JM et les chefs coutumiers de la République démocratique du Congo

30 December 2005

Cunningham l’expatriote

l'express du 30/12/2005
par Ariane de L’ESTRAC et Raj JUGERNAUTH

Il intriguait cet étranger, ce Canadien qu’aucun lien n’attache à Maurice mais qui se dévoue à son service comme ne le ferait qu’un fils du sol, un vrai des vrais. Il y a quelque chose d’insaisissable dans cet homme contre qui tous les vices de ce pays s’étaient ligués, voleurs et bandits, corrompus et ripoux, et qui poursuivait, sans sourciller, son action d’épuration d’un des secteurs les plus pourris du pays. Mais tout s’explique.

Cet étranger qui ne nous ressemble pas est bel et bien un patriote. Un vrai de vrai. Et pas des moindres… Car Bert Cunningham, receveur des douanes depuis 2002, a accompli pour Maurice ce que réalisent seuls ceux qui croient fort en elle, ceux qui lui sont assez attentifs pour sentir sa capacité d’avancer. Une institution pour qui plus aucun Mauricien n’avait de respect tient aujourd’hui sur ses pieds, ouvrant par là même un peu mieux les portes aux investisseurs.

Ce sentiment d’appartenance qui expliquerait la motivation de Cunningham, il l’avoue lui-même, en osant une de ces comparaisons imagées dont on se souviendra après son départ. «Vous savez, les soldats qui vont au Koweit ou en Irak y vont pour une idéologie. Au départ. Après, ils restent par esprit de camaraderie avec ceux qui combattent à leurs côtés». Mais de camarades, semble-t-il, il n’en a guère eu… Erreur. Ce journal aurait aimé dire que c’est lui qui a d’abord choisi d’honorer cet homme. Mais bien d’autres nous ont précédé.

«Au Canada, on passe
les samedis soir à
regarder les matches de
hockey. A Maurice, on
les passe à préparer de
fausses factures
d’achat. La fraude est
le sport national».

Le chauffeur de taxi, le petit enseignant, le boutiquier du coin, l’homme de la rue comme le plus grand technicien, l’importateur comme le courtier, tous l’ont prié, dans ce moment de découragement qui a fait récemment vibrer les colonnes de l’IKS Building, de se ressaisir. «J’ai reçu des centaines de lettres, d’e-mails, d’appels téléphoniques. Sur les trottoirs, les gens m’arrêtaient pour me demander de rester pour le bien de ce pays.... Je n’aurais pas pu vivre avec ma conscience si j’avais battu en retraite», confie-t-il, profondément ému. Si ce n’est pas un plébiscite…

Le premier mérite du patriote Cunningham se traduit dans les chiffres. En traquant, par l’application rigoureuse de nouvelles procédures, la sous-évaluation, la contrebande, la fraude, la fausse déclaration, il a restitué aux caisses de l’Etat Rs 192 millions en 2004, soit dix fois plus que deux ans plus tôt. Ce secteur, dont l’Etat attend des revenus de Rs 30 milliards, accuse un manque à gagner de près d’un Rs 1 milliard par an. Il ne se passait pas un mois, à la fin des années 90, sans qu’un cas de fraude ne défraie la chronique. Aujourd’hui, la douane n’aura fait parler d’elle qu’en termes de sanctions et de normes. Plus de 700 cas de malversations ont fait l’objet d’enquêtes. Un accomplissement qui repose sur un immense savoir-faire.

C’est d’une expérience nourrie au gré de missions dans pas moins de 50 Etats du monde dont Bert Cunningham nous a fait profiter. Expert en réforme et en administration fiscale, il a commencé sa carrière internationale à l’Organisation mondiale de la douane, à Bruxelles, avant que le Commonwealth Secretariat, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ne l’entraînent de l’Afrique au Moyen-Orient en passant par l’Indonésie où il a été conseiller du ministre des Finances. Il a contribué à la création des Revenue Authorities de Tanzanie, du Rwanda, d’Ouganda avant de concevoir la nôtre, en 2000.

A l’origine de ce parcours, il y a une passion pour la douane. «Je suis tombé amoureux de ce secteur. A la fin de mes études, cela ne m’intéressait pas du tout. Mais à la faveur d’un stage offert par le gouvernement canadien, j’ai découvert un endroit merveilleux, où l’on est investi de la responsabilité d’assurer la protection du public en ce qui concerne les normes des marchandises, de collecter les revenus de l’Etat. Je me suis passionné à tel point que l’on m’a confié au bout de quatre ans la responsabilité de mettre en place la zone de libre échange entre le Canada et les Etats-Unis.»

Cette façon de voir la douane fait tiquer. Les hommes de l’institution mauricienne ne nous ont pas habitués à une image si poétique ni à des sentiments si nobles. C’est sans doute l’autre contribution de Cunningham à la douane mauricienne. «Bert Cunningham aura été, dans son action, imbu de valeurs que lui a conféré une société canadienne où règnent la transparence, l’équité, l’égalité des chances et plusieurs autres pratiques qui caractérisent un Etat moderne», explique Jean-Mée Desveaux, conseiller économique du ministre des Finances au moment de la création de la Mauritius Revenue Authority (MRA). Mais c’est sans doute aussi ce «choc des civilisations», la nôtre, la sienne, qui lui rendra la tâche si difficile.

Bert Cunningham n’a pas cessé de se heurter à des murs de résistance. «J’ai essayé de travailler dans le dialogue avec le syndicat. Cela n’a pas marché.» Exprimant ouvertement des sentiments xénophobes à son égard, le syndicat des douaniers ne lui a rien épargné. Les anecdotes où l’on tente de le compromettre sont les unes plus grossières que les autres.

A lui, maître des procédures douanières, il lui sera reproché, dans une déposition à la Commission anti-corruption, de n’avoir pas déclaré une maquette de bateau. Il répondra qu’il en a acheté une centaine en toute légalité, cela va de soit, et qu’il projette de faire de cette saine passion un musée au Canada. On entendra encore le scandale du syndicaliste Benydin «forcé» de travailler avec des fils électriques lui pendant sur la tête, alors même qu’il l’a fait des années durant, avec un générateur au beau milieu du bureau.

«La réforme, c’est
comme un accouchement.
La conception
n’est pas forcément
facile mais elle peut être
amusante, la livraison
est très douloureuse et
pas du tout amusante.»

Ces mesquineries ne l’empêchent pas de livrer un combat constant contre ceux-là. Avec une force qu’il tire de vécus autrement plus traumatisants.

«Avant de venir à Maurice, je travaillais en Palestine. J’étais l’intermédiaire entre les Palestiniens et le gouvernement israélien pour la mise en place d’un nouvel Etat avec son système de taxation. Puis soudain, mes bureaux, qui n’étaient pas loin du quartier général d’Arafat, ont été détruits par une roquette israélienne. C’est pendant que j’inspectais les ruines que j’ai eu la proposition d’un contrat à Maurice. Je suis venu ici pour un peu de calme.» Ce ne sera pas tout à fait ce qu’il trouvera. Mais que valent les sit-in de Tulsiraj Benydin ou les menaces de mort quand on a traversé les éclats de Ramalla ?

L’homme est fort, l’intimidation ne prend pas sur lui. Avec une adolescente à sa charge – son épouse Linda tenant une station balnéaire au Canada, elle y passe la moitié de l’année avec les aînés, âgés de 18 et 22 ans – il a dû parfois trembler. Il ose cependant crever l’abcès. «La majorité des douaniers sont corrompus», lâche-t-il en début de mandat, au risque de s’aliéner tout le personnel. Mais à coup de suspensions, d’avertissements, de sanctions disciplinaires, il impose l’ordre et une nouvelle culture, celle de la règle. Une leçon, à bien des égards, aux politiciens, emprisonnés dans les lobbies, et dont le soutien n’est pas toujours constant.

L’éthique, la rigueur et la grande capacité de travail de Cunningham sont partout saluées. Il dit avoir développé cette dernière en travaillant à la ferme, où il a grandi. «C’est un troupeau d’une centaine de vaches laitières qui m’ont appris à travailler dur !»

Ses journées, aujourd’hui comme hier, démarrent à 8 heures et s’achèvent à 22 heures. Elles sont marquées par une grande disponibilité, grace à laquelle il s’est attiré la collaboration de partenaires précieux dans le traitement du «cancer». «Il écoute pendant des heures, pose questions sur questions, témoigne Afzal Delbar, président de l’association des courtiers maritimes. Il ne s’adresse jamais à nous en tant que receveur des douanes, mais toujours en tant qu’ami. Il est sympathique, tient ses promesses et ne vous laisse pas tomber si votre problème est fondé».

La Chambre de commerce et la Mauritius Export Processing Zone Association (MEPZA) sont aussi des partenaires heureux. «Nous avons eu plusieurs séances de travail ensemble afin d’améliorer les choses à la douane, déclare Rajiv Servansing, secrétaire général adjoint de la chambre. Dans un premier temps, nos membres ont rencontré des difficultés en raison de nouvelles règles de contrôle, mais il est important d’assainir la situation.»

Autant de réunions de travail avec les opérateurs de la zone franche qui mettent en place, avec la douane, un nouveau cadre de normes de la World Customs Organisation. «Les opérateurs de la zone franche ont pu obtenir la création d’une one stop shop. Nous accueillons favorablement la publication d’un guide ainsi que l’émission des customs pass et des delivery pass», ajoute Danielle Wong, directrice de la MEPZA.

«La MRA
sera la chimiothérapie
de la douane.
Elle a un cancer
que j’ai essayé
de guérir avec
des médicaments.
Il y a eu rémission,
mais la tumeur est là.
Il lui faut du sang nouveau.»

A côté de la valeur et du savoir de l’homme, l’autorité qu’il exerce sur les politiques aura rendu un grand service au pays. Déjà déçu que toutes les affaires de corruption qu’il a référées à la police et à l’Icac soient restées lettres mortes, il aurait pu, devant cet ultime coup de pied au derrière qu’a été le soutien du gouvernement à la gangrène de la douane, tourner enfin le dos. Mais il a incité les politiques à un acte de conscience. Il a forcé un gouvernement prêt à céder aux pressions à revenir à la raison.

Par un chantage des plus intelligents, il l’a mis face à ses responsabilités. «C’est à vous de choisir. Aucun Mauricien, je le vois tous les jours, ne souhaite le recul ou le statu quo, mais le progrès. Les cinq à dix années à venir seront très importantes pour vous. Il vous faut attirer l’investissement. Vous ne pourrez le faire si la fraude et la corruption ne sont pas éradiquées, si les investisseurs n’ont pas un terrain où les règles du jeu sont claires», dit-il, comme un maître le ferait à un élève dissipé.

L’élève a-t-il compris le message? Ce n’est pas sûr. Bert Cunningham balance encore entre le dégoût de n’être pas soutenu et une envie de s’assurer que «le béton a bien pris avant de partir». «Je ne ne veux pas que les trois années passées ici soient perdues. Et j’ai déjà entendu que, dès ma lettre de démission soumise, des menaces ont été faites contre mes lieutenants, ces très bons officers, honnêtes et intègres, qui m’ont aidé à réformer la douane. Mais je ne crois pas que je vais rester. Cela dépendra des hommes qui seront recrutés au sein de la MRA», disait-il encore en début de semaine.

Il est permis d’avoir de sérieux doutes sur la réussite de la MRA sans Cunningham. Nous ne sommes qu’à la moitié du chemin. S’il part, on reculera de dix ans, dit sans ambages Jean-Mée Desveaux. «Les nuages qui s’amoncellent à l’horizon devraient nous faire très vite adopter une éthique nationale qui nous permettrait de clamer que Maurice est un Etat moderne». Vers cet Etat moderne, Cunningham nous a fait faire quelques pas. Qu’il nous lâche la main ou pas, il faudra avancer. Avec en tête, entre autres leçons, celle du patriotisme.

Cette leçon-là consiste à admettre qu’il ne suffit pas d’être né quelque part pour en être citoyen. La valeur du citoyen se mesure à la qualité de ce qu’il est disposé à donner pour faire progresser le pays. Son état d’esprit importe plus que son état civil. L’état d’esprit du citoyen Cunningham éclate dans ces propos charmants de tendresse : «I may not be Mauritian, but I am one of your biggest fan !»

09 December 2005

Fraude et corruption : un état des lieux

l'express du 09/12/2005

Dire que Maurice est un pays corrompu où on peut tout acheter, y compris l’impunité, est une affirmation qui fait mal. Mais Jack Bizlall, ce syndicaliste auquel on doit la découverte d’une caisse noire à Air Mauritius, maintient qu’elle est vraie. Ces deux dernières semaines semblent lui donner raison.

Il y a d’abord eu la condamnation de l’ancien ministre de la Sécurité sociale, Vishnu Bundhun, accusé de pressions, en 1998, pour empocher environ un million de roupies sur un contrat de livraison de 105 000 molletons. Il a logé un avis d’appel.

Puis Bert Cunningham, le Canadien recruté comme receveur des douanes “pour nettoyer”, a fait une déclaration fracassante : “La corruption à la douane a fait perdre environ cinq milliards à l’Etat en quatre ans.” A l’express, il affirme qu’il existe toujours des corrompus parmi les douaniers en poste. L’arrestation, la semaine dernière, d’un haut cadre de la douane, en poste depuis plusieurs années, pour contrebande de bijoux, semble confirmer ses dires.

Le ministre James Burty David a allégué au Parlement qu’il y a eu malversation dans l’allocation d’un contrat de plusieurs millions de roupies pour le transport des ordures au centre d’enfouissement de Mare-Chicose. Il a même accusé un ancien ministre d’avoir induit le parlement en erreur et d’avoir caché des renseignements à une commission d’enquête instituée pour ce cas. L’ancien ministre visé, qui s’est adressé à l’Assemblée nationale, a évité de répondre aux accusations.


“Donn enn dite”

James Burty David n’en démord pas pour autant. Il déclare à l’express qu’il veut faire parler “tous les documents” et que le dossier Mare-Chicose sera épluché par le comité présidé par le ministre de la Justice.

Déjà au début de l’année dernière, une enquête effectuée par StraConsult pour le compte de l’Independent Commission against Corruption (Icac) révélait que plus de 20 % des Mauriciens considéraient que la corruption était le problème numéro un du pays. Le chômage et la drogue ne venaient qu’en deuxième et troisième position. Le rapport indiquait aussi que plus de 15 % des personnes interrogées avouaient leur expérience directe avec la corruption : on leur a demandé des pots-de-vin.

Jack Bizlall estime que, dans bien des cas, certaines lourdeurs administratives peuvent favoriser la corruption : “Pour obtenir une copie d’un document, le Mauricien doit se rendre plusieurs fois dans les bureaux de l’administration, attendre des semaines. Alors, quand il apprend qu’il faut donn en tidite pour obtenir le document le jour même, il le fait”.

Le problème de l’attente encouragerait en partie la corruption dans les services de la douane. Bert Cunningham aussi est sensible à cet aspect de la question.

“C’est au moyen d’un nouveau système de contrôle rigoureux, avec l’aide de l’informatique, qu’on a pu contenir la corruption dans la police”, affirme de son côté le commissaire de police, Ramanooj Gopalsingh. “ Je ne reçois plus aujourd’hui de plainte concernant la traffic branch et le taux de réussite aux examens pour conducteurs n’est que de 30 %. Auparavant, ce taux était le double”. Mais il n’y a pas que le contrôle. Au moins deux policiers de la traffic branch ont dénoncé des offres de pots-de-vin.

Un bon point pour la United Bus Service (UBS). Cette compagnie d’autobus a déclaré, dans ses derniers comptes audités, un don de Rs 70 000 aux partis politiques, sans préciser toutefois les bénéficiaires. Cette transparence indique une tendance à se défaire de la politique d’user de caisses noires. A ce jour, aucune loi n’interdit une compagnie à faire des dons à un parti politique et aucune loi n’exige que des dons faits à des partis politiques soient déclarés.

De l’avis de Jack Bizlall, il existe la petite corruption et la grande, pour laquelle des millions sont en jeu. Peut-on s’attendre à voir s’estomper la perception de versements de commissions lors de l’octroi de contrats publics ?

Jean Mée Desveaux, ex-conseiller spécial de Paul Bérenger, a vu plusieurs tentatives de corruption. Et il n’a pas siégé sur tous les conseils d’administration… Il dénonce : “La moitié de mes efforts sur les cinq comités de direction où j’ai siégé en cinq ans consistait à barrer la route aux malfrats qui voulaient pervertir le système équitable et transparent d’appel d’offres”, affirme-t-il. “On est parvenu à contrer ces tentatives.”

L’ancien conseiller raconte encore : “Au conseil d’administration d’une compagnie publique, tous les membres ont fait bloc contre le président qui voulait faire octroyer à un de ses amis un contrat de Rs 100 millions, sans appel d’offres. Après l’appel d’offres, la valeur du contrat tomba à Rs 60 millions. Le patron de l’entreprise en question est cependant maintenant à la tête de la compagnie.”

Il affirme que le dossier du mode de transport alternatif attire des convoitises, que le gouvernement est sous la pression d’un de ses bailleurs de fonds qui veut jeter de la poudre aux jeux du public.




DIRECTION DE L’ICAC

Trois noms en remplacement du juge Domah

■ La Legal and Judicial Service Commission (LJSC) accordera-t-elle un congé au juge Bushan Domah, pour assumer ses fonctions de directeur général de l’Independent Commission against Corruption (Icac) ? Rien d’officiel encore, mais la LJSC étudie une liste d’éventuels remplaçants comme juge : le “Solicitor General” Dhiren Dabee, du “Master and Registrar” Gérard Angoh et du Directeur des poursuites publiques, Abdurafeek Hamuth. Pour rappel, Bushan Domah, approché par le gouvernement, aurait donné un “oui” conditionnel. Car s’il quitte le service judiciaire pour rejoindre l’Icac, la démission devient irrévocable. Or, le juge a fait savoir à son employeur actuel, la LJSC, qu’il aurait souhaité retrouver son poste une fois terminé son contrat à l’Icac.

La demande du juge est exceptionnelle, ce qui expliquerait le temps que met la LJSC à trancher. Si on lui refuse un congé, ira-t-il quand même à l’Icac ? “We’ll cross the bridge when we reach it”, a été l’unique commentaire du juge Bushan Domah.




QUELQUES CAS

La corruption sous toutes ses coutures

■ En juillet dernier, Satcamsingh Bumma, aussi connu comme Satyam, est inculpé de trafic d’influence. Le suspect était le “constituency clerk” de Deven Nagalingum, ancien secrétaire parlementaire privé de la circonscription Quartier-Militaire - Moka. En juin 2004, se faisant passer pour un conseiller de l’ancien Premier ministre, Paul Bérenger, il aurait promis un poste d’enseignante en langue hindi à Rajnee Devi Jhankur, épouse de l’homme d’affaires Ravi Jhankur. Le dénonciateur de cette affaire déclare que les Rs 10 000 étaient destinées à corrompre deux officiers de la Public Service Commission.

■ Le mardi 29 novembre, l’Anti Drug and Smuggling Unit (Icac) arrête Hemraj Bungloll, alias Tony, “Senior Customs and Excise Officer” à l’aéroport. Ce haut gradé de la douane est pris en flagrant délit alors qu’il remettait 670 grammes de bijoux en contrebande à un passager, le bijoutier Jandoo.

■ Oozagheer Sunneecharra, directeur du Central Criminal Investigation Department (CCID), aurait passé, fin juillet 2002, trois nuits à l’hôtel Oberoi, avec des membres de sa famille, aux frais de l’établissement. Bien avant ce séjour, des directeurs de cet hôtel avaient accusé cinq employés des bars d’avoir “réclamé de l’argent sous la menace”. La CID arrête les personnes incriminées, les détient deux jours durant, puis les relâche. L’affaire est en cours. L’opinion publique s’est demandé s’il y a un lien entre ces deux affaires.

20 November 2005

Ce qui dégoûte Cunningham

l'express du 20/11/2005

«Cunningham go home. » Ces mots ont trop souvent été écrits sur des pancartes devant le quartier général de la douane à Port-Louis. Depuis son arrivée, on a vu en lui une menace.

Mais après trois ans passés à la tête d’une de nos administrations les plus problématiques, le Canadien s’apprête à jeter l’éponge, dégoûté.

Rama Sithanen, le ministre des Finances, a beau avoir refusé sa lettre de démission, Bert Cunningham semble résolu à partir. Un lent travail de sape des syndicats de la douane, un soutien vacillant de l’hôtel du gouvernement et ses inimitiés avec certains hauts cadres ont eu raison de sa bonne volonté.

Quand il soumet sa lettre de démission mercredi, les raisons derrière sa décision restent obscures. À l’hôtel du gouvernement, un silence pesant s’installe. On apprend d’abord que le receveur des douanes rencontre Rama Sithanen, son ministre de tutelle, jeudi. Puis encore une fois vendredi. Il s’entretient également au téléphone avec Navin Ramgoolam, avant de le rencontrer en tête-à-tête.

Un membre du Cabinet ironise : Le Canadien aurait rencontré le Grand Argentier qu’une seule fois depuis que les rouges sont revenus à l’hôtel du gouvernement. Et la rencontre n’aurait duré pas plus de cinq minutes.

Contrairement aux bruits de couloir, le Premier ministre et son ministre des Finances sont sur la même longueur d’ondes : Bert Cunningham doit rester. Et la tâche de l’en convaincre échoit à Rama Sithanen.

Il reçoit
de fréquentes
menaces au point
où il demandera
une protection policière.

Tandis que d’autres au sein du cabinet rappellent au Premier ministre que pendant la campagne électorale, on avait promis de faire partir Bert Cunningham, Ramgoolam et Sithanen décident de l’oublier. Mais n’empêche, la raison qui a amené Cunningham à démissionner les irrite. « C’est un coup de tête », lance, agacé, un proche de Ramgoolam.

C’est bien un coup de tête. En apprenant que Naimduth Bissessur, Associate Comptroller, va très probablement être nommé à la direction de l’Internal Affairs Division de la Mauritius Revenue Authority (MRA), Cunningham pète un plomb.

L’inimitié entre les deux hommes remonte à l’arrivée du Canadien à la tête de la douane en 2002.

À ce moment-là, les syndicats de la douane, la Fédération des syndicats du service civil (FSSC), menée par Tulsiraj Benydin, s’opposent mordicus à sa nomination.

« Nous ne voulons pas… qu’un étranger soit à la tête des douanes. » Le syndicat estime que des Mauriciens ont la compétence nécessaire pour diriger la douane. Et à ce moment-là, le Mauricien le mieux placé est Bissessur.

Après maints avis du State Law Office et une procédure judiciaire, Cunningham est confirmé au poste de receveur. Et les ennuis commencent pour lui.

D’une part, la pression des syndicalistes devient intense. Cunningham reçoit de fréquentes menaces, au point où il demandera une protection policière pour sa fille en bas âge. Entre Cunningham et Bissessur, le torchon brûle.

Le Canadien adopte une méthode de travail aliénante. Il s’entoure d’officiers qu’il considère au-dessus de tout soupçon et leur donne carte blanche d’agir. Seul hic, Bissessur ne fait pas partie de sa garde rapprochée.

Les proches de Cunningham expliquent que cette attitude aurait été dictée par des rumeurs de corruption contre Bissessur. Ce dont ce dernier se défend vigoureusement (voir hors texte).

Cette « réserve » va avoir de drôles de conséquences. Ainsi, pendant les absences de Cunningham, Bissessur ne pourra assumer la suppléance exécutive à sa place. On évoque des ordres venus de l’hôtel du gouvernement dans ce sens.

Mais cette situation devait changer, il y a quelques semaines. Hasard du calendrier, Cunningham et Sithanen ne sont pas à Maurice. Bissesur se décide enfin à demander au Premier ministre « de rétablir une injustice ». Le Prime Minister’s Office (PMO) fait sauter le verrou. Et Bissessur arrive à prendre des décisions relevant du receveur des douanes.


Il croit entrevoir un réseau d’influence à l’œuvre

Ce qui provoquera la colère et la déception de Cunningham. Il interprète d’abord ce geste comme un signal l’informant que les choses vont changer à la douane. Et en déduit également qu’il n’a plus le soutien qu’il avait demandé auprès du gouvernement.

Et quand, moins de deux mois après, il apprend que Bissessur va être nommé à une importante division de la MRA, Cunningham s’emballe. Pour le moment, l’expert canadien apparaît comme le candidat ayant les plus solides chances de diriger la Customs Division de la MRA.Mais Cunningham voit plus loin.

S’il part à l’expiration de son contrat, c’est encore une fois Bissessur qui sera le candidat le plus indiqué pour lui succéder à la tête de la Customs Division. Intolérable selon lui.

« S’il part,
on reculera
de dix ans. Et je
m’inquiète des
représailles
contre les gens
intègres. »

Et cette fois-ci, Cunningham croit entrevoir un réseau d’influence à l’œuvre. Les supputations prennent des allures d’accusation. Les liens de parenté entre Dhiren Dabee, Sollicitor General et membre important du panel de sélection des directeurs divisionnaires de la MRA, sont mis en avant. Ils sont beaux-frères. Sa proximité avec un Senior Minister lui aurait aussi valu un soutien particulier.

Bien vite, les scénarios se construisent. Bissessur aurait été favorisé dans les procédures de recrutement. Ce qu’il nie vigoureusement, car Dhiren Dabee, avance-t-il, se serait retiré à chaque fois du comité de sélection dès qu’une décision en relation avec son beau-frère devait être prise.

Ce qui ne convainc qu’à demi les supporters de Cunningham, qui estiment qu’un réseau anti-Cunningham et pro-Bissessur est à l’œuvre. Devant ce trop plein d’adversaires, Cunningham jette l’éponge.

Mais l’après-Cunningham inquiète. Les témoignages sur le bon travail du Canadien sont légion. Transitaires et importateurs ne tarissent pas d’éloge sur le personnage et sur « lord qui li finn mette dans la douane ». D’autres expliquent comment une simple conversation téléphonique avec Cunningham a suffi pour que délais de dédouanement injustement longs et accompagnés obligatoirement « d’ene ti fee » sont devenus du jour au lendemain plus raisonnables.


Il lui serait aussi demandé de « se calmer »

Jean-Mée Desveaux, ancien conseiller au PMO, place le gouvernement devant un choix. Pour lui, il s’agit de choisir entre préserver une direction apte et au-dessus de tout soupçon, ou alors en installer une nouvelle dont les compétences sont mises en doute. « Si Cunningham part, la douane reculera de dix ans. Et je m’inquiète des représailles contre les personnes intègres dont Cunningham a pu s’entourer. »

« S’il part, c’est un recul. Il nommait, lui, les gens sans avoir à connaître leur parenté ou leur appartenance castéiste. Pour lui, seule la compétence prime », fait ressortir un douanier qui travaille en étroite collaboration avec lui.

Mais l’histoire pourrait connaître une tout autre fin. Et si Cunningham restait ? Un Senior Minister précise : « Il faut bien spécifier qu’aucune nomination n’est encore entérinée. Pour l’heure, on parle seulement de noms de candidats probables. » Ce qui fait dire dans les couloirs de l’hôtel du gouvernement que la non-nomination de Bissessur pourrait constituer un gage de bonne foi du gouvernement en direction de Cunningham.

Mais, en contrepartie, il lui serait aussi demandé de « se calmer » dans ses prises de position parfois trop cassantes. On devrait savoir très vite quelle issue le gouvernement a préféré.

18 November 2005

Combat solitaire

l'express du 18/11/2005

On ne fait pas d’omelette sans casser les œufs. Pour transformer la douane en un département efficace, il faut certes convaincre Bert Cunningham de demeurer à son poste mais il faut aussi oser faire le ménage. Il y a des brebis galeuses à éliminer. Or, il semble que le gouvernement est déterminé à demander au directeur démissionnaire de rester mais ne souhaite pas sacrifier ceux qui le contestent.

Le Premier ministre a donné le bon signal hier en déclarant publiquement qu’il souhaite “les li fer travay ki li pe fer”, mais Bert Cunningham n’est pas rassuré pour autant. Il ne peut l’être tant qu’il sait que des forces sont à l’œuvre pour caser certains cadres suspects de la douane dans des postes de direction à la MRA. Ces nominations priveront Cunningham de la possibilité de travailler car il ne peut se battre à la fois contre les importateurs fraudeurs et leurs complices à la MRA.

Sa démission est une façon de s’élever publiquement contre les ambiguïtés du pouvoir dans la lutte contre la corruption. La situation n’était guère mieux sous l’ancien gouvernement. Dès la création de la MRA, il y a eu des compromis. Le projet de loi initial proposait un exercice de sélection pour tous les recrutements. Les syndicalistes réclamaient, eux, une ré-affectation automatique des 1 575 employés des cinq départements qui ont fusionné pour former la MRA. Finalement le gouvernement a cédé à la démagogie syndicale en imposant une sélection uniquement pour les hauts cadres.

Bert Cunningham ne voulait conserver que les douaniers compétents et intègres. Il y a une faible minorité de douaniers qui ne répondent pas à ce critère mais ils sont capables de bloquer tout le processus de réforme du département. Le directeur démissionnaire parlait hier d’une “soixantaine d’officiers pourris qui font un tort immense à l’image du pays”. Il y a un an, un rapport interne révélait des statistiques effarantes. Sur les 975 douaniers en poste, 50 faisaient l’objet d’enquêtes administratives. De ce nombre 22 étaient suspendus de leurs fonctions, tout en coûtant aux contribuables presque Rs 10 millions par an.

Jean-Mée Desveaux, conseiller de Paul Bérenger dans l’ancien gouvernement, dit dans une interview à “l’express” qu’il a suivi le dossier de la douane “pendant cinq ans jusqu’à ce que la MRA tourne en eau de boudin entre les mains de Madame Hanoomanjee”. Il reconnaît que “le memorandum of understanding, qu’a signé l’ancien gouvernement avec les syndicats, est une capitulation”.

Le franc-tireur Cunningham a lutté seul jusqu’ici. Maintenant , il cherche du soutien. Il le mérite amplement car la réforme de l’administration fiscale, qu’il a enclenchée est juste et sert l’intérêt national. Il a apporté un éclairage sur l’étendue de la fraude à la douane et a identifié le réseau des fraudeurs. Il faut lui donner les moyens de mener à bien sa mission.

Même si le Parti travailliste a promis durant la campagne électorale de remplacer les expatriés par des Mauriciens, il n’a aucun reproche à se faire en maintenant Bert Cunningham à son poste. La douane est un département où cela peut être contre productif de recruter en interne. On ne peut compter sur des gens qui ont appartenu à un réseau pour le démanteler. 

26 September 2005

La contre-attaque de Ramgoolam

l'express du 26/09/2005

Le Premier ministre (PM) a réuni la presse, samedi, pour parler de sa visite à New York. L’air préoccupé, il donnait l’impression de vouloir mettre les points sur les “i”, en sus de faire le bilan de sa visite.

Ses préoccupations ne l’empêchent cependant pas d’exprimer sa satisfaction : “La diplomatie économique est en marche à nouveau.” Il répond aux critiques de Paul Bérenger qui avait qualifié, le samedi précédent, son premier discours de “faible”, et l’avait accusé de ne pas avoir évoqué les Chagos : “Leader lopozisyon fer komenter san li kone.”

Mécontent, il explique avoir fait trois discours. Quant à Paul Bérenger, il “n’a jamais défendu les intérêts du pays aux Nations unies.” Le PM rappelle “le tort que Bérenger a fait à notre cause (les Chagos) quand (...) li ti menas pou kit Commonwealth ” comparé à sa propre gestion du problème.

Le PM rappelle qu’il a demandé que les Chagos et Tromelin soient rendus au pays. “La Grande-Bretagne (...) a demandé un droit de réponse. C’est une bonne chose.”


Conférence sur la pauvreté

Il ne ménage pas son rival politique : “Ala kouma Bérenger enn bluffer. So mit inn eklate (...). Linn resi parski linn manipil dimounn.” L’autre critique du leader de l’opposition était qu’alors que les autres Etats membres avaient exprimé leur insatisfaction de l’outcome document des Nations unies, le PM s’en était dit, lui, satisfait. L’intéressé récuse. “Je ne sais pas d’où Paul Bérenger tire ses informations.” Il cite les déclarations de chefs d’Etat qui disent que bien que le outcome document, visant à donner une autre image des Nations unies, ne soit “pas idéal, c’est une bonne base”. Cela démontrerait que “Bérenger ne comprend rien. Cela m’attriste car il était conseiller en désarmement.”

Navin Ramgoolam s’engage à organiser une conférence sur la pauvreté dans le cadre de la Clinton Global Initiative. “Ma proposition a été chaudement saluée par l’ancien président Clinton.” A la question de savoir si Maurice peut se permettre ces dépenses, et après les critiques de l’Alliance sociale sur la conférence des petits Etats insulaires (Sids), le PM répond : “La conférence Sids n’a rien rapporté au pays. Elle aurait pu se faire ailleurs.” Pour le financement de la prochaine conférence, il propose une fund raising avec le secteur privé et les Nations unies. Le PM déclare qu’il existe des poches de pauvreté partout et que la conférence, qui mettrait Maurice en valeur, “nous forcerait à agir en ce sens”. Le PM s’appesantit sur le fait que “les Etats-Unis, pays capitaliste par excellence, tiennent le même langage que nous” (...) “Ils ont dit que ce n’est pas bien qu’une petite élite contrôle l’économie”. C’est dans cette optique que Ramgoolam justifie sa décision de rendre l’île-aux-Bénitiers aux Nubheebucus.


Rencontre prochaine avec les Verts

La prochaine mission du chef du gouvernement sera en Inde. Le foreign secretary, Shyam Saran, s’est déplacé pour la préparer. Seront discutés, une ligne de crédit pour la formation dans l’informatique, la santé, l’aide aux petites et moyennes entreprises, le Foreign Direct Investment, la surveillance de la zone maritime et le Double Taxation Agreement .

Par ailleurs, Navin Ramgoolam affirme qu’il n’y a qu’“un seul vice-Premier ministre constitutionnel et c’est Rashid Beebeejaun.” Il attend l’avis de la cour sur la question.

Commentant les propos de l’ancien conseiller de Paul Bérenger, Jean-Mée Desveaux, Ramgoolam pense que ce dernier a eu la “permission” de Bérenger pour s’exprimer. Mais ajoute que “se bon ki dimounn ena ouvertir ek zot dir. Dayer mo trouv sertenn verite ladan. Desveaux pa memb PTr me nou dakor.”

Concernant la Commission anti-corruption, Ramgoolam indique être toujours à la recherche de “l’oiseau rare” pour le poste de directeur. Cette attribution se fera dans le consensus.

Le contentieux avec Les Verts Fraternels n’est toujours pas réglé, mais le PM annonce qu’il y aura une rencontre bientôt. “Nou sagrin. Nou konpran li me li bizin konpran nou osi.”





Les leçons diplomatiques de Bérenger

Le leader de l’opposition, Paul Bérenger, et de l’alliance MSM-MMM-PMSD, fait la leçon au gouvernement. Il a dénoncé samedi les “faux-pas” du Premier ministre Navin Ramgoolam lors de sa mission auprès de l’Organisation des Nations unies (Onu).

Première “maladresse” : la façon dont le dossier Chagos a été abordé. “C’est un faux-pas de réclamer les Chagos sans préciser que Maurice n’a pas de conflit sur la base de Diego-Garcia (…) La Grande-Bretagne et les Etats-Unis risquent de penser que Maurice est contre la base”. Paul Bérenger se réfère au discours du PM à la tribune de l’Onu, évoquant la souveraineté de Maurice sur l’archipel.

Autre “maladresse”, d’après le leader de l’opposition, l’absence de contact entre le PM mauricien et les dirigeants européens. “Dix fois on a annoncé une rencontre entre Ramgoolam et (le PM britannique, NdlR) Blair. Zéro !” Pour Paul Bérenger, il est crucial que le chef du gouvernement mauricien contacte personnellement les dirigeants britannique, français, allemand et italien. Le moment est opportun, argue Bérenger, puisque l’Union européenne tente de débloquer des budgets et que la question du prix du sucre est une priorité. “Je suis angoissé par la façon dont le gouvernement traite le dossier sucre.”

Bérenger critique aussi le ministre des Affaires étrangères, Madan Dulloo. Celui-ci aurait raté l’occasion, lors de son passage à Dakar, au Sénégal, de rencontrer le secrétaire d’Etat américain : “Un camouflet, un faux-pas.”


“Gouvernement de la peur”

Paul Bérenger a tenu ces propos lors de la traditionnelle conférence de presse hebdomadaire de l’opposition. Elle a eu lieu au Sun Trust, en présence de Pravind Jugnauth, leader du MSM et de Maurice Allet, leader du PMSD. Paul Bérenger a fait la chronologie du projet de télévision numérique, initié, rappelle-t-il, par l’ancien gouvernement. Mise en place d’un comité en 2002, d’une plate-forme numérique en 2003, lancement d’un appel d’offres en 2004 et soumission d’un seul prestataire, Zee TV, qui ne répondait pas aux critères.

“Donner le monopole de la télé numérique à la MBC (...) serait un recul.” Il faut ouvrir ce créneau aux opérateurs privés pour une baisse du prix des services offerts, estime-t-il.

Plus loin, Paul Bérenger critique la décision de Navin Ramgoolam de rendre le bail de l’île-aux-Bénitiers aux Nubheebucus. Il souligne que le gouvernement sortant a rejeté le projet hôtelier “exclusif ” présenté par cette famille, en collaboration avec le groupe Food and Allied. Bérenger met l’accent sur le cachet “paradisiaque” de l’îlot, pour lequel son gouvernement avait un plan de restauration et d’embellissement. Une partie devait être réservée à la préservation, alors que l’autre aurait accueilli le public. Bérenger menace de recourir à la Cour suprême si un projet hôtelier exclusif y voit le jour.

Pravind Jugnauth et Maurice Allet commentent la campagne électorale. “Bon mood sur le terrain et colère latente des citadins contre un gouvernement de la peur qui risque de mettre les villes sens dessus dessous”, décrit Pravind Jugnauth. Il dénonce les “persécutions politiques”, “l’impunité”, bref, l’insécurité qui règnerait. Il critique la politique économique du pouvoir “contre les petites gens”.

Maurice Allet rejette, lui, l’idée de “réconciliation” de la famille bleue. Il dénonce le “ramassis de roder bout” que représenterait le PMXD. Le PMSD est “solidaire” de ses partenaires de l’opposition et confiant en la victoire aux municipales.

19 September 2005

“Les prix augmenteront en temps et lieu”

l'express du 19/09/2005

Le lait en poudre fait encore couler beaucoup d’encre. L’opposition a, lors d’une conférence de presse tenue samedi au Sun Trust Building, vivement critiqué “l’incompétence” de Rajesh Jeetah dans le traitement du dossier tout en dénonçant la pénurie de ce produit de base. Le leader de l’opposition a aussi montré du doigt le “comportement honteux” du Premier ministre, Navin Ramgoolam, dans le dossier de la vallée de Ferney.

Paul Bérenger s’est élevé contre les déclarations de James Burty David, au Parlement, mardi dernier, lors du Statement Time. Pour lui, il s’agit d’un “viol des règlements et des traditions parlementaires”. C’est, a-t-il souligné, le Deputy Speaker et président du Parti travailliste qui a permis à James Burty David de faire une telle déclaration dans l’hémicycle. Paul Bérenger a annoncé qu’il évoquera cette affaire avec le speaker de l’Assemblée nationale.

Abordant le dossier du lait en poudre, Paul Bérenger a rappelé que deux compagnies viennent de licencier 60 employés. Et d’expliquer que l’importation du lait au détail coûtera plus cher au consommateur. “Les prix augmenteront en temps et lieu. Ban consomater bizin realise ki pe couillonn zot”, dit Paul Bérenger.

Pour ce qui est de l’augmentation du prix des produits pétroliers, le leader de l’opposition a estimé que des mesures adéquates doivent être prises. “Les gouvernements de par le monde prennent des mesures spéciales pour venir en aide aux opérateurs de taxi, de camion, les pêcheurs et des petits agriculteurs pour faire face à l’augmentation”, a souligné Paul Bérenger.

Le leader de l’opposition a, par ailleurs, tenu à se dissocier des propos tenus par son ancien conseiller spécial, Jean-Mée Desveaux dans l’express du 14 septembre. “Je me dissocie totalement des propos tenus par Jean-Mée Desveaux mais nous restons amis. Je ne l’ai toutefois pas rencontré depuis les dernières élections générales.” Pour rappel, l’ancien conseiller a critiqué notamment la nomination de Maya Hanoomanjee à la présidence de la Mauritius Revenue Authority, critique qui a suscité une polémique avec Pravind Jugnauth.

Le leader de l’opposition a condamné le comportement “honteux” de Navin Ramgoolam dans le projet d’autoroute du Sud-Est. “Bizin aret boufonn ban ONG”, a-t-il lancé. Enumérant les différentes étapes qui ont ponctué le dossier de la vallée de Ferney, il rappelle que le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques, Rashid Beebeejaun, avait été blâmé par le Premier ministre après avoir déclaré, à l’issue d’une visite des lieux, que l’autoroute passerait bel et bien dans la vallée. Navin Ramgoolam avait affirmé, à l’époque, qu’il s’agissait d’un “malentendu.” Toutefois, a indiqué Paul Bérenger, le comité Seebaluck a récemment réaffirmé que l’autoroute passera par la vallée de Ferney.

D’autre part, Pravind Jugnauth, leader du MSM, se dit satisfait du déroulement de la campagne pour les municipales malgré “le climat de peur causé par la politique dominer de l’actuel gouvernement.” Et d’ajouter que l’alliance au pouvoir a placé le pays “dans une position socio-économique qui le mène tout droit vers le naufrage”.

Citant un rapport de la Banque mondiale, le leader du MSM a fait ressortir que Maurice figure à la 23e place des Top Economies mondiales. “Ce rapport apporte un clair démenti à la propagande menée par le gouvernement”, a déclaré Pravind Jugnauth. Le leader du PMSD, Maurice Allet a, pour sa part, dénoncé le “mépris” dont fait preuve le gouvernement envers les villes en vue des prochaines élections municipales.


18 September 2005

James Burty David: "Une gifle sonore de Desveaux à Jugnauth''

Campagne municipale
Le Week-End

Le ministre des Administrations régionales et un des principaux animateurs de l'Alliance sociale pour la campagne municipale, James Burty David, s'est appesanti sur "les conflits au sein de l'alliance MSM/MMM" pour tirer la conclusion que l'adversaire de l'Alliance sociale est affaibli sur le terrain. De son côté, le secrétaire général du Parti Travailliste, Dharam Gokhool, a soutenu que l'objectif de l'Alliance sociale est de remporter la majorité dans les cinq villes lors du scrutin du 2 octobre prochain. Il a été rejoint par James Burty David, qui maintient que le changement enclenché depuis les élections générales du 3 juillet dernier ne peut s'arrêter à la porte des municipalités. Les représentants des autres composantes de l'Alliance sociale engagées dans les élections municipales sont également intervenus lors de ce point de presse à la mi-journée, hier.

"Nous avons été témoins d'une véritable gifle sonore administrée par Jean-Mée Desveaux à Pravind Jugnauth et, du même coup, du MMM au MSM. Nous ne pouvons oser croire que Jean-Mée Desveaux se soit engagé dans cette démarche publique sans l'aval du MMM. D'ailleurs, le silence du MMM le rend complice de cette affaire contre le MSM", a déclaré en substance James Burty David au chapitre de ce qu'il qualifie de guerres et de conflits au sein de l'Alliance MSM/MMM.

Le ministre des Administrations régionales a trouvé que "adverser Lalyans Sosyal li inn afebli. Li inn vinku. Li an konfli avek limem avek tou sa debandad ek pagay. Nou pe asist a enn debalaz konfli ant MMM ek MSM. Laverite pa kapav bloke". Il a ajouté que Jean-Mée Desveaux n'a fait que dénoncer l'incompétence, le népotisme et l'insignifiance du MSM.

"Au sein de l'Alliance MSM/MMM, ils ne peuvent plus tenir. Ce sont des signes qui ne trompent pas. L'adversaire est arrivé au bout du rouleau", a-t-il fait comprendre en revenant sur l'épisode d'Eric Guimbeau au sein de l'Alliance MSM/MMM suite à des conflits entre parlementaires de l'opposition. Il a aussi fait état du soutien de Lindsay Morvan à la campagne de l'Alliance sociale pour les municipales à Port-Louis de même que d'autres anciens activistes de l'Alliance MSM/MMM.

James Burty David, tout en promettant une opération "villes propres", a fait ressortir que "l'Alliance sociale a un avantage psychologique sur le terrain parce que le MSM n'a pas d'électorat et le MMM a été marginalisé". Il devait revenir en longueur sur des critiques et dénonciations de la gestion des villes jusqu'ici. Il a évoqué la possibilité de lancement de radios municipales dans les villes après les prochaines municipales.

De son côté, le ministre Dharam Gokhool a déclaré que "bizin sanzman dan minisipalite". Il a ajouté que les structures de la campagne de l'Alliance sociale ont été mises en place et que la campagne a démarré officiellement depuis vendredi dernier. Il a annoncé que l'Alliance sociale envisage d'organiser un meeting central pour la campagne mais que le lieu et la date attendent actuellement confirmation. "La campagne électorale est au point et a été bien planifiée", a-t-il dit.

À l'heure des questions, le secrétaire général du Parti Travailliste a dit que dans le cadre de la répartition des tickets, les souhaits d'OF-Les Verts n'ont pu etre exaucés. "Finn enan bann kontrint e pa finn kapav satisfer bann demann. Lesansyel, se ki OF-Les Verts dan Lalyans sosyal", a-t-il trouvé.

Le leader du MR, Rama Valayden, s'est dit confiant de l'issue des prochaines consultations populaires dans les cinq villes du pays. "Nou pou fer dominer ar MMM dan sa eleksyon-la. Bérenger inn met li dan enn lozik pou rann li komik", a-t-il déclaré en parlant de "bann échangistes politik qui pe afis zot de manyer publik ek inpudik".

Commentant les derniers développements au sein de l'Alliance MSM/MMM, Rama Valayden a souligné que si Pravind Jugnauth avait le même flair politique d'un Anerood Jugnauth, l'éclatement de l'Alliance aurait dû intervenir. "Mé, Pravind Jugnauth li enn garson politikman impotent".

L'Attorney General a évoqué les grandes lignes de la nouvelle loi sur les Administrations régionales actuellement en préparation. Il a énuméré les principes de bases, soit l'autonomie de décision et de gestion; la délégation des pouvoirs, et la décentralisation. Au chapitre du slogan de campagne de l'Alliance MSM/MMM, le leader a trouvé que "le MMM pe get lavenir dan retrovizer".

Ghislaine Heny pour le PMXD, Megduth Chumroo pour le MSD d'Anil Baichoo et Sam Dargahee pour le MMSM ont commenté le début de la campagne électorale de l'Alliance et ont rappelé que "sans le changement dans les villes, le changement sera incomplet".