu échapper aux Européens, c'est que le plafond de 15 % des mesures d'accompagnement allouées à l'île Maurice nous met en porte à faux avec notre philosophie affichée d'oeuvrer essentiellement pour les intérêts des pays pauvres des ACP. Obligés de nous battre en vue d'une révision de ce plafond qui ne pourrait que diminuer la part des ACP, l'UE nous force à  jeter le masque d'altruiste que nous avons pris tant de soins à cultiver depuis si longtemps dans les forums internationaux !

08 February 2006

“The wheel of fortune”

l'express du 08/02/2006

Par Jean-Mée DESVEAUX

La roue du destin était un symbole omniprésent qui imprégnait la vision de l’univers de l’homme du Moyen âge. Cette roue était conçue d’abord comme étant moralement aveugle, n’ayant d’égard ni à la justice ni au mérite. Elle était ensuite brutale car plus on y est haut perché, plus la chance de dégringoler vers les abîmes augmentait. C’était une vision somme toute pessimiste du monde et de l’existence.

Le Mauricien qui jette un coup d’œil sur la courbe économique que prend en ce moment l’île Maurice serait tenté de se demander si, après vingt ans d’existence relativement prospère, la roue du destin n’a pas commencé son inexorable manège avec le devenir du pays.

Cette vision des choses acquiert encore plus de signification quand on se souvient que, dans un passé pas trop lointain, alors que l’île Maurice nageait dans le marasme économique, la Grande île, notre voisine, jouissait d’une opulence qui faisait rêver nos compatriotes qui visitaient Antananarivo, le Paris de l’océan Indien. Sans guerre ni fléau, un tour de roue a fait de Madagascar le spectre de sa grandeur d’antan.

Le profil qui se dégage de l’économie mauricienne ne présage rien de bon. Le textile mauricien, qui s’était taillé une place prépondérante dans la santé insolente du pays, a perdu de sa superbe avec la fin de l’Accord inique multifibre (MFA), annoncée en 1994 à Marrakech.

Avec une constante perte de vitesse atteignant près de 30 % sur les cinq dernières années, ce moteur de nos exportations montre des signes évidents d’essoufflement. La contraction de 13 % l’an dernier réduit son apport à la richesse nationale de 11 % il y a quatre ans à un peu plus de 7 % : signe de détresse d’un pilier qui ne peut plus assumer le rôle qui fut le sien au sein de l’économie. La restructuration du secteur, courageuse quoiqu’un peu tardive, réduira mais n’arrêtera pas tout de suite l’impact délétère sur nos exportations et sur la perte d’emploi déjà massive.

Mais ce qui frappe surtout dans notre relation économique avec le monde extérieur, c’est qu’avant même que la réduction de 36 % sur le prix du sucre mauricien ne commence à se faire sentir, les indicateurs clefs du commerce extérieur passent déjà au rouge vif. Comme nous importons régulièrement plus de biens “visibles” que nous n’en exportons, la balance de notre commerce “visible” est traditionnellement déficitaire depuis des lustres. Rien de très inquiétant à cela tant que notre balance au niveau des services demeure suffisamment excédentaire pour faire le contrepoids et produire une balance soutenable du current account.

Or notre balance en visible trade a amorcé cette décennie, un déficit qui augmente d’environ Rs 10 milliards par an, atteignant en 2005 le chiffre record de Rs 33 milliards. L’an prochain, ce déficit atteindra en toute probabilité Rs 40 milliards – près de 20 % du produit intérieur brut (PIB).

Le compte courant accusera alors un déficit de plus de 5 % du PIB. On ne peut s’empêcher de se demander ce qui adviendra le jour où la perte de Rs 4 milliards annuelles du secteur sucrier se sera finalement installée. La pertinence de ces chiffres est que le déficit du compte courant a un impact direct sur la balance des paiements entre le monde extérieur et l’île Maurice.

Cette balance a atteint un déficit Rs 3,1 milliards l’année dernière et tout laisse croire que ce chiffre triplera l’année prochaine. Un déficit de la balance des paiements puise des réserves dont se sert le pays pour s’approvisionner en biens et services du monde extérieur. Bien qu’on ne soit pas encore au point où ces réserves en termes de mois d’importations ne se traduisent en termes de semaines, la hausse du prix du pétrole, la constante dépréciation (dite compétitive) de la roupie ainsi que les chocs sucre et textile ne nous permettent pas l’insouciance que nous affichons encore.

Si le déficit du commerce extérieur, conséquence de la perte de vitesse de nos exportations, peut être vu comme un facteur exogène sur lequel nous n’avons pas ou peu de contrôle, on ne peut dire la même chose du déficit budgétaire gouvernemental.

L’île Maurice a vécu et continue de vivre au-dessus de ses moyens même quand il était abondamment clair que les années de vaches grasses tiraient à leur fin. La naissance de la World Trade Organisation en 1994 avait explicitement scellé le sort de notre textile.

En ce qui concerne le sucre, nous persistions à croire que les mesures européennes visant à éliminer les lacs de produit laitier et les montagnes de beurre excédentaire n’allaient pas toucher au prix des betteraviers et donc à celui de notre sucre. Les gouvernements successifs n’ont pas trouvé bon de réduire le stock de la dette publique qui à Rs 121 milliards en juin de l’année dernière s’approchait dangereusement des 70 % du PIB.

Il suffit de constater que pas moins de 27 sous de chaque roupie que dépense le gouvernement dans ses dépenses courantes vont au service de la dette du secteur public. La magnitude de ces chiffres est d’autant plus inquiétante que notre économie a depuis ces derniers temps abandonné la croissance d’antan. Alors que pendant d’innombrables années, notre croissance planait au-dessus de 5 % du PIB, aujourd’hui la tendance semble être nettement vers une moyenne d’un peu plus de 3 %, ce qui alourdit nettement le service de la dette.

Ce sont là les signes les plus évidents du danger qui nous guette. La face cachée de l’iceberg est encore plus pernicieuse. On pourrait en tirer un seul élément parmi tant d’autres qui fait frémir rien qu’à y penser : la pension. Avec 120 000 bénéficiaires en ce moment la Basic Retirement Pension coûte Rs 3 milliards ou 2 % du PIB à l’état. Chaque pensionnaire est subventionné par 7 salariés.

Dans un peu plus de 30 ans, le nombre de pensionnaires aura atteint 350 000, coûtera près de 5 % du PIB au gouvernement. Le nombre d’actifs qui subventionnera chaque pensionnaire aura atteint 2,4, une situation insoutenable.

En ce qui concerne le service civil, les bénéfices associés à la pension non contributive sont aussi de l’ordre de Rs 3 milliards alors qu’on s’attend dans moins de vingt ans à avoir autant de fonctionnaires à la retraite que de fonctionnaires actifs.

Ce sont là des bombes qui vont littéralement imploser la fabrique socio-économique de ce pays et le gouvernement qui aura prétendu ne pas le savoir gardera une place dans l’histoire du pays pour son infamie.

Est-ce que la roue du destin a donc déjà opéré un demi-tour fatidique sur le pays ? Le temps presse mais en sept mois, le gouvernement ne donne aucune indication de sa volonté de se dépêtrer de la démagogie préélectorale qui lui colle à la peau afin de prendre des mesures concrètes pour restructurer la base économique du pays.

Pris au piège par son acharnement contre l’essence même de la logique économique qu’est le ciblage (targetting), il lui sera difficile voire impossible d’imposer des mesures aussi pénibles que nécessaires à la totalité des pensionnaires et pas juste aux plus aisés comme ce fut le cas pour le ciblage.

Comme dans tous problèmes, il existe une solution idéale et une “second best solution”. Le principe démocratique voudrait que ce soit l’Alliance sociale qui gouverne pour les quatre ans et demi qui lui restent. La majorité de l’électorat a plébiscité ce gouvernement et il serait triste d’avoir à frustrer cette volonté souveraine.

Il serait hautement préférable que le gouvernement reconnaisse que le destin fragile du pays se déterminera, pour le meilleur ou pour le pire, durant ce mandat et qu’il prenne ses responsabilités. Mais, pris à son propre piège, on a la nette impression que le gouvernement n’aura pas le courage de prendre seul les mesures urgentes et politiquement très impopulaires d’une réforme structurelle en profondeur.

S’il est tenté à ce moment-là de partager le coût électoral de ces mesures draconiennes en invitant une opposition bon enfant à bord, l’optimisme est encore possible. Si, cependant, une coalition se faisait sur le prétexte d’un quelconque intérêt supérieur de la nation, pour finalement permettre à un gouvernement de coalition de poursuivre la même mollesse, la même irrationalité économique, la même procrastination que le gouvernement actuel est hautement capable de poursuivre tout seul, la classe politique aura fait porter au pays une paire de cornes aussi magnifique que méritée et la roue du destin de l’île Maurice aura tout à fait tourné.


30 December 2005

Cunningham l’expatriote

l'express du 30/12/2005
par Ariane de L’ESTRAC et Raj JUGERNAUTH

Il intriguait cet étranger, ce Canadien qu’aucun lien n’attache à Maurice mais qui se dévoue à son service comme ne le ferait qu’un fils du sol, un vrai des vrais. Il y a quelque chose d’insaisissable dans cet homme contre qui tous les vices de ce pays s’étaient ligués, voleurs et bandits, corrompus et ripoux, et qui poursuivait, sans sourciller, son action d’épuration d’un des secteurs les plus pourris du pays. Mais tout s’explique.

Cet étranger qui ne nous ressemble pas est bel et bien un patriote. Un vrai de vrai. Et pas des moindres… Car Bert Cunningham, receveur des douanes depuis 2002, a accompli pour Maurice ce que réalisent seuls ceux qui croient fort en elle, ceux qui lui sont assez attentifs pour sentir sa capacité d’avancer. Une institution pour qui plus aucun Mauricien n’avait de respect tient aujourd’hui sur ses pieds, ouvrant par là même un peu mieux les portes aux investisseurs.

Ce sentiment d’appartenance qui expliquerait la motivation de Cunningham, il l’avoue lui-même, en osant une de ces comparaisons imagées dont on se souviendra après son départ. «Vous savez, les soldats qui vont au Koweit ou en Irak y vont pour une idéologie. Au départ. Après, ils restent par esprit de camaraderie avec ceux qui combattent à leurs côtés». Mais de camarades, semble-t-il, il n’en a guère eu… Erreur. Ce journal aurait aimé dire que c’est lui qui a d’abord choisi d’honorer cet homme. Mais bien d’autres nous ont précédé.

«Au Canada, on passe
les samedis soir à
regarder les matches de
hockey. A Maurice, on
les passe à préparer de
fausses factures
d’achat. La fraude est
le sport national».

Le chauffeur de taxi, le petit enseignant, le boutiquier du coin, l’homme de la rue comme le plus grand technicien, l’importateur comme le courtier, tous l’ont prié, dans ce moment de découragement qui a fait récemment vibrer les colonnes de l’IKS Building, de se ressaisir. «J’ai reçu des centaines de lettres, d’e-mails, d’appels téléphoniques. Sur les trottoirs, les gens m’arrêtaient pour me demander de rester pour le bien de ce pays.... Je n’aurais pas pu vivre avec ma conscience si j’avais battu en retraite», confie-t-il, profondément ému. Si ce n’est pas un plébiscite…

Le premier mérite du patriote Cunningham se traduit dans les chiffres. En traquant, par l’application rigoureuse de nouvelles procédures, la sous-évaluation, la contrebande, la fraude, la fausse déclaration, il a restitué aux caisses de l’Etat Rs 192 millions en 2004, soit dix fois plus que deux ans plus tôt. Ce secteur, dont l’Etat attend des revenus de Rs 30 milliards, accuse un manque à gagner de près d’un Rs 1 milliard par an. Il ne se passait pas un mois, à la fin des années 90, sans qu’un cas de fraude ne défraie la chronique. Aujourd’hui, la douane n’aura fait parler d’elle qu’en termes de sanctions et de normes. Plus de 700 cas de malversations ont fait l’objet d’enquêtes. Un accomplissement qui repose sur un immense savoir-faire.

C’est d’une expérience nourrie au gré de missions dans pas moins de 50 Etats du monde dont Bert Cunningham nous a fait profiter. Expert en réforme et en administration fiscale, il a commencé sa carrière internationale à l’Organisation mondiale de la douane, à Bruxelles, avant que le Commonwealth Secretariat, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ne l’entraînent de l’Afrique au Moyen-Orient en passant par l’Indonésie où il a été conseiller du ministre des Finances. Il a contribué à la création des Revenue Authorities de Tanzanie, du Rwanda, d’Ouganda avant de concevoir la nôtre, en 2000.

A l’origine de ce parcours, il y a une passion pour la douane. «Je suis tombé amoureux de ce secteur. A la fin de mes études, cela ne m’intéressait pas du tout. Mais à la faveur d’un stage offert par le gouvernement canadien, j’ai découvert un endroit merveilleux, où l’on est investi de la responsabilité d’assurer la protection du public en ce qui concerne les normes des marchandises, de collecter les revenus de l’Etat. Je me suis passionné à tel point que l’on m’a confié au bout de quatre ans la responsabilité de mettre en place la zone de libre échange entre le Canada et les Etats-Unis.»

Cette façon de voir la douane fait tiquer. Les hommes de l’institution mauricienne ne nous ont pas habitués à une image si poétique ni à des sentiments si nobles. C’est sans doute l’autre contribution de Cunningham à la douane mauricienne. «Bert Cunningham aura été, dans son action, imbu de valeurs que lui a conféré une société canadienne où règnent la transparence, l’équité, l’égalité des chances et plusieurs autres pratiques qui caractérisent un Etat moderne», explique Jean-Mée Desveaux, conseiller économique du ministre des Finances au moment de la création de la Mauritius Revenue Authority (MRA). Mais c’est sans doute aussi ce «choc des civilisations», la nôtre, la sienne, qui lui rendra la tâche si difficile.

Bert Cunningham n’a pas cessé de se heurter à des murs de résistance. «J’ai essayé de travailler dans le dialogue avec le syndicat. Cela n’a pas marché.» Exprimant ouvertement des sentiments xénophobes à son égard, le syndicat des douaniers ne lui a rien épargné. Les anecdotes où l’on tente de le compromettre sont les unes plus grossières que les autres.

A lui, maître des procédures douanières, il lui sera reproché, dans une déposition à la Commission anti-corruption, de n’avoir pas déclaré une maquette de bateau. Il répondra qu’il en a acheté une centaine en toute légalité, cela va de soit, et qu’il projette de faire de cette saine passion un musée au Canada. On entendra encore le scandale du syndicaliste Benydin «forcé» de travailler avec des fils électriques lui pendant sur la tête, alors même qu’il l’a fait des années durant, avec un générateur au beau milieu du bureau.

«La réforme, c’est
comme un accouchement.
La conception
n’est pas forcément
facile mais elle peut être
amusante, la livraison
est très douloureuse et
pas du tout amusante.»

Ces mesquineries ne l’empêchent pas de livrer un combat constant contre ceux-là. Avec une force qu’il tire de vécus autrement plus traumatisants.

«Avant de venir à Maurice, je travaillais en Palestine. J’étais l’intermédiaire entre les Palestiniens et le gouvernement israélien pour la mise en place d’un nouvel Etat avec son système de taxation. Puis soudain, mes bureaux, qui n’étaient pas loin du quartier général d’Arafat, ont été détruits par une roquette israélienne. C’est pendant que j’inspectais les ruines que j’ai eu la proposition d’un contrat à Maurice. Je suis venu ici pour un peu de calme.» Ce ne sera pas tout à fait ce qu’il trouvera. Mais que valent les sit-in de Tulsiraj Benydin ou les menaces de mort quand on a traversé les éclats de Ramalla ?

L’homme est fort, l’intimidation ne prend pas sur lui. Avec une adolescente à sa charge – son épouse Linda tenant une station balnéaire au Canada, elle y passe la moitié de l’année avec les aînés, âgés de 18 et 22 ans – il a dû parfois trembler. Il ose cependant crever l’abcès. «La majorité des douaniers sont corrompus», lâche-t-il en début de mandat, au risque de s’aliéner tout le personnel. Mais à coup de suspensions, d’avertissements, de sanctions disciplinaires, il impose l’ordre et une nouvelle culture, celle de la règle. Une leçon, à bien des égards, aux politiciens, emprisonnés dans les lobbies, et dont le soutien n’est pas toujours constant.

L’éthique, la rigueur et la grande capacité de travail de Cunningham sont partout saluées. Il dit avoir développé cette dernière en travaillant à la ferme, où il a grandi. «C’est un troupeau d’une centaine de vaches laitières qui m’ont appris à travailler dur !»

Ses journées, aujourd’hui comme hier, démarrent à 8 heures et s’achèvent à 22 heures. Elles sont marquées par une grande disponibilité, grace à laquelle il s’est attiré la collaboration de partenaires précieux dans le traitement du «cancer». «Il écoute pendant des heures, pose questions sur questions, témoigne Afzal Delbar, président de l’association des courtiers maritimes. Il ne s’adresse jamais à nous en tant que receveur des douanes, mais toujours en tant qu’ami. Il est sympathique, tient ses promesses et ne vous laisse pas tomber si votre problème est fondé».

La Chambre de commerce et la Mauritius Export Processing Zone Association (MEPZA) sont aussi des partenaires heureux. «Nous avons eu plusieurs séances de travail ensemble afin d’améliorer les choses à la douane, déclare Rajiv Servansing, secrétaire général adjoint de la chambre. Dans un premier temps, nos membres ont rencontré des difficultés en raison de nouvelles règles de contrôle, mais il est important d’assainir la situation.»

Autant de réunions de travail avec les opérateurs de la zone franche qui mettent en place, avec la douane, un nouveau cadre de normes de la World Customs Organisation. «Les opérateurs de la zone franche ont pu obtenir la création d’une one stop shop. Nous accueillons favorablement la publication d’un guide ainsi que l’émission des customs pass et des delivery pass», ajoute Danielle Wong, directrice de la MEPZA.

«La MRA
sera la chimiothérapie
de la douane.
Elle a un cancer
que j’ai essayé
de guérir avec
des médicaments.
Il y a eu rémission,
mais la tumeur est là.
Il lui faut du sang nouveau.»

A côté de la valeur et du savoir de l’homme, l’autorité qu’il exerce sur les politiques aura rendu un grand service au pays. Déjà déçu que toutes les affaires de corruption qu’il a référées à la police et à l’Icac soient restées lettres mortes, il aurait pu, devant cet ultime coup de pied au derrière qu’a été le soutien du gouvernement à la gangrène de la douane, tourner enfin le dos. Mais il a incité les politiques à un acte de conscience. Il a forcé un gouvernement prêt à céder aux pressions à revenir à la raison.

Par un chantage des plus intelligents, il l’a mis face à ses responsabilités. «C’est à vous de choisir. Aucun Mauricien, je le vois tous les jours, ne souhaite le recul ou le statu quo, mais le progrès. Les cinq à dix années à venir seront très importantes pour vous. Il vous faut attirer l’investissement. Vous ne pourrez le faire si la fraude et la corruption ne sont pas éradiquées, si les investisseurs n’ont pas un terrain où les règles du jeu sont claires», dit-il, comme un maître le ferait à un élève dissipé.

L’élève a-t-il compris le message? Ce n’est pas sûr. Bert Cunningham balance encore entre le dégoût de n’être pas soutenu et une envie de s’assurer que «le béton a bien pris avant de partir». «Je ne ne veux pas que les trois années passées ici soient perdues. Et j’ai déjà entendu que, dès ma lettre de démission soumise, des menaces ont été faites contre mes lieutenants, ces très bons officers, honnêtes et intègres, qui m’ont aidé à réformer la douane. Mais je ne crois pas que je vais rester. Cela dépendra des hommes qui seront recrutés au sein de la MRA», disait-il encore en début de semaine.

Il est permis d’avoir de sérieux doutes sur la réussite de la MRA sans Cunningham. Nous ne sommes qu’à la moitié du chemin. S’il part, on reculera de dix ans, dit sans ambages Jean-Mée Desveaux. «Les nuages qui s’amoncellent à l’horizon devraient nous faire très vite adopter une éthique nationale qui nous permettrait de clamer que Maurice est un Etat moderne». Vers cet Etat moderne, Cunningham nous a fait faire quelques pas. Qu’il nous lâche la main ou pas, il faudra avancer. Avec en tête, entre autres leçons, celle du patriotisme.

Cette leçon-là consiste à admettre qu’il ne suffit pas d’être né quelque part pour en être citoyen. La valeur du citoyen se mesure à la qualité de ce qu’il est disposé à donner pour faire progresser le pays. Son état d’esprit importe plus que son état civil. L’état d’esprit du citoyen Cunningham éclate dans ces propos charmants de tendresse : «I may not be Mauritian, but I am one of your biggest fan !»

09 December 2005

Fraude et corruption : un état des lieux

l'express du 09/12/2005

Dire que Maurice est un pays corrompu où on peut tout acheter, y compris l’impunité, est une affirmation qui fait mal. Mais Jack Bizlall, ce syndicaliste auquel on doit la découverte d’une caisse noire à Air Mauritius, maintient qu’elle est vraie. Ces deux dernières semaines semblent lui donner raison.

Il y a d’abord eu la condamnation de l’ancien ministre de la Sécurité sociale, Vishnu Bundhun, accusé de pressions, en 1998, pour empocher environ un million de roupies sur un contrat de livraison de 105 000 molletons. Il a logé un avis d’appel.

Puis Bert Cunningham, le Canadien recruté comme receveur des douanes “pour nettoyer”, a fait une déclaration fracassante : “La corruption à la douane a fait perdre environ cinq milliards à l’Etat en quatre ans.” A l’express, il affirme qu’il existe toujours des corrompus parmi les douaniers en poste. L’arrestation, la semaine dernière, d’un haut cadre de la douane, en poste depuis plusieurs années, pour contrebande de bijoux, semble confirmer ses dires.

Le ministre James Burty David a allégué au Parlement qu’il y a eu malversation dans l’allocation d’un contrat de plusieurs millions de roupies pour le transport des ordures au centre d’enfouissement de Mare-Chicose. Il a même accusé un ancien ministre d’avoir induit le parlement en erreur et d’avoir caché des renseignements à une commission d’enquête instituée pour ce cas. L’ancien ministre visé, qui s’est adressé à l’Assemblée nationale, a évité de répondre aux accusations.


“Donn enn dite”

James Burty David n’en démord pas pour autant. Il déclare à l’express qu’il veut faire parler “tous les documents” et que le dossier Mare-Chicose sera épluché par le comité présidé par le ministre de la Justice.

Déjà au début de l’année dernière, une enquête effectuée par StraConsult pour le compte de l’Independent Commission against Corruption (Icac) révélait que plus de 20 % des Mauriciens considéraient que la corruption était le problème numéro un du pays. Le chômage et la drogue ne venaient qu’en deuxième et troisième position. Le rapport indiquait aussi que plus de 15 % des personnes interrogées avouaient leur expérience directe avec la corruption : on leur a demandé des pots-de-vin.

Jack Bizlall estime que, dans bien des cas, certaines lourdeurs administratives peuvent favoriser la corruption : “Pour obtenir une copie d’un document, le Mauricien doit se rendre plusieurs fois dans les bureaux de l’administration, attendre des semaines. Alors, quand il apprend qu’il faut donn en tidite pour obtenir le document le jour même, il le fait”.

Le problème de l’attente encouragerait en partie la corruption dans les services de la douane. Bert Cunningham aussi est sensible à cet aspect de la question.

“C’est au moyen d’un nouveau système de contrôle rigoureux, avec l’aide de l’informatique, qu’on a pu contenir la corruption dans la police”, affirme de son côté le commissaire de police, Ramanooj Gopalsingh. “ Je ne reçois plus aujourd’hui de plainte concernant la traffic branch et le taux de réussite aux examens pour conducteurs n’est que de 30 %. Auparavant, ce taux était le double”. Mais il n’y a pas que le contrôle. Au moins deux policiers de la traffic branch ont dénoncé des offres de pots-de-vin.

Un bon point pour la United Bus Service (UBS). Cette compagnie d’autobus a déclaré, dans ses derniers comptes audités, un don de Rs 70 000 aux partis politiques, sans préciser toutefois les bénéficiaires. Cette transparence indique une tendance à se défaire de la politique d’user de caisses noires. A ce jour, aucune loi n’interdit une compagnie à faire des dons à un parti politique et aucune loi n’exige que des dons faits à des partis politiques soient déclarés.

De l’avis de Jack Bizlall, il existe la petite corruption et la grande, pour laquelle des millions sont en jeu. Peut-on s’attendre à voir s’estomper la perception de versements de commissions lors de l’octroi de contrats publics ?

Jean Mée Desveaux, ex-conseiller spécial de Paul Bérenger, a vu plusieurs tentatives de corruption. Et il n’a pas siégé sur tous les conseils d’administration… Il dénonce : “La moitié de mes efforts sur les cinq comités de direction où j’ai siégé en cinq ans consistait à barrer la route aux malfrats qui voulaient pervertir le système équitable et transparent d’appel d’offres”, affirme-t-il. “On est parvenu à contrer ces tentatives.”

L’ancien conseiller raconte encore : “Au conseil d’administration d’une compagnie publique, tous les membres ont fait bloc contre le président qui voulait faire octroyer à un de ses amis un contrat de Rs 100 millions, sans appel d’offres. Après l’appel d’offres, la valeur du contrat tomba à Rs 60 millions. Le patron de l’entreprise en question est cependant maintenant à la tête de la compagnie.”

Il affirme que le dossier du mode de transport alternatif attire des convoitises, que le gouvernement est sous la pression d’un de ses bailleurs de fonds qui veut jeter de la poudre aux jeux du public.




DIRECTION DE L’ICAC

Trois noms en remplacement du juge Domah

■ La Legal and Judicial Service Commission (LJSC) accordera-t-elle un congé au juge Bushan Domah, pour assumer ses fonctions de directeur général de l’Independent Commission against Corruption (Icac) ? Rien d’officiel encore, mais la LJSC étudie une liste d’éventuels remplaçants comme juge : le “Solicitor General” Dhiren Dabee, du “Master and Registrar” Gérard Angoh et du Directeur des poursuites publiques, Abdurafeek Hamuth. Pour rappel, Bushan Domah, approché par le gouvernement, aurait donné un “oui” conditionnel. Car s’il quitte le service judiciaire pour rejoindre l’Icac, la démission devient irrévocable. Or, le juge a fait savoir à son employeur actuel, la LJSC, qu’il aurait souhaité retrouver son poste une fois terminé son contrat à l’Icac.

La demande du juge est exceptionnelle, ce qui expliquerait le temps que met la LJSC à trancher. Si on lui refuse un congé, ira-t-il quand même à l’Icac ? “We’ll cross the bridge when we reach it”, a été l’unique commentaire du juge Bushan Domah.




QUELQUES CAS

La corruption sous toutes ses coutures

■ En juillet dernier, Satcamsingh Bumma, aussi connu comme Satyam, est inculpé de trafic d’influence. Le suspect était le “constituency clerk” de Deven Nagalingum, ancien secrétaire parlementaire privé de la circonscription Quartier-Militaire - Moka. En juin 2004, se faisant passer pour un conseiller de l’ancien Premier ministre, Paul Bérenger, il aurait promis un poste d’enseignante en langue hindi à Rajnee Devi Jhankur, épouse de l’homme d’affaires Ravi Jhankur. Le dénonciateur de cette affaire déclare que les Rs 10 000 étaient destinées à corrompre deux officiers de la Public Service Commission.

■ Le mardi 29 novembre, l’Anti Drug and Smuggling Unit (Icac) arrête Hemraj Bungloll, alias Tony, “Senior Customs and Excise Officer” à l’aéroport. Ce haut gradé de la douane est pris en flagrant délit alors qu’il remettait 670 grammes de bijoux en contrebande à un passager, le bijoutier Jandoo.

■ Oozagheer Sunneecharra, directeur du Central Criminal Investigation Department (CCID), aurait passé, fin juillet 2002, trois nuits à l’hôtel Oberoi, avec des membres de sa famille, aux frais de l’établissement. Bien avant ce séjour, des directeurs de cet hôtel avaient accusé cinq employés des bars d’avoir “réclamé de l’argent sous la menace”. La CID arrête les personnes incriminées, les détient deux jours durant, puis les relâche. L’affaire est en cours. L’opinion publique s’est demandé s’il y a un lien entre ces deux affaires.